Tout anneau intègre fini est un corps
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 8 — Structures algébriques usuelles · D. Anneaux et corps
Énoncé
Soit un anneau intègre (commutatif, non nul, sans diviseur de zéro) ayant un nombre fini d'éléments.
a) Soit , . Montrer que l'application , , est injective.
b) En déduire que est surjective (une application injective d'un ensemble fini dans lui-même est bijective — résultat admis, chapitre 18), puis qu'il existe tel que . Conclure que est un corps.
c) Où l'intégrité a-t-elle servi ? Où la finitude ? Donner un anneau intègre qui n'est pas un corps, puis un anneau commutatif fini qui n'est pas un corps : vérifier que , pour , est un anneau à quatre éléments, de neutres et , et que y fait deux diviseurs de zéro.
Corrigé
Ce qu'on a le droit d'utiliser. La définition d'un anneau intègre, celle d'un corps, la distributivité, et le résultat admis sur les ensembles finis. La stratégie est une idée de finitude : injectif force surjectif, et surjectif signifie que est atteint.
a) est injective. Soient tels que . Alors par distributivité. Comme est intègre et , on en déduit , soit . est injective.
b) est un corps. L'application est une injection de l'ensemble fini dans lui-même : par le résultat admis, elle est bijective, donc surjective. En particulier l'élément a un antécédent : il existe tel que . Comme est commutatif, aussi : est inversible, d'inverse . Ceci vaut pour tout . L'anneau est commutatif, non nul, et tout élément non nul y est inversible : est un corps.
c) Le rôle de chaque hypothèse. L'intégrité a servi au a), et seulement là : c'est elle qui permet de simplifier par dans . La finitude a servi au b), et seulement là : c'est elle qui transforme l'injectivité en surjectivité. Aucune des deux ne se passe de l'autre.
Intègre, mais pas un corps. est intègre (un produit d'entiers non nuls est non nul), et n'y est pas inversible ; l'application est injective sur mais son image n'atteint pas . C'est l'infinité de qui autorise une injection non surjective — comme au a) de l'exercice 6.
Fini, mais pas intègre. Prenons et , avec l'addition (différence symétrique) et la multiplication . Tout se vérifie sur les fonctions indicatrices, qui identifient aux applications de dans (TD 1) : , c'est-à-dire l'addition modulo des indicatrices, et . Alors : est un groupe abélien, de neutre , où chaque partie est son propre opposé (addition modulo coordonnée par coordonnée) ; est associative, commutative, de neutre (car ) ; et la distributivité se lit sur les indicatrices : , puisque . C'est un anneau commutatif à quatre éléments, de zéro et d'unité . Il n'est pas intègre : , , et pourtant , le zéro de l'anneau. Ni ni n'est inversible (pour il faut ), donc ce n'est pas un corps : la finitude seule ne suffit pas.
Ce que l'exercice installe. « Injectif implique surjectif sur un ensemble fini » est un principe qui reviendra sous une forme plus riche au chapitre 12 — en dimension finie, un endomorphisme injectif est bijectif — et qui fait, en deuxième année, de un corps pour tout nombre premier . Et l'anneau montre qu'une structure d'anneau peut se cacher là où l'on ne voyait que du vocabulaire ensembliste.
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