physique quantique (MP) · Chapitre 3 · Exercice de TD
Garder un électron dix ans derrière 8 nm d'oxyde : la mémoire flash
Marches et barrières de potentiel ; effet tunnel · D. Applications de l'effet tunnel · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Un électron de conduction du silicium fait face à une couche de silice : il voit une barrière de hauteur au-dessus de son énergie, et dans l'oxyde il a la masse effective (données). On admet que, pour une barrière épaisse, la densité de courant électrique qui traverse l'oxyde par effet tunnel est proportionnelle à , à hauteur de barrière et tension fixées.
1) Calculer et dans l'oxyde. Une couche de est-elle épaisse au sens de l'effet tunnel ? Et une couche de ?
2) Oxyde de grille d'un transistor. Par quel facteur la fuite tunnel est-elle multipliée quand on amincit l'oxyde de ? Comparer à la règle des ingénieurs, « une décade par deux angströms ». À , la fuite atteint (donnée). Pourquoi l'industrie a-t-elle cessé d'amincir la silice ?
3) Mémoire flash. Une cellule stocke un bit sous la forme d'environ électrons sur une grille flottante, isolée du canal par d'oxyde, de surface . En prenant la fuite de à comme référence, estimer la fuite à travers et le temps nécessaire pour perdre la charge. Les fabricants garantissent dix ans de rétention : qu'est-ce qui la limite ?
4) Écriture. Pour écrire ou effacer, on applique à l'oxyde un champ électrique : l'énergie potentielle de l'électron dans l'oxyde devient , la barrière devient triangulaire. Calculer sa largeur au niveau de l'énergie de l'électron. On admet que cette barrière triangulaire équivaut à une barrière rectangulaire de hauteur et de largeur . Comparer les exposants avec et sans champ. Estimer la durée d'écriture par la même référence.
5) Cas limite. Que se passe-t-il quand ? En dessous de quel champ la barrière cesse-t-elle d'être triangulaire ? Pourquoi le champ est-il un meilleur interrupteur qu'une modification de la hauteur ?
Corrigé
La stratégie. On ne calcule aucune transmission absolue : on part d'une fuite mesurée à une épaisseur, et l'on transporte cette mesure à une autre épaisseur, ou à une autre forme de barrière, par le rapport des exponentielles. La hauteur et la masse sont les mêmes partout, donc tous les facteurs autres que l'exponentielle s'éliminent.
1) L'échelle de l'oxyde. Pour , ; pour , : les deux sont épaisses, la loi exponentielle s'applique.
2) La fin de la silice. Un amincissement de multiplie la fuite par : c'est la « décade par deux angströms ». À , un milliard de transistors consomment à l'arrêt une puissance inacceptable. L'industrie a donc remplacé la silice par des isolants de plus grande permittivité, que l'on peut faire plus épais pour le même effet capacitif : l'exponentielle de l'effet tunnel a arrêté la miniaturisation de la silice vers , soit quatre ou cinq couches atomiques.
3) La rétention. De à , et Sur , le courant vaut . La charge stockée vaut ; elle s'écoule en un milliard de fois l'âge de l'Univers. L'effet tunnel direct ne limite donc pas la rétention. Ce qui la limite, ce sont les défauts de l'oxyde, qui se multiplient au fil des écritures : un électron peut sauter de défaut en défaut, chaque saut traversant une barrière beaucoup plus mince. La règle exponentielle explique aussi cela : couper une barrière de en deux barrières de change tout.
4) Le champ amincit la barrière. L'énergie potentielle redescend au niveau de l'électron en tel que : Au-delà de , l'électron a plus d'énergie que l'énergie potentielle : il n'a plus que le triangle à traverser. Avec la largeur équivalente , l'exposant vaut , contre sans champ : un gain de . Par rapport à la référence de (exposant ), la densité de courant vaut , et la charge de la cellule, , passe en l'ordre de grandeur réel des durées d'effacement d'une mémoire flash (estimation grossière : on a négligé l'effet du champ sur les facteurs autres que l'exponentielle). Le même oxyde garde la charge ans et la laisse passer en quelques millisecondes.
5) Cas limite. Quand , : la largeur traversée est bornée par l'épaisseur de l'oxyde. La barrière n'est triangulaire que si , soit ; en dessous, elle est trapézoïdale, et à champ nul on retrouve la barrière rectangulaire de et la rétention de la question 3. La hauteur est une propriété des matériaux, fixée à la fabrication ; la largeur effective, elle, se commande par une tension, et elle agit dans l'exposant : un facteur sur la largeur vaut ici vingt-neuf décades.
Ce que l'exercice installe. On transporte une mesure d'une barrière à une autre par le rapport des exponentielles, à hauteur et masse fixées : une décade par deux angströms dans la silice. Le champ électrique amincit la barrière sans l'abaisser, et l'exponentielle transforme un facteur modeste sur la largeur en dizaines de décades : c'est l'interrupteur de la mémoire flash, qui garde sa charge des années et l'écrit en millisecondes.
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