La dynamique de la construction européenne
Cours complet · ESH : économie, sociologie, histoire (ECG 2e année), chapitre 7 · prépa ECG, 2e année
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Le programme range l'intégration européenne dans le module consacré à la mondialisation, et ce classement est un argument. L'Union est présentée comme « l'exemple le plus abouti d'intégration régionale » : non pas une exception à la mondialisation, mais l'une de ses formes, poussée plus loin que partout ailleurs. Comparée à l'ALENA devenu ACEUM, au Mercosur, à l'ASEAN, elle est la seule à avoir franchi le stade de la simple suppression des droits de douane pour construire un droit commun, une monnaie et un budget. C'est en quoi l'expérience est singulière : elle seule a transféré à un échelon supranational des compétences que les États exerçaient eux-mêmes.
Ce chapitre traite de la dynamique de cette construction : pourquoi elle a commencé, par quelles étapes elle est passée, comment elle a simultanément élargi son périmètre et approfondi son contenu, pourquoi ses crises l'ont tantôt relancée et tantôt bloquée. Le contenu économique de ce qui a été construit — le marché unique, la monnaie unique, leurs analyses et leurs échecs — fait l'objet du chapitre suivant ; la question sociale, du chapitre . Trois avertissements de méthode valent pour l'ensemble. Un : le mot « Europe » désigne ici l'Union européenne, pas le continent. Deux : les compositions changent, et tout chiffre porte donc sa date de référence. Trois : on ne fait pas ici un cours d'institutions — le programme le dit expressément — mais on ne peut pas comprendre les décisions économiques sans savoir qui vote quoi, et à quelle majorité.
7.1 Ce que « s'intégrer » veut dire
Processus par lequel plusieurs économies suppriment entre elles des discriminations — barrières douanières, réglementaires, monétaires — et coordonnent tout ou partie de leurs politiques. On la mesure par ce qui a été supprimé et par ce qui a été mis en commun, jamais par le nombre de traités signés.
Figure 1. Les cinq degrés de l'intégration économique, et la position de l'Union européenne sur chacun. Les trois premières marches sont acquises pour les vingt-sept ; la quatrième ne l'est que partiellement — les politiques budgétaires et fiscales restent nationales ; la cinquième ne concerne que vingt et un des vingt-sept, depuis l'entrée de la Bulgarie dans la zone euro le janvier . La figure dit donc une chose que le mot « Union » masque : l'ensemble n'est pas à un degré d'intégration, il est à trois à la fois.
Auteur : Bela Balassa (1928-1991) — les cinq degrés de l'intégration
Économiste hongrois émigré aux États-Unis, The Theory of Economic Integration (). La thèse. L'intégration régionale n'est pas un état mais une échelle, dont les barreaux se franchissent dans un ordre presque contraint : zone de libre-échange, union douanière, marché commun, union économique, intégration totale. Chaque degré crée des problèmes que seul le degré suivant résout. Le mécanisme le plus utile. Une zone de libre-échange sans tarif extérieur commun oblige à contrôler l'origine des marchandises, faute de quoi les importations entrent par le pays le moins protégé — d'où la pression vers l'union douanière. La critique à connaître. L'échelle décrit mieux l'Europe qu'elle ne prédit : l'ALENA en est resté au premier degré pendant trente ans sans jamais grimper, et l'Union a franchi la cinquième marche avant d'avoir achevé la quatrième — l'ordre n'a donc rien de nécessaire. La filiation : toute la comparaison des régionalismes, traitée au chapitre .
Ne pas dire « l'Union européenne est une union économique et monétaire » sans préciser pour qui. Au janvier , l'Union compte États membres, la zone euro d'entre eux, et l'espace Schengen rassemble pays dont quatre ne sont pas membres de l'Union. Les trois périmètres ne coïncident pas. C'est ce que l'on appelle une intégration à géométrie variable : elle n'est pas un accident de parcours, c'est le prix payé pour avancer sans attendre les plus réticents.
Deux mots reviendront tout au long des trois chapitres et il faut les tenir séparés. L'intégration négative consiste à supprimer : droits de douane, quotas, entraves réglementaires, discriminations. L'intégration positive consiste à construire : une politique commune, un budget, une norme partagée. La première se décide à la majorité, souvent par le juge, et elle avance vite ; la seconde exige presque toujours l'unanimité, et elle avance lentement. Toute la sociologie politique de l'Union tient dans cette asymétrie — on la retrouvera au chapitre , où elle explique pourquoi l'Europe sociale est restée si maigre.
7.2 Soixante-dix ans en neuf jalons
Figure 2. Neuf jalons de la construction européenne, –, placés à l'échelle du temps. Deux vides dominent la frise : seize ans entre Rome et le premier élargissement, et surtout treize ans entre celui-ci et l'Acte unique — les années d'immobilisme que l'on a nommées l'« eurosclérose ». À l'inverse, les quatorze années qui séparent de portent trois jalons sur neuf : l'accélération est visible sans qu'on ait à l'affirmer. L'élargissement de ne figure pas sur la frise : trois ans après , son repère serait illisible à cette échelle.
Repère : Ce que la frise ne peut pas porter
- : la crise de la chaise vide et le compromis de Luxembourg. : l'union douanière est achevée, avec dix-huit mois d'avance. : le Système monétaire européen, première tentative de stabilité des changes après l'effondrement de Bretton Woods (chapitre ). : la Grèce entre. : les accords de Schengen, signés hors du cadre communautaire par cinq États seulement. : Autriche, Finlande, Suède. : Bulgarie et Roumanie. : le traité de Lisbonne, après l'échec du traité constitutionnel rejeté par référendum en France et aux Pays-Bas en . : le Mécanisme européen de stabilité. : l'emprunt commun de NextGenerationEU.
Auteur : Jean Monnet (1888-1979) — la solidarité de fait
Négociateur, premier président de la Haute Autorité de la CECA, Mémoires (). La thèse. On ne construit pas une union politique par un traité qui la proclamerait : on la construit par des « réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait ». Le charbon et l'acier ne sont pas choisis pour leur poids économique mais parce qu'ils sont les matières de la guerre : les mettre en commun rend le conflit matériellement difficile. Le mécanisme. L'intégration commence par un secteur technique, apparemment neutre, et se diffuse ensuite par nécessité. La critique qu'il faut connaître. Cette méthode fonctionnelle produit une construction dont la légitimité n'a jamais été demandée directement aux peuples — le reproche du « déficit démocratique », que les référendums de et de ont rendu coûteux. La filiation : le néofonctionnalisme de Haas en fait une théorie.
Auteur : Ernst Haas (1924-2003) — l'engrenage
The Uniting of Europe (). La thèse. L'intégration se propage d'elle-même par spillover — en français, l'engrenage : intégrer un secteur crée des interdépendances que le niveau national ne sait plus traiter, ce qui appelle une nouvelle mise en commun, laquelle en appelle une autre. Le concept le plus utile. Le transfert de loyauté : les groupes d'intérêt organisés — patronats, syndicats, administrations — finissent par porter leurs revendications au niveau où se prennent les décisions, ce qui consolide ce niveau. La réserve qu'il a lui-même formulée. Haas a révisé sa thèse : la crise de la chaise vide lui a montré qu'un gouvernement décidé peut arrêter l'engrenage. Il parlera d'une théorie « obsolescente ». La filiation : ce mécanisme est l'objet de la figure , avec son frein.
Auteur : Stanley Hoffmann (1928-2015) — l'obstination de l'État-nation
« Obstinate or Obsolete? » (). La thèse. L'engrenage fonctionne là où les enjeux sont techniques — la low politics : normes, tarifs, agriculture. Il s'arrête net devant la high politics — défense, diplomatie, monnaie, fiscalité —, là où les États jouent leur survie et refusent de déléguer. Ce que la thèse explique. Que l'Union soit très avancée sur le commerce et très faible sur la défense n'est pas un retard, mais une frontière. La nuance apportée par l'histoire. La monnaie, que Hoffmann rangeait en high politics, a bel et bien été transférée en ; la fiscalité, non. La frontière existe, mais elle se déplace. La filiation : tout le courant intergouvernemental, de Milward à Moravcsik.
En , la Commission de Walter Hallstein lie le financement de la politique agricole à un renforcement de ses propres pouvoirs et au passage au vote à la majorité qualifiée. La France de de Gaulle cesse de siéger au Conseil pendant sept mois : c'est la « chaise vide ». Le compromis de Luxembourg de janvier y met fin en reconnaissant qu'un État invoquant un « intérêt très important » pourra exiger que l'on continue de discuter jusqu'à l'unanimité. Juridiquement, ce texte n'est pas un traité et n'a aucune valeur contraignante. Pratiquement, il gèle le vote à la majorité pendant près de vingt ans, et c'est l'Acte unique de qui le débloquera en étendant la majorité qualifiée aux mesures du marché intérieur. La leçon pour la dissertation : entre et , ce n'est pas l'économie qui bloque l'intégration, c'est une règle de décision.
7.3 Élargir : de six à vingt-huit, puis à vingt-sept
Figure 3. Le nombre d'États membres de à aujourd'hui, en fonction du temps. Sept marches montent, une seule descend. La marche de est à elle seule plus haute que les quatre précédentes réunies : , , , font neuf entrants en trente-huit ans, contre dix en un jour. Le point rouge de est le seul recul de toute la série, et il ne fait perdre qu'une unité — mais il fait perdre le deuxième contributeur net au budget, ce que la figure, elle, ne peut pas montrer.
Conditions posées par le Conseil européen de juin à toute adhésion : des institutions stables garantissant démocratie, État de droit et protection des minorités ; une économie de marché viable, capable de faire face à la pression concurrentielle de l'Union ; la capacité à assumer l'acquis communautaire, c'est-à-dire à transposer l'ensemble du droit existant. Un quatrième critère, moins cité, porte sur la capacité de l'Union elle-même à absorber de nouveaux membres.
Auteur : Alan Milward (1935-2010) — l'Europe qui sauve l'État-nation
The European Rescue of the Nation-State (). La thèse. Contre le récit fédéraliste, l'intégration n'a pas affaibli les États : elle les a sauvés. Au sortir de la guerre, les gouvernements devaient tenir des promesses nouvelles — plein emploi, protection sociale, revenu agricole garanti — que leurs économies nationales, trop étroites, ne permettaient pas d'honorer. Déléguer certaines compétences était le moyen de tenir ces promesses, donc de restaurer la légitimité de l'État. Le fait qui appuie la thèse. La politique agricole commune de est un transfert de souveraineté qui sert d'abord à financer une clientèle nationale. La portée. Si l'intégration sert les États, elle s'arrête là où elle cesse de les servir — ce qui prédit mieux les blocages que l'engrenage de Haas. La filiation : Moravcsik en tire une théorie complète.
Auteur : Andrew Moravcsik (né en 1957) — l'intergouvernementalisme libéral
The Choice for Europe (). La thèse. Chaque grande étape de la construction européenne s'explique en trois temps : les préférences nationales se forment à partir des intérêts économiques internes ; les États négocient entre eux, et le résultat penche du côté de celui qui a le moins besoin de l'accord ; enfin, ils délèguent à des institutions supranationales pour rendre leurs engagements crédibles. Le concept le plus utile. L'engagement crédible : on transfère un pouvoir non par idéal, mais pour se lier les mains et se protéger de ses propres revirements futurs — c'est l'argument central de l'indépendance de la Banque centrale européenne. La critique. La grille rend mal compte des décisions prises dans l'urgence, sans temps de négociation : les crises de et de en sont l'exemple. La filiation : elle s'oppose frontalement à Haas.
Le référendum du juin donne des voix à la sortie. L'article du traité sur l'Union européenne, introduit par Lisbonne en et jamais utilisé jusque-là, est notifié en mars ; la sortie prend effet le janvier , après deux reports, et la période de transition s'achève le décembre. L'accord de commerce et de coopération du décembre maintient l'absence de droits de douane et de quotas sur les biens, mais rétablit les contrôles — règles d'origine, formalités sanitaires, déclarations douanières — et ne couvre presque pas les services financiers. Ce que l'épisode enseigne. Un accord « sans droits de douane » n'est pas le marché unique : ce dernier supprimait les frontières réglementaires, et ce sont elles qui coûtent. L'Union est ainsi passée, avec le Royaume-Uni, du troisième degré de l'échelle de Balassa au premier.
Élargir n'est pas intégrer. Chaque adhésion ajoute un membre à la table du Conseil, donc une préférence de plus à concilier là où l'unanimité règne. Les travaux d'économie politique parlent d'un arbitrage entre taille et homogénéité : plus l'ensemble est vaste, plus les gains d'échelle sont grands, et plus le compromis sur le contenu commun doit être faible pour être accepté de tous. C'est la raison pour laquelle la question « élargir ou approfondir ? » a été posée sans relâche depuis — et pourquoi elle resurgit à propos de l'Ukraine et des Balkans occidentaux.
7.4 Approfondir : la convergence a-t-elle eu lieu ?
Figure 4. Le PIB par habitant en pouvoir d'achat, indice UE- , en et en : onze pays, une diagonale. Les cinq points verts — les entrants de et de — sont tous nettement au-dessus de la diagonale : ils ont gagné du terrain relatif, la Roumanie plus que doublant son indice, de à . Parmi les six anciens membres, un seul s'en écarte franchement vers le haut (le Portugal, de trois points), l'Allemagne reste sur la diagonale à un point près, et quatre sont en dessous — dont la Grèce, qui perd vingt-sept points. La convergence a donc eu lieu, mais elle s'est faite par l'Est, pas par le Sud.
Le résultat de la figure est l'un des plus solides du chapitre, et il faut en connaître les deux limites. Première limite : c'est une convergence entre pays, pas entre régions ni entre ménages. Les travaux sur les régions européennes montrent que, à l'intérieur de chaque pays entrant, l'écart entre la capitale et les périphéries s'est souvent creusé pendant que le pays rattrapait. Seconde limite : un indice relatif ne dit rien du niveau absolu. Un pays peut gagner des points parce qu'il croît, ou parce que les autres décrochent — le décrochage italien et français des années pousse mécaniquement vers le haut l'indice de tous les autres.
Auteur : Jacques Delors (1925-2023) — le triptyque
Président de la Commission de à . La thèse en acte. Relancer l'intégration suppose de lier trois choses qui, séparées, échouent : la concurrence qui stimule, la coopération qui renforce, la solidarité qui unit. Le marché unique de l'Acte unique s'accompagne donc du doublement des fonds structurels — les « paquets Delors » de et de —, et le rapport de trace le chemin de la monnaie unique. Pourquoi c'est central ici. L'ouverture du marché produit des gagnants et des perdants géographiques ; sans compensation, les perdants bloquent l'ouverture. La cohésion n'est pas une générosité, c'est la condition politique du marché unique. La formule à retenir : l'Union est « un objet politique non identifié ». La filiation : la politique de cohésion, deuxième poste du budget, et le débat sur le fédéralisme budgétaire.
On lit souvent que l'élargissement de aurait « coûté » aux anciens membres. Les évaluations disponibles disent l'inverse pour la plupart d'entre eux : les entrants ont ouvert un marché de plus de cent millions de consommateurs, et l'essentiel de leurs importations est venu de l'Union. Le coût s'est concentré sur des secteurs et des territoires précis, et c'est justement pourquoi il a été politiquement lourd : les gains sont diffus, les pertes sont localisées. C'est le mécanisme économique le plus banal de l'économie politique du protectionnisme, et il vaut ici comme ailleurs.
7.5 Le budget : une dynamique sans les moyens
Plafond de dépenses voté à l'unanimité pour sept ans, à l'intérieur duquel les budgets annuels sont adoptés. Celui de - s'élève à milliards d'euros aux prix de , soit environ du revenu national brut de l'Union. Deux règles le distinguent d'un budget d'État : il doit être équilibré — les dépenses égalent les recettes, il n'y a pas de déficit autorisé — et il ne finance presque aucune dépense sociale.
Figure 5. Trois budgets rapportés au PIB, à la même échelle. Le budget de l'Union pèse environ du PIB européen, contre pour les dépenses publiques cumulées de ses États membres : le rapport est de un à quarante-cinq. Le budget fédéral américain, à du PIB, se situe entre les deux et vingt fois au-dessus du budget européen. C'est le fait qui commande tout le reste : un ensemble qui gère du PIB ne peut ni stabiliser une récession, ni redistribuer entre ses membres à une échelle qui compte.
Un budget de du PIB, obligatoirement équilibré, ne peut pas jouer le rôle de stabilisateur automatique. Dans un État fédéral, quand une région entre en récession, elle paie moins d'impôts fédéraux et reçoit plus de transferts : l'amortisseur est automatique et il ne demande aucune décision. Rien de tel dans l'Union — c'est le point que Kenen, au chapitre suivant, identifie comme la faiblesse structurelle d'une union monétaire sans fédéralisme budgétaire. Retenir cette phrase : le budget européen alloue et redistribue un peu, il ne stabilise pas.
En juillet , les vingt-sept décident un plan de relance de milliards d'euros aux prix de , dont en subventions et en prêts, financés par un emprunt commun levé par la Commission sur les marchés et remboursé jusqu'en . Trois ruptures en une : l'Union emprunte à grande échelle, elle distribue selon les besoins et non selon les contributions, et elle le fait à l'unanimité de pays qui refusaient encore le principe six mois plus tôt. La limite qu'il faut dire. C'est un instrument temporaire, décidé pour une crise et non inscrit dans les traités ; il ne crée pas de capacité budgétaire permanente. Le débat : ce précédent sera-t-il le « moment hamiltonien » de l'Europe — par référence à la reprise des dettes des États américains par la Fédération en — ou une exception refermée ? Aucune réponse ferme n'est attendue d'un candidat : la question, posée avec ses deux termes, suffit.
Repère : Le budget en trois chiffres, cadre 2021-2027
Les deux tiers du cadre financier vont à deux politiques : la cohésion et la politique agricole commune. Les ressources propres sont pour l'essentiel une contribution assise sur le revenu national brut des États — donc, en pratique, un transfert des budgets nationaux — complétée par les droits de douane et une ressource assise sur la TVA. Les contributeurs nets sont les pays les plus riches ; le Royaume-Uni était le deuxième d'entre eux avant .
7.6 Les crises : moteur ou frein ?
Figure 6. L'engrenage de Haas, et ce qui l'arrête. Le cycle vert se referme sur lui-même : chaque tour ajoute une compétence, donc un secteur intégré, donc de nouvelles interdépendances. La flèche rouge dit pourquoi le cycle ne tourne pas indéfiniment — elle frappe précisément le segment qui va du problème constaté à la compétence transférée, le seul des quatre qui exige une décision politique explicite. Les trois autres se produisent sans que personne les décide : c'est là toute la force du mécanisme, et toute la fragilité de sa dernière étape.
Auteur : Luuk van Middelaar (né en 1973) — la politique de l'événement
Le Passage à l'Europe (), Quand l'Europe improvise (). La thèse. L'Union ne s'est pas seulement construite par des règles, mais par des événements auxquels il a fallu répondre dans l'urgence, sans que les traités prévoient quoi que ce soit. Il distingue une « politique des règles », lente et juridique, et une « politique des événements », improvisée et intergouvernementale — celle des sommets de crise. Le fait qui appuie la thèse. Le Mécanisme européen de stabilité, l'emprunt commun de , les achats d'urgence de la Banque centrale : aucun n'était prévu, tous ont été inventés en quelques semaines. Ce que cela change pour une copie. La formule de Monnet — « l'Europe se fera dans les crises » — est vérifiée pour certaines crises et démentie pour d'autres : et ont bloqué, et ont créé. Le critère qui les sépare, et c'est l'apport : une crise fait avancer quand l'inaction coûterait plus cher à tous que le compromis.
Méthode : Traiter un sujet sur la construction européenne
- Situer sur l'échelle. De quel degré de Balassa parle le sujet ? Un sujet sur la fiscalité porte sur la quatrième marche, jamais atteinte ; un sujet sur la monnaie porte sur la cinquième, atteinte par vingt et un pays sur vingt-sept.
- Distinguer élargir et approfondir, et montrer que les deux mouvements se contraignent : chaque entrant ajoute une préférence à concilier là où l'unanimité règne.
- Opposer deux lectures de la dynamique — l'engrenage de Haas contre l'intergouvernementalisme de Milward et Moravcsik. Un devoir qui n'en retient qu'une se prive de sa deuxième partie.
- Chiffrer le budget. du PIB, obligatoirement équilibré : c'est la contrainte qui explique la plupart des impuissances reprochées à l'Union, et elle vaut mieux que trois pages d'institutions.
- Dater la composition. membres, dans la zone euro au janvier . Un devoir qui écrit « les Quinze » ou « les Vingt-huit » sans date se date lui-même.
Trois idées à retenir. Un, l'Union n'est pas à un degré d'intégration mais à plusieurs simultanément : marché commun pour les vingt-sept, monnaie unique pour vingt et un, union économique inachevée pour tous. Deux, l'élargissement et l'approfondissement se sont faits ensemble, et la convergence des revenus a eu lieu — mais par l'Est, la Grèce ayant perdu vingt-sept points d'indice quand la Roumanie en gagnait quarante-quatre. Trois, la limite de la dynamique n'est ni économique ni juridique : c'est la règle de décision et la taille du budget. Un ensemble qui gère du PIB à l'unanimité peut supprimer des barrières ; il ne peut pas amortir un choc.