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Art and Power

Cours complet · anglais (première), chapitre 9 · première, langue vivante

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9.1 Introduction

Ce chapitre correspond à l'axe 3 du programme de langues vivantes du cycle terminal (BO 2019) : Art et pouvoir. Les problématiques officielles se déclinent en une série de questions :

Ces questions se posent avec une acuité particulière dans le monde anglophone : la Grande-Bretagne des Tudor et l'Angleterre victorienne ont mis l'art au service de leur puissance ; la satire britannique (Hogarth, Gillray) a construit un contre-pouvoir visuel dès le XVIIIe siècle ; l'Amérique du XXe siècle a produit à la fois des affiches de propagande et une contre-culture massive, ainsi qu'une tradition d'art engagé issu des communautés minoritaires (Harlem Renaissance, Civil Rights, hip-hop). Aujourd'hui, le street art anglophone (Banksy, Shepard Fairey) rejoue la vieille tension entre subversion et récupération.

Le chapitre est organisé en cinq temps : l'art au service du pouvoir, l'art contre le pouvoir, l'art engagé et les voix minoritaires, le street art contemporain, la censure et la liberté d'expression. Il se termine par un projet final.

9.2 L'art au service du pouvoir

9.2.1 Le portrait royal comme instrument politique

Repère : Hans Holbein le Jeune et le pouvoir Tudor

Hans Holbein le Jeune (c. 1497-1543), peintre allemand installé en Angleterre à partir de 1526, devient peintre officiel d'Henri VIII en 1535. Ses portraits — dont la fresque murale disparue de Whitehall (1537) — construisent délibérément l'image d'un roi puissant, imposant, presque surhumain : jambes écartées, poings sur les hanches, regard fixe, silhouette monumentale. Cette pose deviendra le modèle du portrait royal européen. Un ensemble important de dessins de Holbein est conservé aujourd'hui à la Royal Collection au Windsor Castle.

Sous Elizabeth Ire (règne 1558-1603), les portraits royaux deviennent un exercice de propagande sophistiqué. Deux exemples emblématiques :

Exemple 9.1Codes iconographiques du portrait royal

Ces portraits obéissent à un code partagé : présence d'attributs de pouvoir (couronne, sceptre, globe), poses hiératiques, décor symbolique (colonnes, drapés), regard qui traverse le spectateur. Le portrait n'est pas ressemblance mais construction : il transforme le corps du roi en corps politique.

9.2.2 L'architecture comme démonstration de puissance

Repère : Le Palais de Westminster : Charles Barry & Augustus Pugin

Après l'incendie de 1834 qui détruit l'ancien palais médiéval, un concours est lancé pour reconstruire le siège du Parlement britannique. Charles Barry (1795-1860) et Augustus Pugin (1812-1852) remportent le concours. Les travaux durent de 1840 à 1876. Le choix du style néo-gothique n'est pas anodin : à un moment où l'Angleterre victorienne domine le monde, l'architecture affiche une continuité imaginaire avec l'Angleterre médiévale, gothique, chrétienne. C'est la puissance qui se présente comme enracinement.

Aux États-Unis, l'architecture officielle emprunte au contraire à l'Antiquité classique, comme pour légitimer une jeune république en se rattachant aux modèles athénien et romain.

9.2.3 Art de propagande : WPA et affiches de guerre

Repère : La Works Progress Administration (WPA), 1935-1943

La Works Progress Administration, agence fédérale créée par Franklin D. Roosevelt dans le cadre du New Deal, a employé jusqu'à 8,5 millions de personnes. Son volet artistique — le Federal Art Project — a commandé des œuvres (fresques, sculptures, affiches) à environ 10 000 artistes, dont Jackson Pollock, Mark Rothko et Ben Shahn. C'est un cas rare d'art d'État dans une démocratie libérale : le gouvernement finance massivement des artistes en échange de productions à visée publique. Les fresques des bureaux de poste, notamment, portent un discours d'unité nationale et de valorisation du travail.

Les affiches de guerre anglophones sont un autre pan majeur de la propagande visuelle. Deux exemples devenus iconiques :

Au Royaume-Uni, la campagne « Keep Calm and Carry On » (1939, ministère de l'Information) n'a en réalité presque pas circulé pendant la guerre : l'affiche a été retrouvée en 2000 dans une librairie de Northumberland et est devenue depuis une icône commerciale.

9.3 L'art contre le pouvoir

9.3.1 La satire politique

L'Angleterre du XVIIIe siècle est le berceau de la satire visuelle moderne. Deux figures dominent : William Hogarth et James Gillray.

Repère : William Hogarth (1697-1764)

Peintre et graveur londonien, Hogarth invente la « peinture morale moderne » avec des séries narratives satiriques : A Harlot's Progress (1732), A Rake's Progress (1735), Marriage à-la-mode (1743-1745). Chaque série raconte en 6 à 8 gravures la chute d'un personnage victime de sa propre décadence et des travers de son milieu social. Hogarth vise l'aristocratie corrompue, les mariages arrangés, la prostitution, la boisson (Gin Lane, 1751). Le Copyright Act 1735, dit Hogarth's Act, est promulgué à sa demande pour protéger les graveurs.

Repère : James Gillray (1756-1815)

Contemporain de la Révolution française et des guerres napoléoniennes, Gillray produit plus de 1 000 caricatures politiques. Il ridiculise George III (Monstrous Craws, 1787), le Premier ministre William Pitt le Jeune, et surtout Napoléon, qu'il baptise « Little Boney » et représente comme un nain hystérique. Son influence est immense sur la caricature européenne du XIXe siècle.

Le magazine Punch (fondé en 1841 par Henry Mayhew et Mark Lemon, publié jusqu'en 2002) systématise la caricature politique hebdomadaire et forge un genre. Le Punch cartoon devient un instrument de commentaire politique majeur pendant plus d'un siècle.

9.3.2 Cartoons politiques contemporains

Aux États-Unis, la tradition se poursuit dans les grandes revues :

Repère : Codes du dessin de presse anglophone

Le political cartoon anglophone s'appuie sur des symboles récurrents : John Bull (représentation du Royaume-Uni, popularisé par John Arbuthnot en 1712), Uncle Sam (représentation des États-Unis, apparue pendant la guerre de 1812), l'éléphant républicain et l'âne démocrate (Thomas Nast dans Harper's Weekly, années 1870). L'humour repose sur la déformation caricaturale des personnages politiques et sur des légendes ironiques ou allusives.

9.3.3 Contre-culture des sixties

Les années 1960 voient émerger aux États-Unis une contre-culture artistique et politique massive, en réaction à la guerre du Vietnam, à la ségrégation raciale et à l'ordre moral d'après-guerre.

Repère : Beat Generation

Mouvement littéraire des années 1950-60. Figures : Jack Kerouac (On the Road, 1957 : road novel qui a défini une génération), Allen Ginsberg (Howl, 1956 : poème incantatoire qui a fait scandale et donné lieu à un procès pour obscénité en 1957, remporté par l'éditeur), William S. Burroughs (Naked Lunch, 1959).

Repère : Woodstock et le mouvement hippie

Le festival de Woodstock (Bethel, État de New York, 15-18 août 1969) rassemble environ 400 000 personnes. Il devient le symbole du mouvement hippie et de son idéal « Peace and Love ». Parmi les prestations restées célèbres : Jimi Hendrix jouant The Star-Spangled Banner en solo distordu (18 août 1969) — geste musical et politique fort.

Les protest songs deviennent la bande-son de la contestation :

9.4 Art engagé et voix minoritaires

9.4.1 Harlem Renaissance

Repère : La Harlem Renaissance (c. 1918-1937)

Mouvement culturel afro-américain centré à Harlem, quartier nord de Manhattan. Il englobe littérature, arts visuels, musique et danse. Ses conditions d'émergence : la Grande Migration (déplacement de 6 millions d'Afro-Américains du Sud rural vers les villes du Nord industriel entre 1910 et 1970), la fondation de la NAACP (1909) et la publication du magazine The Crisis par W.E.B. Du Bois.

Quelques figures majeures :

9.4.2 Civil Rights et art

Le mouvement des Civil Rights (années 1950-60) est indissociable d'une production artistique intense.

9.4.3 Le hip-hop comme voix politique

Repère : Origines du hip-hop

Né dans le Bronx (New York) au début des années 1970. La date-clé souvent citée est le 11 août 1973, block party organisée par DJ Kool Herc au 1520 Sedgwick Avenue. Le hip-hop repose sur quatre éléments culturels : DJing (mixage), MCing (rap), breakdancing et graffiti.

9.5 Street art : subversion et récupération

9.5.1 Banksy

Actif à Bristol depuis les années 1990, l'artiste anonyme Banksy est devenu la figure mondiale du street art politique. Ses œuvres emblématiques :

Repère : Le paradoxe Banksy

Banksy incarne la contradiction du street art : artiste anti-establishment qui vend aux enchères pour des millions ; auteur de graffitis illégaux dont les œuvres sont ensuite arrachées des murs et vendues. Son film Exit Through the Gift Shop (2010, nominé aux Oscars) interroge la mise en marché de la contre-culture. Cette tension — subversion vs récupération — est au cœur des débats contemporains sur l'art engagé.

9.5.2 Shepard Fairey

Shepard Fairey, né en 1970 en Caroline du Sud, développe à partir de 1989 la campagne Obey Giant : autocollants et pochoirs du visage du catcheur André the Giant accompagnés du mot OBEY. L'affiche joue sur les codes de la propagande pour interroger l'obéissance et la publicité.

En 2008, il conçoit le poster HOPE pour la campagne présidentielle de Barack Obama : portrait stylisé du candidat en rouge, bleu et beige, avec le mot HOPE. L'image devient l'un des symboles visuels les plus reconnaissables de la campagne. Fairey est cependant poursuivi en 2009 par l'Associated Press pour avoir utilisé sans autorisation une photographie de Mannie Garcia. Un accord est trouvé en 2011.

9.5.3 Le street art : art officiel ou contre-pouvoir ?

Le street art illustre bien les problématiques de l'axe. Né dans la marge urbaine (graffiti des années 1970 à New York, tags du Bronx), il a été progressivement institutionnalisé : expositions dans les musées (Tate Modern, MOCA de Los Angeles), marché de l'art de plusieurs milliards de dollars, festivals officiels (Upfest à Bristol depuis 2008). Est-il encore un contre-pouvoir, ou est-il devenu un genre parmi d'autres ?

Exemple 9.2Deux positions dans le débat

« The street artist Blek le Rat argues that street art loses its meaning when it enters a gallery : it becomes decoration. »
« The critic Cedar Lewisohn (Tate Modern, 2008) counters that institutional recognition amplifies the political message of street art rather than dilutes it. »

9.6 Censure et liberté d'expression

9.6.1 La censure au Royaume-Uni et aux États-Unis

Repère : Le Lord Chamberlain's Office (1737-1968)

Institué par le Licensing Act 1737, le bureau du Lord Chamberlain devait autoriser chaque pièce de théâtre jouée en public au Royaume-Uni. Pendant plus de deux siècles, il a interdit ou modifié des pièces jugées politiquement sensibles, blasphématoires ou immorales. Aboli par le Theatres Act 1968.

Aux États-Unis, la censure a pris d'autres formes :

9.6.2 Débats contemporains : cancel culture

Le terme cancel culture désigne l'ensemble des pratiques de mise à l'écart d'une personnalité publique jugée coupable d'un comportement, d'un propos ou d'une œuvre considérés comme moralement inacceptables. Le mot s'est diffusé à partir de 2017, dans le sillage du mouvement #MeToo.

Repère : Un débat aux frontières mouvantes

Il faut distinguer plusieurs phénomènes souvent confondus :

  • Censure d'État — encadrée par la loi ou l'action gouvernementale (ex. Chine, Russie).
  • Autocensure du marché — retrait de contenus par leurs éditeurs par crainte de boycott commercial.
  • Pression sociale — protestations, pétitions, réseaux sociaux.
  • Débat sur le patrimoine — déboulonnage de statues (Edward Colston à Bristol, 7 juin 2020, pendant les manifestations Black Lives Matter suivant la mort de George Floyd), renommage d'institutions.

Cas emblématiques anglophones : le retrait des statues de personnalités liées à l'esclavage (Cecil Rhodes à Oxford, débat depuis 2015), les débats autour de la publication ou du retrait de livres jugés problématiques (édition révisée des romans de Roald Dahl en 2023, retour partiel sur la révision après polémique).

9.7 Auteurs et œuvres-ressources

9.8 Projet final

Méthode : Projet : One work, one power

Chaque élève choisit une œuvre d'art anglophone (peinture, affiche, chanson, film, roman, street art) et prépare une analyse comparative de 5 minutes selon la structure suivante :

  • Introduction — l'œuvre et son contexte historique (auteur, date, lieu, commanditaire).
  • Description-interprétation — que représente-t-elle ? Quels symboles ? Voir la méthode du chapitre 7.
  • Rapport au pouvoir — l'œuvre est-elle au service du pouvoir, contre le pouvoir, ambivalente ? Argumenter.
  • Comparaison avec une seconde œuvre sur le même thème mais dans une position opposée (par ex. affiche officielle vs street art sur la guerre ; portrait royal vs caricature).
  • Conclusion — quelle position adopter dans le débat de l'axe : liberté de création vs contraintes ? Grille d'évaluation B2.

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