Ondes électromagnétiques planes dans le vide
Cours complet · électromagnétisme (MPI), chapitre 5 · CPGE MPI (2e année)
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Au chapitre précédent, l'étude des équations de Maxwell a révélé qu'un champ électrique variable engendre un champ magnétique, et réciproquement. Ce couplage est fécond : une fois lancés, les deux champs s'entretiennent mutuellement et se propagent sans support matériel. C'est le contenu physique des équations de Maxwell dans le vide, dont ce chapitre tire la conséquence la plus spectaculaire : l'existence d'ondes électromagnétiques se propageant à la vitesse de la lumière. La lumière visible, les ondes radio, les rayons X ne sont qu'une seule et même réalité, à des fréquences différentes.
Nous établissons d'abord l'équation de propagation des champs à partir des équations de Maxwell, puis nous étudions le modèle central de tout le cours d'ondes de deuxième année : l'onde plane progressive monochromatique (OPPM). Sa structure (transversalité, trièdre , relation ), ses états de polarisation et son bilan énergétique (vecteur de Poynting, intensité) constituent une boîte à outils réutilisée dans tous les chapitres suivants (plasmas, conducteurs, rayonnement).
5.1 L'équation de propagation dans le vide
5.1.1 Les équations de Maxwell dans le vide
On se place dans une région du vide, c'est-à-dire vide de charges et de courants : la densité volumique de charge et le vecteur densité de courant y sont nuls. Les quatre équations de Maxwell s'écrivent alors sous forme locale
Le couplage entre et est porté par les deux équations à rotationnel. Le terme de Maxwell--Ampère (le courant de déplacement de Maxwell) est essentiel : sans lui, aucune onde ne pourrait exister dans le vide. C'est l'ajout historique de Maxwell aux lois de l'électromagnétisme.
5.1.2 Découplage : l'équation de d'Alembert
Les champs et sont couplés. Pour obtenir une équation portant sur un seul champ, on découple le système en prenant le rotationnel d'une équation de couplage.
Démonstration (Équation de propagation du champ électrique)
Prenons le rotationnel de l'équation de Maxwell--Faraday :
où l'on a permuté les dérivations spatiale et temporelle, puis injecté Maxwell--Ampère. On utilise l'identité d'analyse vectorielle
Comme dans le vide, il reste , d'où le résultat.
Dans le vide, chaque champ (et chacune de ses composantes cartésiennes) vérifie l'équation de d'Alembert tridimensionnelle
avec la célérité
- Les champs se propagent sans support matériel : le vide transporte l'onde électromagnétique. C'est la rupture décisive avec les ondes mécaniques (corde, son).
- La vitesse ne fait intervenir que des constantes électromagnétiques : elle a permis à Maxwell d'identifier la lumière comme une onde électromagnétique.
- L'équation de d'Alembert est linéaire : toute superposition de solutions est solution (principe de superposition), fondement de l'analyse de Fourier des signaux.
Le même raisonnement, appliqué au rotationnel de Maxwell--Ampère et utilisant , donne l'équation de d'Alembert pour . Les deux champs obéissent à la même équation, avec la même célérité.
5.2 Structure de l'onde plane progressive
5.2.1 Onde plane, onde plane progressive
Une onde est dite plane de direction (vecteur unitaire) si, à chaque instant, les champs sont uniformes sur tout plan perpendiculaire à . En choisissant , cela signifie que les champs ne dépendent que de et de :
Les plans sont les surfaces d'onde.
Pour une onde plane, l'équation de d'Alembert se réduit à sa forme unidimensionnelle , dont on connaît la solution générale.
La solution générale de l'équation de d'Alembert à une dimension est la superposition d'une onde progressive (vers les croissants) et d'une onde régressive (vers les décroissants) :
où et sont des fonctions vectorielles arbitraires. Le terme représente un profil de forme invariable se translatant à la vitesse vers les .
5.2.2 Transversalité
Que disent les équations de Maxwell sur la direction des champs d'une onde plane progressive (OPP) ? Elles imposent une contrainte forte : les champs sont perpendiculaires à la direction de propagation.
Démonstration (Les champs sont transverses)
Considérons une OPP se propageant selon , dont les champs ne dépendent que de et . Pour un tel champ, . L'équation de Maxwell--Gauss donne
Ainsi ne dépend pas de . De plus, la composante selon de Maxwell--Ampère (avec ne dépendant que de ) donne : ne dépend pas non plus de . La composante est donc constante et uniforme ; comme elle ne participe pas à l'onde (un champ statique uniforme), on la prend nulle. Le même raisonnement sur donne .
Une onde électromagnétique plane progressive dans le vide est transverse : les champs et sont contenus dans le plan perpendiculaire à la direction de propagation,
Il n'existe pas d'onde électromagnétique longitudinale dans le vide.
5.2.3 Relation de structure : le trièdre
Il reste à relier et entre eux. Maxwell--Faraday fournit cette relation.
Démonstration (Relation de structure d'une OPP)
Pour une OPP se propageant selon à la vitesse , chaque champ est de la forme . La dérivation d'une telle fonction donne, en notant la dérivée par rapport à l'argument :
Écrivons Maxwell--Faraday . Comme ne dépend que de , seul survit . Donc
En intégrant (les constantes correspondent à des champs statiques, écartés) :
Pour une OPP se propageant selon le vecteur unitaire :
- les champs sont transverses : et ;
- ils sont liés par la relation de structure
- le trièdre est orthogonal direct, et les champs et sont en phase (mêmes variations temporelles).
La connaissance de suffit à déterminer entièrement l'onde.
Le facteur fait paraître minuscule (). C'est une illusion d'unités : dans le bilan énergétique, les deux champs contribuent à parts égales. Il ne faut jamais négliger devant dans une onde.
5.3 L'onde plane progressive monochromatique (OPPM)
5.3.1 Définition et notation complexe
Une onde plane progressive monochromatique est une OPP dont la dépendance temporelle est sinusoïdale, de pulsation unique. Se propageant selon , son champ électrique s'écrit
avec la pulsation , le nombre d'onde , et un vecteur constant du plan .
Le calcul se simplifie considérablement en notation complexe. On introduit le vecteur d'onde et l'on pose
Méthode : Règles de dérivation en notation complexe
Pour une OPPM en , les opérateurs différentiels deviennent des multiplications :
Ces substitutions transforment les équations de Maxwell (aux dérivées partielles) en relations algébriques. C'est l'outil de travail central de tout le cours d'ondes.
Démonstration (Retrouver la structure avec les opérateurs)
Injectons ces règles dans les équations de Maxwell dans le vide :
On retrouve en trois lignes ce qui demandait des intégrations : tout OPPM du vide est transverse, de trièdre direct, et .
5.3.2 Relation de dispersion
Démonstration (Relation de dispersion du vide)
Injectons l'OPPM dans l'équation de d'Alembert . Avec (car ) et :
Dans le vide, la relation de dispersion est
La vitesse de phase est indépendante de la fréquence : le vide est un milieu non dispersif. Toutes les couleurs y voyagent à la même vitesse .
L'OPPM est une idéalisation : une onde vraiment plane occuperait tout l'espace transverse (énergie infinie) et une onde vraiment monochromatique durerait de à . Aucune source réelle ne produit une OPPM. Mais grâce à la linéarité et à l'analyse de Fourier, toute onde réelle se décompose en une somme (ou intégrale) d'OPPM : le modèle est la brique élémentaire universelle.
5.3.3 Le spectre électromagnétique
Toutes les OPPM obéissent à la même physique ; seule leur fréquence les distingue. Le spectre électromagnétique range les ondes par fréquence (ou longueur d'onde ) croissante.
| Domaine | Longueur d'onde | Applications typiques |
|---|---|---|
| Ondes radio | radio, TV, communications | |
| Micro-ondes | -- | four, radar, Wi-Fi, GSM |
| Infrarouge | -- | thermique, télécommande |
| Visible | -- | vision, optique |
| Ultraviolet | -- | stérilisation, bronzage |
| Rayons X | -- | radiographie, cristallographie |
| Rayons | nucléaire, astrophysique |
Le domaine visible s'étend d'environ (violet) à (rouge), soit des fréquences de l'ordre de à . Un four à micro-ondes fonctionne à , soit .
5.4 Polarisation
5.4.1 États de polarisation
Le champ électrique d'une OPPM se propageant selon vit dans le plan transverse . La donnée de ses deux composantes définit l'état de polarisation : la courbe décrite par l'extrémité du vecteur au cours du temps, en un point fixe.
Selon le déphasage entre les composantes et leurs amplitudes :
- rectiligne si ou : les composantes vibrent en phase (ou en opposition), garde une direction fixe et son extrémité décrit un segment ;
- circulaire si et : l'extrémité décrit un cercle ;
- elliptique dans le cas général : l'extrémité décrit une ellipse.
Les deux premiers sont des cas particuliers du troisième.
Méthode : Reconnaître une polarisation circulaire droite ou gauche
Pour et , on a . En un point fixe (), l'extrémité tourne dans le sens direct de vers : la polarisation est circulaire. On parle de polarisation droite ou gauche selon le sens de rotation vu par un observateur recevant l'onde. Pour trancher : figer , faire croître , et regarder dans quel sens tourne .
La lumière émise par le Soleil ou une lampe est non polarisée : elle résulte de la superposition incohérente d'un grand nombre de trains d'onde dont la direction de fluctue aléatoirement et très rapidement. Aucune direction n'est privilégiée.
5.4.2 Polariseurs et loi de Malus
Un polariseur (ou analyseur) ne laisse passer que la composante du champ parallèle à son axe de transmission. Une lumière polarisée rectilignement, d'intensité incidente , traversant un analyseur dont l'axe fait l'angle avec la direction de polarisation, en ressort avec l'intensité
Démonstration (Établissement de la loi de Malus)
Notons l'amplitude du champ incident polarisé selon une direction faisant l'angle avec l'axe de l'analyseur. Seule la projection sur l'axe est transmise, d'amplitude . Comme l'intensité est proportionnelle au carré de l'amplitude du champ (), on obtient
En tournant l'analyseur, passe par un maximum () et s'annule (extinction, ).
Une lumière polarisée donne, à travers un analyseur tournant, une intensité variant de à . Une lumière naturelle donne une intensité constante (moyenne de ). C'est le test expérimental de la polarisation.
5.5 Aspects énergétiques
5.5.1 Densité d'énergie et vecteur de Poynting
Le champ électromagnétique transporte de l'énergie. Le bilan local d'énergie électromagnétique (partie 4.4 du programme) fait intervenir deux grandeurs.
La densité volumique d'énergie électromagnétique et le vecteur de Poynting (densité surfacique de flux d'énergie) sont
Le flux de à travers une surface donne la puissance électromagnétique qui la traverse.
Pour une OPP, la relation et entraînent l'équipartition de l'énergie entre champ électrique et champ magnétique :
La densité d'énergie vaut donc , et le vecteur de Poynting
L'énergie se propage dans le sens de , à la vitesse : .
Démonstration (Direction du vecteur de Poynting)
Avec et :
car . Le vecteur de Poynting est bien colinéaire à , dans le sens de propagation.
5.5.2 Intensité d'une OPPM
Les capteurs (œil, photodiode) sont sensibles à la moyenne temporelle du flux, car est bien trop élevée pour suivre les variations instantanées.
L'intensité (ou éclairement) d'une OPPM est la moyenne temporelle du flux surfacique du vecteur de Poynting :
Pour , on utilise , d'où
La moyenne d'un produit de deux grandeurs sinusoïdales réelles s'obtient sans repasser au réel :
où désigne le conjugué. Le facteur remplace la moyenne du . Cette formule est l'outil de calcul énergétique standard.
Le flux solaire au sol vaut environ . On en déduit l'amplitude du champ :
et , du même ordre que le champ magnétique terrestre. Un faisceau laser concentre bien davantage : un laser continu de focalisé sur donne , comparable au Soleil.
5.6 Synthèse du chapitre
Équation de propagation. Dans le vide (sans charges ni courants), le rotationnel de Maxwell--Faraday combiné à Maxwell--Ampère donne l'équation de d'Alembert
Structure d'une OPP. Transversalité (, ) ; relation de structure ; trièdre orthogonal direct ; champs en phase ; .
Notation complexe. , , , . Relation de dispersion du vide : , (non dispersif).
Polarisation. Rectiligne (), circulaire ( et amplitudes égales), elliptique (général). Loi de Malus : .
Énergie. ; . Pour une OPP : équipartition, . Intensité : .
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>5.7 Exercices résolus
Calculer avec et .
Démonstration
On a , donc
La coïncidence avec la vitesse de la lumière mesurée fut l'argument décisif de Maxwell pour affirmer la nature électromagnétique de la lumière.
Une OPPM se propage selon avec . Déterminer et vérifier le trièdre.
Démonstration
La relation de structure donne avec . Or , donc
Le trièdre est direct, les champs sont transverses, en phase, et . Le vecteur de Poynting pointe dans le sens de propagation.
Écrire le champ magnétique d'une OPPM (propagation selon ).
Démonstration
Le vecteur unitaire de propagation est ici . La relation de structure donne
Le signe change par rapport à l'onde progressive : pour une onde régressive, le trièdre direct impose ce renversement de .
Caractériser l'état de polarisation de .
Démonstration
On a , donc en :
d'où : l'extrémité de décrit un cercle de rayon . Les amplitudes sont égales et le déphasage vaut : la polarisation est circulaire. En faisant croître , tourne de vers (sens direct).
Une lumière naturelle d'intensité traverse un polariseur puis un analyseur dont l'axe fait l'angle avec celui de . Quelle est l'intensité en sortie ?
Démonstration
Le premier polariseur ne transmet que la moitié de la lumière naturelle : , polarisée selon l'axe de . La loi de Malus donne ensuite
En polariseurs croisés (), : extinction. Intercaler un troisième polariseur entre les deux rétablit de la lumière (résultat contre-intuitif classique).
Pour l'onde , calculer et sa moyenne .
Démonstration
On a , donc
La moyenne temporelle utilise :
soit l'intensité .
Estimer le champ électrique associé au flux solaire .
Démonstration
De on tire
Le champ magnétique associé vaut . Ces valeurs modestes montrent que la lumière solaire, malgré sa puissance, correspond à des champs faibles au sens de l'électrostatique.
5.8 Exercices d'entraînement
- Homogénéité. Vérifier, par analyse dimensionnelle, que est homogène à une vitesse. On rappelle et .
- Longueur d'onde. Calculer la longueur d'onde dans le vide d'une onde Wi-Fi (), d'une lumière verte () et d'un rayon X (). Classer par domaine du spectre.
- Découplage pour . Reprendre le calcul de découplage en partant du rotationnel de Maxwell--Ampère et montrer que vérifie la même équation de d'Alembert que .
- Transversalité par les opérateurs. À partir de , retrouver et à l'aide des règles de dérivation complexe.
- Trièdre inverse. Une onde a et se propage selon . Déterminer et vérifier le sens du vecteur de Poynting.
- Relation de dispersion. Montrer qu'injecter dans l'équation de d'Alembert impose , quelle que soit la direction de .
- Polarisation elliptique. Pour , déterminer l'équation de la courbe décrite par en et identifier l'état de polarisation.
- Malus quantitatif. À travers un analyseur, l'intensité d'une lumière polarisée passe de à . Quel est l'angle entre l'axe de l'analyseur et la direction de polarisation ?
- Trois polariseurs. Une lumière naturelle traverse trois polariseurs, le premier vertical, le troisième horizontal, le deuxième à . Calculer l'intensité finale et commenter le fait qu'elle soit non nulle.
- Équipartition. Pour une OPP dans le vide, montrer explicitement que la densité d'énergie électrique égale la densité d'énergie magnétique à chaque instant.
- Intensité d'un laser. Un laser hélium-néon délivre sur un faisceau de de diamètre. Calculer l'intensité surfacique moyenne, puis les amplitudes et .
- Poynting moyen en complexe. Pour , calculer puis et retrouver .
- Onde stationnaire. Superposer une onde incidente et une onde réfléchie . Montrer que le champ résultant est stationnaire et déterminer la position des nœuds de .