mécanique (PTSI) · Chapitre 7 · Exercice de TD
Trajectoires numériques en force centrale
Mouvements dans un champ de force centrale conservatif · B. Force centrale conservative : énergie potentielle effective · niveau 2
Énoncé
(Capacité numérique.) On intègre le mouvement d'un satellite dans le champ newtonien de la Terre, , avec . Le satellite part de avec une vitesse orthoradiale . Deux schémas de pas sont comparés : le schéma d'Euler explicite, et ; et le schéma d'Euler semi-implicite de l'encadré du cours, puis , où est l'accélération calculée en .
- Avant tout calcul : comparer à la vitesse circulaire et à la vitesse de libération en . Prévoir la nature de la trajectoire ; calculer le demi-grand axe (par ), la distance maximale et la période .
- Montrer que le schéma semi-implicite conserve exactement la constante des aires, , et que le schéma explicite ne la conserve pas.
- Écrire un script qui intègre une période avec les deux schémas, pour et , et affiche les variations relatives de et de . Commenter.
- Explorer le seuil entre état lié et état de diffusion en lançant le satellite à puis .
- On remplace la loi de force par une loi en , de même intensité en : . La trajectoire est-elle encore fermée ? Mesurer l'angle entre deux passages successifs au point le plus proche, et le comparer à la prévision obtenue en linéarisant le mouvement radial au voisinage d'une orbite circulaire.
Corrigé
La stratégie. Une jolie courbe ne prouve rien : il faut un critère de justesse. La physique en fournit deux, gratuits : la constante des aires et l'énergie mécanique, que la vraie trajectoire conserve. On calcule d'abord ce qu'on attend, puis on mesure ce que le schéma conserve.
1) Prévisions. En : et . On a : l'énergie mécanique est négative, l'état est lié, et la trajectoire est une ellipse dont est le périgée (la vitesse y est orthoradiale et supérieure à la vitesse circulaire, donc le satellite s'éloigne ensuite). Par unité de masse : La somme des distances au périgée et à l'apogée vaut (on le démontrera à l'exercice 5 par les constantes du mouvement), d'où , et la troisième loi de Kepler, admise pour l'ellipse, donne .
2) Ce que conserve chaque schéma. Pour le schéma semi-implicite : car . Puis car est colinéaire à — c'est exactement le caractère central de la force. Le schéma conserve donc la constante des aires à la précision de la machine près, quel que soit .
Pour le schéma explicite : et le terme n'est pas nul en général : dérive, d'autant moins que le pas est petit.
3) Le script et son résultat.
import numpy as np
GM, r0, v0 = 3.99e14, 7.0e6, 9.0e3 # SI ; v0 orthoradiale en r0
def orbite(dt, duree, schema, p=2.0, v=v0):
x, y, vx, vy = r0, 0.0, 0.0, v
S = [(x, y, vx, vy)]
for _ in range(int(duree / dt)):
k = GM * r0**(p - 2) / np.hypot(x, y)**(p + 1)
ax, ay = -k * x, -k * y
if schema == "explicite": # tout avec l'état ancien
x, y = x + vx*dt, y + vy*dt
vx, vy = vx + ax*dt, vy + ay*dt
else: # semi-implicite (le cours)
vx, vy = vx + ax*dt, vy + ay*dt
x, y = x + vx*dt, y + vy*dt
S.append((x, y, vx, vy))
return np.array(S).T
# énergie par unité de masse, constante des aires
Em = lambda x, y, vx, vy: (vx**2 + vy**2)/2 - GM/np.hypot(x, y)
C = lambda x, y, vx, vy: x*vy - y*vx
a = -GM / (2*Em(r0, 0, 0, v0)); T = 2*np.pi*np.sqrt(a**3/GM)
for schema in ("explicite", "semi-implicite"):
for dt in (10.0, 1.0):
s = orbite(dt, T, schema)
dE = (Em(*s[:, -1]) - Em(*s[:, 0])) / abs(Em(*s[:, 0]))
dC = (C(*s[:, -1]) - C(*s[:, 0])) / C(*s[:, 0])
print(f"{schema:14s} dt = {dt:2.0f} s : "
f"dEm/|Em| = {dE:+.1e} ; dC/C = {dC:+.0e}")
for v in (10.5e3, 10.9e3): # de part et d'autre de v_lib
x, y, vx, vy = orbite(10.0, 3e5, "semi", v=v)
E0 = Em(x[0], y[0], vx[0], vy[0])
print(f"v0 = {v:.0f} m/s : Em = {E0:+.2e} J/kg ; "
f"r max sur 3,5 jours = {np.hypot(x, y).max():.2e} m")
x, y, vx, vy = orbite(1.0, 3*T, "semi", p=2.2) # force en r^-2,2
r, th = np.hypot(x, y), np.unwrap(np.arctan2(y, x))
peri = [k for k in range(100, len(r) - 1) if r[k-1] > r[k] <= r[k+1]]
print("p = 2,2 : angle du premier retour au périgée =",
np.round(np.degrees(th[peri[0]]), 1), "degrés")
Résultat de l'exécution :
explicite dt = 10 s : dEm/|Em| = +6.6e-02 ; dC/C = +3e-02
explicite dt = 1 s : dEm/|Em| = +1.0e-02 ; dC/C = +4e-03
semi-implicite dt = 10 s : dEm/|Em| = -5.2e-05 ; dC/C = -1e-15
semi-implicite dt = 1 s : dEm/|Em| = -5.0e-07 ; dC/C = -1e-14
v0 = 10500 m/s : Em = -1.88e+06 J/kg ; r max sur 3,5 jours = 2.06e+08 m
v0 = 10900 m/s : Em = +2.40e+06 J/kg ; r max sur 3,5 jours = 8.29e+08 m
p = 2,2 : angle du premier retour au périgée = 406.8 degrés
Commentaire. Le schéma explicite fabrique de l'énergie : en une seule période, augmente de avec un pas de , et encore de avec un pas de . L'orbite calculée s'élargit à chaque tour : c'est une spirale, pas une ellipse. Le schéma semi-implicite conserve à près — l'arrondi de la machine, comme l'annonçait la question 2) — et son erreur d'énergie ( puis ) est divisée par cent quand le pas est divisé par dix et ne s'accumule pas d'un tour à l'autre, pour le même coût de calcul.
4) Le seuil. À , juste sous , l'énergie est négative et le satellite plafonne à , exactement : ellipse très allongée, de période environ quatre jours. À , l'énergie est positive et la distance croît sans cesse (au-delà de l'orbite de la Lune après trois jours et demi) : état de diffusion. La transition a lieu à , c'est-à-dire à , comme l'annonce la lecture de l'énergie potentielle effective.
5) Une loi de force non newtonienne. Le premier retour au point le plus proche se fait après au lieu de : le périgée avance de par oscillation radiale, et l'orbite est une rosace qui ne se referme pas. Avec la loi en , l'avance est nulle à la précision du calcul.
Prévision par linéarisation. Pour une force , l'énergie potentielle effective par unité de masse est . Sa dérivée seconde au minimum (où ) vaut . Donc , et l'angle entre deux péricentres vaut . Pour , on retrouve : orbites fermées. Pour : , soit une avance de . La simulation donne un peu plus () parce que l'orbite étudiée est assez excentrique ; une orbite presque circulaire lancée à donne , conforme à la prévision.
Ce que l'exercice installe. Trois réflexes de la capacité numérique. Calculer avant de simuler, pour savoir ce qu'on doit voir. Tester un schéma sur les constantes du mouvement : c'est le seul contrôle qui ne demande pas la solution exacte. Et préférer un schéma qui respecte la structure du problème — ici la centralité de la force, qui garantit la conservation exacte de . Le résultat de la question 5) est un fait profond : parmi les lois de force en puissance de , seules la loi newtonienne et la force de rappel élastique donnent des orbites liées toujours fermées (théorème de Bertrand) ; l'avance mesurée du périhélie de Mercure a été l'un des premiers indices que la gravitation n'est pas exactement newtonienne.
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