Diagrammes d'état des fluides réels purs
Cours complet · thermodynamique et machines thermiques (PT), chapitre 3 · CPGE PT (2e année)
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Le gaz parfait est un modèle commode, mais aucune machine thermique réelle ne fonctionnerait sans exploiter les changements d'état d'un fluide : c'est en se vaporisant que l'eau emmagasine l'énergie dans une centrale, c'est en se condensant que le fluide d'un réfrigérateur évacue la chaleur. Décrire ces transformations impose de quitter le domaine « idéal » du gaz parfait et de manipuler des fluides réels, pour lesquels on ne dispose pas d'une équation d'état simple mais de diagrammes et de tables thermodynamiques.
Ce chapitre présente les quatre diagrammes au programme — Clapeyron , entropique , de Mollier , des frigoristes — et l'outil central pour lire un état diphasé : le titre de vapeur et la règle des moments. Toutes les grandeurs sont massiques (volume massique en , enthalpie en , entropie en ). Ces diagrammes sont l'outil de travail du chapitre suivant, consacré aux machines thermiques.
3.1 Corps pur sous plusieurs phases
3.1.1 Notion de phase et changement d'état
Une phase est une région de l'espace dans laquelle les grandeurs intensives (masse volumique, indice, composition…) varient de façon continue. Un corps pur peut exister sous trois phases : solide, liquide, gaz (vapeur). Un système où coexistent liquide et vapeur est dit diphasé.
Le passage d'une phase à l'autre porte un nom selon le sens :
| Transformation | Sens | Nom |
|---|---|---|
| Solide Liquide | fusion | |
| Liquide Solide | solidification | |
| Liquide Vapeur | vaporisation | (ébullition) |
| Vapeur Liquide | liquéfaction | (condensation) |
| Solide Vapeur | sublimation | |
| Vapeur Solide | condensation solide |
En thermodynamique des machines, seul l'équilibre liquide-vapeur nous intéresse.
3.1.2 Équilibre liquide-vapeur : pression de vapeur saturante
Le changement d'état d'un corps pur à température fixée se produit à pression fixée, appelée pression de vapeur saturante . Réciproquement, sous une pression donnée, la vaporisation se produit à une température d'ébullition fixée. Tant que les deux phases coexistent, et ne sont pas indépendants : ils sont liés par la courbe .
On justifie ce résultat par l'égalité des potentiels chimiques : à l'équilibre entre deux phases (liquide) et (gaz) d'un corps pur, on a
ce qui, à fixé, ne peut être satisfait que pour une valeur unique : à l'équilibre d'un corps pur sous deux phases, un seul paramètre intensif ( ou ) est libre.
Plus la température monte, plus augmente : c'est pourquoi l'eau bout à sous mais dès en altitude où la pression est plus faible, et à sous les d'une chaudière.
3.1.3 Chaleur latente (enthalpie de changement d'état)
L'enthalpie massique de vaporisation (aussi notée , « chaleur latente ») est l'énergie à fournir, sous forme de transfert thermique, pour vaporiser de liquide à la température (donc sous ) :
où et sont les enthalpies massiques de la vapeur et du liquide saturants à la température . Comme le changement d'état est isobare, la chaleur reçue vaut .
Pour l'eau à sous :
C'est énorme : environ cinq fois l'énergie pour porter cette même eau de à .
Le changement d'état étant isotherme et isobare, et donc réversible du point de vue du fluide, l'entropie massique de vaporisation se déduit directement de l'enthalpie :
étant la température (absolue) du changement d'état.
Démonstration (Démonstration)
Sur le palier, est constante. Pour une transformation réversible isotherme, . Or, sous pression constante, . En intégrant de l'état liquide saturant à l'état vapeur saturant, à constante :
3.2 Le diagramme de Clapeyron
3.2.1 Isothermes d'Andrews et courbe de saturation
Le diagramme de Clapeyron porte la pression en ordonnée et le volume massique en abscisse. On y trace les isothermes d'Andrews : chaque courbe à fixée.
Parcourons une isotherme sous-critique () de la droite (grands , vapeur) vers la gauche (petits , liquide) :
- Vapeur sèche : augmente lentement quand diminue (comportement proche du gaz : ).
- Palier horizontal : dès qu'on atteint la vapeur saturante , la pression reste constante () pendant toute la liquéfaction, jusqu'au liquide saturant .
- Liquide : au-delà de , la courbe monte très brusquement, car un liquide est quasi incompressible.
Le lieu des extrémités des paliers dessine la courbe de saturation (la « cloche ») :
- la branche gauche est la courbe d'ébullition (liquide saturant, titre ) ;
- la branche droite est la courbe de rosée (vapeur saturante, titre ).
Les deux branches se rejoignent au point critique C, de coordonnées . Pour l'eau : , . Au-dessus de , il n'existe plus de distinction entre liquide et vapeur : le palier a disparu (fluide supercritique).
L'isotherme critique () possède au point C une tangente horizontale avec un point d'inflexion : et . Ces deux conditions permettent de calculer les coordonnées critiques d'une équation d'état (comme celle de Van der Waals).
3.3 Titre de vapeur et règle des moments
3.3.1 Titre massique de vapeur
Dans un mélange diphasé de masse totale , le titre (massique) de vapeur est la fraction de masse en phase vapeur :
: liquide saturant seul (courbe d'ébullition). : vapeur saturante seule (courbe de rosée). Le titre en liquide est .
Toute grandeur massique extensive (volume , enthalpie , entropie , énergie interne ) du mélange est le barycentre massique des valeurs sur les deux courbes de saturation :
3.3.2 La règle des moments
Sur un palier de changement d'état (segment dans tout diagramme dont l'abscisse est une grandeur massique), un point diphasé de titre partage le segment de façon que :
où () et () sont les extrémités du palier et la grandeur portée en abscisse (, ou ). Le titre en vapeur se lit donc comme la fraction de la distance parcourue depuis le liquide.
Démonstration (Démonstration)
Partons de la relation barycentrique . En isolant :
De même , d'où en faisant le rapport . C'est le levier de la balance : le point est d'autant plus proche de que la phase liquide est majoritaire.
La règle des moments ne s'applique que sur les diagrammes dont l'axe des abscisses est une grandeur massique additive (, , , ). Elle ne fonctionne pas sur l'axe des ordonnées ou (constants sur le palier) ni sur un axe logarithmique. Sur le diagramme des frigoristes , on lit sur l'axe qui, lui, est linéaire.
3.4 Les diagrammes entropique, de Mollier et des frigoristes
Les trois autres diagrammes portent tous la cloche de saturation, mais avec des axes choisis pour lire directement les échanges énergétiques des machines.
3.4.1 Diagramme entropique
Le diagramme entropique porte la température en ordonnée et l'entropie massique en abscisse. Ses propriétés :
- Le palier de changement d'état y est horizontal ().
- L'aire sous une transformation réversible vaut le transfert thermique massique : .
- Un cycle y a une aire égale au travail échangé ; parcouru dans le sens horaire, c'est un moteur.
- Les isentropiques (transformations adiabatiques réversibles) sont des verticales.
- Gaz parfait : à partir de , une isobare s'écrit , soit : les isobares sont des exponentielles croissantes en .
- Liquide incompressible et indilatable (phase condensée, capacité massique) : , donc : la courbe d'ébullition est aussi une exponentielle, de pente d'autant plus faible que est grand ( du liquide de la vapeur en général).
3.4.2 Diagramme de Mollier
Le diagramme de Mollier porte l'enthalpie massique en ordonnée et l'entropie en abscisse. Il est adapté aux machines à écoulement (turbines) car sur un axe vertical se lisent directement et (via ). Sur ce diagramme :
- une isentropique (détente idéale de turbine) est une verticale : se lit à constante ;
- un palier de changement d'état est une droite oblique (car est sa pente : à constante) ;
- les isobares dans la zone vapeur sont des courbes de pente .
3.4.3 Diagramme des frigoristes
Le diagramme enthalpique ou des frigoristes porte (ou ) en ordonnée et l'enthalpie massique en abscisse. C'est le diagramme roi des machines frigorifiques :
- les isobares et donc les paliers sont horizontaux ;
- le laminage (détente isenthalpique dans un détendeur) est une verticale : ;
- une compression isentropique suit les isentropiques (obliques montantes) ;
- les segments horizontaux dans un échangeur se lisent en , donc directement en transfert thermique .
Méthode : Reconnaître les courbes iso-quelque-chose
Pour chaque diagramme, repérer l'allure des quatre familles :
| Isotherme | Isobare | Isentropique | Isenthalpe | |
|---|---|---|---|---|
| Clapeyron | courbe (palier horiz.) | horizontale | courbe raide | courbe |
| entropique | horizontale | exponentielle | verticale | courbe |
| Mollier | courbe | courbe | verticale | horizontale |
| frigoristes | courbe (palier horiz.) | horizontale | oblique montante | verticale |
Dans la zone diphasée, palier et isotherme et isobare se confondent.
3.5 Utilisation des tables thermodynamiques
Faute d'équation d'état simple, les valeurs des fluides réels sont tabulées. Deux types de tables coexistent.
- La table de saturation donne, pour chaque température (ou pression ), les grandeurs des deux courbes de saturation : ; ; . On y lit aussi .
- La table de vapeur surchauffée (ou liquide sous-refroidi) donne en fonction de hors de la cloche, là où l'état est monophasé.
Méthode : Déterminer l'état d'un fluide et ses grandeurs
Étant donné deux variables (par exemple et , ou et ) :
- Prévoir la phase. Comparer à la table de saturation. Si : vapeur ; si : liquide ; si : diphasé.
- Cas diphasé. Calculer le titre par la règle des moments sur la grandeur connue, puis toutes les autres grandeurs par .
- Cas monophasé. Lire (ou interpoler linéairement) directement dans la table de surchauffe.
Les tables fixent une origine arbitraire des enthalpies et entropies (souvent et au point triple de l'eau, à ). Seules les variations , ont un sens physique : on peut donc utiliser n'importe quelle table de façon cohérente pourvu qu'on ne mélange pas deux conventions.
Capacité numérique : Interpolation dans une table
Pour estimer à entre deux lignes tabulées à et , l'interpolation linéaire s'écrit en Python :
def interp(x, x0, x1, y0, y1):
"""Interpolation linéaire de y en x entre (x0,y0) et (x1,y1)."""
return y0 + (y1 - y0) * (x - x0) / (x1 - x0)
# h_liq à 40 et 50 °C (kJ/kg), table de l'eau
h40, h50 = 167.5, 209.3
print(interp(45, 40, 50, h40, h50)) # -> 188.4 kJ/kg
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>3.6 Exercices résolus
Dans un récipient, de l'eau à sous occupe un volume massique . On donne et . Déterminer le titre de vapeur.
Démonstration
La règle des moments sur l'axe donne :
Le mélange est donc à peu près à moitié vaporisé (en masse), . Comme , on aurait pu approximer .
On liquéfie totalement, de façon isobare, de vapeur d'eau saturante à . Quelle énergie thermique le fluide cède-t-il ? On prend .
Démonstration
La liquéfaction est l'inverse de la vaporisation : le fluide passe de vapeur () à liquide (), donc . Sous pression constante, par unité de masse :
Le fluide cède au milieu extérieur (signe pour le fluide). C'est cette énergie qu'un condenseur évacue.
Vérifier l'ordre de grandeur de de l'eau à et commenter la « règle de Trouton ».
Démonstration
Avec K et :
Ramenée à la mole () : , du même ordre que la valeur universelle de Trouton (), un peu plus élevée à cause des liaisons hydrogène de l'eau.
De l'eau à a un titre . Table de saturation à : , , , . Calculer et du mélange.
Démonstration
Barycentre massique :
On vérifie au passage et , bien égal à . Cohérence confirmée.
On dispose d'eau à sous . Sachant que , dans quel état est le fluide ?
Démonstration
On compare la pression réelle à la pression de vapeur saturante à cette température. Ici . Sous une pression inférieure à la pression saturante, le liquide se serait entièrement vaporisé : le fluide est de la vapeur surchauffée (monophasé gaz). Il faudrait donc lire ses grandeurs dans la table de vapeur surchauffée à , et non par la règle des moments.
Dans une machine frigorifique, le fluide R134a entre dans le détendeur à l'état liquide saturant sous () et ressort sous , où et . Déterminer le titre en sortie de détendeur.
Démonstration
Le laminage est isenthalpique : (verticale sur le diagramme ). En sortie, sous , le fluide est diphasé. La règle des moments sur l'axe donne :
Le détendeur produit donc du fluide vaporisé à : c'est ce mélange froid qui, en se vaporisant dans l'évaporateur, absorbera la chaleur de la source froide.
L'équation de Van der Waals massique s'écrit . Déterminer les coordonnées critiques à l'aide des conditions au point critique.
Démonstration
Au point critique, l'isotherme critique possède un point d'inflexion à tangente horizontale :
Explicitons . Alors :
En divisant la première par la seconde (après réarrangement) on obtient , d'où . En reportant dans la première équation : , soit . Enfin , soit . On vérifie le facteur de compressibilité critique universel .
Sur un diagramme , un fluide décrit un cycle rectangulaire réversible : deux isothermes à et , deux isentropiques. L'écart d'entropie sur les paliers vaut . Calculer le travail massique et l'efficacité.
Démonstration
L'aire du rectangle (cycle horaire = moteur) vaut le travail massique fourni au signe près :
La chaleur reçue à la source chaude est l'aire sous le palier haut : . L'efficacité (rendement de Carnot, puisque le cycle est réversible) vaut :
Le très faible écart de température explique la piètre efficacité : c'est toute la difficulté des machines thermiques réelles.
3.7 Exercices d'entraînement
- () Une masse d'eau à occupe . Données : , . Calculer le titre de vapeur.
- () On donne . Quelle masse d'eau peut-on vaporiser avec de chaleur ?
- () Sur un diagramme de Clapeyron , tracer l'allure de trois isothermes : une sous-critique, l'isotherme critique, une supercritique. Repérer la cloche, le point critique, les zones liquide / diphasé / vapeur.
- () Sur un diagramme des frigoristes , indiquer l'allure d'un laminage, d'une compression isentropique et d'un échange de chaleur isobare. Lesquels sont verticaux, horizontaux, obliques ?
- () Un mélange eau-vapeur à a un titre . Table : , . Calculer du mélange, puis à cette température.
- () L'ammoniac () a à . Calculer massique et molaire ; commenter par rapport à la règle de Trouton.
- () Dans un détendeur, du R134a passe de liquide saturant sous () à où , . Titre en sortie ?
- () Sur un diagramme entropique , un fluide subit une vaporisation totale à . On donne . Calculer et représenter la transformation (segment horizontal). Quelle est l'aire sous ce segment et que représente-t-elle ?
- () Justifier qu'un changement d'état isotherme d'un corps pur est nécessairement isobare, à l'aide de l'égalité des potentiels chimiques et de la variance de Gibbs.
- () On chauffe de façon isobare () de l'eau liquide de jusqu'à vaporisation complète. Décrire le trajet sur les diagrammes , et : quelles portions sont des paliers, quelles portions sont montantes ?
- () Sur le diagramme des frigoristes d'une pompe à chaleur, on lit : compresseur (, ), condenseur (), détendeur (), évaporateur . Calculer au compresseur, , et l'efficacité .
- () Établir l'équation d'une isobare dans le diagramme entropique pour un gaz parfait, puis pour un liquide incompressible indilatable. Comparer les pentes et en déduire laquelle des deux branches de la cloche est la plus « raide » près du point critique.
- Corps pur diphasé : le changement d'état est isotherme ET isobare ; lie et (variance ). Sur les diagrammes, il donne un palier.
- Chaleur latente : , et . Pour l'eau à : .
- Titre de vapeur : ; toute grandeur massique .
- Règle des moments : sur un palier dont l'abscisse est une grandeur massique (, , ). Le titre se mesure depuis le liquide.
- Quatre diagrammes : Clapeyron ; entropique (aire , isentrope verticale) ; Mollier (isenthalpe horizontale) ; frigoristes (paliers horizontaux, laminage vertical ).
- Point critique C : plus de distinction liquide/vapeur au-delà (, ) ; tangente horizontale + inflexion sur l'isotherme critique.
- Tables : saturation () pour le diphasé ; surchauffe pour le monophasé. Comparer à pour prévoir la phase.