Les origines de la croissance économique
Cours · économie (ECT, 1re et 2e années), chapitre 7 · prépa ECT, 1re et 2e années · le début du chapitre, la suite sur Adloun
Un Français d'aujourd'hui dispose en moyenne d'un revenu plusieurs fois supérieur à celui de ses arrière-grands-parents ; pendant les siècles qui ont précédé la révolution industrielle, la production par habitant n'avait presque pas progressé. Ce basculement, et l'écart qui s'est creusé puis réduit entre les pays, sont l'objet de ce chapitre : on y mesure la croissance, on en retrace l'origine historique, on en distingue les moteurs de court terme et de long terme, et l'on présente les théories qui l'expliquent.
« D'où vient la croissance économique ? » Trois capacités sont attendues : analyser l'origine de la croissance économique à partir de la première révolution industrielle ; caractériser les facteurs de la croissance ; distinguer les explications théoriques de la croissance.
7.1 La croissance économique et sa mesure
La croissance économique est l'augmentation durable de la production de biens et de services d'une économie, mesurée par la hausse du PIB en volume (à prix constants, c'est-à-dire corrigé de la hausse des prix). On la distingue de l'expansion, hausse de courte durée liée à la conjoncture. Selon François Perroux, la croissance est une augmentation soutenue, sur une ou plusieurs longues périodes, d'un indicateur de dimension comme le produit global en termes réels.
Repère : Les outils de mesure
- Taux de croissance d'une année : , calculé sur le PIB en volume.
- Taux de croissance annuel moyen (TCAM) sur années : . On ne fait jamais la moyenne arithmétique des taux.
- Temps de doublement : à un taux constant (en %), le PIB double en environ années (« règle de 70 »).
- PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat (PPA) : pour comparer des pays, on rapporte le PIB à la population et on le convertit dans une monnaie commune qui neutralise les écarts de prix.
Les comptes nationaux de l'Insee (base 2020) donnent le taux de croissance du PIB en volume de chaque année depuis 1950. En multipliant les coefficients multiplicateurs annuels, on obtient, en cumulant les taux de chaque période :
- de 1950 à 1974, le PIB est multiplié par 3,66, soit un TCAM de 5,3 % : c'est la période dite des « Trente Glorieuses » ;
- de 1975 à 2007, il est multiplié par 2,14, soit 2,3 % par an ;
- de 2008 à 2019, par 1,12, soit 1,0 % par an ;
- de 2020 à 2025, par 1,06, soit 0,9 % par an.
Le PIB n'a reculé que quatre années : 1975, 1993, 2009 () et 2020 (). Selon l'Insee (Insee Première n° 2105, mai 2026), la croissance a été de 1,5 % en 2024 et de 0,8 % en 2025. À 5,3 % par an, le PIB double en 13 ans environ ; à 1 % par an, en 70 ans.
{ Taux de croissance annuel moyen du PIB en volume de la France par période, en %. Source : Insee, comptes nationaux annuels, base 2020 ; moyennes géométriques calculées à partir des taux annuels.}
Le PIB en valeur (aux prix courants) augmente aussi quand seuls les prix montent. Si le PIB en valeur augmente de 4 % et les prix de 3 %, la croissance en volume n'est que de . La croissance se mesure toujours en volume.
7.2 Les révolutions industrielles et le rattrapage
7.2.1 Les révolutions industrielles
Avant le XVIIIe siècle, la production progressait à peine plus vite que la population : le niveau de vie stagnait. La croissance moderne naît avec la révolution industrielle.
Une révolution industrielle est une transformation profonde et durable de l'appareil productif, déclenchée par un ensemble d'innovations majeures liées entre elles (une source d'énergie, une technique, une organisation du travail) qui se diffusent à toute l'économie et relèvent durablement la productivité.
Repère : Trois révolutions industrielles
- La première (fin du XVIIIe siècle, d'abord en Grande-Bretagne) : machine à vapeur, charbon, mécanisation du textile, sidérurgie, chemin de fer. Le travail passe de l'atelier à l'usine.
- La deuxième (fin du XIXe siècle, Allemagne et États-Unis en tête) : électricité, pétrole et moteur à explosion, chimie, automobile ; au XXe siècle, organisation scientifique du travail et production de masse.
- La troisième (à partir des années 1970) : électronique, informatique, télécommunications, internet. Certains parlent d'une quatrième, portée par le numérique, les données et l'intelligence artificielle.
Auteur : Joel Mokyr (né en 1946)
Historien de l'économie, Mokyr cherche pourquoi la croissance soutenue est apparue en Europe au XVIIIe siècle et nulle part avant. Sa réponse (A Culture of Growth, 2016) : la révolution industrielle est d'abord une révolution du savoir. Les inventions ne deviennent cumulatives que lorsque le savoir pratique s'appuie sur une compréhension scientifique de pourquoi les techniques fonctionnent, et lorsque la société accepte le changement. Il a reçu la moitié du prix Nobel 2025, l'autre moitié revenant à Philippe Aghion et Peter Howitt, pour avoir expliqué la croissance tirée par l'innovation.
La croissance française de 5,3 % par an entre 1950 et 1974 (Insee) résulte de plusieurs causes qui se renforcent : la reconstruction d'un capital détruit par la guerre ; l'adoption des techniques et des méthodes d'organisation déjà utilisées aux États-Unis (production de masse, travail à la chaîne) ; l'exode rural, qui déplace des millions d'actifs d'une agriculture peu productive vers l'industrie ; une demande vigoureuse (hausse des salaires, équipement des ménages, croissance démographique) ; l'ouverture européenne. Le ralentissement après 1974 s'explique par les chocs pétroliers, mais aussi par l'épuisement de ce rattrapage.
7.2.2 Le rattrapage économique
Le rattrapage (ou convergence) est le processus par lequel un pays dont le PIB par habitant est faible croît plus vite que les pays les plus avancés et réduit l'écart qui l'en sépare.
Le pays en retard peut importer des techniques déjà inventées au lieu de les inventer, et accumuler du capital là où il est rare, donc très productif. Mais le rattrapage n'est pas automatique : il suppose des capacités sociales (éducation, institutions stables, épargne, ouverture).
Auteur : Alexander Gerschenkron (1904-1978) et Moses Abramovitz (1912-2000)
Dans Economic Backwardness in Historical Perspective (1962), Gerschenkron montre que les pays industrialisés tardivement (Allemagne, Russie) ont bénéficié d'avantages du retard : ils ont adopté d'emblée les techniques les plus modernes, avec un rôle accru des banques et de l'État. Abramovitz (« Catching Up, Forging Ahead, and Falling Behind », 1986) ajoute que le potentiel de rattrapage ne se réalise que si le pays dispose des capacités sociales pour absorber les techniques.
Exercices du chapitre
- La comptabilité de la croissance corrigé
- Taux de croissance annuel moyen et temps de doublement corrigé
- Le rattrapage de la Corée du Sud corrigé
- Écart de production et politique conjoncturelle corrigé
- Mécanisme : la destruction créatrice corrigé
- Solow ou la croissance endogène : quel rôle pour l'État ? corrigé