Adloun

Scientific Innovation and Responsibility

Cours complet · anglais (terminale), chapitre 9 · terminale, langue vivante

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9.1 Introduction

L'axe « Innovations scientifiques et responsabilité » pose la question qui traverse deux siècles de culture anglophone : le progrès engage-t-il la responsabilité de ceux qui le rendent possible ? De la première révolution industrielle britannique à la Silicon Valley, le monde anglophone a inventé une part majeure de la modernité technique — et, en même temps, les récits, les procès et les débats qui en interrogent le prix : Frankenstein, les luddites, le procès Scopes, la bombe d'Oppenheimer, les lanceurs d'alerte de la tech. Problématiques possibles :

Important

Lexique clé de l'axe : a breakthrough, a discovery (vs an invention), research (indénombrable), a scientist, a scholar, harmful, groundbreaking, a guinea pig, a safeguard, accountability, unintended consequences, to raise ethical concerns, dual-use. Outils mobilisés : le shall réglementaire (chap. 2), le passif académique (chap. 3), le hedging du raisonnement scientifique (the data seem to suggest, chap. 2).

9.2 La révolution industrielle et ses coûts

Repère : The workshop of the world

La révolution industrielle naît en Grande-Bretagne à la fin du XVIIIe siècle : machine à vapeur perfectionnée par James Watt (brevet de 1769), métiers à tisser mécaniques, chemins de fer (ligne Liverpool--Manchester, 1830). Vers 1850, le pays produit environ la moitié du fer et du coton manufacturé mondiaux : la presse le surnomme the workshop of the world, et la Grande Exposition de 1851, sous le Crystal Palace de verre et d'acier, met cette suprématie en scène. Mais le progrès a ses soutiers : dans les usines textiles et les mines travaillent des enfants, parfois dès six ou sept ans ; les villes-champignons comme Manchester entassent les ouvriers dans des taudis sans hygiène. Les Factory Acts successifs (notamment 1833, qui interdit le travail des moins de neuf ans dans le textile et crée des inspecteurs) amorcent la régulation : première réponse politique à la question de l'axe — l'innovation ne se limite pas d'elle-même.

Repère : Dickens et les luddites : deux critiques du machinisme

La littérature fournit la critique la plus durable. Charles Dickens, qui travailla enfant dans une fabrique de cirage, fait du roman une arme : Hard Times (1854) peint Coketown, ville industrielle où tout est calcul et « faits » (``Facts alone are wanted in life'', martèle M. Gradgrind), et où l'imagination elle-même est éradiquée — la critique porte moins sur la machine que sur l'esprit utilitariste qui la sert. Quarante ans plus tôt, la critique fut violente : entre 1811 et 1816, les luddites — artisans du textile des Midlands et du Yorkshire, se réclamant d'un mythique « General Ludd » — brisent les métiers mécaniques qui détruisent leur gagne-pain ; le Parlement répond en faisant du bris de machine un crime capital (Frame Breaking Act, 1812), contre lequel Lord Byron prononça à la Chambre des lords son premier discours. Le mot est resté dans l'anglais courant : un luddite désigne aujourd'hui, souvent injustement, tout adversaire supposé de la technologie — le terme techlash (défiance contemporaine envers la Big Tech) en est l'écho moderne.

9.3 Frankenstein, mythe matriciel

Repère : Mary Shelley, 1818

Frankenstein; or, The Modern Prometheus est né d'un été sans soleil : en 1816, au bord du lac Léman, Mary Shelley (elle a dix-huit ans) participe à un concours d'histoires de fantômes avec Byron et Percy Shelley. Le roman qu'elle publie en 1818 invente le mythe moderne de la science sans conscience : Victor Frankenstein, étudiant genevois, assemble et anime une créature à partir de chair morte — puis, épouvanté, l'abandonne. Le sous-titre dit tout : Prométhée moderne, le savant vole le feu (la vie) et en est puni. Mais la lecture attentive déplace la faute : la créature naît bonne, apprend à lire, demande de l'amour — c'est le rejet par son créateur et par les hommes qui la rend meurtrière. La question de l'axe est posée dès 1818 : le monstre n'est pas la technologie, c'est l'irresponsabilité de qui la crée puis s'en détourne. Contresens révélateur : dans l'usage courant, « Frankenstein » désigne la créature — comme si la culture avait fini par confondre le savant et son œuvre.

Exemple 9.1La postérité du mythe

Le réflexe « frankensteinien » resurgit à chaque innovation : la presse britannique baptise ``Frankenfoods'' les OGM dans les années 1990 ; le clonage de la brebis Dolly (Édimbourg, 1996) déclenche les mêmes unes ; les débats sur l'IA générative recyclent la même trame — une création qui échappe à son créateur. Dans un essai, le mythe fournit un cadre d'analyse en une phrase : Like Victor Frankenstein, tech companies may be less guilty of creating something dangerous than of refusing to take care of what they created.

9.4 Darwin et les controverses de la science

Repère : On the Origin of Species (1859)

Charles Darwin embarque en 1831, à vingt-deux ans, comme naturaliste sur le HMS Beagle ; les pinsons des Galápagos et vingt ans de travail le mènent à la théorie de l'évolution par sélection naturelle, publiée dans On the Origin of Species (1859) — dont la première édition s'épuise, dit-on, dès le premier jour. Le livre déclenche une controverse immédiate, résumée par le débat d'Oxford de 1860 entre l'évêque Samuel Wilberforce et Thomas Huxley, « le bouledogue de Darwin ». L'enjeu dépasse la biologie : si l'homme descend d'ancêtres communs avec les singes, que reste-t-il du récit biblique ? Darwin, conscient de la déflagration, avait retardé la publication pendant des années — cas d'école de la responsabilité du savant devant les effets de sa découverte.

Repère : Le procès Scopes (1925) : la science au tribunal

Aux États-Unis, la controverse devient judiciaire. En 1925, l'État du Tennessee interdit d'enseigner l'évolution dans les écoles publiques (Butler Act) ; un jeune professeur, John Scopes, accepte de servir de cas test. Le « procès du singe » (Scopes Monkey Trial) de Dayton devient le premier procès radiodiffusé d'Amérique, duel entre l'avocat progressiste Clarence Darrow et le tribun fondamentaliste William Jennings Bryan. Scopes est condamné à 100 dollars d'amende, mais le procès expose le fondamentalisme au ridicule national. Le conflit n'est pas clos : la Cour suprême n'invalide les lois anti-évolution qu'en 1968 (Epperson v. Arkansas), et le débat renaît dans les années 2000 sous la forme de l'intelligent design, jugé non scientifique par un tribunal fédéral en 2005 (Kitzmiller v. Dover). L'axe y gagne une question toujours actuelle : qui décide de ce que la science peut enseigner — les savants, les juges ou les électeurs ?

9.5 L'atome et l'espace

Repère : Oppenheimer : ``Now I am become Death''

Le projet Manhattan (1942--1945), programme secret américain dirigé scientifiquement par J. Robert Oppenheimer à Los Alamos, aboutit le 16 juillet 1945 au premier essai nucléaire, « Trinity », dans le désert du Nouveau-Mexique. Oppenheimer racontera qu'en voyant l'éclair, il pensa à un vers de la Bhagavad-Gita : ``Now I am become Death, the destroyer of worlds.'' Trois semaines plus tard, Hiroshima et Nagasaki. La suite est le drame de la responsabilité même : Oppenheimer plaide pour le contrôle international de l'atome, s'oppose à la bombe H, déclare à Truman avoir « du sang sur les mains » — et perd son habilitation de sécurité en 1954, en plein maccarthysme. Nombre de savants du projet, autour du Bulletin of the Atomic Scientists, créent en 1947 la « Doomsday Clock » (horloge de l'Apocalypse), qui affiche symboliquement le temps restant avant minuit : les créateurs de la bombe devenus vigies de leur création.

Repère : We choose to go to the Moon (1962)

La face lumineuse de la même décennie : la conquête spatiale. Piqués au vif par Spoutnik (1957) et par Gagarine (1961), les États-Unis lancent le programme Apollo. Le 12 septembre 1962, à Houston, Kennedy en donne la justification restée célèbre : `We choose to go to the Moon in this decade and do the other things, not because they are easy, but because they are hard.'' — le progrès comme défi volontaire, héritier direct du mythe de la Frontière (cf. chap. 8 : la New Frontier). Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong marche sur la Lune (`one small step for man, one giant leap for mankind''). L'ère contemporaine a privatisé l'épopée : SpaceX, fondée en 2002, ravitaille la Station spatiale pour la NASA et relance le débat de l'axe sous une forme neuve — quand l'espace appartient à des entreprises, qui est responsable de ce qu'on y fait ?

9.6 La Silicon Valley, l'IA et le climat

Repère : Turing, Asimov et les garde-fous de l'IA

Le débat sur l'intelligence artificielle a ses textes fondateurs anglophones. Alan Turing, mathématicien britannique et déchiffreur d'Enigma à Bletchley Park, publie en 1950 `Computing Machinery and Intelligence'', qui ouvre sur la question `Can machines think?'' et propose le « jeu de l'imitation » — le test de Turing : une machine « pense » si sa conversation est indiscernable de celle d'un humain. Côté fiction, Isaac Asimov formule dès 1942 ses Three Laws of Robotics (un robot ne peut blesser un humain ; il obéit sauf conflit avec la première loi ; il se protège sauf conflit avec les deux premières) — premier essai de garde-fou intégré à la machine, dont toute l'œuvre d'Asimov explore les failles. Le débat actuel — biais algorithmiques, deepfakes, lettres ouvertes de chercheurs demandant des moratoires, régulation européenne — rejoue la séquence Frankenstein/Oppenheimer à l'échelle du logiciel : l'anglais y a gagné un vocabulaire (alignment, guardrails, accountability) que les épreuves du baccalauréat mobilisent volontiers.

Repère : Le climat : la science face à l'inaction

Le changement climatique est le cas limite de l'axe : la science sait, mais qui est responsable d'agir ? Dès 1988, le climatologue de la NASA James Hansen déclare au Sénat américain que le réchauffement d'origine humaine a commencé ; le GIEC (IPCC, Intergovernmental Panel on Climate Change), créé la même année sous l'égide de l'ONU, publie depuis des rapports d'évaluation dont les formules calibrées — `unequivocal'', extremely likely'' (probabilité 95 %) — sont un modèle de hedging scientifique (cf. chap. 2 : la nuance n'est pas le doute). L'activisme anglophone a répondu par des figures et des formules devenues mondiales : Greta Thunberg au sommet de l'ONU (2019) — `How dare you!'', un semi-modal de défi (chap. 2) — et le mouvement Extinction Rebellion, né au Royaume-Uni en 2018. Entre les deux, la question de l'axe : la responsabilité est-elle celle des scientifiques, des États, des entreprises — ou de chacun ?

9.7 Projet final

Méthode : Comité d'éthique : The Ethics Board

Simulation en cinq étapes — un comité d'éthique doit autoriser ou refuser des innovations :

  • Les dossiers : quatre innovations fictives mais plausibles (ex. un implant de mémoire pour lycéens, une IA qui note les candidatures, un moustique OGM anti-paludisme, une application qui prédit les crimes). Chaque groupe « porteur de projet » rédige une fiche en anglais : bénéfices, risques, précédents historiques du chapitre.
  • Les rôles : porteurs de projet, comité d'éthique (qui prépare une grille de questions), public (associations, victimes potentielles, investisseurs).
  • L'audition : pitch de 3 minutes par projet (partition orale, chap. 4), questions du comité en interaction — objections concessives obligatoires (``That's a fair point. However…'', chap. 6).
  • La délibération : le comité rédige pour chaque projet un avis motivé de 100 mots employant le shall réglementaire (chap. 2) : ``The applicant shall demonstrate…''
  • Le débriefing : quelle innovation du monde réel chaque avis éclairerait-il ? La classe relie chaque cas à un repère du chapitre (luddites, Frankenstein, Oppenheimer, Asimov…).

9.8 Exercices

Exercice

Vocabulaire de l'axe. Complétez avec : breakthrough, safeguards, accountability, guinea pigs, unintended consequences, dual-use.

  • Nuclear research is typically     : the same physics produces power plants and bombs.
  • The patients claimed they had been used as      without their consent.
  • CRISPR gene editing was hailed as a major scientific
    .
  • Social media was meant to connect people; polarisation is one of its
    .
  • Asimov's Three Laws are fictional      built into the machines themselves.
  • Without clear     , nobody can be blamed when an algorithm fails.
Solution
  • dual-use
  • guinea pigs
  • breakthrough
  • unintended consequences
  • safeguards
  • accountability

Exercice

Chronologie de l'axe. Datez et situez en une phrase : le Frame Breaking Act ; la publication de Frankenstein ; On the Origin of Species ; le procès Scopes ; l'essai Trinity ; le discours We choose to go to the Moon ; l'article de Turing ; le témoignage de James Hansen au Sénat.

Solution

1812 — le Parlement britannique punit de mort le bris de machines, en réponse aux luddites ; 1818 — Mary Shelley publie Frankenstein, mythe de la science sans conscience ; 1859 — Darwin publie On the Origin of Species ; 1925 — procès Scopes à Dayton (Tennessee) : l'enseignement de l'évolution au tribunal ; 16 juillet 1945 — premier essai nucléaire « Trinity » (projet Manhattan, Oppenheimer) ; 12 septembre 1962 — discours de Kennedy à Houston lançant la course à la Lune ; 1950 — Turing pose la question ``Can machines think?'' et son test ; 1988 — Hansen déclare au Sénat que le réchauffement d'origine humaine a commencé.

Exercice

Compréhension fine. Kennedy dit : ``not because they are easy, but because they are hard''.

  • Quel procédé rhétorique reconnaissez-vous, et quel est son effet ?
  • En quoi cette phrase prolonge-t-elle le mythe de la Frontière étudié au chap. 8 ? Répondez en anglais, trois phrases maximum.
Solution
  • Une antithèse en parallélisme (not because… but because…), renforcée par le contraste monosyllabique easy / hard : la difficulté n'est pas un obstacle mais la raison même du choix — renversement qui transforme un programme technique en épreuve morale.
  • Kennedy recasts space as America's ``New Frontier'': like the West in Turner's myth, the Moon is a wilderness that will supposedly bring out the nation's energy and character. The rhetoric of the frontier turns exploration into identity. Conquering hardship, not the place itself, is presented as the point.

Exercice

Analyse. En vous appuyant sur le repère consacré à Frankenstein, expliquez en anglais (80--100 mots) pourquoi l'on peut dire que le vrai « monstre » du roman n'est pas la créature. Utilisez au moins un passif de compte rendu (chap. 3) et un modal distancié (chap. 2).

Solution

Proposition : The creature is often said to be the monster of the novel, yet Shelley suggests otherwise. It is born innocent: it learns language, admires humans and asks only for affection. What turns it violent is rejection — first by Victor, who abandons it at birth, then by every human it meets. One might argue, then, that the real monster is the creator's irresponsibility: Victor pursues knowledge without asking what he owes to what he creates. The novel's warning is not `do not innovate'', but `do not abandon what you have made''. (94 mots — passif de compte rendu : is often said to be ; modal distancié : might argue.)

Exercice

Médiation. Votre correspondant anglais a vu le film Oppenheimer et vous demande : ``Did scientists really try to stop what they had built?'' Répondez-lui en anglais (80--100 mots) en vous appuyant sur deux faits précis du chapitre.

Solution

Proposition : Yes, several of them did. After Hiroshima, Oppenheimer himself campaigned for international control of atomic energy, opposed the far more powerful hydrogen bomb, and even told President Truman he felt he had `blood on his hands'' — a stance that cost him his security clearance in 1954, during the McCarthy era. Other Manhattan Project scientists founded the Bulletin of the Atomic Scientists, which since 1947 has maintained the `Doomsday Clock'', showing how close humanity stands to catastrophe. The bomb's creators became, quite literally, its first whistle-blowers. (89 mots)

Exercice

Essai (environ 300 mots). ``Scientists are responsible for the uses of their discoveries.'' To what extent do you agree? Mobilisez au moins deux repères du chapitre (par exemple Oppenheimer et Turing, ou Shelley et le climat), une concession et une conclusion nette (cf. chap. 6).

Solution

Proposition de plan rédigé :

Introduction — accroche : la Doomsday Clock, créée par les inventeurs de la bombe eux-mêmes ; problématique : peut-on créer sans répondre de sa création ?

Argument 1 — la responsabilité est réelle car la prévisibilité l'est : Oppenheimer savait ce qu'était une bombe ; Shelley l'avait théorisé dès 1818 — la faute de Victor n'est pas d'avoir créé, mais d'avoir refusé d'assumer. Le chercheur qui conçoit un système de dual-use ne peut plaider la surprise.

Concession — Admittedly, le savant ne contrôle ni les États ni les marchés : Darwin n'est pas responsable du « darwinisme social », Turing n'a pas voulu les deepfakes ; c'est le politique, in fine, qui décide de l'usage (le procès Scopes montre même la société jugeant la science).

Réfutation — However, l'impossibilité de tout contrôler ne vaut pas quitus : elle définit plutôt une responsabilité d'alerte — Hansen témoignant au Sénat, les signataires de moratoires sur l'IA, le Bulletin des atomistes. Le savant n'est pas responsable de l'usage, mais il est responsable du silence.

Conclusion — nette : oui, dans les limites de la prévoyance et de la parole ; What scientists owe the world is not omniscience, but honesty about what they have made possible.

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