phénomènes de transport (PSI) · Chapitre 4 · Exercice de TD
Grêlon, goutte de pluie, bruine, pollen : quel modèle de traînée ?
Fluides en écoulement · E. Écoulement externe autour d'un obstacle · niveau 2
Énoncé
Un objet sphérique de diamètre et de masse volumique tombe dans l'air immobile, de masse volumique et de viscosité . Il atteint une vitesse limite , à laquelle son poids, diminué de la poussée d'Archimède, équilibre la traînée où le coefficient de traînée ne dépend que du nombre de Reynolds, selon le graphe ci-dessous (sphère lisse, données expérimentales lissées). Aux petits nombres de Reynolds, , ce qui donne la loi de Stokes .
Air au sol : , ; à d'altitude : , . Objets : un grain de pollen de () ; une gouttelette de bruine de et une goutte de pluie de (eau, ), près du sol ; un grêlon de () à d'altitude.
1) Écrire l'équilibre à la vitesse limite. En déduire les deux expressions limites de : celle du régime de Stokes () et celle d'un régime où est constant (traînée quadratique).
2) Pour le pollen, la goutte de pluie et le grêlon : choisir un modèle, calculer , puis , vérifier sur le graphe que le modèle convient, et corriger si nécessaire en relisant . Les mesures de laboratoire donnent pour une goutte de .
3) La bruine : montrer qu'aucun des deux modèles ne convient (calculer les deux vitesses et les deux nombres de Reynolds). Déterminer en itérant : on part d'une valeur de , on lit sur le graphe, on en déduit , puis un nouveau … Comparer à la valeur mesurée, . Montrer que le produit ne dépend pas de , et en déduire une méthode graphique sans itération.
4) La couche limite. Autour du grêlon, la viscosité n'agit notablement que dans une couche mince collée à sa surface, la couche limite, dont l'épaisseur relative est de l'ordre de (donné). L'estimer. Comment l'écoulement se comporte-t-il hors de cette couche ? Pourquoi la traînée, due à une viscosité si petite, n'est-elle pas négligeable (on évoquera le sillage) ? Au-delà de , le graphe montre une chute brutale de , la « crise de traînée » : à quoi est-elle due, et pourquoi les balles de golf ont-elles des alvéoles ?
Corrigé
La stratégie. On ne sait pas d'avance dans quel régime on est : on suppose un modèle, on calcule la vitesse, et l'on vérifie que le nombre de Reynolds obtenu est dans le domaine du modèle. Entre les deux domaines, on lit sur le graphe et l'on itère, ou l'on cherche l'intersection avec une droite.
1) Équilibre et vitesses limites. À la vitesse limite, l'accélération est nulle : Avec , la traînée est linéaire en (), et Avec constant, la traînée est quadratique, et La première croît comme , la seconde comme : les petits objets sont « visqueux », les gros « inertiels ».
2) Pollen, goutte, grêlon.
Pollen, Stokes supposé. le modèle de Stokes convient. Deux centimètres par seconde : la moindre brise, le moindre courant ascendant emporte le pollen sur des kilomètres.
Goutte de , traînée quadratique supposée avec . Le graphe y donne : on corrige, , , , et finalement (), à de la mesure : la goutte, un peu aplatie, n'est déjà plus tout à fait une sphère.
Grêlon à , traînée quadratique supposée. Avec , où le graphe donne ; d'où (), . Le modèle quadratique convient : varie à peine entre et . Pour qu'un tel grêlon grossisse, il faut des courants ascendants de plus de dans le nuage : ce sont les orages violents.
3) La bruine, entre deux régimes. Stokes donne , donc , loin de : faux. La traînée quadratique avec donne , donc , où le graphe donne et non : faux aussi. On itère avec
| étape | lu | () | |
|---|---|---|---|
| départ (Stokes) | |||
| 2 | |||
| 3 | |||
| 4 |
La suite converge vers , , , à de la mesure. Plus élégant : l'équilibre s'écrit , et en multipliant par , indépendant de . Sur le graphe en coordonnées logarithmiques, est une droite de pente : son intersection avec la courbe donne directement le point de fonctionnement.
4) La couche limite. Pour le grêlon, : la couche limite a une épaisseur de l'ordre de du diamètre, un dixième de millimètre. C'est là seulement que la vitesse passe de la valeur de l'écoulement extérieur à zéro (adhérence), avec des gradients de vitesse assez forts pour que la viscosité compte. Au-dehors, l'écoulement se comporte comme celui d'un fluide sans viscosité. Mais sur l'arrière de la sphère, la couche limite, freinée, se décolle de la surface : derrière le grêlon s'ouvre un sillage large et tourbillonnaire, où la pression reste basse. La différence de pression entre l'avant et l'arrière fait l'essentiel de la traînée ; la viscosité, par le décollement qu'elle provoque, en est la cause, sans en fournir directement la valeur. Au-delà de , la couche limite devient turbulente avant de décoller : plus brassée, elle colle plus longtemps à la surface, le sillage se rétrécit, et tombe de à environ. Les alvéoles d'une balle de golf rendent la couche limite turbulente dès des nombres de Reynolds plus faibles, ceux d'un coup réel (de l'ordre de ) : la balle profite de la crise de traînée et va deux fois plus loin.
Ce que l'exercice installe. On suppose un modèle, on calcule, on vérifie le domaine de ; entre les deux régimes, on itère sur le graphe, ou l'on trace la droite constante, qui ne dépend pas de la vitesse inconnue. Le modèle de Stokes ne vaut que pour les très petits objets () ; la couche limite explique pourquoi la viscosité, petite, fixe pourtant la traînée.
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