Expression différentielle des principes ; potentiel chimique
Cours complet · thermodynamique et machines thermiques (PT), chapitre 2 · CPGE PT (2e année)
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Les deux premiers principes de la thermodynamique se formulent d'ordinaire pour une transformation finie, entre un état initial et un état final. Mais dès que l'on veut suivre une évolution au fil de son déroulement — calculer une variation de température le long d'une compression, écrire une équation différentielle de refroidissement, ou décrire une réaction qui avance lentement — il faut passer à l'échelle mésoscopique et découper la transformation en une succession de pas infinitésimaux. C'est l'objet des identités thermodynamiques, qui condensent en une seule ligne le premier et le second principe.
En classe de PT, on unifie délibérément la présentation de la physique et de la chimie : les identités sont écrites d'emblée pour un système de composition variable, ce qui fait apparaître naturellement le potentiel chimique de chaque constituant. Cette grandeur, rattachée ici au cours de physique, joue pour les échanges de matière le rôle que la température joue pour les échanges de chaleur et la pression pour les échanges de volume. Elle prépare l'étude des changements d'état des corps purs (chapitre suivant) et celle des équilibres chimiques.
2.1 Échelle mésoscopique et transformations infinitésimales
2.1.1 Découper un système, découper une transformation
L'échelle mésoscopique est une échelle intermédiaire : un sous-système mésoscopique est assez petit pour qu'on puisse le considérer comme homogène et lui attribuer des grandeurs intensives locales (, , concentration) uniformes, mais assez grand pour contenir un très grand nombre de particules et rester justiciable de la thermodynamique. Un système macroscopique inhomogène se découpe en sous-systèmes mésoscopiques élémentaires, chacun décrit par ses propres variables d'état.
Méthode : Découper une transformation finie
Une transformation finie qui n'est pas quasi-statique, ou le long de laquelle les grandeurs varient beaucoup, se traite en la découpant en une succession de transformations infinitésimales. Sur chaque pas, les variations , , sont du premier ordre ; on écrit les principes sous forme différentielle, puis on intègre entre l'état initial et l'état final. C'est cette démarche qui transforme un principe en une équation différentielle relative au système étudié.
Pour une fonction d'état , la variation infinitésimale est une différentielle exacte : son intégrale entre deux états ne dépend pas du chemin, . Au contraire, les échanges et ne sont pas des différentielles de fonctions d'état : on les note et non , car dépend du chemin suivi.
Lorsqu'on découpe un système en sous-systèmes mésoscopiques , toute grandeur extensive est la somme des contributions : , , , . Cette additivité est ce qui permet de traiter un système inhomogène (température ou concentration non uniformes) en sommant les identités écrites localement sur chaque sous-système.
Deux blocs identiques d'un même métal, de capacité thermique , aux températures et , sont mis en contact thermique et isolés de l'extérieur. Que vaut la variation d'entropie de l'ensemble ?
Démonstration (Solution)
Par additivité, . L'ensemble étant isolé, la température finale est . En intégrant pour chaque bloc : . Comme (inégalité arithmético-géométrique), : l'entropie créée par le transfert irréversible est bien positive, nulle seulement si .
2.2 Les deux principes sous forme différentielle
2.2.1 Premier principe pour une transformation infinitésimale
Pour une transformation infinitésimale d'un système fermé, macroscopiquement au repos, la variation d'énergie interne est
où est le transfert thermique reçu et le travail reçu. Lorsque le seul travail est celui des forces de pression extérieure et que la transformation est mécaniquement réversible, .
En tenant compte de l'énergie cinétique macroscopique et d'une énergie potentielle extérieure , le bilan complet s'écrit . Dans tout ce chapitre le système est immobile et l'on se limite à .
2.2.2 Second principe pour une transformation infinitésimale
Il existe une fonction d'état extensive , l'entropie, telle que pour toute transformation infinitésimale d'un système fermé
est la température de la frontière où s'effectue le transfert . Le terme de création est nul si et seulement si la transformation est réversible, strictement positif si elle est irréversible.
Pour un système isolé, donc et : l'entropie d'un système isolé ne peut que croître, et l'équilibre correspond à son maximum. C'est la traduction la plus directe du « sens du temps » thermodynamique.
La relation de Boltzmann relie l'entropie au nombre de micro-états compatibles avec l'état macroscopique. Une évolution spontanée va vers les configurations les plus probables (dispersion d'un gaz, mélange, homogénéisation d'une température) : augmente, donc augmente.
2.3 Identités thermodynamiques
2.3.1 Identité fondamentale pour l'énergie interne
En combinant, pour une transformation réversible d'un système fermé de composition figée, avec et , on obtient une relation qui, ne faisant intervenir que des fonctions d'état, reste valable pour toute transformation.
Pour un système fermé de composition constante,
Cette identité est une relation entre variations de fonctions d'état : elle est indépendante du chemin, réversible ou non.
On établit l'identité en supposant la transformation réversible (, ), mais le résultat, ne reliant que des fonctions d'état, s'applique à toute transformation, même violemment irréversible. C'est le grand intérêt de l'écriture différentielle.
2.3.2 Enthalpie et enthalpie libre
On définit deux fonctions d'état par transformation de Legendre de :
et sont extensives, homogènes à une énergie ().
Pour un système fermé de composition constante,
Démonstration (Démonstration)
On différentie : . En reportant , les termes se compensent : . Puis donne .
Chaque fonction a ses variables naturelles, celles dont les différentielles apparaissent au second membre : , , . Les identités fournissent alors les dérivées partielles :
2.3.3 Définitions thermodynamiques de , et
Les relations
définissent respectivement la température thermodynamique et la pression thermodynamique du système. La température apparaît ainsi comme la sensibilité de l'énergie interne à l'entropie (à volume et composition figés), la pression comme sa sensibilité au volume.
Ces définitions préparent celle du potentiel chimique : de même que est conjuguée à et à , le potentiel chimique sera la variable conjuguée à la quantité de matière .
2.4 Identités pour un système de composition variable
2.4.1 Introduction du potentiel chimique
Lorsque la composition du système peut varier — réaction chimique, changement d'état, transfert d'un constituant entre deux phases — l'énergie interne dépend aussi des quantités de matière . On complète l'identité fondamentale par un terme d'échange de matière pour chaque constituant.
Pour un système fermé de composition variable comportant les constituants ,
et, en reprenant les définitions , ,
La grandeur , identique dans les trois écritures, est le potentiel chimique du constituant .
Démonstration (Démonstration)
On part de . Différentiant : . Puis donne . Le terme n'est affecté par aucune de ces transformations de Legendre (qui portent sur les couples et ), d'où l'identité de dans les trois expressions.
2.4.2 Le potentiel chimique
Le potentiel chimique du constituant est la dérivée partielle de l'enthalpie libre par rapport à sa quantité de matière, les autres constituants, et restant fixés :
De façon équivalente, . C'est une enthalpie libre molaire partielle, homogène à .
De même que la température règle les échanges de chaleur (la chaleur va du chaud vers le froid) et la pression les échanges de volume, le potentiel chimique règle les échanges de matière : un constituant migre spontanément des zones de fort potentiel chimique vers les zones de faible potentiel chimique, jusqu'à égalité. À l'équilibre d'un constituant réparti entre deux phases et , .
Le potentiel chimique est une grandeur intensive : quotient de la grandeur extensive par la grandeur extensive (à , fixés), il est inchangé quand on double le système.
2.4.3 Enthalpie libre en fonction des potentiels chimiques
Comme est extensive et les intensifs, l'enthalpie libre d'un système est, à et fixés,
Pour un corps pur, , soit : le potentiel chimique d'un corps pur est son enthalpie libre molaire.
Démonstration (Démonstration)
À et fixés, car est extensive (homogène de degré 1 en les ). Le théorème d'Euler sur les fonctions homogènes donne , c'est-à-dire .
En différentiant l'identité d'Euler on obtient . En la comparant à l'identité , les termes se simplifient et il reste
À et fixés, : les potentiels chimiques d'un mélange ne varient pas indépendamment. Pour un corps pur, on retrouve .
2.5 Critère d'évolution : comme potentiel thermodynamique
2.5.1 Enthalpie libre et transformations isothermes isobares
Pour un système fermé évoluant au contact d'un thermostat de température et d'un pressostat de pression (donc à et imposées constantes), sans autre travail que celui des forces de pression,
L'enthalpie libre ne peut que décroître ; l'équilibre est atteint au minimum de . L'égalité correspond à une évolution réversible.
Démonstration (Démonstration)
Le second principe donne . Au contact du thermostat , donc . À pression extérieure constante et pour le seul travail de pression, (l'enthalpie mesure la chaleur reçue à pression constante). Donc . Comme est constant, , d'où .
joue, pour les transformations isothermes, isobares et spontanées, le rôle que l'entropie joue pour un système isolé : c'est un potentiel thermodynamique. Le système évolue en « descendant » la fonction et se stabilise à son minimum. Comme la quasi-totalité des transformations physico-chimiques du programme sont isobares (à l'air libre) et isothermes (au contact du milieu), est la fonction reine : à et fixés, elle ne dépend plus que de la composition.
On se contente ici de justifier que décroît dans ces conditions ; l'étude générale des potentiels thermodynamiques (choix de la fonction selon les contraintes, transformation de Legendre systématique) est hors-programme en PT.
2.6 Expression du potentiel chimique selon l'état physique
2.6.1 Forme générale : activité et référence
Quel que soit l'état physique de l'espèce , son potentiel chimique se met sous la forme
où est l'activité (sans dimension) et le potentiel chimique de référence, ne dépendant que de . L'activité mesure l'écart à l'état de référence : redonne .
2.6.2 Potentiel chimique d'un gaz parfait
Pour un gaz parfait pur, à température fixée,
est le potentiel chimique standard (gaz parfait sous ). L'activité vaut .
Démonstration (Démonstration)
À constante, l'identité sur appliquée à un corps pur donne . Pour un gaz parfait , donc . On intègre de à : .
Dans un mélange idéal de gaz parfaits, chaque constituant se comporte comme s'il était seul : , où est la pression partielle et la fraction molaire.
2.6.3 Phases condensées et solutés
On retient les modèles suivants :
- Gaz parfait (pur ou en mélange) : , avec .
- Soluté en solution diluée idéale : , avec .
- Solvant d'une solution diluée : .
- Solide ou liquide pur seul dans sa phase : , donc .
- Constituant d'un mélange condensé idéal : (fraction molaire).
Pour une phase condensée, est faible et quasi constant ; l'intégration de donne . Cette dépendance en pression, très faible devant , est le plus souvent négligée : on prend pour un condensé pur.
Pour un gaz, l'état de référence est l'état standard (, gaz parfait sous ). Pour un soluté, la référence est la solution idéale de concentration extrapolée depuis la dilution infinie : une convention, non un état réellement accessible. Un solide pur a , mais son dépend malgré tout de .
2.7 Formulations massiques et molaires
2.7.1 Grandeurs massiques et molaires
Pour une grandeur extensive (comme , , , , ), on note la grandeur massique associée (par unité de masse) et la grandeur molaire associée (par mole). Ces grandeurs, quotients de deux extensives, sont intensives.
Pour un système fermé de composition constante et de masse fixée, en divisant l'identité par on obtient, pour les grandeurs massiques , , , , :
Les mêmes relations, écrites avec les grandeurs molaires , sont valables à quantité de matière fixée.
Les tables de vapeur et les diagrammes des fluides réels (chapitre suivant) donnent des grandeurs massiques : enthalpie massique , entropie massique , volume massique . Les identités massiques permettent de les exploiter directement, sans repasser par la quantité de matière, ce qui est commode pour les machines et les écoulements.
2.7.2 Distinguer intensif et extensif
Méthode : Reconnaître le caractère intensif ou extensif
Une grandeur est extensive si elle double quand on juxtapose deux systèmes identiques (, , , , , , ) ; intensive si elle est inchangée (, , , toute grandeur massique ou molaire). Test pratique : « si je double le système à et fixés, cette grandeur double-t-elle ? ». Le produit d'une intensive par une extensive reste extensif (, , ) ; le quotient de deux extensives est intensif (, ).
2.8 Synthèse du chapitre
- Principes différentiels : ; avec et .
- Identités thermodynamiques, composition variable :
- Fonctions d'état : , .
- Définitions thermodynamiques : , , .
- Enthalpie libre du système : ; pour un corps pur .
- potentiel thermodynamique : à , fixés, , minimum de à l'équilibre. Adapté aux transformations isothermes, isobares, spontanées.
- Potentiel chimique : . Gaz ; soluté dilué ; solvant / solide / liquide pur ; mélange condensé idéal .
- Massique / molaire : (massique), (molaire), toutes deux intensives ; identités valables par unité de masse.
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>2.9 Exercices résolus
Retrouver à partir de (composition figée), et en déduire et comme dérivées partielles de .
Démonstration (Solution)
, donc . En reportant , les termes et se compensent avec et ; il reste . On identifie et .
Une phase condensée de capacité thermique constante, à pression atmosphérique constante, échange de la chaleur avec l'air à température selon la loi de Newton ( coefficient de transfert, aire). Établir l'équation différentielle vérifiée par .
Démonstration (Solution)
À pression constante et pour le seul travail de pression, le premier principe différentiel donne , soit . D'où
Le découpage en pas infinitésimaux a transformé le principe en une équation différentielle du refroidissement.
De combien varie le potentiel chimique d'un gaz parfait à lorsqu'on le comprime de à ?
Démonstration (Solution)
. Le potentiel chimique croît avec la pression : comprimé, le gaz « pousse » davantage pour s'échapper, cohérent avec vu comme une pression d'échappement de la matière.
Un constituant est réparti entre une phase aqueuse (activité ) et une phase organique () à , avec le même état de référence. Dans quel sens s'effectue le transfert spontané, et quelle est la condition d'équilibre ?
Démonstration (Solution)
Le potentiel chimique vaut , avec commun. Comme , on a : le constituant migre de la phase organique (fort ) vers la phase aqueuse (faible ). Le transfert cesse quand , c'est-à-dire quand les activités s'égalisent. C'est l'illustration du rôle de dans les échanges de matière.
Un mélange contient d'un constituant de potentiel chimique et d'un constituant de , à et fixés. Calculer l'enthalpie libre du mélange.
Démonstration (Solution)
La relation d'Euler donne . On additionne les contributions de chaque constituant, pondérées par sa quantité de matière.
Justifier qu'à et fixés, un système fermé atteint son équilibre lorsque est minimale, et non maximale.
Démonstration (Solution)
Le critère d'évolution monotherme monobare est : au cours de toute évolution spontanée, décroît. Tant que le système peut évoluer avec , il n'est pas à l'équilibre. L'évolution ne s'arrête que lorsque ne peut plus décroître, c'est-à-dire au minimum de (où au premier ordre). Le maximum, lui, serait instable : la moindre fluctuation ferait décroître .
Pour l'eau à sous , on lit dans les tables , , , . Vérifier la cohérence avec l'identité massique à pression constante.
Démonstration (Solution)
La vaporisation est isobare et isotherme (). À pression constante, . En intégrant sur le changement d'état à constant : . Numériquement et . L'accord (à l'arrondi des tables) confirme l'identité massique.
L'enthalpie molaire de vaporisation de l'eau vaut . En déduire l'enthalpie massique de vaporisation et commenter son ordre de grandeur.
Démonstration (Solution)
Avec , l'enthalpie massique est . On retrouve l'ordre de grandeur de à connaître pour l'eau, cohérent avec le des tables de l'exercice précédent.
2.10 Exercices d'entraînement
- Écrire les trois identités thermodynamiques pour un système de composition variable. Pour chacune, préciser les variables naturelles de la fonction d'état concernée.
- À partir de , exprimer et comme dérivées partielles de . Commenter le fait que ces relations définissent la température et la pression thermodynamiques.
- Démontrer que le potentiel chimique est intensif, alors que et sont extensifs. En déduire, par la relation d'Euler, l'expression de pour un mélange.
- Un gaz parfait passe de à à . Calculer et interpréter son signe en termes de « pression d'échappement ».
- Pour un corps pur, montrer que . En déduire, à partir de , que et .
- Donner l'activité de chaque espèce de en solution diluée, puis écrire à , fixés en fonction des potentiels chimiques et de l'avancement.
- Un système fermé isotherme isobare est le siège d'une évolution spontanée. Montrer qu'au cours de l'évolution son enthalpie libre décroît et exprimer, à l'aide du second principe, l'entropie créée en fonction de .
- Diviser l'identité par la masse (constante) pour obtenir l'identité massique. Écrire de même l'identité molaire. Préciser le caractère intensif de , , .
- Deux compartiments d'un même gaz parfait à la même température, séparés par une paroi mobile diathermane, sont initialement aux pressions . À l'aide des potentiels chimiques, prévoir le sens de transfert de matière si la paroi devient perméable au gaz, et la condition d'équilibre.
- Pour l'eau à , on donne et . Interpréter la différence à l'aide de la relation de Boltzmann .
- Un solide pur est comprimé de à à température constante ; son volume molaire vaut . Calculer la variation et la comparer à à . Conclure sur la légitimité de prendre .
- Montrer, en partant de , que pour une transformation isochore réversible et pour une transformation isobare réversible . En quoi ces résultats justifient-ils l'introduction de l'enthalpie ?