thermodynamique et machines thermiques (PT) · Chapitre 2 · Exercice de TD
Capturer le dioxyde de carbone : le travail minimal d'une séparation
Expression différentielle des principes ; potentiel chimique · F. Expression du potentiel chimique selon l'état physique · niveau 3 (difficile)
Énoncé
On veut séparer un constituant d'un mélange de gaz parfaits, à et fixées. Le séparateur, quel qu'il soit (membranes, colonnes, solvants), est au contact d'un thermostat à et de l'atmosphère, et reçoit un travail autre que celui des forces de pression (électrique, mécanique). Pour chaque constituant, on admet . Données : , ; l'air est un mélange de de dioxygène et de diazote (argon compris).
1) Des gaz purs, chacun à et , sont mélangés à et . À l'aide de , montrer que l'enthalpie libre de mélange vaut , où est la quantité totale. Signe ? Interpréter.
2) Écrire les deux principes pour un pas d'évolution du système fermé contenu dans le séparateur, à et fixées, et montrer que . En déduire le travail minimal d'une séparation. Quand est-il atteint ?
3) Production de dioxygène. Calculer le travail minimal pour séparer complètement l'air en dioxygène et diazote purs à , par mole d'air, par mole puis par kilogramme de dioxygène, en . Les unités industrielles de distillation de l'air consomment de l'ordre de à par kilogramme de dioxygène : commenter.
4) Captage du dioxyde de carbone. On traite une mole de gaz de fraction en et l'on en extrait une fraction sous forme de pur ; il reste un gaz appauvri. Exprimer le travail minimal par mole de capté. Le calculer pour les fumées d'une centrale au charbon (, ), d'une turbine à gaz (, ) et pour l'air ambiant (, ), en et en . Montrer que, pour une extraction de très faible fraction, il tend vers par mole.
5) Le capté est comprimé de façon isotherme jusqu'à pour être transporté. En le traitant comme un gaz parfait, donner l'ordre de grandeur du travail minimal par mole, à . Comparer.
6) Les procédés de captage direct dans l'air consomment aujourd'hui de l'ordre de 5 à par tonne de . Commenter, en traçant l'allure du travail minimal en fonction de .
Corrigé
La stratégie. et le admis donnent l'enthalpie libre avant et après ; le second principe à et fixées, avec un travail autre que celui des forces de pression, dit que ce travail ne peut pas être inférieur à .
1) Le mélange est spontané. Avant : chaque gaz pur est sous , . Après : . Par , les termes et se compensent : puisque chaque . À et fixées, décroît lors du mélange : le mélange est spontané, comme l'expérience l'enseigne. Pour des gaz parfaits, il n'y a ni énergie ni volume de mélange ; tout vient de l'entropie, .
2) . Premier principe : (le système est à la pression de l'atmosphère, qui reste fixe). Second principe, avec le thermostat à : , soit . Donc ; à et fixées, le premier membre est : Sans travail autre (), on retrouve le critère du cours. Pour une séparation, : il faut fournir au moins . L'égalité correspond à une séparation réversible : membranes idéales, infiniment lente. C'est la même inégalité qui borne le travail électrique d'une pile en chimie.
3) Le dioxygène. Par mole d'air, à : Par mole de dioxygène, , et par kilogramme . Les unités réelles consomment 4 à 8 fois ce minimum : la distillation cryogénique demande de liquéfier l'air, avec des compresseurs et des échangeurs irréversibles. Le minimum thermodynamique n'est pas un objectif atteignable mais un plancher qui mesure les progrès possibles.
4) Le captage. État initial : une mole de fraction . État final : moles de pur et moles de gaz appauvri de fraction . En posant , l'enthalpie libre d'une quantité de mélange binaire de fraction s'écrit , où désigne le potentiel du gaz pur sous ; les termes se compensent par conservation de chaque espèce, et Avec , le travail minimal par mole de capté vaut (et correspond à ) :
| gaz traité | (K) | ||||
|---|---|---|---|---|---|
| charbon | |||||
| turbine à gaz | |||||
| air ambiant |
Limite d'une faible extraction. Retirer moles de d'un grand volume de fraction (qui ne change pas) pour en faire du gaz pur sous fait varier de ; d'où par mole : , et dans les trois cas. Capter coûte davantage, car les dernières moles sont arrachées à un gaz déjà appauvri ( environ).
5) La compression. Le travail minimal est celui d'une compression isotherme réversible d'un gaz parfait, par mole ; c'est aussi la variation du potentiel chimique admis. Pour : , soit : autant ou plus que la séparation pour des fumées. (À et , le est loin d'être un gaz parfait : ce n'est qu'un ordre de grandeur.)
6) Le prix de la dilution.
Le travail minimal croît comme le logarithme de la dilution : passer de à (300 fois plus dilué) ne fait que tripler le minimum. Les procédés réels de captage dans l'air consomment 10 à 20 fois ce minimum () : l'essentiel est de la chaleur pour régénérer l'absorbant, et il faut brasser d'énormes volumes d'air. Diluer est spontané et gratuit () ; défaire la dilution se paie, d'autant plus cher que l'on récupère les dernières traces. D'où l'intérêt de capter à la source, là où le gaz est concentré.
Ce que l'exercice installe. avec le admis des gaz parfaits en mélange donne ; le second principe à et fixées, avec un travail autre que celui des forces de pression, donne , donc le travail minimal d'une séparation , et par mole dans la limite diluée. La comparaison avec les consommations réelles mesure l'irréversibilité des procédés.
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