Adloun

traitement du signal et logique (MPI) · Chapitre 4 · Exercice de TD

Problème : le compte-tours d'une voiture, un monostable à portes en convertisseur fréquence-tension

Logique séquentielle et stabilité · F. Applications · niveau 3 (difficile)

Énoncé

Un moteur à quatre cylindres et quatre temps produit deux allumages par tour de vilebrequin ; un capteur délivre à chaque allumage une impulsion brève (10 µs, niveau 1). Le régime va de 800 tr/min (ralenti) à 6 000 tr/min. On veut une tension proportionnelle au régime pour commander l'aiguille du compte-tours. Le montage (schéma fourni) : une porte NOR reçoit et la sortie ; sa sortie attaque une armature d'un condensateur , dont l'autre armature est reliée à par une résistance ; une seconde porte NOR, dont les deux entrées sont reliées à , joue le rôle d'inverseur et délivre ; un filtre passe-bas extrait de la tension qui commande l'aiguille. Données : ; portes idéales (sortie 0 ou , seuil de basculement , entrées sans courant, retards négligeables ; on ne tient pas compte des protections des entrées, qui limiteraient à l'intervalle ) ; , .

1) Un seul état stable. En l'absence d'impulsion (), couper la boucle en et montrer que l'état , , , condensateur déchargé, est le seul qui se maintienne. Comment s'appelle un tel circuit ?

2) L'impulsion calibrée. À l'instant , une impulsion arrive. Décrire ce qui se passe : saut de , saut de , état de . Pourquoi reste-t-il à 1 après la fin de l'impulsion de déclenchement ? Établir et la durée de l'impulsion de sortie ; application numérique. Que se passe-t-il à la fin de l'impulsion ? Tracer le chronogramme de , , et .

3) La conversion. Le monostable est déclenché à la fréquence des allumages. Exprimer en fonction du régime en tr/min. Établir la valeur moyenne de , en supposant que chaque impulsion dure , et la sensibilité du compte-tours en millivolts par tr/min ; valeurs au ralenti, à 3 000 et à 6 000 tr/min. Quel est le rôle du passe-bas ?

4) La récupération. Après l'impulsion, doit revenir vers avant le déclenchement suivant. Si celui-ci arrive une durée après le précédent, montrer que l'impulsion suivante ne dure que où est la durée de l'impulsion précédente. En régime établi, cette relation donne, par rapport à : à 150 Hz, à 200 Hz, à 300 Hz, à 500 Hz. Commenter. Justifier le critère de conception et vérifier qu'il est satisfait. Quelle pleine échelle en découle ?

5) Le filtre : précision contre rapidité. Le passe-bas a une constante de temps . Estimer l'ondulation de en régime établi (on admettra que reste voisine de ), puis son rapport à la pleine échelle . Choisir pour une ondulation de 2 % de la pleine échelle. Combien de temps l'aiguille met-elle à suivre un changement de régime ? Que vaut l'ondulation au ralenti, rapportée à la lecture ?

6) Cas limites.

a) Le capteur est remplacé par un capteur à effet Hall qui délivre un créneau de rapport cyclique (niveau 1 pendant ). La durée de l'impulsion de sortie dépend-elle de celle du déclenchement ? Montrer que la récupération ne commence qu'à la fin du créneau et qu'en régime établi avec ; valeur à 200 Hz. Comment y remédier ?

b) On considère un monostable non redéclenchable — un déclenchement reçu pendant l'impulsion de sortie est ignoré — à récupération instantanée (modèle fourni). Tracer en fonction de pour . Comparer avec un monostable redéclenchable, où chaque déclenchement relance une impulsion complète de durée . Que lirait le conducteur si avait été choisie trop grande ?

Corrigé

La stratégie. On coupe la boucle en pour trouver l'état stable ; puis on suit le circuit pendant l'état quasi stable : le condensateur, dont la tension ne peut pas varier brusquement, transmet à tout saut de , puis revient exponentiellement vers , et la sortie bascule au seuil. La conversion est une valeur moyenne ; la suite chiffre les écarts au modèle idéal.

1) Un seul état stable : un monostable. Supposons . Avec , . En régime permanent, aucun courant ne traverse ni le condensateur ni l'entrée de la porte, donc aucun ne traverse : , au-dessus du seuil, et la seconde porte donne bien . L'état se reproduit, condensateur déchargé : il est stable. Supposons . , le condensateur se charge à travers , franchit le seuil au bout d'un temps fini et passe à 0 : l'état est seulement quasi stable. Un seul état stable : c'est un monostable.

2) L'impulsion calibrée. En , passe à 1 : tombe de à 0. La tension du condensateur , nulle, ne peut pas varier instantanément (le courant qui le charge est limité par ) : chute de à 0, sous le seuil, et passe à 1. Désormais quel que soit : la sortie maintient à 0, et le déclenchement peut cesser au bout de 10 µs sans rien changer ; c'est le rôle de la boucle. Le condensateur se charge alors à travers : qui atteint le seuil quand , c'est-à-dire au bout de À cet instant, retombe à 0, remonte à , et le condensateur transmet ce saut : saute de à , puis redescend vers avec la constante de temps : le circuit retourne à son état stable. La durée ne dépend ni de celle du déclenchement (s'il est plus bref que ), ni de , dont le seuil est une fraction fixe : l'impulsion est calibrée. Le chronogramme montre aussi le déclenchement suivant, plus tard (200 Hz).

3) La conversion. Deux allumages par tour : avec en tr/min, de au ralenti à à 6 000 tr/min. Sur une période , vaut pendant et 0 le reste du temps, donc, tant que : Sensibilité : par hertz, soit, avec , par tr/min. D'où au ralenti, à 3 000 tr/min et à 6 000 tr/min. Le passe-bas, de gain 1 en continu, transmet et atténue les harmoniques de , de fréquences , …, toutes au moins égales à : sa coupure doit être très inférieure à cette valeur. La tension est proportionnelle au régime : c'est le convertisseur fréquence-tension.

4) La récupération. À la fin d'une impulsion de durée , , puis , où est compté depuis la fin de l'impulsion. Le déclenchement suivant arrive au bout de : la chute de fait alors passer non pas à 0, mais à La charge atteint au bout de Le condensateur, mal déchargé, part avec de l'avance : l'impulsion raccourcit, d'autant plus que est court. La caractéristique s'infléchit sous la droite : à 150 Hz, à 200 Hz, puis et . La proportionnalité n'est qu'approchée, et elle se dégrade bien avant , où les impulsions se toucheraient.

Le critère. Le terme correctif vaut ; si la récupération dispose d'au moins , il est inférieur à , et : l'erreur reste de quelques pour cent. D'où , soit , : le choix le respecte (), d'où les à pleine échelle. La pleine échelle : ; ici . La linéarité se paie d'une pleine échelle modeste, qu'un amplificateur relève ensuite.

5) Le filtre. Pendant une impulsion, l'entrée du filtre vaut et sa sortie reste voisine de ; l'équation du passe-bas, , donne pendant la durée une montée entre deux impulsions, redescend d'autant, puisque le régime est établi : une dent de scie. Rapportée à la pleine échelle : indépendante de : allonger les impulsions augmente le signal et l'ondulation dans la même proportion. Pour 2 % : . Un filtre du premier ordre rejoint une nouvelle valeur à 5 % près en : l'aiguille suit le régime avec trois quarts de seconde de retard. Au ralenti (, ) : soit 15 % de la lecture () : l'électronique seule ferait trembler l'aiguille au ralenti, et c'est l'inertie mécanique de l'aiguille qui ajoute le filtrage manquant. Précision contre rapidité : diviser l'ondulation par deux double le temps de réponse ; seul un plus grand nombre d'impulsions par tour (une roue dentée sur le vilebrequin) améliore les deux à la fois.

6) Cas limites.

a) Déclenchement long. retombe quand atteint , ce qui ne dépend pas de la durée du déclenchement : le condensateur ne transmet que le front de . Mais , maintenue à 0 par , ne remonte qu'en : la récupération ne dispose plus que de au lieu de . Partant de , vaut en : , avec ; remonte et gagne ; pendant , l'excédent sur est multiplié par ; le déclenchement suivant retire : En régime établi, , d'où , , et À 200 Hz, et : , et au lieu de . Le remède : placer à l'entrée un passe-haut de constante de temps très inférieure à (quelques microsecondes) ; il ne transmet que les variations rapides du créneau, c'est-à-dire ses fronts, changés en impulsions brèves : c'est le comportement dérivateur d'un passe-haut pour les signaux lents. L'impulsion négative produite par le front descendant est vue comme un 0 par la porte.

b) Non redéclenchable ou redéclenchable. Notre montage est non redéclenchable : pendant l'impulsion, impose , et un nouveau n'y change rien. Pour , tous les déclenchements sont acceptés : . Pour , le déclenchement suivant tombe pendant l'impulsion () et il est ignoré, celui d'après () est accepté : , la tension chute de moitié en . Pour , , et ainsi de suite. Un monostable redéclenchable relance au contraire une impulsion complète à chaque déclenchement : au-delà de , les impulsions se recouvrent, reste à 1, et sature à .

Si avait été choisie trop grande — au lieu de , soit et , c'est-à-dire 3 600 tr/min —, l'aiguille d'un compte-tours à monostable non redéclenchable redescendrait au-delà de 3 600 tr/min : le conducteur qui accélère lirait un régime divisé par deux. Avec un monostable redéclenchable, elle resterait bloquée en butée. La tension ne « sature » donc pas toujours au-delà de : elle peut chuter. La conversion n'a de sens que pour nettement inférieur à 1, ce que garantit le critère de la question 4).

Le résultat obtenu — le convertisseur fréquence-tension à monostable. Un monostable à deux portes NOR, dont la durée est fixée par un circuit et par le seuil , délivre des impulsions calibrées de durée , indépendante du déclenchement ; la valeur moyenne de sa sortie, extraite par un passe-bas, vaut : elle est proportionnelle à la fréquence tant que le monostable a le temps de récupérer () ; l'ondulation résiduelle, rapportée à la pleine échelle, vaut environ quel que soit le monostable : c'est le compromis entre la précision et le temps de réponse. Pour le compte-tours : par tr/min, .

Ce que le problème installe. Les trois idées du chapitre réunies dans un instrument : un état stable unique, trouvé en coupant la boucle ; un état quasi stable dont la durée est fixée par un circuit et par un seuil ; une valeur moyenne extraite par un passe-bas. Et le réflexe de l'ingénieur : chiffrer chaque écart au modèle idéal — la récupération, qui courbe la caractéristique bien avant ; l'ondulation, qui oppose la précision à la rapidité ; le déclenchement long, que corrige un passe-haut ; le comportement au-delà de , qui dépend du caractère redéclenchable ou non du monostable.

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