mécanique (PTSI) · Chapitre 8 · Exercice de TD
L'embrayage : deux disques qui s'accouplent
Mouvement d'un solide · B. Moment cinétique d'un solide ; moment d'inertie · niveau 2
Énoncé
Un disque (moment d'inertie par rapport à son axe ) tourne librement à la vitesse angulaire autour de l'axe fixe . On approche, le long du même axe, un disque (moment d'inertie par rapport à ), initialement immobile, qui peut lui aussi tourner librement autour de . Les deux disques entrent en contact par leurs faces : le frottement entre les garnitures les entraîne l'un par l'autre jusqu'à ce qu'ils tournent ensemble. Les liaisons pivot sont parfaites.
1) On considère le système { + }. Justifier que son moment cinétique par rapport à se conserve. En déduire la vitesse angulaire commune finale .
2) Comparer les énergies cinétiques initiale et finale. Montrer que la fraction d'énergie perdue vaut . Où est passée cette énergie ?
3) On suppose que, pendant la phase de glissement, les garnitures exercent l'une sur l'autre des couples de moments opposés, de valeur absolue constante . Écrire le théorème scalaire du moment cinétique pour chaque disque, en déduire la durée du glissement, et retrouver l'énergie perdue comme le travail du couple de frottement dans le mouvement relatif.
4) Application numérique : , , , .
5) Quelle situation de mécanique du point présente exactement la même structure ? Quels sont les cas limites et ?
Corrigé
La stratégie. Pour le système global, les frottements entre disques sont intérieurs : ils disparaissent du bilan de moment cinétique, pas du bilan d'énergie. Pour chaque disque, ils sont extérieurs et fixent la durée du phénomène.
1) Conservation du moment cinétique. Les actions extérieures au système { + } sont les poids, de moment nul par rapport à (les centres de masse sont sur l'axe), et les actions des liaisons pivot parfaites, de moment nul. Les couples de frottement entre garnitures sont intérieurs : le disque exerce sur un moment , et exerce sur le moment opposé (actions réciproques). Leur somme est nulle. Le théorème scalaire du moment cinétique appliqué au système donne donc Entre l'état initial (, ) et l'état final () :
2) Le bilan d'énergie. Les énergies cinétiques sont Le rapport vaut , donc la fraction perdue est L'énergie perdue a été dissipée par le frottement entre garnitures : elle chauffe les disques (c'est l'usure et l'échauffement d'un embrayage qu'on fait patiner). Le point important : le moment cinétique se conserve parce que les couples intérieurs ont des moments opposés ; l'énergie ne se conserve pas parce que leurs puissances ne sont pas opposées — elles valent et , de somme tant que les disques glissent l'un sur l'autre.
3) La dynamique du glissement. On oriente dans le sens de rotation initial. Pendant le glissement (), le frottement freine et entraîne : Les deux vitesses angulaires varient linéairement : , . Elles deviennent égales à l'instant tel que : On vérifie que , cohérent avec la question 1.
L'énergie dissipée est le travail du frottement dans le mouvement relatif : la puissance totale des deux couples intérieurs vaut , et l'écart décroît linéairement de à en . Le travail total est donc En remplaçant : , ce qui est exactement . Remarque essentielle : ce résultat ne dépend pas de . Brutal ou progressif, l'embrayage dissipe la même énergie ; seule la durée change.
4) Application numérique. La perte vaut , soit . La durée du glissement est ; pendant ce temps perd , de à , comme prévu. L'angle de glissement relatif vaut , et : les deux calculs de l'énergie dissipée concordent. Ordre de grandeur : déposés en moins d'une seconde dans quelques centaines de grammes de garnitures, c'est un échauffement de plusieurs degrés à chaque embrayage.
5) L'analogue et les cas limites. C'est exactement le choc mou de deux points matériels : vitesse commune , fraction perdue , avec le dictionnaire , , . Si , la perte tend vers et : le petit disque est entraîné sans freiner le gros. Si , presque toute l'énergie est perdue et .
Ce que l'exercice installe. Le choix du système décide de ce qui est intérieur. Des couples intérieurs de moments opposés disparaissent du bilan de moment cinétique, mais pas du bilan d'énergie, parce que leur puissance dépend du mouvement relatif : un accouplement conserve et dissipe de l'énergie, comme un choc mou.
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