thermodynamique (PTSI) · Chapitre 6 · Application directe du cours
Le mélange de deux gaz et le paradoxe de Gibbs
Deuxième principe et bilans d'entropie · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Une enceinte rigide et calorifugée est séparée par une cloison en deux compartiments. Le premier, de volume , contient moles d'un gaz parfait ; le second, de volume , contient moles d'un gaz parfait ; les deux gaz sont à la même température et à la même pression . On retire la cloison. Les gaz ne réagissent pas. On DONNE :
- l'entropie de moles d'un gaz parfait pur, sous sa forme extensive, et étant des constantes propres au gaz :
- la règle du mélange idéal : l'entropie (comme l'énergie interne) d'un mélange idéal de gaz différents est la somme des entropies qu'aurait chaque gaz s'il occupait seul tout le volume, à la même température.
1) Déterminer l'état final (température, pression).
2) Montrer que l'entropie de mélange vaut , où est la fraction molaire. Quel est son signe ? Que vaut l'entropie créée, et quelle en est la cause ?
3) Calculer pour une mole de chaque gaz, puis pour la formation d'une mole d'air ( de diazote, d'oxygène) à partir des gaz purs. Le mélange est-il réversible ?
4) Les deux compartiments contiennent maintenant le même gaz, dans les mêmes conditions. Calculer avec l'expression fournie. Comparer avec ce qu'aurait donné la règle du mélange appliquée aveuglément. Expliquer pourquoi le résultat est le bon (paradoxe de Gibbs).
Corrigé
La stratégie. Premier principe pour l'état final ; règle du mélange pour , gaz par gaz ; la question 4 teste la règle là où elle ne s'applique pas.
1) L'état final. Le système : les deux gaz, système fermé, isolé (enceinte rigide, ; calorifugée, ). Premier principe : . L'énergie interne d'un gaz parfait ne dépend que de : , d'où . La pression finale est , puisque .
2) L'entropie de mélange. Par la règle du mélange, chaque gaz passe, à température constante, de à avec . L'expression fournie donne, pour chacun, . Or, les deux gaz étant initialement à la même température et à la même pression, . Donc
Chaque est strictement compris entre et : chaque logarithme est négatif, et .
L'entropie créée. Le système est isolé : et . La cause d'irréversibilité est la diffusion de chaque gaz dans l'autre : la même que pour une goutte d'encre qui se disperse dans un verre d'eau.
3) Les ordres de grandeur. Une mole de chaque : , . Pour une mole d'air : .
Le mélange est irréversible : . Séparer un mélange exige un dispositif qui reçoit du travail (distillation de l'air liquide, membrane), et le théorème du travail maximal (Gouy–Stodola) montre qu'au contact de l'atmosphère à ce travail est au moins , soit environ par mole d'air.
4) Le même gaz des deux côtés. Avec l'expression fournie, qui est celle d'un gaz pur. Avant : . Après : un seul gaz, . Les termes en température et en sont proportionnels aux quantités de matière et se compensent ; il reste
car les trois volumes molaires , et sont égaux à .
La règle appliquée aveuglément aurait donné (une mole de chaque côté). Pourquoi est juste. Retirer la cloison entre deux portions du même gaz, dans le même état, ne change rien : on peut remettre la cloison et revenir exactement au départ, sans rien dépenser. La transformation est réversible, . La règle du mélange ne vaut que pour des gaz différents, c'est-à-dire discernables.
Le paradoxe de Gibbs. L'entropie de mélange de deux gaz différents vaut , que les gaz soient très différents ou presque identiques (deux isotopes), et tombe brutalement à zéro quand ils sont identiques. C'est le signe que l'entropie ne compte que les micro-états distincts : échanger deux molécules identiques ne crée pas un nouveau micro-état. C'est exactement ce qu'encode le au dénominateur de , qui rend l'expression fournie extensive. (L'interprétation reste qualitative : le dénombrement des particules indiscernables n'est pas au programme.)
Le point délicat. L'état final « vu par » le gaz A est celui de moles dans tout le volume : chaque gaz se détend, à température constante, de à .
Ce que l'exercice installe. L'extensivité, utilisée gaz par gaz ; l'entropie de mélange , toujours positive ; le mélange comme cause d'irréversibilité, au même titre que le frottement ou le transfert sous écart fini. Et une règle donnée ne vaut que dans ses conditions.
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