Adloun

physique des ondes 2 (PC) · Chapitre 4 · Exercice de TD

Problème : focaliser pour découper, la tache focale

Introduction à la physique du laser · D. Le faisceau gaussien · niveau 3 (difficile)

Énoncé

Une machine de découpe de tôles utilise un laser à dioxyde de carbone (), qui émet une puissance à . Son faisceau gaussien arrive collimaté, de rayon , sur une lentille mince en séléniure de zinc (transparente dans l'infrarouge) de focale ; la tôle d'acier à découper a une épaisseur de . On utilise les résultats du cours sur le faisceau gaussien fondamental : , , demi-angle , intensité sur l'axe au waist . Toutes les lentilles sont minces et utilisées dans les conditions de Gauss.

1) Calculer la longueur de Rayleigh du faisceau incident, et justifier qu'on peut le traiter comme cylindrique sur la distance qui intéresse la lentille. Que prévoit l'optique géométrique pour le faisceau émergent ? Pourquoi ne peut-elle pas avoir raison au voisinage du foyer ? En raisonnant sur le cône émergent, établir la position et le rayon du waist émergent.

2) Exprimer la longueur de Rayleigh du faisceau focalisé (on appelle sa profondeur de champ) et l'intensité sur l'axe au waist, en fonction de , , et .

3) Calculer , et pour la machine de découpe. Comparer à l'intensité sur l'axe du faisceau incident, et la profondeur de champ à l'épaisseur de la tôle.

4) On intercale avant la lentille un élargisseur de grandissement . Que deviennent , et ? Quel compromis doit faire le constructeur ?

5) On remplace le laser par un laser à fibre de même puissance, émettant à , avec le même rayon et la même lentille. Calculer , et . À quelles tôles chacun des deux lasers convient-il le mieux ?

6) L'œil. On modélise l'œil par une lentille mince de focale , la rétine dans son plan focal image, la pupille ayant un diamètre de en plein jour (on raisonne comme si l'œil était rempli d'air ; l'indice de ses milieux ne change pas la taille de la tache). Calculer la taille de la tache et l'intensité sur la rétine pour un pointeur rouge de (, ) regardé dans l'axe, puis pour un pointeur vert de (, ). Comparer à l'image du Soleil (éclairement , diamètre apparent ) regardé en face. Commenter la réglementation : un laser de classe 2, de puissance au plus dans le visible, est considéré sans danger pour une exposition accidentelle, le réflexe palpébral (clignement) fermant l'œil en .

Corrigé

La stratégie. L'optique géométrique donne la direction du faisceau émergent : un cône qui converge vers le foyer image. La diffraction donne ce que l'optique géométrique ignore : un cône de demi-angle donné possède nécessairement un waist, de rayon fixé par . On égale les deux angles.

1) La construction de la tache focale. Faisceau incident : Sur les quelques centimètres qui comptent, le rayon du faisceau incident ne varie pas : il est cylindrique, de rayon , comme un faisceau de rayons parallèles à l'axe. Optique géométrique : ces rayons convergent au foyer image ; le faisceau émergent est un cône de sommet et de demi-angle tel que , soit dans les conditions de Gauss. Au foyer, l'optique géométrique prévoit un point, donc une intensité infinie : c'est impossible, car un faisceau de rayon nul diffracterait infiniment. Diffraction : le faisceau émergent est encore un faisceau gaussien ; loin de son waist, c'est un cône de demi-angle . Ce cône est celui de l'optique géométrique, de part et d'autre du foyer : il converge, puis rediverge avec le même angle. Les deux descriptions s'accordent si Le waist, point où le cône convergent devient divergent, est au sommet du cône : au foyer image , à une longueur de Rayleigh près (on le vérifie : ci-dessous). Plus la lentille est convergente et le faisceau incident large, plus la tache est petite.

2) Profondeur de champ et puissance surfacique. On note aussi : c'est la distance sur laquelle le cône de demi-angle resterait plus fin que le waist, ce que redit la construction cylindre-cône. L'intensité au foyer croît comme et comme ; la profondeur de champ varie en sens inverse de .

3) La machine à . Le faisceau incident a, sur l'axe, : la lentille multiplie la puissance surfacique par . Plus de cent millions de fois l'éclairement solaire : l'acier fond et se vaporise, et un jet de gaz chasse le métal liquide. La profondeur de champ, , dépasse l'épaisseur de la tôle : sur toute son épaisseur, le faisceau garde un rayon compris entre et si le foyer est placé au milieu. Et : le waist est bien au foyer.

4) Élargir avant de focaliser. Avec : (divisé par ), (multipliée par ), (divisée par ). L'intensité gagne ce que la profondeur de champ perd : ne dépend ni de ni de . Avec de profondeur de champ, le faisceau s'élargirait nettement dans une tôle de , et la saignée aurait des bords moins droits. Le constructeur choisit et selon l'épaisseur : grand pour les tôles minces (tache fine, découpe rapide), petit pour les tôles épaisses (profondeur de champ).

5) Le laser à fibre. La longueur d'onde est dix fois plus courte : , dix fois plus petit ; , cent fois plus grande ; , dix fois plus courte. Pour les tôles minces, le laser à fibre découpe beaucoup plus vite, avec une saignée fine : il a conquis ce marché. Pour les tôles épaisses, la profondeur de champ manque : on y garde l'avantage du , dont la grande longueur d'onde donne naturellement une longue profondeur de champ (dans ce modèle du moins : les machines réelles jouent aussi sur et sur ).

6) Dans l'œil. Pointeur rouge : le faisceau, de rayon , entre en entier dans la pupille (rayon ), et sa longueur de Rayleigh () est immense devant : il est cylindrique pour l'œil, qui le focalise sur la rétine en Pointeur vert de : et . Le Soleil : la pupille laisse entrer , mais le Soleil est une source étendue : chacun de ses points donne sa propre image, et l'ensemble forme sur la rétine un disque de diamètre , éclairé par Le pointeur de un milliwatt concentre sur la rétine fois plus que le Soleil regardé en face, le vert de cinq milliwatts fois plus. Le Soleil envoie sept fois plus de puissance dans l'œil, mais l'étale sur une image géométrique ; le laser, source cohérente spatialement, est focalisé jusqu'à la limite de diffraction, sur une tache dont la surface est près de trois cents fois plus petite. Personne ne fixe le Soleil : l'éblouissement fait fermer les yeux, et c'est sur ce réflexe que repose la classe 2 : pendant , le pointeur de dépose sur une tache de quelques micromètres, ce que la rétine supporte. Au-delà de , le clignement ne suffit plus à garantir l'innocuité : les pointeurs plus puissants, comme le vert de (classe 3R), sont réglementés, et les pointeurs de plusieurs centaines de milliwatts vendus sur internet sont interdits à la vente au public.

(Schéma hors d'échelle : un seul point du Soleil est figuré, les autres donnent des images voisines.)

Le résultat obtenu — la tache focale d'un faisceau gaussien. Une lentille de focale éclairée par un faisceau gaussien cylindrique de rayon , de longueur de Rayleigh grande devant , le transforme en un cône de demi-angle qui converge vers un waist placé au voisinage de son foyer image, de rayon et de profondeur de champ la puissance surfacique sur l'axe y vaut Pour un laser de focalisé à : , et ; pour un pointeur de dans l'œil : et fois le Soleil.

Ce que l'exercice installe. La méthode qui fait le cœur de la partie : l'optique géométrique donne le cône, la diffraction donne le waist, et l'on égale les deux angles, . La dimension de la tache donne la puissance surfacique disponible ; intensité et profondeur de champ varient en sens contraires ; une source cohérente se focalise jusqu'à la limite de diffraction, une source étendue ne descend pas sous son image géométrique.

100 % gratuit

La suite du chapitre est sur Adloun

Exercice suivant et tuteur

Sans compte : le cours, le premier QCM et 2 minutes de podcast et de vidéo. Exercices et tuteur : inscription gratuite en 30 secondes, sans carte bancaire.

Le cours du chapitre · Tous les exercices du chapitre

Exercice suivant et tuteur →