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physique des ondes 2 (PC) · Chapitre 1 · Exercice de TD

Problème : Newton ou Laplace, la célérité du son

L'équation de d'Alembert · C. Les ondes acoustiques dans un fluide · niveau 3 (difficile)

Énoncé

Dans ses Principia (1687), Newton calcule le premier la célérité du son à partir des propriétés de l'air. Dans la deuxième édition (1713), il obtient pieds anglais par seconde, soit , alors que les mesures de l'époque donnent environ pieds par seconde, soit ; pour combler l'écart, il invoque la « crassitude » des particules d'air et les vapeurs que l'air contient. En 1816, Laplace explique l'écart par la thermodynamique de l'onde. Aujourd'hui, la célérité du son dans l'air sec mesurée à vaut , et des anémomètres à ultrasons mesurent à la fois le vent et la température de l'air par des temps de parcours du son.

Modèle. L'air est un gaz parfait de masse molaire et de rapport ; . Au repos, la pression , la masse volumique et la température sont uniformes ; on néglige la pesanteur. Une onde sonore plane se propage selon l'axe : la pression vaut , la masse volumique , la vitesse de l'air , et l'on se place dans l'approximation acoustique (, , et leurs dérivées sont des infiniment petits du premier ordre ; on néglige tout produit de deux d'entre eux). Rappels. La compressibilité d'un fluide, pour une transformation donnée, est le long de cette transformation : si elle est isotherme, si elle est isentropique. Pour une évolution adiabatique et réversible d'une quantité donnée de gaz parfait, est constant (loi de Laplace). Une différence de température s'efface par diffusion sur une distance en une durée de l'ordre de , où est la diffusivité thermique ; pour l'air, . Libre parcours moyen des molécules de l'air : . Données d'application. Hélium : , . Anémomètre : deux transducteurs se font face à la distance et s'envoient alternativement des impulsions ultrasonores. Un cent est un centième de demi-ton : un rapport de fréquences .

La tranche d'air comprise entre et : forces de pression sur ses faces et débits massiques qui la traversent.

1) L'équation. On considère la tranche fixe comprise entre les abscisses et , de section .

  • a) Par un bilan de la masse contenue dans cette tranche entre et , établir , puis sa forme au premier ordre.
  • b) On applique la loi de la quantité de mouvement à l'air contenu dans la tranche à l'instant (un système fermé). Calculer la résultante des forces de pression qu'il subit. Montrer que l'accélération de la particule d'air qui se trouve en à l'instant vaut , et que le second terme est négligeable au premier ordre. En déduire .
  • c) L'air subit une transformation de compressibilité , de sorte que . Établir l'équation de d'Alembert vérifiée par et exprimer la célérité . On admet qu'à trois dimensions elle devient .

2) L'hypothèse de Newton. Newton suppose implicitement que la température de l'air ne varie pas au passage de l'onde. Calculer pour un gaz parfait, en déduire la célérité en fonction de , et la calculer à et à . Comparer à la mesure.

3) L'hypothèse de Laplace. Laplace suppose les compressions et les détentes adiabatiques et réversibles. Calculer pour un gaz parfait, en déduire la célérité en fonction de , la calculer à et à , et la comparer à la mesure et à . La célérité dépend-elle de la pression ? Comment varie-t-elle avec la température ?

4) Pourquoi adiabatique ? Dans une onde sonore, une zone comprimée (légèrement plus chaude) et la zone détendue voisine (légèrement plus froide) sont à la distance . Comparer la durée nécessaire pour que la chaleur diffuse sur cette distance à la période de l'onde, à puis à . Comment le rapport de ces deux durées varie-t-il avec la fréquence ? À quelle fréquence vaudrait-il ? Que vaut alors la longueur d'onde, et que faut-il en conclure ?

5) Applications.

  • a) Une flûte, accordée à , est jouée dans une salle à . Ses fréquences de résonance sont proportionnelles à la célérité du son dans l'air qu'elle contient (sa longueur ne change pas). De combien de cents monte-t-elle ?
  • b) Calculer la célérité du son dans l'hélium à . La hauteur d'une voix est fixée par la fréquence de vibration des cordes vocales, son timbre par les résonances du conduit vocal, rempli de gaz. Qu'est-ce qui change quand on parle après avoir inspiré de l'hélium ?
  • c) Calculer la durée de parcours d'une impulsion entre les transducteurs de l'anémomètre, à et sans vent, et sa variation par kelvin. Avec un vent de vitesse parallèle au trajet, les durées de parcours dans les deux sens valent et : montrer qu'on en tire séparément et . Calculer et pour et commenter.

6) Le résultat. Énoncer le résultat établi et son domaine de validité.

Corrigé

La stratégie. Trois équations au premier ordre, chacune d'une origine physique distincte : la conservation de la masse, la loi de la quantité de mouvement, et une loi thermodynamique qui relie à . Les deux premières ne dépendent d'aucune hypothèse sur la chaleur ; toute la controverse est dans la troisième, c'est-à-dire dans .

1) a) Le bilan de masse. La tranche est fixe : c'est un volume de contrôle que l'air traverse. Elle contient la masse . Pendant , il entre par la face d'abscisse la masse , et il sort par la face d'abscisse la masse . La masse se conserve : Avec et uniforme et constant, et , où est du second ordre : Là où l'air converge (), il s'accumule.

1) b) La loi de la quantité de mouvement. Le système est l'air contenu dans la tranche à l'instant , de masse . Selon , l'air situé à gauche le pousse avec la force , l'air situé à droite avec la force ; les forces de pression sur la paroi latérale sont perpendiculaires à , et la pesanteur est négligée. La résultante vaut puisque est uniforme : seule la surpression pousse. Pour l'accélération, on suit une particule d'air : à l'instant , elle est en avec la vitesse ; à l'instant , elle est en , avec la vitesse . Sa vitesse a donc varié de Pour une onde d'amplitude , de pulsation et de nombre d'onde , est de l'ordre de et de l'ordre de : le second terme est plus petit d'un facteur , du premier ordre ; c'est un terme du second ordre, qu'on néglige. De même, la masse multiplie une accélération du premier ordre : on la remplace par . La loi de la quantité de mouvement donne, après simplification par , L'air accélère vers les basses pressions.

1) c) L'équation de d'Alembert. Avec , le bilan de masse devient . On dérive cette relation par rapport à , et la précédente par rapport à : Les dérivées croisées de sont égales ; en les éliminant, La vitesse et obéissent à la même équation. La structure est celle de la corde et de la tige : la raideur est (le module de compressibilité, la surpression qu'il faut pour réduire le volume d'une fraction donnée), l'inertie est . Reste à savoir quelle compressibilité : c'est là que Newton et Laplace divergent.

2) Newton : isotherme. Pour un gaz parfait, ; à température fixée, est proportionnelle à et , d'où et soit À , c'est de moins que la mesure () : l'écart est bien trop grand pour être une erreur de mesure, et c'est lui que Newton tentait de combler par des corrections faites sur mesure (sa propre valeur numérique, , dépendait de la masse volumique de l'air qu'il employait).

3) Laplace : isentropique. Pour une masse donnée de gaz, est proportionnel à , et la loi de Laplace s'écrit constante ; en différentiant, , d'où Numériquement, et : l'accord avec la mesure est parfait. Le facteur est tout l'écart : une compression adiabatique réchauffe l'air, ce qui augmente encore sa pression, et l'air paraît plus raide ( au lieu de ) que si la chaleur s'échappait.

À température donnée, est proportionnelle à : raideur et inertie croissent ensemble, et la célérité ne dépend pas de la pression. Elle croît comme : autour de . Au sommet d'une montagne, le son ne va moins vite que parce qu'il y fait plus froid. Les mesures de l'époque de Newton () correspondent, par cette loi, à un air à environ, un jour d'été.

Célérité du son dans l'air selon les deux hypothèses : le rapport vaut à toute température.

4) Pourquoi adiabatique. Pour que la compression soit isotherme, il faudrait que la chaleur produite dans la zone comprimée gagne la zone détendue, à , pendant une fraction de période. À , et vingt-trois minutes, contre une période de : un rapport . À , et , contre : un rapport . La chaleur n'a pas le temps de bouger ; chaque tranche d'air se comprime et se détend sans échange de chaleur : la transformation est adiabatique, et, faite sans frottement ni échange, réversible, donc isentropique.

Pour que l'onde soit isotherme, la chaleur devrait franchir en une fraction de période : il lui faut des secondes, voire des minutes.

Le rapport vaut : il décroît comme , car la distance à franchir diminue comme et la durée de diffusion comme son carré. Il vaudrait pour à peine quatre libres parcours moyens : à cette échelle, l'air n'est plus un milieu continu, et l'acoustique elle-même n'a plus de sens. Dans tout le domaine où l'air se comporte comme un milieu continu, le son y est adiabatique. Ce sont les petits écarts à cette idéalisation (un peu de chaleur échangée, un peu de viscosité) qui absorbent le son, d'autant plus que la fréquence est élevée.

5) a) La flûte. Les fréquences sont proportionnelles à , donc à : , soit cents, près d'un tiers de demi-ton : une oreille exercée l'entend. Les flûtistes « chauffent » leur instrument en soufflant dedans avant de s'accorder, et l'instrument monte pendant le concert.

5) b) L'hélium. , fois plus que dans l'air : est plus grand, et surtout la masse molaire sept fois plus petite. La vibration des cordes vocales, fixée par leur tension et leur masse, ne change pas : la hauteur de la voix reste presque la même. Les résonances du conduit vocal, proportionnelles à pour une géométrie donnée, sont multipliées par : le timbre change, la voix paraît nasillarde et aiguë, alors que sa fréquence fondamentale n'a pas bougé.

5) c) L'anémomètre. Sans vent, à , . Comme , et pour mesurer la température au dixième de degré, il faut dater les impulsions à près, ce que fait sans peine une électronique cadencée à quelques dizaines de mégahertz. Avec le vent, la somme des inverses donne , donc la température ; leur différence donne le vent. Pour , et : l'écart, , vaut dix-sept fois l'effet d'un kelvin. Une mesure dans un seul sens confondrait le vent et la température ; la mesure aller et retour les sépare. (L'humidité, qui change un peu et , impose une petite correction.)

6) Le résultat. Dans l'approximation acoustique, la conservation de la masse, la loi de la quantité de mouvement et la compressibilité du fluide donnent, pour la surpression, l'équation de d'Alembert de célérité . Les compressions et détentes d'une onde sonore sont adiabatiques et réversibles, parce que la chaleur n'a pas le temps de diffuser sur une demi-longueur d'onde tant que l'air se comporte comme un milieu continu : . Pour un gaz parfait, c'est la célérité de Laplace, indépendante de la pression, proportionnelle à , plus grande d'un facteur que la célérité isotherme de Newton : à , à dans l'air. Domaine : petites perturbations (), gaz parfait, longueur d'onde grande devant le libre parcours moyen.

Ce que l'exercice installe. Établir l'équation des ondes sonores à une dimension : un bilan de masse sur une tranche fixe, la loi de la quantité de mouvement sur l'air d'une tranche (avec une accélération dont le terme non linéaire est du second ordre), une loi de comportement thermodynamique, et la linéarisation à chaque étape. Voir que toute la physique de la célérité est dans la compressibilité : isotherme, elle donne de trop peu ; isentropique, elle donne la mesure. Justifier une hypothèse par une comparaison de durées (diffusion contre période) et en déduire son domaine. Lire dans des situations réelles : un instrument qui se désaccorde, une voix à l'hélium, un anémomètre qui mesure la température au dixième de degré.

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