Cohésion, dissolution et solubilité
Cours complet · chimie (première), chapitre 7 · première, spécialité physique-chimie
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Pourquoi le sel fond-il à C et le beurre à C ? Pourquoi l'eau dissout-elle le sel mais pas l'huile ? Réponse en un mot : les interactions entre entités. Ce chapitre les classe (ioniques, entre dipôles, ponts hydrogène), puis les met au travail : dissolution des solides ioniques, solubilité et miscibilité, extraction par solvant et le chef-d'œuvre applicatif — le savon.
7.1 La cohésion des solides
La cohésion d'un solide vient d'interactions attractives entre ses entités, d'intensités très différentes :
- solide ionique (ex. ) : attraction électrostatique entre cations et anions (loi de Coulomb — livre de physique !) : très forte ;
- solide moléculaire polaire (ex. glace, sucre) : attractions entre dipôles ( face à ), renforcées le cas échéant par des ponts hydrogène : modérées ;
- solide moléculaire apolaire (ex. diiode, paraffine) : attractions de Van der Waals entre dipôles instantanés : faibles, mais croissant avec la taille des entités.
Un pont hy\-dro\-gène s'établit entre un atome d'hy\-dro\-gène lié à un atome très électronégatif (O, N) et un doublet non liant d'un atome O ou N d'une entité voisine. Intermédiaire entre Van der Waals et liaison covalente, il explique les propriétés hors normes de l'eau.
Le pont hydrogène (pointillé orange) : le H, appauvri en électrons () car lié à un oxygène très électronégatif, s'accroche au doublet non liant d'un O voisin.
| Solide | Type | Cohésion | |
|---|---|---|---|
| chlorure de sodium | ionique | électrostatique | C |
| glace | moléculaire polaire | dipôles ponts H | C |
| diiode | moléculaire apolaire | Van der Waals | C (grosses entités) |
| dioxygène | moléculaire apolaire | Van der Waals | C |
Fondre, c'est vaincre les interactions : plus elles sont fortes, plus la température de fusion grimpe. (Comparer et : mêmes interactions, mais Van der Waals croît avec la taille.)
7.2 Dissolution des solides ioniques dans l'eau
L'eau, polaire, dissout un solide ionique en trois temps :
- dissociation : les molécules d'eau, attirées par les ions de surface, affaiblissent puis rompent les liaisons du réseau ;
- solvatation (hydratation) : chaque ion s'entoure de molécules d'eau orientées — l'oxygène vers les cations, les hydrogènes vers les anions ;
- dispersion : les ions solvatés se répartissent dans tout le volume (agitation).
La solvatation : l'eau, dipôle coudé, présente à chaque ion sa face de charge opposée — c'est la polarité de l'eau (chapitre 6) qui fait d'elle le grand solvant des espèces ioniques.
Méthode : Équation de dissolution et concentrations des ions
On modélise la dissolution par une équation avec les états et , en respectant la formule statistique du solide :
Si l'on dissout mol de solide dans un volume , les coefficients donnent les concentrations effectives des ions : pour de concentration apportée ,
On dissout g de () dans mL d'eau : mol, , d'où et .
7.3 Solubilité et miscibilité
- La solubilité d'une espèce dans un solvant est la masse (ou quantité) maximale que l'on peut y dissoudre par litre ; au-delà, la solution est saturée.
- Deux liquides sont miscibles s'ils forment un mélange homogène en toutes proportions (eau/éthanol), non miscibles s'ils se séparent en deux phases (eau/cyclohexane, eau/huile).
Une espèce se dissout d'autant mieux que ses entités peuvent établir avec le solvant des interactions comparables à celles qu'elles quittent :
- solvant polaire (eau) : dissout les solides ioniques et les espèces polaires (surtout celles à ponts H : sucres, alcools) ;
- solvant apolaire (cyclohexane, huile) : dissout les espèces apolaires (diiode, graisses, paraffine).
Le diiode (apolaire) : solubilité dans l'eau, dans le cyclohexane — presque cent fois plus. Le sel : dans l'eau, insoluble dans le cyclohexane. Chaque espèce va vers le solvant qui lui « ressemble ».
7.4 L'extraction liquide-liquide
Protocole expérimental : Extraire une espèce par un solvant
Pour extraire une espèce dissoute dans l'eau, on choisit un solvant extracteur :
- non miscible à l'eau (deux phases se forment) ;
- dans lequel l'espèce est beaucoup plus soluble que dans l'eau ;
- sûr et adapté (peu toxique, non inflammable si possible, densité connue pour prévoir quelle phase est au-dessus).
Dans l'ampoule à décanter : verser les deux liquides, agiter (en dégazant), laisser décanter ; l'espèce migre vers le solvant extracteur ; soutirer la phase inférieure.
Extraction du diiode d'une eau iodée par le cyclohexane : après agitation, le diiode a migré vers le solvant apolaire où il est cent fois plus soluble ; la phase organique, moins dense, surnage.
7.5 Savons et espèces amphiphiles
Une espèce (ou une partie d'entité) est hydrophile si elle a de l'affinité pour l'eau (polaire, ionique, ponts H), lipophile (= hydrophobe) si elle a de l'affinité pour les graisses (apolaire). Une entité amphiphile possède les deux : c'est le cas des ions carboxylate des savons,
La graisse, apolaire, ignore l'eau. Les entités de savon s'y plantent par leurs queues lipophiles et hérissent la surface de têtes hydrophiles : la gouttelette, encapsulée dans une micelle, devient « soluble » et part au rinçage. Les tensioactifs de la même famille servent partout : détergents, shampooings, émulsifiants alimentaires (mayonnaise !), mousses.