physique quantique (MP) · Chapitre 4 · Exercice de TD
Les neutrons qui rebondissent : l'énergie de confinement dans le puits de la pesanteur
Puits de potentiel infini : états stationnaires et non stationnaires · C. Propriétés physiques des états stationnaires · niveau 3 (difficile)
Énoncé
En 2002, à l'Institut Laue-Langevin de Grenoble, des neutrons ultrafroids, de vitesse horizontale de quelques mètres par seconde, ont été lancés au-dessus d'un miroir horizontal qui les réfléchit parfaitement. Ils sont soumis à leur poids. Au-dessus du miroir, à la hauteur réglable, un absorbant capte tout neutron qui l'atteint ; un détecteur compte les neutrons qui sortent de la fente. On décrit le mouvement vertical par le potentiel pour et pour (le miroir est une paroi infinie). Données : , . La résolution exacte de l'équation de Schrödinger dans ce puits, hors programme, donne les niveaux avec , , (valeurs fournies).
1) Que prévoit la mécanique classique pour le nombre de neutrons détectés en fonction de ? L'expérience ne détecte pratiquement aucun neutron tant que est inférieure à environ .
2) Estimer l'énergie par la méthode de l'énergie de confinement : un neutron confiné au-dessus du miroir sur une hauteur a une énergie . Justifier chaque terme par l'inégalité de Heisenberg et le potentiel, puis minimiser. Calculer la taille et l'énergie du fondamental ; comparer les deux termes au minimum.
3) Comparer à la valeur exacte . Calculer la hauteur que le neutron atteindrait classiquement avec l'énergie , et sa vitesse verticale au contact du miroir. Interpréter le seuil observé.
4) Depuis 2011, on mesure les écarts entre niveaux en faisant vibrer le miroir : la transition du niveau au niveau se produit quand la fréquence de vibration vaut (règle de Bohr, établie au problème de cette séance). Calculer ces fréquences pour et ; commenter leur ordre de grandeur.
5) Cas limites de la méthode. On considère le puits . Que redonne ? Que devient le puits quand ? Comparer, dans ce dernier cas, l'estimation de la méthode à l'énergie exacte du puits infini correspondant. Conclure sur la précision de la méthode.
Corrigé
La stratégie. On ne résout pas l'équation de Schrödinger : on estime. Confiner le neutron sur une hauteur coûte une énergie cinétique qui croît quand diminue ; le monter à la hauteur coûte une énergie potentielle qui croît avec . Le fondamental réalise le compromis. On compare ensuite à la valeur exacte fournie, puis aux cas limites où la réponse est connue.
1) La prévision classique. Un neutron d'énergie verticale monte jusqu'à et rebondit indéfiniment sur le miroir. Il passe sous l'absorbant si . Parmi des neutrons d'énergies verticales réparties continûment, il y en a toujours d'assez lents pour passer : classiquement, le flux détecté décroît continûment quand diminue, sans jamais s'annuler pour . Le seuil observé vers est une signature quantique : en dessous, aucun état du neutron ne tient dans la fente.
2) L'estimation. Si le neutron est confiné sur , l'inégalité de Heisenberg impose une dispersion d'impulsion : sa quantité de mouvement verticale est au moins de l'ordre de , d'où une énergie cinétique de confinement . Son énergie potentielle, à l'échelle , vaut . Donc Au minimum, : le terme cinétique vaut la moitié du terme potentiel, et . Numériquement, puis . Une énergie de l'ordre du picoélectronvolt, sur une hauteur de quelques micromètres : le neutron est lourd, mais la pesanteur est un confinement extrêmement mou.
3) La valeur exacte et le seuil. : l'estimation en donne , ce qui est excellent pour un argument d'ordre de grandeur. Un neutron classique d'énergie monterait jusqu'à avec une vitesse verticale au contact du miroir . Le fondamental occupe donc une hauteur d'une dizaine de micromètres, et sa densité de présence déborde un peu au-dessus de (onde évanescente, qualitativement). Une fente plus basse que cette extension ne peut contenir aucun état du neutron : il touche l'absorbant et disparaît. D'où le seuil vers , en accord avec et avec : c'est l'observation directe de l'énergie de confinement d'un état lié par la pesanteur.
4) Fréquences de transition. et , d'où Ce sont des fréquences acoustiques : on provoque les transitions en faisant vibrer mécaniquement le miroir, comme on ferait vibrer une membrane de haut-parleur. Les niveaux ne sont ni équidistants ni en : leur suite dépend de la forme du puits.
5) Cas limites. Pour , est le puits harmonique, où la méthode donne pour une valeur exacte (résultat admis) : facteur . Quand , tend vers pour et vers pour : on retrouve le puits infini de largeur . La méthode donne alors pour et au-delà : le minimum est atteint au bord, , et vaut . La valeur exacte est ; le rapport vaut . Sur trois formes très différentes (pente linéaire, parabole, parois verticales), la méthode donne le fondamental à un facteur près au plus : ce qu'elle fixe, c'est la loi d'échelle ( et en fonction de , et des paramètres du puits), pas le préfacteur.
Ce que l'exercice installe. La méthode de l'énergie de confinement pour un puits non rectangulaire : , minimisée en ; au minimum, énergie cinétique et énergie potentielle sont du même ordre. Elle s'associe à l'inégalité de Heisenberg, donne des lois d'échelle sûres et des préfacteurs approchés (de à ici, et un facteur pour le puits harmonique), et elle explique une expérience : des neutrons qui ne passent pas sous une fente de quelques micromètres.
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