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physique quantique (MPI) · Chapitre 3 · Exercice de TD

Problème : le microscope à effet tunnel, un courant qui compte les angströms

Marches et barrières de potentiel ; effet tunnel · D. Applications de l'effet tunnel · niveau 3 (difficile)

Énoncé

Dans un microscope à effet tunnel, une pointe métallique de tungstène est approchée à une distance de l'ordre du demi-nanomètre d'un échantillon conducteur, sans le toucher. Une tension de polarisation faible, , fait passer de la pointe à l'échantillon un courant de l'ordre du nanoampère, porté par des électrons dont l'énergie est voisine du niveau de Fermi des deux métaux. Pour l'électron, le vide entre les deux métaux est une barrière dont la hauteur au-dessus de son énergie est le travail de sortie (pris égal pour les deux métaux). Un tube piézoélectrique déplace la pointe en hauteur et la balaie latéralement ; une boucle d'asservissement agit sur sa hauteur. Données : , , . Courant de consigne à .

1) La barrière du vide. Écrire la forme de la fonction d'onde d'un électron du niveau de Fermi dans le vide. Calculer , et . En s'appuyant sur ce qu'on a établi pour les trois leviers de l'effet tunnel, et en admettant que le courant est proportionnel à la densité de présence de l'onde transmise, tous les autres facteurs (nombre d'électrons concernés, fixé par la tension, et leurs vitesses) étant indépendants de , justifier que au voisinage de . Combien d'électrons traversent par seconde à ?

2) Sensibilité. Par quel facteur le courant est-il divisé si l'on recule la pointe de ? De combien faut-il la reculer pour diviser le courant par ? Que vaut le courant à ? Reprendre le facteur par pour et . Commenter le « facteur dix par angström » souvent cité.

3) Mesurer la hauteur de barrière. En approchant la pointe de , on voit le courant passer de à . En déduire et la hauteur de barrière apparente . Commenter l'écart avec le travail de sortie.

4) Résolution verticale. En mode « courant constant », l'asservissement maintient le courant à près en ajustant la hauteur de la pointe pendant le balayage, et l'on enregistre la tension du piézoélectrique. À quelle précision la distance est-elle tenue ? Une vibration de la pointe d'amplitude module le courant de combien ? Le sol d'un laboratoire vibre avec une amplitude de l'ordre du micromètre : quelle atténuation l'isolation doit-elle fournir ?

5) Résolution latérale : le dernier atome. On modélise l'extrémité de la pointe par une sphère de rayon dont le point le plus bas est à la distance de l'échantillon plan. Montrer qu'à la distance de l'axe, l'épaisseur de vide vaut , et que la densité de courant varie en . En déduire le rayon de la tache de courant pour , et . Une pointe réelle, émoussée, porte un atome en saillie ; ses trois voisins sont en retrait de . Quelle fraction du courant passe par l'atome du bout ?

6) Cas limites et résultat. Que devient l'argument quand on approche la pointe à , puis au contact ? Pourrait-on faire un microscope à effet tunnel avec des protons ? Énoncer le résultat obtenu.

Corrigé

La stratégie. Tout repose sur l'onde évanescente dans le vide : le courant est proportionnel à ce qui en reste de l'autre côté, donc à . On n'a jamais besoin d'un courant absolu (le nanoampère est une donnée) : seulement des rapports à hauteur de barrière fixée, qui donnent la sensibilité, la mesure de , la résolution verticale et, par la géométrie de la pointe, la résolution latérale.

1) La barrière du vide. Dans le vide, l'électron d'énergie voit l'énergie potentielle : , avec soit . À , : la barrière est épaisse. Comme pour les trois leviers de l'effet tunnel, la continuité à la sortie impose aux deux exponentielles le même module, le terme croissant est négligeable à l'entrée, et la densité transmise vaut fois la densité incidente, avec indépendant de . Le courant étant proportionnel à cette densité, tous les autres facteurs étant indépendants de : À passent électrons par seconde : un toutes les . Chacun traverse seul la barrière ; c'est bien la physique d'une particule face à une barrière.

2) Sensibilité. Reculer de divise le courant par . Le diviser par demande , à peine plus d'un angström. À : noyé dans le bruit des meilleurs amplificateurs : le microscope ne fonctionne qu'à moins d'un nanomètre de la surface. Influence de la hauteur : , d'où un facteur par pour et pour . Le « facteur dix par angström » est un ordre de grandeur, exact à .

3) La hauteur de barrière, mesurée. , donc C'est caractériser l'onde évanescente par une mesure : on lit sur la pente de en fonction de , sans connaître ni le préfacteur ni le courant absolu. La hauteur apparente est plus basse que le travail de sortie tabulé : l'électron dans le vide est attiré par les deux surfaces métalliques (forces images), qui arrondissent et abaissent la barrière.

4) Résolution verticale. Une variation relative (dérivée logarithmique) ; tenir à près tient à un centième de diamètre atomique : la tension du piézoélectrique enregistre le relief de la surface au picomètre près, ce qui fait voir les atomes, de hauteur quelques dizaines de picomètres. Réciproquement, une vibration de module le courant de , autant que la consigne. Le sol vibre au micromètre : pour ramener les vibrations de la pointe sous le picomètre, l'isolation (suspension, amortissement, rigidité de la tête) doit atténuer d'un facteur de l'ordre de . C'est la difficulté technique majeure de l'instrument.

5) Résolution latérale. Un point de la sphère à la distance de l'axe est plus haut que le point le plus bas de pour . L'épaisseur de vide y vaut donc , et la densité de courant, en , varie comme une gaussienne de rayon (atténuation d'un facteur ) : pour , pour , pour . La tache est bien plus petite que la pointe, parce que l'exponentielle sélectionne le point le plus proche ; mais une pointe de ne résoudrait pas des atomes distants de . Or les pointes réelles, de rayon à , donnent la résolution atomique : c'est qu'elles portent presque toujours un atome en saillie. Les trois voisins, en retrait de , portent chacun du courant de l'atome du bout, qui en conduit donc La résolution latérale atomique vient de l'exponentielle : un seul atome conduit presque tout le courant.

6) Cas limites et résultat. À , : la condition de barrière épaisse est encore satisfaite (à l'entrée, le terme croissant ne vaut que du terme décroissant), mais la barrière réelle, abaissée par les forces images, devient plus basse et plus mince que le modèle. Au contact, la barrière disparaît : le courant cesse de croître exponentiellement, il sature à la conductance d'un contact atomique. Avec des protons, l'exposant serait multiplié par : à , aucun courant. Le microscope à effet tunnel est un instrument à électrons, prix Nobel de physique 1986 (Binnig et Rohrer).

Le résultat obtenu — le microscope à effet tunnel. Entre la pointe et l'échantillon, le vide est une barrière de hauteur égale au travail de sortie ; l'électron la traverse par son onde évanescente, et pour le courant tunnel varie comme , avec : il est divisé par environ à chaque angström de recul ( pour ). La pente de en fonction de mesure la hauteur de barrière ; un asservissement à quelques pour cent tient la distance au picomètre (résolution verticale), et la même exponentielle concentre le courant sur l'atome le plus proche de la surface (résolution latérale atomique).

Ce que le problème installe. Une application de l'effet tunnel se traite avec la seule onde évanescente : la loi , exploitée par rapports à hauteur fixée, donne la sensibilité, la mesure de et les deux résolutions, sans aucun courant absolu calculé. Et un réflexe d'ordre de grandeur : pour quelques électronvolts, un facteur dix par angström, un facteur dans l'exposant pour un proton.

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