thermodynamique (PTSI) · Chapitre 6 · Exercice de TD
L'eau surfondue qui gèle d'un coup
Deuxième principe et bilans d'entropie · E. Entropie de transition de phase · niveau 3 (difficile)
Énoncé
De l'eau très pure, de masse , est maintenue liquide à sous (surfusion) dans un récipient calorifugé, de capacité thermique négligeable, ouvert sur l'atmosphère. Un léger choc déclenche la solidification. Données : capacité thermique massique de l'eau liquide , supposée constante jusqu'à ; enthalpie massique de fusion à , . On DONNE l'entropie du liquide, , et la relation à .
Résultat rappelé (bilan d'enthalpie, chapitre du premier principe) : la transformation est monobare et adiabatique, donc ; l'état final est un mélange d'eau liquide et de glace à , la fraction massique de glace formée valant et cette hypothèse sur l'état final est cohérente tant que , c'est-à-dire tant que environ.
1) Définir le système et la transformation. Que vaut ? Pourquoi ne peut-on pas calculer le long de la transformation réelle ?
2) L'entropie étant une fonction d'état, on calcule sur un chemin fictif réversible reliant les mêmes états : échauffement du liquide de à , puis solidification de la masse à . Calculer les deux contributions, puis . Commenter son signe et sa petitesse devant chacun des deux termes.
3) Montrer que avec . Reconnaître cette expression, et l'interpréter physiquement.
4) Pourquoi le chemin fictif n'a-t-il rien à voir avec ce qui se passe réellement ? Quelle est la cause physique de l'irréversibilité ? Le processus inverse — un mélange d'eau et de glace à qui redeviendrait, dans le même récipient, de l'eau liquide à — est-il possible ?
Corrigé
La stratégie. L'état final est connu ; par les échanges réels, par un chemin choisi, par différence.
1) Le système et la transformation. Le système : les d'eau, système fermé (le récipient, de capacité négligeable, ne compte pas). État initial : liquide à , sous . État final : liquide de masse et glace de masse , à , sous . Contrainte extérieure : la pression atmosphérique, constante ; parois calorifugées.
Le récipient est calorifugé : , donc , et .
Pendant la transformation réelle, de la glace à côtoie du liquide plus froid : pas de température unique, pas d'état d'équilibre auquel appliquer les expressions de l'entropie.
2) Le chemin fictif. On relie les deux états par deux étapes réversibles, chacune décrite par une expression fournie.
Étape a : échauffer le liquide de à , réversiblement (au contact d'une suite de thermostats de plus en plus rapprochés, l'entropie créée tendant vers zéro avec l'écart entre deux thermostats successifs) :
Étape b : solidifier la masse à , sous , à l'équilibre. La solidification est l'inverse de la fusion : . Avec :
Le bilan : soit par kilogramme d'eau. Positive, et petite : de chacun des deux termes, qui se compensent presque. Il faut donc quatre chiffres significatifs : un arrondi précoce ferait apparaître un nul, voire négatif.
3) La forme exacte. Remplaçons par : C'est exactement l'entropie créée quand on plonge le liquide à dans un thermostat à (exercice 3, question 5). Interprétation : la glace qui se forme à joue le rôle d'un thermostat. Elle libère sa chaleur latente à température fixe , que le liquide absorbe depuis : transfert sous écart fini, interne au système. Avec , on retrouve , et le signe positif sans calcul.
Cas limite : vers , où toute l'eau gèlerait, on trouverait environ .
4) Le chemin réel et le chemin fictif. L'eau ne se réchauffe pas d'abord pour geler ensuite : elle gèle et se réchauffe en même temps, hors d'équilibre. Le chemin fictif est un outil de calcul, licite parce que est une fonction d'état ; il comporte d'ailleurs des échanges ( reçus à l'étape a, autant cédés à l'étape b) que le chemin réel n'a pas. Seule est commune aux deux.
La cause d'irréversibilité : la rupture d'un état métastable. Le choc déclenche une évolution brutale vers l'équilibre stable, avec un transfert thermique interne entre glace à et liquide plus froid.
Le processus inverse aurait dans un récipient calorifugé, donc : il est impossible.
Ce que l'exercice installe. Pour une transformation hors d'équilibre, se calcule sur un chemin fictif réversible entre les mêmes états, et les échanges, eux, se lisent sur le chemin réel. Une petite entropie créée impose de calculer avec soin. Et la glace qui se forme est un thermostat interne : même fonction qu'un contact thermique.
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