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Les temps du passé et le futur

Cours complet · allemand (seconde), chapitre 2 · seconde générale, langue vivante

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2.1 Introduction

Après le présent (chapitre 1), voici les temps qui permettent de raconter, de décrire et de projeter. Le système temporel allemand est plus économe que celui du français : là où le français distingue passé composé, passé simple et imparfait, l'allemand ne dispose au fond que de deux temps du passé — le parfait (das Perfekt) et le prétérit (das Präteritum) — qui se partagent surtout selon le registre (l'oral contre l'écrit), et non selon la nuance de sens. Un même verbe allemand au parfait pourra donc se traduire en français tantôt par un passé composé, tantôt par un imparfait, selon le contexte.

La grande difficulté pour un francophone n'est pas le sens des temps, mais leur construction. Le trait le plus déroutant est l'ordre des mots : au parfait comme au futur, la forme verbale porteuse du sens (le participe II ou l'infinitif) est rejetée tout à la fin de la phrase, très loin de l'auxiliaire conjugué qui, lui, reste en 2e position. Cette structure « en tenaille » (Satzklammer, la parenthèse verbale) est le fil rouge du chapitre.

Pour chaque temps, on donne la formation (tableaux), les valeurs et emplois, des exemples en allemand (traduits) et un contraste avec le français. Une forme précédée d'un astérisque (*ich habe gegeht) est une forme incorrecte, à ne jamais produire.

2.2 Le parfait (das Perfekt)

2.2.1 Le principe : auxiliaire + participe II en fin de phrase

Le parfait est le temps du passé de la conversation : c'est celui qu'on emploie à l'oral et dans les lettres, courriels, messages — bref, dès qu'on parle de sa propre vie. Il se forme, comme le passé composé français, avec un auxiliaire conjugué au présent suivi d'un participe passé, appelé ici participe II (Partizip II). Mais deux différences majeures avec le français doivent être mémorisées d'emblée.

Définition 2.1La structure du parfait

Le parfait allemand se construit ainsi :

L'auxiliaire est soit haben (avoir), soit sein (être), selon le verbe. Le participe II est rejeté à la toute fin de la proposition : c'est la parenthèse verbale (Satzklammer).

Exemple 2.2La parenthèse verbale
  • Ich habe gestern einen Film gesehen. — J'ai vu un film hier.
  • Wir haben in einem schönen Restaurant gegessen. — Nous avons mangé dans un beau restaurant.
  • Sie ist um acht Uhr nach Hause gekommen. — Elle est rentrée à la maison à huit heures.

Observez bien : dans Ich habe gestern einen Film gesehen, tout ce que l'on dit (gestern einen Film, « hier un film ») s'insère entre l'auxiliaire habe et le participe gesehen. En français, « vu » suit immédiatement « ai » ; en allemand, le participe attend la fin.

Important

Ne calquez jamais l'ordre français. On ne dit pas Ich habe gesehen einen Film gestern, mais Ich habe gestern einen Film gesehen***. Le participe II doit fermer la phrase. Plus la phrase est longue, plus le participe s'éloigne de l'auxiliaire — mais il reste toujours en dernier.

2.2.2 La formation du participe II

Tout se joue sur le type de verbe. On distingue les verbes faibles (réguliers) et les verbes forts (irréguliers), auxquels s'ajoutent quelques cas particuliers.

1) Les verbes faibles : ge- … -t. On encadre le radical du verbe par le préfixe ge- et la terminaison -t. C'est le cas le plus fréquent et le plus régulier.

InfinitifParticipe IISens
machengemachtfait
spielengespieltjoué
lernengelerntappris
kaufengekauftacheté
arbeitengearbeitettravaillé

Lorsque le radical finit par -t ou -d (comme arbeiten, reden), on ajoute -et pour pouvoir prononcer la terminaison : gearbeitet, geredet.

2) Les verbes forts : ge- … -en, avec radical souvent modifié. Ces verbes très courants prennent la terminaison -en (et non -t), et surtout leur voyelle de radical change fréquemment. Il n'y a pas de règle : on les apprend par cœur, généralement sous forme d'une liste (Infinitif – Prétérit – Participe II).

InfinitifParticipe IISens
sprechengesprochenparlé
fahrengefahrenallé (en véhicule)
sehengesehenvu
essengegessenmangé
schreibengeschriebenécrit
trinkengetrunkenbu
nehmengenommenpris
Important

La voyelle du participe fort ne se devine pas : sprechen donne gesprochen (o), trinken donne getrunken (u), nehmen donne genommen. Il faut mémoriser la liste des verbes forts (une soixantaine d'usage courant). On dit gesprochen et jamais *gesprecht : un verbe fort ne prend jamais la terminaison faible -t.

3) Les verbes en -ieren : PAS de ge-. Les verbes empruntés (souvent proches du français) qui se terminent par -ieren forment leur participe sans le préfixe ge-, avec seulement -t.

Exemple 2.3Les verbes en -ieren
  • studieren studiert : Ich habe in Berlin studiert. — J'ai fait mes études à Berlin.
  • telefonieren telefoniert : Wir haben lange telefoniert. — Nous avons longuement téléphoné.
  • fotografieren fotografiert : Sie hat die Stadt fotografiert. — Elle a photographié la ville.
Important

Attention : jamais de ge- devant un participe en -ieren. On écrit studiert et non *gestudiert. C'est une faute très fréquente chez les débutants.

2.2.3 Le participe des verbes à particule

Le chapitre 1 a présenté les verbes à particule séparable (aufstehen, ankommen, einkaufen) et à particule inséparable (verstehen, bekommen, erklären). Leur participe II se forme différemment.

Verbes séparables : le ge- se glisse ENTRE la particule et le radical. La particule reste devant, et l'on intercale le -ge- habituel.

InfinitifParticipe IISens
aufstehenaufgestandens'être levé
ankommenangekommenarrivé
einkaufeneingekauftfait les courses
fernsehenferngesehenregardé la télévision

Verbes inséparables : PAS de ge-. Les préfixes inaccentués be-, ge-, er-, ver-, ent-, emp-, zer- interdisent l'ajout d'un ge- supplémentaire.

InfinitifParticipe IISens
verstehenverstandencompris
bekommenbekommenreçu
erzählenerzähltraconté
vergessenvergessenoublié
Exemple 2.4Participes des verbes à particule
  • Ich bin heute früh aufgestanden. — Je me suis levé tôt aujourd'hui. (séparable : auf-ge-standen)
  • Der Zug ist pünktlich angekommen. — Le train est arrivé à l'heure. (séparable)
  • Ich habe die Frage nicht verstanden. — Je n'ai pas compris la question. (inséparable, sans ge-)
  • Sie hat mir eine Geschichte erzählt. — Elle m'a raconté une histoire. (inséparable)
Important

Le repère est l'accent. La particule séparable est accentuée (aufstehen) et laisse la place au -ge- : aufgestanden. Le préfixe inséparable est inaccentué (verstehen) et refuse le ge- : verstanden, jamais *vergestanden.

2.2.4 Quand employer haben ou sein?

Voici le second grand choix. La plupart des verbes forment leur parfait avec haben — c'est le cas par défaut, en particulier pour tous les verbes ayant un complément d'objet direct (à l'accusatif). Mais une catégorie importante de verbes emploie sein.

Définition 2.5Le parfait avec sein

On emploie l'auxiliaire sein avec :

  • les verbes de mouvement (déplacement d'un lieu à un autre, sans COD) : gehen (aller à pied), fahren (aller en véhicule), kommen (venir), laufen (courir), fliegen (voler), reisen (voyager) ;
  • les verbes de changement d'état (passage d'un état à un autre) : werden (devenir), sterben (mourir), aufwachen (se réveiller), einschlafen (s'endormir) ;
  • les trois verbes sein (être), bleiben (rester) et werden (devenir), à retenir à part.

Tous les autres verbes emploient haben.

Auxiliaire seinParticipe IIExemple
gehen (aller)gegangenich bin gegangen
fahren (rouler)gefahrener ist gefahren
kommen (venir)gekommenwir sind gekommen
werden (devenir)gewordensie ist geworden
sterben (mourir)gestorbener ist gestorben
sein (être)gewesenich bin gewesen
bleiben (rester)gebliebenich bin geblieben
Exemple 2.6haben contre sein
  • Ich habe ein Buch gelesen. — J'ai lu un livre. (COD haben)
  • Ich bin nach Berlin gefahren. — Je suis allé à Berlin (en voiture/train). (mouvement sein)
  • Wir sind lange geblieben. — Nous sommes restés longtemps. (bleiben sein)
  • Sie ist Ärztin geworden. — Elle est devenue médecin. (changement d'état sein)
  • Er ist 1832 gestorben. — Il est mort en 1832. (changement d'état sein)
Important

Piège de traduction. En français, « être » se conjugue au passé composé avec avoir (« j'ai été »), et « rester » aussi (« j'ai resté » n'existe pas, mais « je suis resté » se dit avec être). En allemand, sein, bleiben et werden prennent tous sein : ich bin gewesen (j'ai été), ich bin geblieben (je suis resté). Ne dites jamais *ich habe gewesen.

Important

Certains verbes de mouvement hésitent selon le sens. fahren employé avec un COD (« conduire quelque chose ») prend haben : Ich habe das Auto gefahren (j'ai conduit la voiture) ; mais sans COD, pour un déplacement, il prend sein : Ich bin nach Hause gefahren (je suis rentré). Le critère décisif reste : y a-t-il déplacement d'un point à un autre?

2.3 Le prétérit (das Präteritum)

2.3.1 Un temps surtout écrit — sauf pour quelques verbes

Le prétérit est un temps simple (un seul mot, sans auxiliaire), qui correspond le plus souvent au passé simple ou à l'imparfait français. Sa particularité tient à son usage, réparti en deux zones bien distinctes.

Définition 2.7L'usage du prétérit

Le prétérit est le temps :

  • de l'écrit et du récit : romans, contes, articles de presse, textes narratifs. Là où l'on raconte par écrit une suite d'événements, l'allemand emploie le prétérit ;
  • mais aussi, même à l'oral, pour trois familles de verbes très fréquents : sein (war), haben (hatte), werden (wurde) et les verbes de modalité (konnte, musste, wollte…).

Pour ces verbes-là, on dit Ich war müde (j'étais fatigué) et non Ich bin müde gewesen dans la conversation courante.

2.3.2 Le prétérit des verbes faibles : -te

Les verbes faibles insèrent la marque -te- entre le radical et la terminaison de personne. Les 1re et 3e personnes du singulier sont identiques et sans terminaison (ich machte, er machte).

Personnemachen (faire)spielen (jouer)
ichmachtespielte
dumachtestspieltest
er / sie / esmachtespielte
wirmachtenspielten
ihrmachtetspieltet
sie / Siemachtenspielten

2.3.3 Le prétérit des verbes forts : radical changé

Les verbes forts changent la voyelle de leur radical (c'est l'Ablaut) et n'ajoutent aucune marque -te-. Les 1re et 3e personnes du singulier sont là encore identiques et sans terminaison.

Infinitifich / erwir / sieSens
gehenginggingenaller
kommenkamkamenvenir
sehensahsahenvoir
fahrenfuhrfuhrenrouler, aller
sprechensprachsprachenparler
essenaßaßenmanger
findenfandfandentrouver
Exemple 2.8Le prétérit forts au fil du récit

Rotkäppchen ging in den Wald. Es sah den Wolf und sprach mit ihm. Dann kam es zum Haus der Großmutter.
Le Petit Chaperon rouge alla dans la forêt. Il vit le loup et parla avec lui. Puis il arriva à la maison de la grand-mère.

2.3.4 Les incontournables : war, hatte, wurde et les modaux

Ces verbes, on l'a dit, s'emploient au prétérit même à l'oral. Il faut les connaître parfaitement.

Personnesein warhaben hattewerden wurde
ichwarhattewurde
duwarsthattestwurdest
er / sie / eswarhattewurde
wirwarenhattenwurden
ihrwarthattetwurdet
sie / Siewarenhattenwurden

Les verbes de modalité perdent leur tréma au prétérit et prennent la marque faible -te- : können konnte, müssen musste, wollen wollte, dürfen durfte, sollen sollte, mögen mochte.

Exemple 2.9Prétérit à l'oral
  • Gestern war ich krank und hatte Fieber. — Hier, j'étais malade et j'avais de la fièvre.
  • Ich konnte nicht kommen, weil ich arbeiten musste. — Je n'ai pas pu venir parce que je devais travailler.
  • Es wurde dunkel. — Il commença à faire nuit / la nuit tomba.
Important

Retenez la répartition pratique : pour raconter sa journée à l'oral, on emploie le parfait pour les verbes ordinaires (Ich habe gegessen, ich bin gefahren), mais le prétérit pour sein, haben, werden et les modaux (Ich war, ich hatte, ich konnte). Dire Ich habe müde gewesen au lieu de Ich war müde sonne maladroit.

2.4 Le plus-que-parfait (das Plusquamperfekt)

Le plus-que-parfait exprime une action antérieure à une autre action déjà passée : « le passé du passé ». Il fonctionne exactement comme en français.

Définition 2.10La formation du plus-que-parfait

On reprend la structure du parfait, mais l'auxiliaire haben ou sein est mis au prétérit (hatte ou war) au lieu du présent :

ParfaitPlus-que-parfait
ich habe gegessen (j'ai mangé)ich hatte gegessen (j'avais mangé)
ich bin gefahren (je suis allé)ich war gefahren (j'étais allé)

Il s'emploie très souvent avec la conjonction nachdem (après que), qui relie deux moments du passé.

Exemple 2.11Le plus-que-parfait avec nachdem
  • Nachdem ich gegessen hatte, ging ich ins Bett. — Après avoir mangé (litt. : après que j'avais mangé), j'allai me coucher.
  • Der Zug war schon abgefahren, als wir am Bahnhof ankamen. — Le train était déjà parti quand nous arrivâmes à la gare.
Important

Notez la logique des temps avec nachdem : l'action la plus ancienne (celle qui s'est produite en premier) va au plus-que-parfait, l'action qui suit va au prétérit (ou au parfait). On mange d'abord (hatte gegessen), on se couche ensuite (ging).

2.5 Le futur (das Futur I)

2.5.1 werden + infinitif

L'allemand possède un futur analytique : il combine l'auxiliaire werden conjugué au présent et l'infinitif du verbe, lui aussi rejeté en fin de phrase. On retrouve donc la même parenthèse verbale qu'au parfait, mais avec un infinitif au lieu d'un participe.

Définition 2.12La structure du futur

Rappel de la conjugaison de werden au présent :

ich werdedu wirster/sie/es wird
wir werdenihr werdetsie/Sie werden
Exemple 2.13Le futur avec werden
  • Ich werde morgen Deutsch lernen. — Demain, j'apprendrai l'allemand.
  • Wir werden im Sommer nach Österreich fahren. — Nous irons en Autriche cet été.
  • Das wird bestimmt schwer sein. — Ce sera sûrement difficile.
Important

Ne confondez pas les deux valeurs de werden. Employé seul avec un attribut, werden signifie « devenir » : Ich werde Lehrer (je deviens / vais devenir professeur). Employé avec un infinitif rejeté en fin, il forme le futur : Ich werde arbeiten (je travaillerai). C'est la présence de l'infinitif final qui fait le futur.

2.5.2 Le présent à valeur de futur

C'est le point le plus important pour l'usage courant : en allemand, on emploie beaucoup plus souvent le présent que le futur pour parler de l'avenir, dès qu'un indicateur de temps (morgen, nächste Woche, bald…) rend le sens futur clair. Le futur avec werden est réservé aux prévisions, aux promesses ou à l'insistance.

Définition 2.14Le présent futuriste

Quand un mot du contexte situe déjà l'action dans l'avenir (morgen demain, heute Abend ce soir, nächstes Jahr l'an prochain, bald bientôt), l'allemand emploie tout simplement le présent. Le futur werden n'est alors pas nécessaire.

Exemple 2.15Le présent pour l'avenir
  • Morgen fahre ich nach Hamburg. — Demain, je vais / j'irai à Hambourg. (présent, mais sens futur)
  • Nächste Woche haben wir Ferien. — La semaine prochaine, nous serons en vacances.
  • Heute Abend kommt sie um acht. — Ce soir, elle vient / viendra à huit heures.
Important

Là où le français hésite à employer le présent pour le futur, l'allemand le préfère nettement. Morgen fahre ich nach Hamburg est plus naturel que Morgen werde ich nach Hamburg fahren. Réservez werden aux prévisions incertaines (Es wird regnen, il pleuvra) et aux promesses (Ich werde dir helfen, je t'aiderai).

2.6 Bilan

L'allemand raconte le passé avec deux temps principaux. Le parfait (ich habe gemacht, ich bin gefahren), formé de haben ou sein au présent + participe II en fin de phrase, est le temps de l'oral et des lettres. Le choix de l'auxiliaire dépend du verbe : sein pour le mouvement (gehen, fahren, kommen), le changement d'état (werden, sterben) et les trois verbes sein / bleiben / werden ; haben partout ailleurs. Le participe II se forme en ge-…-t (faibles), ge-…-en avec radical modifié (forts), sans ge- pour les verbes en -ieren et les inséparables, et avec le -ge- intercalé pour les séparables. Le prétérit (ich machte, ich ging) est le temps de l'écrit et du récit, mais s'emploie aussi à l'oral pour war, hatte, wurde et les modaux. Le plus-que-parfait (ich hatte gegessen) exprime l'antériorité dans le passé. Pour l'avenir, le futur (werden + infinitif rejeté en fin) coexiste avec le présent à valeur de futur, souvent préféré dès qu'un mot comme morgen précise le moment. Le fil rouge du chapitre reste l'ordre des mots : participe II et infinitif ferment toujours la phrase.

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