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mécanique (PCSI) · Chapitre 1 · Exercice de TD

Traverser une rivière

Cinématique du point · A. Espace, temps et référentiel · niveau 3 (difficile)

Énoncé

Une rivière de largeur , à berges parallèles et rectilignes, coule à la vitesse uniforme (parallèle aux berges) par rapport au sol. Un nageur nage à la vitesse de norme par rapport à l'eau, dans une direction (son « cap ») qu'il choisit et garde fixe. On note l'angle entre le cap et la perpendiculaire aux berges, compté positivement vers l'amont. Le temps et les distances sont absolus (mécanique classique), et les deux référentiels considérés sont en translation rectiligne uniforme l'un par rapport à l'autre.

1) Dans quel référentiel le nageur a-t-il la vitesse ? Exprimer sa vitesse par rapport au sol, puis ses composantes perpendiculaire et parallèle aux berges.

2) On prend . Quel cap permet d'arriver exactement en face du point de départ ? Quelle est alors la durée de la traversée ?

3) Quel cap minimise la durée de la traversée ? Donner cette durée et la dérive (distance parcourue le long de la berge). Comparer à la question 2.

4) Le nageur se retrouve dans un courant de . Peut-il encore arriver en face ? Montrer que la dérive vaut , puis que la dérive minimale est obtenue pour et vaut . Interpréter géométriquement.

5) Applications numériques de la question 4, et cas limite . Vérifier l'homogénéité de .

Corrigé

Ce qu'on a le droit d'utiliser. Le caractère absolu des durées et des distances. Si est un bouchon qui flotte (origine du référentiel de l'eau), ; en dérivant par rapport au temps, le même dans les deux référentiels, et parce que les axes de l'eau ne tournent pas par rapport à ceux du sol, on obtient l'addition des vitesses : La stratégie est de projeter cette relation sur deux axes bien choisis.

1) La vitesse par rapport au sol. Le nageur a la vitesse par rapport à l'eau : c'est ce que ses bras produisent en poussant sur l'eau qui l'entoure. On prend l'axe perpendiculaire aux berges, orienté vers la berge d'arrivée, et l'axe le long des berges, orienté dans le sens du courant. Le cap fait l'angle avec , compté vers l'amont, c'est-à-dire vers les négatifs : d'où La composante perpendiculaire aux berges, , ne dépend pas du courant : c'est elle seule qui fait traverser. La composante parallèle, , est la vitesse de dérive.

2) Arriver en face. Il faut une dérive nulle, donc une vitesse par rapport au sol perpendiculaire aux berges : , soit La traversée se fait alors à la vitesse , et dure Le point délicat. Cette solution n'existe que si : un sinus ne dépasse pas . On y reviendra à la question 4.

3) Traverser au plus vite. La durée de la traversée est : elle ne dépend que de la composante perpendiculaire, et elle est minimale quand , c'est-à-dire — on nage perpendiculairement aux berges, sans s'occuper du courant. Alors On gagne par rapport à la question 2, au prix d'une dérive de . Les deux objectifs « arriver vite » et « arriver en face » sont incompatibles.

4) Le courant trop fort. Avec , la condition n'a plus de solution : il est impossible d'arriver en face. On cherche alors à dériver le moins possible.

La dérive. La traversée dure , pendant laquelle le nageur glisse le long de la berge à la vitesse (positive pour tout cap, puisque ) :

La minimisation. On dérive par rapport à , en notant et : Le numérateur est croissant en ; il est négatif pour et positif au-delà. La dérive décroît donc, puis croît : elle est minimale pour En ce point, et , donc

L'interprétation géométrique. L'extrémité de décrit un cercle de rayon centré à l'extrémité de . Quand , ce cercle ne contient pas le point de départ : toutes les vitesses accessibles pointent vers l'aval. La dérive est minimale quand la direction de est tangente au cercle ; en ce point, le rayon est perpendiculaire à la tangente, , et le triangle rectangle d'hypoténuse donne exactement .

5) Applications numériques et cas limite. Avec et : À comparer avec le nageur qui file perpendiculairement aux berges () : il traverse en mais dérive de . Viser vers l'amont fait gagner de dérive au prix de . Un balayage numérique de redonne ce minimum.

Homogénéité. est un rapport de vitesses, sans dimension ; a donc la dimension de , une longueur.

Cas limite . Alors : il faut nager presque face au courant, — on retrouve la possibilité d'arriver en face — mais la composante transversale tend vers zéro et la durée de traversée tend vers l'infini. Le résultat de la question 2 et celui de la question 4 se raccordent continûment, au prix d'une traversée infiniment longue.

Ordre de grandeur. Un courant de (plus de ) est celui d'une rivière en crue ou d'un courant d'arrachement sur une plage ; la consigne de sécurité — ne pas lutter de face — est le contenu de cet exercice.

Ce que l'exercice installe. Le changement de référentiel découple les deux effets (la traversée, que seul le nageur produit ; la dérive, que le courant impose). Le réflexe est d'écrire , de projeter sur l'axe où un seul effet joue, et de dessiner le cercle des vitesses accessibles, qu'on retrouve en navigation et en aviation (vent de travers).

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