mécanique (MPI) · Chapitre 3 · Exercice de TD
Le tiroir qui se coince, le serre-joint qui serre : l'arc-boutement
Lois du frottement solide · F. Deux applications classiques · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Un tiroir de masse coulisse dans un meuble, guidé latéralement par deux glissières parallèles à son axe de translation . Il est engagé dans les glissières sur la longueur . On le tire par une poignée décalée de de son axe, avec une force . Le tiroir pivote alors très légèrement dans son jeu et touche les glissières en deux coins opposés : , au fond du tiroir, contre une glissière, et , à l'entrée du meuble, contre l'autre ; et sont distants de selon . Le coefficient de frottement statique vaut partout, au fond (le tiroir glisse sur ses coulisses, qui portent son poids) comme sur les côtés. On admet que le frottement du fond a une résultante dirigée selon l'axe du tiroir.
1) Faire le bilan des forces horizontales sur le tiroir au seuil du glissement. Pourquoi les deux réactions latérales ont-elles la même intensité ? En écrivant que le tiroir, encore immobile, a une somme des moments nulle par rapport à un axe vertical, exprimer en fonction de , , .
2) En déduire la force nécessaire pour mettre le tiroir en mouvement : Calculer pour , puis pour et .
3) Que se passe-t-il si ? Pourquoi le tiroir se coince-t-il en fin de course, et pas au début ? Comment le décoincer ?
4) Le serre-joint. Le mors mobile d'un serre-joint coulisse sur une barre dans un trou de longueur (mesurée le long de la barre), avec . La pièce serrée exerce sur le mors une force parallèle à la barre, à la distance de l'axe de la barre ; on néglige le poids du mors. Montrer que le mors ne peut pas glisser, quelle que soit la force de serrage, dès que dépasse une distance à calculer. Pourquoi le mors se déplace-t-il librement quand on ne serre pas ?
Corrigé
La stratégie. Le tiroir est immobile au seuil : on écrit l'équilibre des forces et celui des moments (outil de première année), puis la loi de Coulomb au seuil sur les trois contacts, qui glissent ensemble puisque le tiroir est en translation. Le point clé : les réactions latérales sont créées par la traction elle-même.
1) Forces et moments. Forces horizontales : ; en , la réaction normale (la glissière repousse le coin vers l'axe) et le frottement ; en , la réaction normale et le frottement ; au fond, le frottement (la réaction normale du fond équilibre le poids). L'équilibre selon donne : les deux réactions latérales forment un couple. Moments par rapport à l'axe vertical passant par l'origine prise sur l'axe du tiroir, à l'entrée du meuble : la force , de bras de levier , a le moment ; le couple des réactions latérales, de bras de levier , a le moment ; les deux frottements latéraux, égaux, parallèles et appliqués de part et d'autre de l'axe à la même distance, ont des moments opposés ; le frottement du fond, porté par l'axe, a un moment nul. Donc On vérifie : les contacts supposés en et sont bien les bons.
2) La force nécessaire. Selon , au seuil : , d'où Tiré par le milieu () : . Par la poignée décalée, avec : , et , trois fois plus. Les deux tiers de l'effort servent à vaincre un frottement que l'effort lui-même a créé.
3) L'arc-boutement. Si , le facteur est négatif ou nul : l'équation n'a pas de solution positive. Pour toute force , le frottement latéral disponible dépasse déjà : le tiroir ne bouge pas, et tirer plus fort n'y change rien puisque le frottement disponible croît dans la même proportion. Le seuil ne dépend ni de ni de . Ici : le tiroir glisse bien tant qu'il est profondément engagé, puis se coince en fin de course, quand la longueur engagée devient inférieure à . Pour le décoincer, il faut annuler le bras de levier : le tirer par le milieu, ou à deux mains, ou le repousser un peu (le couple change de sens et libère les coins). Le menuisier, lui, allonge les glissières ou les lubrifie ( petit).
4) Le serre-joint. Même géométrie, sans le poids : la force exercée par la pièce, à la distance de l'axe de la barre, fait pivoter le mors dans son jeu ; il touche la barre aux deux bords opposés du trou, distants de le long de la barre, avec des réactions . Le mors glisse si , c'est-à-dire si . Dès que aucune force de serrage ne fait reculer le mors : il est arc-bouté. Comme les mâchoires d'un serre-joint serrent à à de la barre, il tient par construction, sans cran ni vis. Quand on ne serre pas, rien ne presse le mors contre la barre (), et on le fait coulisser en le poussant près de la barre ( petit). L'arc-boutement, défaut du tiroir, est la fonction du serre-joint.
Ce que l'exercice installe. Quand l'effort appliqué crée lui-même les réactions normales qui le freinent, le frottement disponible est proportionnel à l'effort, et au-delà d'un seuil purement géométrique () aucune force ne suffit : c'est l'arc-boutement. On l'obtient par l'équilibre des forces et des moments d'un solide immobile au seuil, et le cas limite redonne .
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