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L'équilibre macroéconomique à travers les modèles

Cours complet · ESH : économie, sociologie, histoire (ECG 2e année), chapitre 11 · prépa ECG, 2e année

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Le chapitre précédent a décrit deux déséquilibres. Celui-ci construit les instruments qui permettent d'en parler ensemble, avec la production et le taux d'intérêt. Le programme en nomme trois, et trois seulement : IS-LM, IS-LM-BP et OG-DG. Ils s'emboîtent : le premier traite une économie fermée à prix fixes, le deuxième l'ouvre sur l'extérieur, le troisième laisse enfin les prix varier. Chacun ajoute une chose à celui d'avant, et chacun paie cet ajout d'une complication.

Un modèle macroéconomique est ici toujours la même figure : deux courbes, leur intersection, et le déplacement de l'une d'elles. C'est pourquoi ce chapitre se lit d'abord sur ses diagrammes. Tous sont construits sur un unique jeu de valeurs numériques, résolu et vérifié : les points tracés sont les points calculés, et chaque déplacement produit un nouvel équilibre dont on donne les coordonnées. Ces valeurs sont des illustrations, pas des mesures d'une économie réelle : elles servent à rendre les mécanismes vérifiables par le lecteur. Enfin, les politiques budgétaire et monétaire apparaissent ici comme des déplacements de courbe ; leur étude comme instruments de régulation appartient aux chapitres et .

11.1 Le marché des biens : demande effective, multiplicateur et courbe IS

Auteur : John Maynard Keynes (1883-1946) — la demande effective

Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (). Le renversement. Chez les classiques, l'offre crée sa propre demande et l'emploi s'ajuste par le salaire réel. Chez Keynes, c'est la demande anticipée par les entrepreneurs — la demande effective — qui détermine le volume de production, donc l'emploi. La conséquence décisive. Un équilibre de sous-emploi est possible et stable : rien ne ramène l'économie au plein emploi si la demande n'y est pas. L'autre apport, pour la section suivante. La préférence pour la liquidité fait du taux d'intérêt un phénomène monétaire, et non le prix qui égalise épargne et investissement. La filiation : tout le modèle de ce chapitre est une lecture de ce livre, et Hicks en donnera la forme graphique dès .

Définition 11.1Équilibre sur le marché des biens

On note le revenu, la consommation, l'investissement, les dépenses publiques et les prélèvements. La demande globale s'écrit , et l'équilibre du marché des biens est . Avec une fonction de consommation keynésienne , où est la propension marginale à consommer, et un investissement décroissant du taux d'intérêt , l'équilibre s'obtient en résolvant une équation du premier degré en .

Figure 1. La croix keynésienne et le multiplicateur, à taux d'intérêt fixé à . L'équilibre est le point où la dépense globale coupe la première bissectrice : donne , soit . Une dépense publique supplémentaire de déplace vers le haut de — c'est le petit segment vertical violet — et le nouvel équilibre vaut . Le fait à lire est le rapport des deux traits : le déplacement vertical mesure , le déplacement horizontal de l'équilibre en mesure , exactement quatre fois plus. Ce facteur est le multiplicateur , et la figure le rend mesurable à la règle.

Auteur : Richard Kahn (1905-1989) — le multiplicateur d'emploi

The Relation of Home Investment to Unemployment, Economic Journal (). L'idée. Une dépense initiale devient le revenu de quelqu'un, qui en dépense une fraction , laquelle devient le revenu d'un autre, et ainsi de suite : la dépense totale est la somme d'une série géométrique de raison , soit fois la dépense initiale. Ce que Keynes lui doit. Kahn précède la Théorie générale de cinq ans ; Keynes reprend le mécanisme et en fait la clé de son analyse de la dépense publique. La limite, souvent oubliée. Le raisonnement suppose des capacités de production inemployées : à plein emploi, la dépense supplémentaire se heurte à une offre fixe et se traduit en prix — c'est exactement ce que montrera la figure 5.

ImportantLes fuites du multiplicateur

Le multiplicateur est un cas d'école, et sa valeur réelle est plus petite parce que le circuit fuit à chaque tour. Les impôts : si les prélèvements sont proportionnels au revenu, , le multiplicateur devient — avec et , il tombe de à . Les importations : une fraction de la dépense s'adresse à l'étranger, ce qui donne ; c'est pourquoi une petite économie très ouverte a un multiplicateur faible. L'épargne : elle est la fuite d'origine, . Et enfin le taux d'intérêt, qui n'est pas fixe dans la réalité : c'est la fuite que la section suivante va introduire, et c'est la plus intéressante des quatre.

Définition 11.2Courbe IS

Ensemble des couples pour lesquels le marché des biens est en équilibre. En reprenant et en résolvant en :

Avec les valeurs du chapitre, , soit . La courbe est décroissante : un taux plus élevé décourage l'investissement, donc abaisse le revenu d'équilibre. Le sigle vient de Investment et Saving : sur cette courbe, l'épargne égale l'investissement.

iRemarque

La pente de IS est : elle dépend de deux choses seulement. La courbe est d'autant plus plate que est grand, c'est-à-dire que l'investissement réagit fortement au taux d'intérêt, et que est proche de , c'est-à-dire que le multiplicateur est grand. Une IS verticale () décrit une économie où l'investissement ne dépend pas du taux : la politique monétaire y serait sans effet sur la production. Retenir la méthode plutôt que le résultat : devant un modèle, chercher ce qui rend une courbe plate ou raide, c'est chercher ce qui rend une politique efficace ou vaine.

11.2 Le marché de la monnaie : préférence pour la liquidité et courbe LM

Définition 11.3Les trois motifs de détention de monnaie

Keynes distingue le motif de transaction — payer les échanges courants, d'autant plus nombreux que le revenu est élevé —, le motif de précaution — faire face à l'imprévu —, et le motif de spéculation — conserver de la monnaie plutôt que des titres quand on anticipe une hausse des taux, donc une baisse du cours des titres. Les deux premiers font croître la demande de monnaie avec , le troisième la fait décroître avec . D'où la forme retenue : .

Auteur : James Tobin (1918-2002) — la liquidité comme choix de portefeuille

Liquidity Preference as Behavior Towards Risk () ; prix de la Banque de Suède . Le problème qu'il résout. Chez Keynes, la demande de monnaie de spéculation vient d'une anticipation sur les taux : chaque agent devrait alors détenir soit tout en monnaie, soit tout en titres. On n'observe pas cela. La solution. L'agent arbitre entre rendement et risque : la monnaie rapporte zéro mais ne varie pas, les titres rapportent davantage et fluctuent. Un portefeuille diversifié devient rationnel, et il contient de la monnaie. Ce que cela fonde. La décroissance de la demande de monnaie avec le taux d'intérêt — le de la définition ci-dessus — cesse d'être un artifice pour devenir un comportement d'aversion au risque.

Définition 11.4Courbe LM

Ensemble des couples pour lesquels le marché de la monnaie est en équilibre, c'est-à-dire pour lesquels l'offre réelle de monnaie , fixée par la banque centrale, égale la demande . On en tire :

Avec les valeurs du chapitre (, , , ), . La courbe est croissante : à offre de monnaie donnée, un revenu plus élevé accroît la demande de monnaie de transaction, et le taux doit monter pour que les agents acceptent d'en détenir autant. Le sigle vient de Liquidity et Money.

iRemarque

La pente de LM est , et ses deux cas extrêmes portent des noms qu'il faut connaître. LM horizontale () : la trappe à liquidité. Le taux est si bas que les agents absorbent toute monnaie supplémentaire sans que le taux bouge — la politique monétaire ne peut plus rien, la politique budgétaire retrouve tout son multiplicateur. LM verticale () : le cas classique. La demande de monnaie ne dépend que du revenu, l'équilibre fixe à lui seul, et toute relance budgétaire est intégralement évincée. Ces deux cas ne sont pas des curiosités : ils bornent le débat entre keynésiens et monétaristes, et chacun accuse l'autre de raisonner dans le cas extrême qui l'arrange.

11.3 L'équilibre IS-LM et le déplacement des courbes

Auteur : John Hicks (1904-1989) — le diagramme qui a fait le manuel

Mr. Keynes and the Classics: A Suggested Interpretation, Econometrica () ; prix de la Banque de Suède . Ce qu'il fait. Un an après la Théorie générale, Hicks propose de représenter Keynes par deux courbes dans le plan — qu'il appelle d'abord SI et LL. Alvin Hansen en fait le cœur de l'enseignement américain, d'où le nom de « synthèse néoclassique ». Ce que le diagramme gagne. Il rend le désaccord lisible : keynésiens et classiques ne se disputent plus sur des principes mais sur des pentes. Ce qu'il perd, et Hicks l'a écrit lui-même en . L'incertitude radicale, les anticipations et le temps disparaissent : le diagramme est statique, alors que le raisonnement de Keynes porte sur des décisions prises dans le brouillard. La filiation : tous les manuels, et la critique adressée à IS-LM par les post-keynésiens.

Figure 2. L'équilibre macroéconomique IS-LM. Le point n'est pas placé, il est résolu : donne , soit , et en reportant, . Les deux traits pointillés ramènent ces deux nombres sur les axes gradués, où on peut les lire. Un seul couple met simultanément le marché des biens et le marché de la monnaie en équilibre : c'est tout le contenu du modèle, et c'est ce qui rend le taux d'intérêt endogène — il n'est plus une donnée, il est déterminé conjointement avec le revenu.

Figure 3. Les deux politiques conjoncturelles, vues comme des déplacements de courbe. Une hausse des dépenses publiques de déplace IS vers la droite de — c'est le multiplicateur, lu sur la flèche verte. Mais l'équilibre ne se déplace que de à : seulement, et le taux monte de à . Une hausse de l'offre de monnaie de déplace LM vers la droite de — flèche orange — et porte l'équilibre à , avec un taux tombé à . Attention : les deux chocs sont représentés sur la même figure mais ne sont pas simultanés ; se lit à l'intersection de IS avec LM, à celle de IS avec LM. Le point où IS coupe LM n'est pas marqué, parce qu'il correspondrait à un troisième scénario.

ImportantL'effet d'éviction, chiffré

La flèche verte de la figure 3 mesure et l'équilibre ne bouge que de : la moitié de la relance a été évincée. Le mécanisme est explicite dans le modèle. La hausse du revenu accroît la demande de monnaie de transaction ; à offre de monnaie inchangée, le taux d'intérêt doit monter ; la hausse du taux réduit l'investissement, qui annule une partie de la relance initiale. Ici le taux passe de à , ce qui fait reculer l'investissement de , dont l'effet multiplié vaut — exactement l'écart constaté. Le cas particulier de cette figure. IS et LM y ont des pentes exactement opposées ( et ), ce qui n'est pas un hasard graphique : c'est précisément la condition pour que l'éviction absorbe la moitié du multiplicateur. Une LM plus plate évincerait moins, une LM plus raide davantage.

Attention

Ce chapitre montre comment une politique déplace une courbe et de combien l'équilibre bouge. Il ne dit rien de son opportunité, de son financement, de ses délais ni de ses contraintes. Le choix des instruments de régulation conjoncturelle relève du chapitre , les contraintes — soutenabilité de la dette, contrainte extérieure, coordination européenne — du chapitre . Une copie qui conclut d'un déplacement de IS qu'il « faut relancer » confond un mécanisme avec une recommandation.

11.4 L'économie ouverte : la courbe BP et le modèle IS-LM-BP

Définition 11.5Courbe BP

Ensemble des couples pour lesquels la balance des paiements est équilibrée. Elle combine deux effets de sens contraire. Le solde courant se dégrade quand augmente, parce que les importations croissent avec le revenu : . Le compte financier s'améliore quand augmente, parce que les capitaux étrangers sont attirés. L'équilibre donne une courbe croissante, de pente . Deux cas limites : — mobilité parfaite des capitaux — rend BP horizontale au niveau du taux mondial ; la rend verticale.

Auteur : Robert Mundell et Marcus Fleming — la macroéconomie en économie ouverte

Travaux du début des années ; prix de la Banque de Suède pour Mundell. Ce qu'ils ajoutent. Le modèle IS-LM suppose une économie fermée. En économie ouverte, un écart entre le taux national et le taux mondial déclenche des mouvements de capitaux, qui agissent soit sur les réserves de change (en change fixe), soit sur le taux de change (en change flexible) — et dans les deux cas rétroagissent sur l'équilibre intérieur. Le résultat le plus cité. L'efficacité des politiques s'inverse selon le régime de change : en change fixe avec mobilité parfaite, la politique budgétaire est très efficace et la monétaire impuissante ; en change flexible, c'est l'exact inverse. Le triangle d'incompatibilité de Mundell. On ne peut pas avoir à la fois un change fixe, une mobilité parfaite des capitaux et une politique monétaire autonome : deux au plus, jamais trois.

Figure 4. Une relance budgétaire en change fixe et mobilité parfaite des capitaux : le multiplicateur retrouve toute sa force. La même hausse de des dépenses publiques qu'à la figure 3 déplace IS en IS. Si rien d'autre ne bougeait, l'économie irait en — mais le taux y dépasse le taux mondial de points, ce qui attire les capitaux. En change fixe, la banque centrale doit acheter les devises entrantes pour tenir la parité : elle crée de la monnaie, LM se déplace jusqu'à LM, et le mouvement ne s'arrête qu'au retour du taux à . L'équilibre final est : , soit le multiplicateur keynésien entier, contre en économie fermée. La raison tient en une phrase : l'éviction ne peut pas avoir lieu, puisque le taux d'intérêt est ramené de force à son niveau initial.

ImportantLes quatre cas de Mundell-Fleming, en mobilité parfaite

Change fixe, politique budgétaire : très efficace, dans l'exemple — la création monétaire subie fait le travail. Change fixe, politique monétaire : sans effet. Une hausse de ferait tomber le taux sous , les capitaux sortiraient, la banque centrale devrait vendre des devises et détruire la monnaie qu'elle vient de créer — LM revient exactement d'où elle est partie. Change flexible, politique budgétaire : sans effet. La hausse du taux attire les capitaux, la monnaie s'apprécie, les exportations reculent, et IS revient à sa position initiale : l'éviction est totale, mais par le change. Change flexible, politique monétaire : très efficace. La baisse du taux fait sortir les capitaux, la monnaie se déprécie, les exportations augmentent et IS se déplace à droite — l'effet monétaire est renforcé par le canal du change. Le fil conducteur : le régime de change ne change pas les mécanismes, il change lequel des deux instruments porte l'ajustement.

iRemarque

Le triangle d'incompatibilité de Mundell éclaire directement les chapitres européens de ce livre. Le Système monétaire européen a tenté de tenir les trois sommets à la fois, et les crises de - ont montré que c'était impossible : chaque pays a dû sacrifier soit la parité, soit son autonomie monétaire. La zone euro tranche autrement — un change irrévocablement fixe entre membres, une mobilité parfaite des capitaux, et donc une seule politique monétaire, exercée en commun. C'est un choix cohérent avec le triangle, non une exception à celui-ci.

11.5 Quand les prix bougent : le modèle OG-DG

Définition 11.6Demande globale (DG)

Ensemble des couples tels que les marchés des biens et de la monnaie soient simultanément en équilibre, le niveau général des prix étant cette fois variable. On l'obtient en résolvant IS-LM pour chaque valeur de : avec les valeurs du chapitre,

La courbe est décroissante en . Le mécanisme, dit effet Keynes, tient en trois pas : une hausse de réduit l'offre réelle de monnaie , LM se déplace vers la gauche, le taux d'intérêt monte et l'investissement recule. On vérifie : donne , l'équilibre de la figure 2 ; donne .

Auteur : Arthur Cecil Pigou (1877-1959) — l'effet d'encaisses réelles

The Classical Stationary State (). La thèse. La richesse réelle des ménages comprend leurs encaisses monétaires. Si les prix baissent, la valeur réelle de cette monnaie augmente, les ménages se sentent plus riches et consomment davantage : la demande globale se redresse d'elle-même. Ce que Pigou vise. C'est une réponse à Keynes : même en trappe à liquidité, où le canal du taux d'intérêt est bloqué, la déflation ramènerait l'économie au plein emploi — le chômage involontaire durable serait donc impossible. L'objection décisive. L'effet suppose que la baisse des prix n'a pas d'autre conséquence. Or elle alourdit les dettes réelles, comme Fisher l'a montré au chapitre précédent, et cet effet-là joue en sens inverse et sur des masses bien plus grandes. Ce qu'il faut en retenir. DG est décroissante pour deux raisons distinctes — l'effet Keynes et l'effet Pigou —, et l'effet Pigou est théoriquement solide et empiriquement faible.

Définition 11.7Offre globale (OG)

Relation entre le niveau des prix et la production que les entreprises acceptent d'offrir. À long terme, elle est verticale au niveau de production potentielle : celui-ci ne dépend que des facteurs de production et de la technologie, pas des prix. À court terme, elle est croissante, et sa pente vient des rigidités : salaires fixés par contrat, prix affichés que l'on ne change pas tous les jours, et surtout anticipations de prix qui n'ont pas encore été révisées. On la représente par : quand l'anticipation monte, toute la courbe monte avec elle.

Auteur : Franco Modigliani (1918-2003) — la rigidité nominale fait la pente

Liquidity Preference and the Theory of Interest and Money, Econometrica () ; prix de la Banque de Suède . La démonstration. Modigliani reprend le diagramme de Hicks et pose la question qui manquait : d'où vient le chômage involontaire ? Sa réponse est que le résultat keynésien dépend, de façon essentielle, de la rigidité du salaire nominal. Avec des salaires parfaitement flexibles, l'économie retrouve le plein emploi ; avec des salaires rigides, elle n'y revient pas. Ce que cela fixe. C'est la rigidité nominale — et elle seule — qui donne à l'offre globale de court terme sa pente positive ; sans elle, OG serait verticale dès le court terme et la demande n'aurait aucun effet réel. La filiation : toute la synthèse néoclassique, puis la nouvelle économie keynésienne, qui cherchera à expliquer cette rigidité au lieu de la supposer.

Auteur : Gregory Mankiw (né en 1958) — les coûts de menu

Small Menu Costs and Large Business Cycles (). Le problème posé. Supposer la rigidité des prix, comme le fait la synthèse néoclassique, n'est pas l'expliquer : pourquoi une entreprise rationnelle laisserait-elle son prix à un niveau qui n'est plus optimal ? La réponse. Changer un prix coûte quelque chose — réimprimer un catalogue, renégocier, informer les clients. Ce coût est minuscule pour l'entreprise, mais la perte qu'elle subit à ne pas ajuster l'est aussi, au second ordre. Le résultat, et c'est le titre. De petits coûts individuels produisent de grandes fluctuations agrégées, parce que la rigidité de chacun impose à tous les autres un ajustement par les quantités. La filiation : la nouvelle économie keynésienne, et les modèles à prix visqueux qui sont aujourd'hui la référence des banques centrales.

Figure 5. Un choc de demande dans le modèle OG-DG : le court terme, puis le long terme. On part de , où l'économie est à son potentiel. La même hausse de des dépenses publiques déplace DG en DG, de vers la droite à chaque niveau de prix. À court terme, l'anticipation de prix n'a pas bougé : l'économie va en — le revenu gagne et les prix montent de . À long terme, les anticipations sont révisées, OG monte tout entière en OG (pointillé rouge, tracé à côté de l'orange et non à sa place), et l'économie revient sur la verticale en . Le revenu est exactement revenu à son point de départ ; il ne reste que de prix en plus. C'est la figure 5 du chapitre — la courbe de Phillips verticale — dans un autre plan.

Important

Le contenu du modèle OG-DG tient en une phrase, et elle vaut d'être apprise : à court terme la demande détermine la production, à long terme elle ne détermine que les prix. Les trois points de la figure 5 en donnent la version chiffrée : le revenu passe de à puis revient à , tandis que les prix passent de à puis à . Toute la question de politique économique est alors : combien de temps dure le court terme ? Les keynésiens répondent qu'il dure assez pour qu'on agisse — et rappellent le mot de Keynes, « à long terme nous serons tous morts ». Les classiques répondent qu'il est trop court pour qu'on l'attrape, et que la seule chose durable qu'on obtienne est l'inflation.

iRemarque

Un choc d'offre se lit sur la même figure, et il est bien plus désagréable qu'un choc de demande. Une hausse du prix du pétrole déplace OG vers le haut et vers la gauche : à chaque niveau de production, il faut un prix plus élevé pour que les entreprises produisent. Le nouvel équilibre a donc à la fois moins de production et plus de prix — c'est la stagflation, et c'est ce que la courbe de Phillips originale déclarait impossible. Le modèle OG-DG en rend compte sans peine, ce qui est l'une des raisons de son succès après . Et il montre le dilemme : soutenir la demande aggrave l'inflation, la freiner aggrave la récession. Aucune des deux courbes n'offre de sortie confortable.

11.6 Ce que les trois modèles ajoutent, et ce qu'ils ne disent pas

Figure 6. L'emboîtement des trois modèles du programme. La lecture se fait de gauche à droite : chaque modèle contient le précédent et lui ajoute une variable endogène — la balance des paiements et le change pour IS-LM-BP, le niveau des prix pour OG-DG. Ce que la figure dit et qu'il faut retenir : ils ne s'opposent pas, ils s'emboîtent, et la question à se poser devant un sujet n'est pas « lequel est vrai » mais « lequel est assez riche pour le mécanisme dont je parle ». Le bandeau violet rappelle ce qu'ils partagent, et qui est la seule chose à savoir faire : trouver une intersection, puis déplacer une courbe.

Attention

La critique la plus sérieuse adressée à ces trois modèles est celle de Lucas, présentée au chapitre précédent. Les coefficients — , , , — ne sont pas des constantes de la nature : ce sont des résumés de comportements adoptés sous une règle de politique donnée. Changer la règle change les comportements, donc les coefficients, donc les prédictions que le modèle fournit sur ce changement même. Le raisonnement est logiquement imparable, et il a réorganisé la macroéconomie autour de modèles fondés sur des comportements. Il ne rend pas IS-LM inutile pour autant : le diagramme reste le meilleur instrument connu pour rendre un mécanisme lisible, ce qui est précisément ce qu'on demande à une copie.

Méthode : Se servir d'un modèle dans une dissertation

  • Choisir le plus simple qui suffise. Un sujet en économie fermée sur les prix fixes n'a pas besoin de BP. Mobiliser OG-DG pour parler de multiplicateur est de la surcharge.
  • Nommer la courbe qui bouge, et dans quel sens. « La politique budgétaire déplace IS vers la droite » vaut mieux que trois lignes de commentaire.
  • Chiffrer si l'on peut. Un ordre de grandeur — la moitié du multiplicateur évincée, le multiplicateur entier en change fixe — vaut mieux qu'un adjectif.
  • Nommer l'hypothèse qui porte le résultat. Prix fixes, mobilité parfaite, anticipations non révisées : le résultat tombe avec l'hypothèse, et le jury attend qu'on le sache.
  • Ne pas confondre mécanisme et prescription. Le modèle dit ce qui se passe si ; il ne dit pas ce qu'il faut faire. Cette question-là est aux chapitres et .
Important

Trois idées à retenir de ce chapitre. Un, un équilibre macroéconomique est une intersection, et une politique est un déplacement de courbe : les trois modèles du programme ne font rien d'autre. Deux, l'effet d'une même politique dépend entièrement du cadre — la relance de vaut en économie fermée, en change fixe avec mobilité parfaite, en change flexible, et à long terme quand les prix s'ajustent. Trois, chaque modèle achète une variable endogène de plus au prix d'une hypothèse de plus : savoir laquelle porte le résultat est ce qui distingue l'usage d'un modèle de sa récitation.

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