L'État face à l'ouverture
Cours · économie (ECT, 1re et 2e années), chapitre 13 · prépa ECT, 1re et 2e années · le début du chapitre, la suite sur Adloun
L'ouverture n'est pas un phénomène naturel auquel les États assisteraient passivement. Ils choisissent leur degré de protection, négocient des accords, soutiennent certaines industries, cherchent à rendre leurs entreprises compétitives et leur territoire attractif pour les investisseurs étrangers. Depuis le milieu des années 2010, et plus encore depuis 2020, ces politiques ont pris une importance nouvelle : retour des droits de douane, plans industriels massifs aux États-Unis, en Chine et en Europe, préoccupation pour la souveraineté économique. Ce chapitre présente les politiques commerciales, les politiques industrielles et de compétitivité, les politiques d'attractivité et de concurrence, puis la stratégie européenne de compétitivité.
« Comment l'État cherche-t-il à adapter son économie au contexte de l'ouverture internationale ? » Trois capacités sont attendues : présenter la nature et les effets des politiques commerciales nationales ; étudier les politiques industrielles et de compétitivité nationales ; analyser les enjeux des politiques d'attractivité du territoire.
13.1 Les politiques commerciales
13.1.1 Les instruments
La politique commerciale est l'ensemble des mesures par lesquelles un État (ou une union d'États) agit sur ses échanges extérieurs : niveau et structure des droits de douane, obstacles non tarifaires, aides à l'exportation, accords commerciaux. Pour la France, elle relève de l'Union européenne, compétente à titre exclusif (chapitre 11).
Repère : Instruments tarifaires et non tarifaires
- Instruments tarifaires : le droit de douane, taxe perçue sur un produit importé, soit ad valorem (un pourcentage de la valeur), soit spécifique (un montant par unité).
- Instruments non tarifaires :
- les contingents (quotas) : quantité maximale importée ;
- les normes techniques, sanitaires ou environnementales, qui peuvent protéger le consommateur mais aussi écarter des concurrents ;
- les formalités administratives et licences d'importation ;
- les subventions aux producteurs nationaux ou aux exportations ;
- la préférence nationale dans les marchés publics.
- Instruments de défense commerciale, prévus par l'OMC : droits antidumping (contre une vente à l'exportation à un prix inférieur au prix pratiqué sur le marché d'origine), droits compensateurs (contre une subvention étrangère), mesures de sauvegarde (contre une hausse brutale des importations).
13.1.2 Les justifications du protectionnisme
Le protectionnisme est une politique qui vise à protéger la production nationale de la concurrence étrangère par des instruments tarifaires ou non tarifaires.
Auteur : Friedrich List (1789-1846)
Économiste allemand, auteur du Système national d'économie politique (1841). Thèse : le libre-échange profite aux nations déjà industrialisées (l'Angleterre de son temps) ; une nation en retard doit protéger temporairement ses industries naissantes, le temps qu'elles atteignent la taille et l'expérience qui les rendront compétitives. Concept utile : le protectionnisme éducateur, temporaire, sélectif et dégressif ; le libre-échange reste l'objectif final. Filiation : Alexander Hamilton aux États-Unis (1791) ; les stratégies d'industrialisation de l'Asie de l'Est au XXe siècle.
Repère : Les autres justifications
- La politique commerciale stratégique : sur un marché oligopolistique à forts rendements croissants (aéronautique), une subvention peut dissuader un concurrent étranger d'entrer et transférer des profits vers la firme nationale (James Brander et Barbara Spencer, Journal of International Economics, 1985).
- La protection de l'emploi et des territoires face à des ajustements brutaux (chapitre 12).
- La souveraineté et la sécurité : défense, énergie, médicaments, composants critiques ; même Adam Smith admettait une exception pour la défense.
- La lutte contre la concurrence déloyale : dumping, subventions étrangères, normes sociales ou environnementales très inférieures.
- L'argument des termes de l'échange : un grand pays importateur peut, en taxant ses importations, faire baisser le prix mondial et capter une partie du gain.
13.1.3 Les effets d'un droit de douane
Méthode : Analyser un droit de douane dans un petit pays
Un « petit pays » ne peut pas influencer le prix mondial. Un droit de douane élève le prix intérieur du prix mondial à .
- La production nationale augmente, la demande baisse, les importations diminuent.
- Les consommateurs perdent (ils paient plus cher et achètent moins).
- Les producteurs nationaux gagnent (ils vendent plus, plus cher).
- L'État perçoit des recettes : importations.
- La perte des consommateurs dépasse la somme des deux gains : la différence est la perte sèche, faite d'une perte de production (on produit chez soi plus cher qu'à l'étranger) et d'une perte de consommation (des achats utiles n'ont plus lieu).
{ Effets d'un droit de douane de 10 dans un petit pays (données fictives : demande , offre nationale , prix mondial 50). Orange : gain des producteurs ; bleu : recettes de l'État ; rouge : pertes sèches (production à gauche, consommation à droite). L'ensemble des zones colorées est la perte des consommateurs.}
Repère : Les effets au-delà du marché protégé
- Représailles : les partenaires répliquent, et les exportateurs du pays protégé perdent des débouchés ; c'est le scénario de la guerre commerciale des années 1930.
- Hausse des coûts des branches en aval : dans les chaînes de valeur, taxer un bien intermédiaire (acier, composants) renchérit la production des industries qui l'utilisent.
- Rentes et inefficacité : la protection durable réduit l'incitation à innover et favorise la recherche de rentes par les groupes de pression.
En 2025, les États-Unis ont pris une série de mesures tarifaires de grande ampleur. Selon l'OMC (Global Trade Outlook and Statistics, mars 2026), la part du commerce mondial réalisée aux conditions de la nation la plus favorisée, environ 80 % au début de 2025, est tombée à 72 % à la fin de février 2026 ; elle a fluctué au gré des décisions, notamment après une décision de la Cour suprême des États-Unis le 20 février 2026, suivie quatre jours plus tard de nouveaux droits de douane américains.
13.1.4 La politique commerciale de l'Union européenne
Pour un État membre comme la France, la politique commerciale « nationale » s'exerce au sein de l'Union : le gouvernement pèse sur les positions de la Commission et du Conseil, mais il ne fixe plus seul ses droits de douane. L'Union combine ouverture et protection.