Identities and Exchanges
Cours complet · anglais (première), chapitre 8 · première, langue vivante
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8.1 Introduction
Ce chapitre ouvre la partie thématique du manuel. Il correspond à l'axe 1 du programme de langues vivantes du cycle terminal (BO 2019) : Identités et échanges. Les problématiques officielles retenues pour l'anglais sont formulées ainsi :
- Peut-on conserver des identités locales et linguistiques face à une culture globale ?
- Comment les communautés urbaines des pays anglophones appréhendent-elles la coexistence multiculturelle ?
- Royaume-Uni et États-Unis : attirance mutuelle et affirmation d'une identité singulière.
Le monde anglophone est un observatoire privilégié de ces questions. La langue anglaise elle-même est un carrefour : née sur une petite île, elle est aujourd'hui parlée par plus de 1,5 milliard de personnes (dont environ 400 millions comme langue maternelle) et sert de lingua franca mondiale. Autour d'elle, des sociétés post-coloniales, multiethniques, marquées par des vagues migratoires successives, expérimentent depuis longtemps la coexistence des identités.
Le chapitre est organisé en quatre temps. D'abord, la tension entre identités locales et culture globale. Ensuite, quelques communautés urbaines multiculturelles emblématiques du monde anglophone. Puis, la question de l'identité linguistique et de la variété des anglais. Enfin, la relation singulière et souvent contradictoire entre le Royaume-Uni et les États-Unis. Un projet final clôt le chapitre.
8.2 Identités locales et mondialisation
8.2.1 Globalisation et uniformisation culturelle
Les principales chaînes de la mondialisation culturelle sont anglophones : Coca-Cola, McDonald's, Starbucks, Amazon, Google, Netflix. Le sociologue américain George Ritzer a forgé en 1993 le concept de « McDonaldization » pour désigner la standardisation des modes de vie autour des principes de la restauration rapide : efficacité, calculabilité, prédictibilité, contrôle.
Repère : La « McDonaldization » (Ritzer, 1993)
Dans son ouvrage The McDonaldization of Society, George Ritzer soutient que les principes qui ont fait le succès de McDonald's — standardisation, calcul quantitatif, prédictibilité, contrôle par la technologie — se sont étendus à la santé, à l'éducation, aux loisirs et même à la vie amoureuse. La marque devient ainsi le symbole d'un mode d'organisation sociale, au-delà du hamburger.
Repère : Le débat sur le soft power
Le politiste américain Joseph Nye a théorisé le concept de soft power (Bound to Lead, 1990 ; Soft Power, 2004) : le pouvoir d'attirer et de séduire, par opposition au hard power militaire ou économique. Hollywood, la musique pop, les universités anglophones, Netflix : autant de vecteurs de ce pouvoir doux qui contribue à diffuser une culture anglo-américaine à l'échelle mondiale.
Cette diffusion suscite un débat récurrent : la globalisation appauvrit-elle la diversité culturelle, ou crée-t-elle au contraire des espaces de coexistence enrichissants ?
8.2.2 Résistances locales : la question du patrimoine
Face à cette pression uniformisante, plusieurs communautés du monde anglophone défendent activement leur singularité.
- Au Pays de Galles, la langue galloise (Cymraeg) est protégée par le Welsh Language Act 1993 et le Welsh Language Measure 2011. Toute la signalisation publique est bilingue, et les écoles galloises (Ysgolion Cymraeg) enseignent en gallois.
- En Écosse, le Gaelic Language (Scotland) Act 2005 a fait du gaélique écossais une langue officielle. La chaîne BBC Alba émet en gaélique depuis 2008.
- En Irlande, l'irlandais (Gaeilge) est la première langue officielle depuis la Constitution de 1937, même si l'anglais reste la langue dominante à l'usage.
- Aux États-Unis, les Amish de Pennsylvanie (environ 380 000 personnes en 2024) préservent un mode de vie qui refuse la plupart des technologies modernes. Les Cajuns de Louisiane, descendants des Acadiens déportés en 1755, maintiennent un français cajun (Cajun French) minoritaire.
- En Australie, la politique de reconciliation depuis les années 1990 vise à reconnaître les langues et cultures aborigènes (plus de 250 langues à l'arrivée des Européens en 1788 ; environ 120 encore parlées).
- En Nouvelle-Zélande, le te reo Māori est langue officielle depuis 1987 (Māori Language Act). Le mouvement des kōhanga reo (« nids de langue ») a permis la revitalisation.
Selon le recensement de 2021 au Pays de Galles, environ 538 000 personnes déclarent parler gallois, soit 17,8% de la population galloise. L'objectif fixé par le gouvernement gallois est d'atteindre un million de locuteurs d'ici 2050 (Cymraeg 2050 strategy, 2017).
8.3 Communautés urbaines multiculturelles
Les grandes villes du monde anglophone sont depuis longtemps des laboratoires de la coexistence multiculturelle. Chaque métropole raconte une histoire singulière de vagues migratoires, de politiques d'intégration, de tensions et d'échanges.
8.3.1 Londres : capitale post-impériale
Londres compte aujourd'hui environ 9 millions d'habitants, dont 40% sont nés à l'étranger (données ONS 2021). Plus de 300 langues y sont parlées, ce qui en fait l'une des villes les plus multilingues du monde.
Repère : La Windrush Generation
Le 22 juin 1948, le paquebot HMT Empire Windrush arrive au port de Tilbury avec à son bord 492 passagers des Caraïbes britanniques, appelés à combler la pénurie de main-d'œuvre du Royaume-Uni d'après-guerre. Cette date fondatrice symbolise la première grande vague de migration afro-caribéenne. Le British Nationality Act 1948 avait garanti la citoyenneté britannique aux habitants des colonies. Le scandale Windrush, révélé en 2018 par le journal The Guardian sous la plume d'Amelia Gentleman, a montré comment le Home Office avait, à partir de 2012, menacé d'expulsion des personnes légalement installées depuis des décennies mais dépourvues de documents formels. La ministre de l'Intérieur Amber Rudd a démissionné en avril 2018.
Quelques quartiers emblématiques de Londres et leurs communautés :
- Brixton (sud) — cœur historique de la communauté afro-caribéenne, Brixton Market, mémoire des émeutes de 1981.
- Southall (ouest) — communauté sud-asiatique (Punjabi, Sikh), surnommée « Little India » ou « Little Punjab ».
- Whitechapel / Brick Lane (est) — successivement quartier juif (fin XIXe), puis bangladais depuis les années 1970 ; célèbre pour ses curry houses.
- Chinatown (Soho) — installé dans le centre depuis les années 1950 après le déclin du Chinatown historique de Limehouse.
8.3.2 New York : la ville-monde
New York est l'archétype de la ville-monde : environ 8,3 millions d'habitants, dont 37% nés à l'étranger, plus de 200 langues parlées. Sa mythologie migratoire est fondatrice de l'identité américaine.
Repère : Ellis Island (1892-1954)
Entre 1892 et 1954, Ellis Island a été la principale porte d'entrée des migrants aux États-Unis. Environ 12 millions de personnes y ont été traitées. Le site est depuis 1990 le Ellis Island National Museum of Immigration. C'est aussi là qu'Emma Lazarus a fait graver son sonnet The New Colossus (1883) sur le socle de la statue de la Liberté : « Give me your tired, your poor, / Your huddled masses yearning to breathe free… »
Les grands quartiers ethniques historiques de Manhattan : Little Italy, Chinatown (à Manhattan et à Flushing dans le Queens), Harlem (afro-américain), Spanish Harlem (portoricain), Lower East Side (juif d'Europe de l'Est), Astoria dans le Queens (grec). Ces quartiers évoluent, se déplacent, se recomposent — mais la carte ethnique de New York reste une lecture riche de la sociologie urbaine.
Repère : Melting pot vs salad bowl
Le terme melting pot (« creuset ») a été popularisé par la pièce du même nom d'Israel Zangwill (1908), qui met en scène la fusion des immigrants européens dans une identité américaine unifiée. Depuis les années 1970, on lui préfère souvent la métaphore du salad bowl (« saladier ») : chaque ingrédient conserve son identité tout en participant au plat commun. Ce changement de métaphore reflète le passage d'un idéal assimilationniste à un idéal multiculturaliste.
8.3.3 Toronto, Sydney : autres métropoles multiculturelles
- Toronto — 46% des habitants sont nés à l'étranger, selon le recensement de 2021. En 2016, l'ONU a désigné Toronto comme « la ville la plus multiculturelle du monde ». Le Canada a adopté le Multiculturalism Act en 1988, faisant du multiculturalisme un principe constitutionnel officiel — une singularité mondiale.
- Sydney — 43% des habitants sont nés à l'étranger (Australian Bureau of Statistics 2021). Communautés emblématiques : chinoise, indienne, libanaise, vietnamienne. L'Australie mène depuis 1973 une politique officielle de multiculturalisme, en rupture avec la politique de White Australia (1901-1973).
8.4 Identité linguistique dans le monde anglophone
8.4.1 Variétés d'anglais
L'anglais n'est pas une langue unique mais une famille de variétés. Le linguiste indien Braj Kachru a proposé en 1985 un modèle en trois cercles concentriques :
- Inner circle — pays où l'anglais est langue maternelle historique (Royaume-Uni, États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Irlande).
- Outer circle — pays post-coloniaux où l'anglais est langue seconde institutionnelle (Inde, Nigeria, Kenya, Singapour, Philippines, Malaisie).
- Expanding circle — pays où l'anglais est langue étrangère (Chine, Japon, Europe continentale).
Chaque variété a ses traits phonologiques, lexicaux et parfois grammaticaux. Voir aussi le chapitre 4 pour les traits phonologiques distinctifs (rhoticité, voyelles, intonation).
| Variété | Traits saillants |
|---|---|
| Received Pronunciation (RP) | Non rhotique, prestige historique, moins de 3% des Britanniques |
| General American (GA) | Rhotique, /æ/ dans bath, flap intervocalique dans water |
| Scots / Scottish English | Rhotique, vocabulaire spécifique (wee, lassie, aye) |
| Irish English (Hiberno-English) | Rhotique, intonations montantes, structures propres (I do be…) |
| Estuary English | Anglais londonien contemporain, entre RP et cockney |
| AAVE (African American Vernacular English) | Habitual be, absence de copule (he tired), négation multiple |
| Australian English | Diphtongues déplacées, argot riche |
| Indian English | Voyelles particulières, syntaxe influencée par l'hindi |
| Singlish (Singapour) | Créole basé sur l'anglais, particules chinoises (lah, leh) |
8.4.2 AAVE : entre stigmatisation et reconnaissance
L'AAVE (African American Vernacular English) est une variété linguistiquement cohérente parlée par une partie de la communauté afro-américaine. Longtemps stigmatisée comme un « mauvais anglais », elle est reconnue par les linguistes comme un système grammatical à part entière.
Repère : Le débat Ebonics (Oakland, 1996)
Le 18 décembre 1996, le Oakland Unified School District (Californie) a adopté une résolution reconnaissant l'Ebonics (contraction d'ebony et phonics) comme la langue première de nombreux élèves afro-américains, et proposant de l'utiliser comme pont pédagogique vers l'anglais standard. La décision a déclenché une controverse nationale — Jesse Jackson lui-même l'a d'abord critiquée, avant de la soutenir. Les linguistes John Rickford (Stanford) et William Labov (University of Pennsylvania) ont défendu la légitimité linguistique de l'AAVE dans un communiqué de la Linguistic Society of America (1997).
L'AAVE occupe une place importante dans la littérature afro-américaine : Their Eyes Were Watching God (Zora Neale Hurston, 1937), The Color Purple (Alice Walker, 1982), et dans la musique populaire (hip-hop, R&B).
8.4.3 Anglais et post-colonialisme
Pour les auteurs post-coloniaux, écrire en anglais est un choix chargé : la langue de la colonisation peut devenir langue de résistance ou d'affirmation.
Repère : Achebe et Ngũgĩ : deux positions opposées
Le romancier nigérian Chinua Achebe (1930-2013) a défendu l'usage de l'anglais dans son essai « The African Writer and the English Language » (1965) : l'anglais peut être « ployé pour porter le poids de mon expérience africaine ». Son roman Things Fall Apart (1958) — l'un des livres africains les plus lus au monde — est écrit en anglais tout en incorporant des proverbes igbo.
À l'opposé, le romancier kényan Ngũgĩ wa Thiong'o (né en 1938) a publié en 1986 Decolonising the Mind, où il annonce sa décision de n'écrire désormais qu'en gikuyu, sa langue maternelle. Pour lui, écrire en anglais perpétue la domination coloniale.
8.5 Royaume-Uni et États-Unis : identités singulières
8.5.1 Special relationship : origines et tensions
L'expression special relationship a été forgée par Winston Churchill dans son discours de Fulton (Missouri), le 5 mars 1946 — le même discours où il évoque le « rideau de fer ». Elle désigne la relation privilégiée, militaire, diplomatique et culturelle, entre le Royaume-Uni et les États-Unis.
Repère : Grands moments de la Special Relationship
- 1941-45 — Alliance décisive lors de la Seconde Guerre mondiale (charte de l'Atlantique, débarquement de Normandie).
- 1946 — Discours de Fulton, forge de l'expression.
- 1956 — Crise de Suez : rupture temporaire quand Eisenhower désavoue l'intervention britannique en Égypte.
- 1979-90 — Reagan-Thatcher : idéologie conservatrice partagée, coordination sur la guerre froide.
- 2003 — Tony Blair et George W. Bush lancent l'invasion de l'Irak malgré une hostilité populaire massive au Royaume-Uni.
- 2016- — Brexit et présidence Trump réinterrogent la relation ; visite d'État de Trump au Royaume-Uni en 2019.
8.5.2 Modèles politiques et sociaux contrastés
Malgré leur proximité, les deux pays diffèrent profondément sur plusieurs dimensions politiques et sociales.
| Dimension | Royaume-Uni | États-Unis |
|---|---|---|
| Régime | Monarchie parlementaire constitutionnelle | République présidentielle |
| Chef d'État | Monarque (Charles III depuis 2022) | Président élu |
| Chef de gouvernement | Premier ministre (majorité aux Communes) | Président (aussi chef d'État) |
| Constitution | Non codifiée (unwritten) | Codifiée (1787, avec 27 amendements) |
| Système judiciaire | Cour suprême depuis 2009 | Cour suprême depuis 1789 |
| Santé | NHS (National Health Service, 1948) | Système à dominante privée, ACA 2010 |
| Sécurité sociale | Modèle Beveridge (universel, financement fiscal) | Modèle assurance privée + Medicare / Medicaid |
| Détention d'armes | Interdiction quasi-générale des armes de poing (1997) | 2e amendement (1791), débat vif |
| Peine de mort | Abolie en 1965 (Grande-Bretagne) | Fédérale + 27 États en 2024 |
8.5.3 Le Brexit et l'américanisation
Le Brexit (British + exit), résultat du référendum du 23 juin 2016 (51,9% pour le Leave), a interrogé la place du Royaume-Uni entre l'Europe et le monde anglophone. Certains Brexiteers ont explicitement défendu un « Global Britain » tourné vers le Commonwealth et vers les États-Unis. Un accord de libre-échange US-UK n'a cependant pas abouti sous Trump 1 ni Biden.
Repère : Frictions culturelles britanniques face à l'américanisation
Plusieurs institutions britanniques défendent leurs particularités face à l'influence américaine : la BBC face à Netflix, la Premier League face à la NFL, l'orthographe britannique (colour, centre, organise) face à l'orthographe américaine (color, center, organize). Le Received Pronunciation reste un marqueur de prestige. Le débat sur le langage a été alimenté par des figures comme Bill Bryson (Notes from a Small Island, 1995) ou Lynne Truss (Eats, Shoots & Leaves, 2003).
| UK | US |
|---|---|
| lift | elevator |
| flat | apartment |
| petrol | gas |
| lorry | truck |
| biscuit | cookie |
| autumn | fall |
| holiday | vacation |
| football | soccer |
| queue | line |
| underground / tube | subway |
8.6 Auteurs et textes-ressources
Pour approfondir les thèmes de ce chapitre, quelques auteurs à découvrir :
- Zadie Smith — White Teeth (2000) : Londres multiculturel, deux familles amies aux origines jamaïcaine et bangladaise ; NW (2012) sur le nord-ouest londonien.
- Jhumpa Lahiri — The Namesake (2003) : famille indienne en Nouvelle-Angleterre, tension entre identité bengalie et identité américaine.
- Chimamanda Ngozi Adichie — Americanah (2013) : expérience de l'immigration nigériane aux États-Unis, réflexion sur la race « à l'américaine ».
- Hanif Kureishi — The Buddha of Suburbia (1990), scénario de My Beautiful Laundrette (film de Stephen Frears, 1985) : Grande-Bretagne pakistano-britannique des années 80.
- Bernardine Evaristo — Girl, Woman, Other (2019, Booker Prize) : douze femmes noires britanniques, chœur polyphonique.
- Colson Whitehead — The Underground Railroad (2016, Pulitzer Prize) : réinvention historique du système d'aide aux esclaves.
8.7 Projet final
Méthode : Projet : Portrait of a community
Chaque élève choisit une communauté anglophone (ville, quartier, diaspora) et prépare une présentation de 5 minutes selon la structure suivante :
- Introduction — présentation de la communauté choisie et de la problématique retenue parmi celles du BO (identité locale ? coexistence multiculturelle ? identité singulière ?).
- Repères historiques — au moins deux dates ou événements fondateurs, avec sources vérifiables.
- Documents — au moins un texte (littéraire ou journalistique), un document iconographique, et si possible un document audiovisuel.
- Analyse — que révèle cette communauté des questions posées par l'axe ? En quoi son expérience éclaire-t-elle la problématique ?
- Position personnelle — que retiens-tu de cette étude ? Grille d'évaluation B2 (argumentation, langue, prise de parole).