physique des ondes 2 (PC) · Chapitre 1 · Exercice de TD
Problème : Maxwell, 1865. La lumière est une onde électromagnétique,
L'équation de d'Alembert · D. Les ondes électromagnétiques dans le vide · niveau 3 (difficile)
Énoncé
En 1865, dans A Dynamical Theory of the Electromagnetic Field, Maxwell tire de ses équations une célérité qui ne dépend que de deux constantes de l'électricité et du magnétisme, et constate qu'elle coïncide avec la vitesse de la lumière. On part de l'équation de propagation établie au TD sur les équations de Maxwell : dans le vide, chaque composante de ou de vérifie . Rappels : un condensateur plan d'armatures de surface distantes de (effets de bord négligés) a la capacité ; un solénoïde long de spires, de longueur et de section a l'inductance ; un circuit oscille à la fréquence .
1) Ce que contient l'équation de propagation. Citer les solutions de l'équation de d'Alembert à une dimension et vérifier que en est une si . À l'aide de et de , montrer que , où ne dépend que de la géométrie : quelle est sa dimension ? En déduire, sans unité électrique, que est une vitesse.
2) Mesurer avec un condensateur et une bobine. Le condensateur a des armatures carrées de de côté, distantes de ; le solénoïde a spires, une longueur et un rayon . Calculer , et . Montrer que . On mesure : en déduire . Calculer la longueur d'onde et la comparer à la taille du circuit. Commenter.
3) Précision et biais. Avec quelle précision faut-il connaître l'épaisseur pour obtenir à près ? Les effets de bord du condensateur augmentent sa capacité ; un solénoïde de longueur finie a une inductance plus faible que . Dans quel sens chacun de ces défauts biaise-t-il la valeur de déduite de ?
4) La comparaison de 1865. Maxwell dispose de quatre valeurs : une valeur électrique, le rapport des unités électromagnétique et électrostatique de charge mesuré par Weber et Kohlrausch (1856), ; trois valeurs optiques, Fizeau (1849, roue dentée) , Foucault (1862, miroir tournant) , l'aberration des étoiles . Calculer les écarts relatifs entre la valeur électrique et chacune des valeurs optiques, puis l'écart entre Fizeau et Foucault. Quel argument Maxwell en tire-t-il ? Que sont devenues ces mesures depuis 1983 et 2019 ?
5) Une seule célérité pour tout le spectre. Substituer une OPPM dans l'équation de propagation : relation de dispersion, vitesse de phase. Qu'en déduit-on pour une impulsion ? Donnée : le 10 mai 2009, le sursaut gamma GRB 090510 a envoyé des photons de fréquences comprises entre et , arrivés à moins de d'intervalle après un trajet d'environ milliards d'années. Majorer l'écart relatif entre leurs vitesses.
6) Pourquoi personne ne l'avait vu. Comparer, dans un fil de cuivre de conductivité parcouru par un courant à , la densité de courant de déplacement à la densité de courant de conduction . Où le terme de Maxwell compte-t-il ? Que deviendrait la propagation si l'on faisait tendre vers zéro ? Énoncer le résultat obtenu.
Corrigé
La stratégie. La célérité est construite sur deux constantes que l'on mesure sans rien faire se propager : par un condensateur, par une bobine, leur produit par un circuit . On compare ensuite à la vitesse de la lumière, et l'on vérifie que la célérité est la même à toutes les fréquences.
1) Une vitesse cachée dans deux constantes. La solution générale de l'équation de d'Alembert à une dimension est , superposition d'une onde progressive et d'une onde régressive, de profils quelconques. Vérification pour : et , donc pour tout profil si et seulement si . Les constantes : et , d'où est un nombre, une longueur à la puissance quatre, une longueur au carré : est une surface. Or est une pulsation, donc est un temps. Ainsi est une longueur divisée par un temps : une vitesse, sans qu'aucune unité électrique n'intervienne.
2) La mesure. et . et . , . Puisque , Cohérence : , mille fois la taille du circuit. Le circuit est en régime quasi stationnaire : rien ne s'y propage de façon mesurable. Pourtant sa fréquence propre contient , inscrite dans le rapport entre le condensateur et la bobine.
3) Précision et biais. avec : , donc . Pour sur , il faut à près, soit : il faut des cales calibrées. Effets de bord : la capacité réelle est supérieure à , donc mesurée est plus basse que celle du modèle ; avec le du modèle, on sous-estime . Solénoïde court (longueur cinq fois le diamètre seulement) : l'inductance réelle est inférieure à , est plus haute, et l'on surestime . Les deux biais sont de sens opposés ; on les réduit en étalonnant et séparément.
4) L'argument de 1865. Écarts relatifs, rapportés à la valeur électrique : et pour l'aberration. Entre elles, les deux mesures optiques directes diffèrent de . La valeur électrique tombe au milieu des valeurs optiques, à des écarts plus petits que la dispersion des mesures optiques elles-mêmes. Maxwell conclut : « l'accord des résultats semble montrer que la lumière et le magnétisme sont des manifestations d'une même substance, et que la lumière est une perturbation électromagnétique qui se propage dans le champ selon les lois de l'électromagnétisme ». Aujourd'hui : depuis 1983, est exacte par définition (elle définit le mètre) ; depuis 2019, n'est plus fixée à mais mesurée (elle s'en écarte de en valeur relative), et : la relation de Maxwell est inscrite dans le système d'unités.
5) Le vide n'est pas dispersif. Avec et : , soit Le vide est non dispersif : toutes les composantes de Fourier d'une impulsion avancent à la même vitesse, et l'impulsion se propage sans se déformer (c'est la solution de la question 1). Le test astrophysique : la durée du trajet est . Deux photons de vitesses et , émis ensemble, arrivent avec l'écart (au premier ordre en ). Donc De (le circuit ) à (les photons gamma), en passant par la lumière visible (), la même célérité . C'est une majoration, valable si les photons ont été émis à peu près ensemble. Un plasma, au contraire, est dispersif.
6) Un terme invisible dans les circuits. En régime sinusoïdal, et , d'où Dans un conducteur, le courant de déplacement est négligeable devant le courant de conduction, à comme à () : Ampère n'avait aucun moyen de le voir. Le terme de Maxwell ne compte que là où il n'y a pas de courant de conduction : dans les isolants et le vide, entre les armatures d'un condensateur, partout où une onde se propage. Il a fallu attendre Hertz (1887-1888) pour produire et détecter des ondes électromagnétiques et montrer qu'elles se réfléchissent et se polarisent comme la lumière. Cas limite : si , : les champs suivraient leurs sources instantanément ; c'est le monde des régimes quasi stationnaires, celui du circuit de la question 2. Homogénéité : et s'expriment tous deux en .
Le résultat obtenu — Maxwell, 1865 : la lumière est une onde électromagnétique, de célérité . Les équations de Maxwell dans le vide admettent des ondes qui se propagent sans déformation, dans toutes les directions et à toutes les fréquences, à la célérité ; cette vitesse, construite sur la constante d'un condensateur et celle d'une bobine et mesurable par un circuit en régime quasi stationnaire, coïncide avec la vitesse de la lumière : la lumière est une onde électromagnétique, et le vide n'est pas dispersif. Numériquement, , identique de à à mieux que près.
Ce que le problème installe. Une célérité se lit dans l'équation de propagation, et se mesure sans propagation, par les constantes qu'elle contient. L'analyse dimensionnelle dit que est une vitesse avant tout calcul. La substitution d'une OPPM donne la relation de dispersion, et la non-dispersion du vide se teste sur tout le spectre. Et le terme de Maxwell, invisible dans les conducteurs, est ce qui rend la lumière possible.
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