Dispersion : plasma dilué, effet de peau, paquet d'ondes
Cours complet · électromagnétisme (MPI), chapitre 6 · CPGE MPI (2e année)
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Dans le vide, l'équation de d'Alembert décrit une propagation non dispersive et non absorbante : toutes les composantes harmoniques d'un signal se déplacent à la même célérité , et un paquet d'ondes garde sa forme. Les milieux matériels s'écartent de cet idéal. Dans un plasma dilué, la vitesse de propagation dépend de la fréquence (dispersion) et une onde de trop basse fréquence ne se propage plus (coupure). Dans un conducteur ohmique, le champ ne pénètre que sur une faible épaisseur, qu'il atténue exponentiellement (effet de peau). Ces deux situations, au programme, illustrent la démarche générale : chercher des ondes planes harmoniques , dont le vecteur d'onde est a priori complexe, et lire dans la relation de dispersion tout le comportement du milieu. On y adjoint la distinction essentielle entre vitesse de phase et vitesse de groupe, qui gouverne la propagation d'un paquet d'ondes réel.
6.1 Relation de dispersion d'un milieu linéaire
6.1.1 Milieu linéaire et décomposition de Fourier
Une équation aux dérivées partielles portant sur un champ est linéaire si toute combinaison linéaire de solutions est encore solution. Elle ne fait intervenir et ses dérivées qu'au premier degré, sans terme constant ni produit du type .
La linéarité autorise la décomposition de Fourier : un signal quelconque étant une superposition d'ondes harmoniques, il suffit d'étudier la propagation de chaque composante indépendamment, puis de sommer.
Méthode : Établir une relation de dispersion
Pour une équation linéaire à coefficients constants :
- injecter l'onde plane progressive harmonique complexe ;
- utiliser les correspondances et ;
- factoriser par : il reste une relation algébrique entre et , la relation de dispersion.
La relation de dispersion est la relation imposée par l'équation de propagation aux ondes harmoniques. Le vecteur d'onde est a priori complexe :
La partie réelle fixe la longueur d'onde et la propagation de la phase ; la partie imaginaire fixe l'atténuation en amplitude (avec la convention et une onde vers les , ).
Sur :
- si dépend de (soit non proportionnel à ) : le milieu est dispersif ;
- si : le milieu est absorbant (atténuation exponentielle).
Un milieu peut être l'un, l'autre, les deux, ou aucun (d'Alembert : réel).
6.1.2 Vitesse de phase
Pour une onde harmonique de pulsation et de vecteur d'onde réel , la vitesse de phase est la vitesse de déplacement d'un plan de phase constante :
C'est la vitesse d'une crête d'une onde monochromatique idéale.
La vitesse de phase peut dépasser (c'est le cas dans le plasma) sans violer la relativité : une onde strictement monochromatique est infinie dans l'espace et le temps, elle ne transporte aucune information. L'information voyage à la vitesse de groupe, toujours .
6.2 Onde électromagnétique dans un plasma dilué
6.2.1 Modèle du plasma dilué
Un plasma dilué est un gaz d'électrons libres (densité volumique ) sur un fond d'ions positifs immobiles assurant la neutralité électrique globale. Le plasma est dilué : on néglige les collisions (donc l'absorption dissipative) et l'action de la force magnétique de l'onde sur les électrons (). On étudie une onde plane progressive harmonique transverse électrique .
Démonstration (Conductivité complexe du plasma)
Le principe fondamental de la dynamique appliqué à un électron (charge , masse ), soumis au seul champ électrique de l'onde, s'écrit en notation complexe :
La densité de courant volumique fait apparaître la conductivité complexe
imaginaire pure : le courant est en quadrature avec le champ, donc la puissance volumique moyenne cédée aux électrons . Le plasma dilué ne dissipe pas d'énergie.
6.2.2 Relation de dispersion et pulsation plasma
Démonstration (Relation de dispersion du plasma)
Dans le plasma la charge volumique est nulle (neutralité), . En combinant les équations de Maxwell, l'équation de propagation du champ transverse est
On injecte et , avec :
où l'on a utilisé .
La pulsation plasma est la pulsation propre d'oscillation collective des électrons du plasma. Elle joue le rôle d'une pulsation de coupure : elle sépare un domaine de transparence d'un domaine réactif.
n'existe : l'onde est évanescente. Pour l'onde se propage, la courbe est concave et tend vers l'asymptote non dispersive .</div>
6.2.3 Transparence, coupure et ondes évanescentes
La relation donne deux comportements :
- (transparence) : est réel, l'onde se propage. Alors
- (domaine réactif) : , donc avec ; l'onde est évanescente (), sans propagation de phase. Elle ne transporte aucune puissance moyenne : le plasma réfléchit totalement l'onde.
À : , la coupure.
Dans le domaine réactif, . La relation de structure avec imaginaire pur montre que est en quadrature temporelle avec . Le vecteur de Poynting moyen : aucune énergie n'est transportée en moyenne. C'est la signature du transport nul par une onde évanescente, à distinguer de l'onde progressive absorbée (effet de peau, ci-après), qui transporte de l'énergie en la dissipant.
La haute atmosphère est ionisée par le rayonnement solaire : à , soit et à . Les ondes de fréquence (grandes ondes AM, ondes courtes) sont réfléchies : cela permet les liaisons radio par-delà l'horizon (rebonds successifs sol--ionosphère). Les ondes FM (), la télévision et les liaisons satellites () la traversent.
Un métal est un plasma dense : pour le cuivre donne , dans l'ultraviolet. Comme le visible vérifie , il est réfléchi : c'est l'origine de l'éclat métallique. Certains métaux deviennent transparents dans l'UV lointain ().
6.3 Effet de peau dans un conducteur ohmique
6.3.1 Équation de diffusion du champ
Dans un conducteur ohmique de conductivité réelle (loi d'Ohm locale ), en régime lentement variable, le courant de conduction domine largement le courant de déplacement.
Démonstration (Approximation des régimes quasi stationnaires)
Ordre de grandeur des deux courants : conduction , déplacement . Leur rapport vaut
Pour le cuivre (), ce rapport vaut pour (rayons X). Jusqu'à des fréquences très élevées, on néglige le courant de déplacement devant le courant de conduction.
En négligeant le courant de déplacement, les équations de Maxwell donnent pour le champ dans le conducteur une équation de diffusion :
Ce n'est pas une équation de d'Alembert : il n'y a pas de propagation à célérité définie, mais une diffusion amortie du champ dans le métal.
Démonstration (Établissement de l'équation)
On prend le rotationnel de Maxwell--Faraday :
Le conducteur est localement neutre (), et Maxwell--Ampère sans courant de déplacement s'écrit . Il vient , d'où le résultat.
6.3.2 Épaisseur de peau
Démonstration (Relation de dispersion et épaisseur de peau)
On cherche . L'équation de diffusion donne
On extrait la racine de partie imaginaire négative (onde amortie vers ). Comme , on a , soit
L'épaisseur de peau (ou profondeur de pénétration) d'un conducteur ohmique est
Le champ s'écrit : il est à la fois amorti (facteur ) et propagatif (phase ). Sur une distance l'amplitude est divisée par . Cette atténuation s'accompagne d'une dissipation par effet Joule (contrairement à l'onde évanescente du plasma).
s'amortissant sur l'épaisseur caractéristique . Le courant se concentre en surface.</div>
, , : à , à , à . À haute fréquence le courant est confiné dans une pellicule superficielle : la résistance effective augmente (on utilise des câbles multibrins, fil de Litz), et un blindage métallique mince suffit à confiner les ondes.
Quand , : le champ ne pénètre pas. On retrouve le conducteur parfait, dans lequel ; les courants et charges se répartissent en surface. C'est l'idéalisation utilisée pour les cavités et les guides d'ondes.
6.4 Paquet d'ondes et vitesse de groupe
6.4.1 Notion de paquet d'ondes
Un signal physique réel est limité dans le temps et dans l'espace : c'est un paquet d'ondes, superposition d'ondes harmoniques dont les pulsations se répartissent autour d'une valeur centrale sur une largeur .
La durée d'un paquet d'ondes et la largeur de son spectre sont liées par une inégalité de type Fourier :
Un paquet bref est spectralement large ; un signal quasi monochromatique ( petit) est nécessairement long. C'est l'analogue classique des inégalités de Heisenberg.
6.4.2 Vitesse de groupe
Considérons la superposition de deux ondes de pulsations voisines et de vecteurs d'onde , d'égale amplitude :
La porteuse se déplace à ; l'enveloppe se déplace à . En passant à la limite continue :
La vitesse de groupe d'un paquet d'ondes centré sur est
C'est la vitesse de propagation de l'enveloppe du paquet, donc de l'énergie et de l'information dans un milieu transparent.
de la tangente en à la courbe .</div>
Méthode : Calculer et
À partir de la relation de dispersion :
- exprimer (ou ) dans le domaine propagatif ( réel) ;
- vitesse de phase : ;
- vitesse de groupe : , soit .
Milieu non dispersif .
6.4.3 Étalement d'un paquet dans un milieu dispersif
Dans un milieu dispersif, dépend de . Les différentes composantes spectrales du paquet se propageant à des vitesses différentes, le paquet s'étale : sa largeur croît, son amplitude crête décroît (à énergie conservée). L'étalement est d'autant plus rapide que la courbure (dispersion de vitesse de groupe) est grande. Le programme se limite au régime faiblement dispersif, où l'on assimile le paquet à une enveloppe rigide se déplaçant à sur des distances modérées.
Capacité numérique : Propagation d'un paquet d'ondes dispersif
On simule la propagation d'un paquet gaussien dans un plasma (). On le représente par un signal analytique complexe , on le décompose par FFT, on fait évoluer chaque composante , puis on reconstruit et l'on trace. On visualise l'étalement et l'on compare (enveloppe) à (crêtes).
import numpy as np
import matplotlib.pyplot as plt
c, omega_p, k0, sigma = 1.0, 1.0, 4.0, 6.0
def omega(k):
return np.sqrt(omega_p**2 + (c*k)**2) # relation de dispersion plasma
N, L = 4096, 400.0
z = np.linspace(-L/2, L/2, N, endpoint=False)
dz = z[1] - z[0]
s0 = np.exp(-z**2/(2*sigma**2)) * np.exp(1j*k0*z) # paquet analytique a t=0
S0 = np.fft.fft(s0)
k = 2*np.pi*np.fft.fftfreq(N, d=dz) # vecteurs d'onde signes
v_phi = omega(k0)/k0
v_g = c**2 * k0 / omega(k0) # dw/dk pour le plasma
print("v_phi=%.3f v_g=%.3f v_phi*v_g=%.3f (=c^2=%.3f)"
def paquet(t):
return np.fft.ifft(S0 * np.exp(-1j*omega(k)*t))
fig, ax = plt.subplots(3, 1, figsize=(8, 6), sharex=True)
for a, t in zip(ax, [0.0, 90.0, 180.0]):
s = paquet(t)
a.plot(z, np.real(s), color="#0f7387", lw=0.8)
a.plot(z, np.abs(s), color="crimson", lw=0.6, alpha=0.4)
a.axvline(v_g*t, color="crimson", ls="--", lw=0.8)
a.axvline(v_phi*t, color="gray", ls=":", lw=0.8)
a.set_ylabel("t = %.0f" % t)
ax[-1].set_xlabel("z"); ax[0].set_title("Etalement d'un paquet dispersif (plasma)")
plt.tight_layout(); plt.savefig("paquet_dispersif.png", dpi=130)
Observations. Un unique paquet se translate vers la droite. L'enveloppe avance à (trait tireté), les crêtes de glissent à (pointillé) : la porteuse « traverse » l'enveloppe. Au fil du temps l'enveloppe s'élargit et s'affaisse : c'est l'étalement dispersif. On vérifie .
6.5 Synthèse du chapitre
- Méthode : (, ) relation de dispersion . phase et dispersion ; absorption .
- Plasma dilué : (imaginaire pure, non dissipatif) ; , .
- : transparence, , , ; : onde évanescente, réflexion totale, Poynting moyen nul. Ionosphère : quelques MHz.
- Effet de peau (conducteur ohmique, courant de déplacement négligé) : équation de diffusion , , ; onde amortie et propagative, dissipation Joule ().
- Vitesses : (crêtes, peut dépasser ) ; (enveloppe, énergie, information, ).
- Paquet d'ondes : ; en milieu dispersif il s'étale ().
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>6.6 Exercices résolus
Un milieu suit (). Exprimer , et le rapport .
Démonstration
et , donc . Milieu non dispersif ssi (d'Alembert). Pour , ; pour , .
Montrer que dans le domaine de transparence, .
Démonstration
De , on dérive , d'où . Or , donc . Comme , on a : l'information voyage bien à une vitesse inférieure à .
Retrouver et montrer que la puissance moyenne cédée aux électrons est nulle.
Démonstration
Le PFD donne ; alors . La puissance volumique moyenne vaut car est imaginaire pure : aucune dissipation.
Pour , exprimer la profondeur de pénétration dans le plasma et montrer qu'aucune puissance moyenne n'est transportée.
Démonstration
, donc avec et . Le champ est évanescent : et sont en quadrature temporelle, donc . Réflexion totale.
Une onde radio de fréquence atteint une couche ionosphérique de . Est-elle réfléchie ou transmise ? Estimer .
Démonstration
: onde évanescente, réfléchie. . L'onde ne pénètre que sur quelques mètres avant d'être renvoyée vers le sol.
Estimer du cuivre () à et . Facteur entre les deux ?
Démonstration
. À : . Comme , passer à divise par , soit . Le courant se concentre en surface : câbles multibrins (fil de Litz).
Comparer, pour l'effet de peau et pour le plasma évanescent, les points communs et différences du point de vue énergétique.
Démonstration
Les deux présentent une décroissance exponentielle de l'amplitude. Différences : dans le plasma évanescent, est imaginaire pur (pas de propagation de phase), la conductivité est imaginaire pure et : réflexion, aucune dissipation. Dans l'effet de peau, a une partie réelle (l'onde se propage en s'amortissant) et est réelle : l'énergie pénètre et est dissipée par effet Joule.
Deux ondes de pulsations et vecteurs se superposent. Donner la vitesse des crêtes et celle de l'enveloppe.
Démonstration
La somme vaut . Les crêtes de la porteuse avancent à ; l'enveloppe (premier facteur) à . On observe des paquets (battements) avançant à .
6.7 Exercices d'entraînement
- Caractère linéaire. Parmi , , , identifier les équations linéaires.
- Klein--Gordon. L'équation décrit-elle un milieu dispersif ? absorbant ? Établir et retrouver la coupure.
- Conductivité du plasma. Établir et montrer que le courant est en quadrature avec le champ. Quelle est la puissance moyenne échangée ?
- Relation de dispersion du plasma. Établir à partir des équations de Maxwell et de . Interpréter comme pulsation de coupure.
- Vitesses dans le plasma. Calculer et , vérifier , tracer leur allure et commenter les limites et .
- Ionosphère. . Calculer et . Une onde de est-elle réfléchie ? Et une onde FM de ?
- Réflexion métallique. À partir de du cuivre, expliquer pourquoi les métaux sont brillants dans le visible et transparents dans l'UV lointain.
- Onde évanescente. Pour , calculer dans le plasma et le nombre de pulsations plasma nécessaires pour diviser l'amplitude par .
- Approximation ARQS dans un métal. Estimer la fréquence pour laquelle le courant de déplacement égale le courant de conduction dans le cuivre. Conclure sur la validité de l'équation de diffusion.
- Équation de diffusion. Retrouver à partir des équations de Maxwell, puis et .
- Effet de peau. À quelle fréquence du cuivre vaut-elle ? Commenter le choix des sections de câbles pour le transport à .
- Dissipation par effet de peau. Le champ dans le conducteur décroît en . Exprimer la puissance moyenne dissipée par unité de surface en fonction de , et (on intègre l'effet Joule sur ).
- Paquet laser. Une impulsion de durée est centrée à . Estimer puis . Commenter la monochromaticité.
- Étalement. Justifier qualitativement, via , pourquoi un paquet s'étale d'autant plus vite que est grand. Le vide disperse-t-il un paquet ?