thermodynamique et statique des fluides (PCSI) · Chapitre 8 · Exercice de TD
La vanne-segment : une paroi courbe dont le moment est nul
Statique des fluides dans un référentiel galiléen · D. Résultante des forces de pression · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Les vannes-segments (dites aussi vannes Tainter, du nom de l'ingénieur américain qui les conçut à la fin du dix-neuvième siècle) équipent les déversoirs de barrages et les écluses. La partie mouillée est un quart de cylindre de rayon et de longueur , d'axe horizontal ; la vanne pivote autour de , auquel elle est reliée par des bras rigides. Dans le plan de coupe, l'axe passe par le point , situé au niveau de la surface libre ; la paroi mouillée va du point (à la surface, à la distance de , côté amont) au point (sur le radier, à la verticale de , à la profondeur ). L'eau () est du côté convexe ; le quart de disque est sec. On repère un point de la paroi par l'angle . On prendra .
1) Symétries. Quelle est la direction de la force pressante élémentaire en ? En déduire, sans calcul, que le moment résultant des forces de pression par rapport à est nul, et que la résultante passe par . Pourquoi la résultante est-elle orthogonale à ?
2) Exprimer l'élément de surface de la paroi en coordonnées cylindriques d'axe , et la pression (au-delà de l'atmosphère) en en fonction de . Calculer les composantes horizontale et verticale de la résultante ; préciser leurs sens.
3) Interpréter sans intégrale. Montrer que est la force qu'exercerait l'eau sur la projection de la paroi sur un plan vertical. Montrer que est le poids de l'eau qui remplirait le quart de disque (on pourra imaginer ce volume rempli d'eau au repos et isoler ce « fluide fictif », comme dans la démonstration du théorème d'Archimède).
4) Calculer , , la norme de la résultante et son inclinaison sur l'horizontale. Une vanne plane verticale de même hauteur, levée en glissant dans des rainures (coefficient de frottement ), demanderait, en plus de son poids, quelle force ? Que faut-il vaincre pour lever la vanne-segment ? Conclure sur l'intérêt de cette forme.
5) Signe. Si l'eau était du côté concave (elle remplit le quart de disque, à la même profondeur), que deviendraient et ? Vérifier par l'argument du fluide fictif.
Corrigé
La stratégie. Avant tout calcul, on regarde la géométrie des forces élémentaires : elle donne la direction de la résultante et son moment. On choisit ensuite la surface élémentaire adaptée à un cylindre, une bande d'angle , et l'on projette avant d'intégrer. Enfin on retrouve le résultat sans intégrale, par la méthode du cours sur la résultante des forces de pression sur une paroi courbe : projection et fluide fictif.
1) Symétries. On place l'origine en , l'axe horizontal vers l'aval, l'axe vertical ascendant ; alors , et . La force pressante est normale à la paroi, et la normale à un cercle est radiale : chaque force élémentaire est portée par la droite , qui passe par l'axe. L'eau, du côté convexe, pousse la paroi vers . Une force dont la droite d'action coupe a un moment nul par rapport à ; la somme de moments nuls est nulle : le moment résultant par rapport à est nul, et la résultante, si on la place sur sa droite d'action, passe par l'axe. Enfin, toutes les forces élémentaires sont dans des plans orthogonaux à (la normale à un cylindre n'a pas de composante selon son axe) : la résultante est orthogonale à . Les extrémités de la vanne (les flasques) sont hors d'eau ou étanchées contre les bajoyers : on ne les compte pas.
2) Le calcul. La bande de paroi d'angle a pour largeur et pour longueur : . Le point est à la profondeur : la pression au-delà de l'atmosphère y vaut (l'air s'exerce aussi sur la face sèche, et se compense). La force élémentaire, dirigée de vers , vaut On projette, puis on intègre : : vers l'aval ; : vers le haut. L'eau, sous la paroi et en amont, la pousse vers l'aval et la soulève.
Le point délicat. On ne somme jamais des normes de forces qui n'ont pas la même direction : on projette sur des axes fixes, et seulement ensuite on intègre. Projeter sur , qui tourne avec , n'aurait aucun sens.
3) Sans intégrale. Composante horizontale. , et est l'aire de la projection de la bande sur un plan vertical : une bande horizontale de hauteur , à la même profondeur, donc à la même pression. est donc la force sur le rectangle vertical de hauteur et de longueur , celle d'un petit barrage : , appliquée au tiers de la hauteur.
Composante verticale : le fluide fictif. Imaginons le quart de disque rempli d'eau au repos, en continuité avec l'eau réelle, et isolons cette eau fictive. Elle est en équilibre sous : son poids vers le bas ; la pression atmosphérique sur sa face supérieure , à la surface libre (nulle au-delà de l'atmosphère) ; les forces de pression sur la face verticale , horizontales ; et les forces de pression exercées par l'eau réelle à travers l'arc . Ces dernières sont les mêmes que sur la vanne, car elles ne dépendent que de la forme de la surface et du champ de pression, inchangé. La projection verticale de l'équilibre donne : la composante verticale de la force de l'eau sur l'arc vaut le poids de l'eau fictive, vers le haut, le résultat de l'intégrale, sans intégrale. La projection horizontale redonne : elle équilibre la force sur la face verticale , qui est la projection de l'arc.
4) Les nombres. , le poids de , incliné de au-dessus de l'horizontale, et dirigé vers l'axe. Une vanne plane verticale de même hauteur subit la force horizontale ; plaquée contre ses rainures, elle oppose au levage un frottement , le poids de , qui s'ajoute à son poids. La vanne-segment, elle, tourne autour de : la poussée de l'eau, qui passe par l'axe, n'a aucun moment qui s'oppose à la rotation. Il ne reste à vaincre que le moment du poids de la vanne, souvent compensé par des contrepoids, et le frottement dans les paliers de l'axe, faible parce que son bras de levier est le rayon du tourillon, quelques centimètres, et non le rayon de la vanne. C'est tout l'intérêt de la forme : quatre cents tonnes de poussée, encaissées par l'axe, et une manœuvre légère, possible même sous pleine charge.
5) L'eau du côté concave. L'eau remplit maintenant le quart de disque : en , elle pousse la paroi vers l'extérieur, change de signe, avec la même norme. Donc (vers l'amont) et (vers le bas). Le fluide fictif n'est plus fictif : c'est l'eau réelle qui occupe le quart de disque, au-dessus de la paroi, et la paroi porte son poids. La règle générale : la composante verticale est le poids de l'eau, réelle ou fictive, comprise entre la paroi et le plan de la surface libre ; elle est dirigée vers le bas si l'eau est au-dessus de la paroi, vers le haut si elle est au-dessous. Le moment par rapport à reste nul : les forces sont toujours radiales.
Ce que l'exercice installe. Les symétries avant le calcul : la direction des forces élémentaires donne, sans intégrale, le moment et la direction de la résultante. La surface élémentaire se choisit dans les coordonnées de la paroi () ; on projette sur des axes fixes avant d'intégrer. La composante horizontale est la force sur la projection verticale ; la composante verticale est le poids d'un fluide, réel ou fictif : c'est l'argument du théorème d'Archimède. Ce réflexe « symétries d'abord » sera celui de tout l'électromagnétisme.
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