mécanique (PCSI) · Chapitre 1 · Exercice de TD
Mesurer sur une vidéo, et le bruit de pointage
Cinématique du point · E. Repère de Frenet · niveau 2
Énoncé
On filme un sauteur qui s'élève verticalement, avec une caméra à images par seconde (). En pointant le sommet de son crâne sur chaque image à partir de l'instant où ses pieds quittent le sol, on relève son altitude au centimètre près, aux instants :
| (m) |
1) À l'aide de développements de Taylor de , montrer que la différence centrée approche avec une erreur d'ordre , alors que la différence « à droite » a une erreur d'ordre . Montrer de même que approche . Pour un mouvement à accélération constante, que valent ces erreurs ?
2) Estimer les vitesses à par différences centrées, puis les accélérations à par différences secondes. Commenter la dispersion des accélérations obtenues.
3) Les positions sont connues à près, avec (arrondi au centimètre). Montrer que l'erreur sur une vitesse estimée peut atteindre et l'erreur sur une accélération . Évaluer numériquement. Que se passe-t-il si l'on filme deux fois plus vite, en pointant toujours au centimètre ?
4) On ajuste plutôt l'ensemble des points par une parabole (fonction numpy.polyfit). Pourquoi cette méthode est-elle moins sensible au bruit ? Écrire le script et commenter le résultat.
Corrigé
1) L'ordre des différences finies. On écrit les développements de Taylor de autour de : En soustrayant les deux lignes, les termes pairs disparaissent : L'erreur est d'ordre . La différence à droite garde le terme : erreur d'ordre (elle estime la vitesse en ). En additionnant les deux lignes, ce sont les termes impairs qui disparaissent : Pour un mouvement à accélération constante, est un polynôme de degré : , et les deux formules centrées sont exactes. Toute dispersion observée sur un tel mouvement vient donc de la mesure, pas de la méthode.
2) Les estimations. Avec : La vitesse décroît régulièrement, d'environ par image : le sauteur ralentit en montant, ce qu'on attend d'une accélération d'environ . Avec , les différences secondes donnent : puis de même , et . Les valeurs oscillent de autour de , alors que le mouvement est une chute libre d'accélération constante. D'après la question 1, ce n'est pas la méthode qui est en cause : c'est le bruit de pointage.
3) Dériver amplifie le bruit. Si chaque est entaché d'une erreur au plus , la différence l'est d'au plus , et la vitesse estimée d'au plus . La différence seconde cumule au pire, d'où une erreur sur l'accélération d'au plus . Numériquement : Une erreur de sur la position — invisible sur l'image — peut devenir une erreur de sur . Chaque dérivation divise par et amplifie le bruit d'un facteur .
Le paradoxe. Filmer deux fois plus vite en pointant toujours au centimètre multiplie par quatre l'erreur sur l'accélération ( au pire). Une simulation (positions exactes arrondies au centimètre, vingt mille tirages) donne un écart-type des différences secondes de à images par seconde, de à . Plus d'images ne sert que si l'on pointe plus finement.
4) L'ajustement parabolique. Au lieu de dériver localement trois points bruités, on cherche la parabole qui passe au plus près de tous les points à la fois (moindres carrés) ; le coefficient de vaut . Les erreurs de pointage, indépendantes d'un point à l'autre, se compensent en partie au lieu de s'additionner, et l'on ne divise jamais par un écart entre deux mesures voisines.
import numpy as np
dt = 0.05 # s : camera a 20 images par seconde
y = np.array([1.80, 1.99, 2.15, 2.29, 2.40, 2.49]) # m
t = dt * np.arange(len(y))
v = (y[2:] - y[:-2]) / (2 * dt) # centrees
a = (y[2:] - 2 * y[1:-1] + y[:-2]) / dt**2 # secondes
print("v (m/s) :", np.round(v, 2))
print("a (m/s^2) :", np.round(a, 1))
c, cov = np.polyfit(t, y, 2, cov=True) # y = c0 t^2 + c1 t + c2
g, dg = -2 * c[0], 2 * np.sqrt(cov[0, 0])
print("ajustement : g = %.2f +/- %.2f m/s^2, v0 = %.2f m/s"
% (g, dg, c[1]))
L'exécution affiche :
v (m/s) : [3.5 3. 2.5 2. ]
a (m/s^2) : [-12. -8. -12. -8.]
ajustement : g = 10.00 +/- 0.22 m/s^2, v0 = 4.00 m/s
L'ajustement donne (incertitude-type tirée de la matrice de covariance), compatible avec à un écart-type près, là où les différences secondes s'étalaient de à . Les résidus, de l'ordre du millimètre, sont sous la précision de pointage : le modèle de chute libre décrit bien les données. La vitesse initiale correspond à une élévation : un saut d'athlète, plausible.
Le point délicat. Ajuster une parabole suppose le modèle (accélération constante) ; l'ajustement mesure , il ne démontre pas la chute libre. Le contrôle est la taille des résidus : s'ils dépassaient nettement la précision de pointage, le modèle serait à rejeter.
Ce que l'exercice installe. La capacité expérimentale du programme (exploiter un pointage vidéo) avec son vrai piège : dériver une mesure amplifie son bruit, d'autant plus que le pas est petit. Le réflexe est de chiffrer l'erreur (, ), de valider la méthode sur un cas où l'on connaît la réponse, et de préférer un ajustement global à une dérivation locale quand un modèle est disponible.
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