physique des ondes (PCSI) · Chapitre 5 · Exercice de TD
Lire une densité de probabilité
Formalisme quantique et quantification de l'énergie · A. La fonction d'onde et l'interprétation probabiliste · niveau 2
Énoncé
Une particule de masse est confinée sur un segment de l'axe (modèle d'un électron dans une molécule linéaire). On rappelle que la probabilité de la détecter entre et vaut .
1) On imagine d'abord un état où vaut une constante sur et ailleurs. Déterminer ; quelle est sa dimension ? Quelle est la probabilité de détecter la particule dans un intervalle ? Montrer que c'est aussi la répartition attendue pour une bille classique faisant des allers-retours à vitesse constante entre deux murs.
2) La théorie quantique (qu'on ne demande pas d'établir) montre que les états d'énergie bien définie sont repérés par un entier , et que la densité de probabilité de l'état est donnée par Vérifier la dimension de . Décrire l'allure de et de : positions les plus probables, points où la particule n'est jamais détectée (nœuds).
3) Calculer la probabilité de détecter la particule dans la moitié centrale . Donner , , , et comparer à la prédiction classique de la question 1. Que devient quand ? Commenter.
4) Dans l'état , quelle est la position moyenne de la particule ? Quelle est la densité de probabilité en ce point ? Peut-on concilier ce résultat avec l'idée que la particule suit une trajectoire continue allant d'une moitié du segment à l'autre ?
5) Rédiger en trois phrases ce que représente et ce qu'il ne représente pas.
Corrigé
Ce qu'on a le droit d'utiliser. La définition de la densité de probabilité, la condition de normalisation , et une intégrale de sinus carré, qu'on linéarise. Aucune propriété de la fonction d'onde n'est à établir : on lit une densité donnée.
1) L'état uniforme. La particule est sûrement quelque part sur , donc Une probabilité est un nombre sans dimension ; en est une, donc s'exprime en : c'est une probabilité par unité de longueur, exactement comme une masse linéique est une masse par unité de longueur. La probabilité cherchée est l'aire sous la densité : Pour la bille classique à vitesse constante , la fraction du temps passée dans est, sur un aller, : si l'on « photographie » la bille à un instant pris au hasard, on la trouve dans avec cette probabilité. La densité classique est donc uniforme, égale à .
2) Lecture des densités. Le sinus carré est sans dimension et est en : a bien la dimension d'une densité de probabilité linéique.
- Pour : est nulle aux murs, maximale en , où elle vaut , deux fois la densité classique.
- Pour : s'annule en , et , et vaut en et . Il y a deux positions les plus probables, et un nœud au milieu : la densité y est nulle, la particule n'y est jamais détectée.
- En général, présente maximums et nœuds intérieurs.
3) La moitié centrale. On linéarise : . Alors Le crochet vaut . Pour pair, les deux sinus sont nuls ; pour impair, . Dans tous les cas : Valeurs : ; ; ; .
La prédiction classique est . Dans l'état , la particule quantique est beaucoup plus souvent au centre qu'une bille (82 % contre 50 %) ; à l'inverse, la probabilité de la trouver dans le premier quart n'est que de , contre classiquement. Mais l'écart à est majoré par : il tend vers quand . Les oscillations de deviennent si serrées que, sur tout intervalle de taille fixée, leur moyenne redonne la densité uniforme .
Le point délicat. Ce n'est pas une coïncidence : c'est le principe de correspondance. Aux grands nombres quantiques — aux grandes énergies, ici — la description quantique rejoint la description classique. La physique quantique ne contredit pas la mécanique de Newton là où celle-ci marche ; elle la contient comme cas limite.
4) Le nœud central. La densité est symétrique par rapport à : à chaque position correspond une position de même probabilité. La position moyenne est donc . Or : la particule n'est jamais détectée à sa position moyenne. Moyenne et position la plus probable ( ou ) sont deux notions distinctes, comme pour toute loi de probabilité à deux bosses.
Plus troublant : la particule est détectée, d'une mesure à l'autre, tantôt dans la moitié gauche, tantôt dans la moitié droite, avec la même probabilité , mais jamais au point qui les sépare. Une bille suivant une trajectoire continue devrait passer par pour changer de moitié. On ne peut pas se représenter l'état quantique comme une trajectoire mal connue : la question « par où passe-t-elle ? » n'a pas de réponse dans ce cadre. Seuls les résultats de mesure ont un sens, et leur loi est .
5) Ce que représente. est la probabilité de détecter la particule entre et ; on la mesure par l'histogramme des positions trouvées sur un grand nombre de systèmes préparés à l'identique. Ce n'est pas une particule « étalée » : chaque détection donne une particule entière, en un point. Ce n'est pas non plus notre ignorance d'une position préexistante : la question 4 montre qu'aucune trajectoire sous-jacente n'est compatible avec la loi observée.
Ce que l'exercice installe. Trois réflexes de lecture qui serviront dans tout le chapitre : une densité de probabilité a la dimension inverse d'une longueur, et une probabilité est une aire ; on compare toujours la prédiction quantique à ce que ferait un objet classique, et l'écart s'efface aux grands nombres quantiques ; enfin, la notion de trajectoire n'est pas une donnée de départ de la physique quantique, et des résultats comme le nœud central la rendent intenable.
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