Le groupe nominal et la phrase
Cours complet · espagnol (seconde), chapitre 3 · seconde générale, langue vivante
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3.1 Introduction
Après le verbe, ce chapitre explore les deux autres piliers de la phrase espagnole : le groupe nominal (le nom et tout ce qui l'accompagne : articles, démonstratifs, possessifs, quantifieurs, adjectifs) et la construction de la phrase (interrogation, exclamation, négation, place des pronoms, et la fameuse tournure gustar).
L'espagnol partage beaucoup avec le français — les deux langues distinguent le masculin et le féminin, le singulier et le pluriel, et font varier l'adjectif — mais il possède aussi des originalités qui déroutent le francophone : un article neutre lo, l'apocope de certains adjectifs (buen, gran), l'enclise des pronoms (dármelo), l'opposition por / para, et une manière inversée d'exprimer les goûts (me gusta). Nous procéderons pas à pas, en contrastant systématiquement avec le français. Dans les remarques, une forme précédée d'un astérisque (*la problema) est une forme incorrecte à ne jamais produire.
3.2 Le nom : genre et nombre
3.2.1 Le genre
Comme en français, tout nom espagnol est masculin ou féminin. En général, les noms en -o sont masculins et les noms en -a sont féminins, mais il faut se méfier des exceptions.
Repères utiles pour le genre :
- Sont souvent masculins : les noms en -o (el libro, el dinero) et en -or (el color, el amor).
- Sont souvent féminins : les noms en -a (la casa), en -ción / -sión (la canción, la televisión), en -dad / -tad (la ciudad, la libertad) et en -umbre (la costumbre).
Attention aux noms dont le genre diffère du français ou surprend :
- Masculins malgré le -a : el problema, el tema, el día, el mapa, el idioma, el clima, el sistema (souvent des mots d'origine grecque). On dit el problema, jamais *la problema.
- Féminins malgré le -o : la mano (la main), la foto, la moto.
- Genre différent du français : la leche (le lait, féminin), la sal (le sel), la sangre (le sang), el color (la couleur, masculin), el árbol (l'arbre).
Pour les êtres animés, le féminin se forme souvent en changeant -o en -a (el chico / la chica, el gato / la gata) ou en ajoutant -a aux noms en consonne (el profesor / la profesora, el español / la española). Certains noms ont une forme propre : el hombre / la mujer, el rey / la reina, el padre / la madre.
3.2.2 Le nombre : formation du pluriel
La formation du pluriel obéit à trois règles simples selon la terminaison :
- Nom terminé par une voyelle : on ajoute -s. el libro los libros, la casa las casas.
- Nom terminé par une consonne (ou -y) : on ajoute -es. el profesor los profesores, la ciudad las ciudades, el rey los reyes.
- Nom terminé par -z : le -z devient -c + -es. el lápiz los lápices, la vez las veces, la luz las luces.
Deux subtilités orthographiques du pluriel :
- L'accent écrit peut disparaître ou apparaître pour respecter l'accentuation : la canción las canciones (l'accent tombe), el joven los jóvenes (l'accent apparaît). On étudiera ces règles au chapitre 4.
- Les noms terminés par -s au singulier et non accentués sur la dernière syllabe sont invariables : el lunes los lunes (les lundis), la crisis las crisis.
3.3 Les articles
3.3.1 Articles définis et indéfinis
L'espagnol distingue quatre formes définies et quatre indéfinies, accordées en genre et en nombre.
| Masc. sing. | Fém. sing. | Masc. plur. | Fém. plur. | |
|---|---|---|---|---|
| Défini (le, la, les) | el | la | los | las |
| Indéfini (un, une, des) | un | una | unos | unas |
- el libro (le livre), la mesa (la table), los niños (les enfants), las flores (les fleurs).
- un coche (une voiture), una idea (une idée), unos amigos (des amis), unas casas (des maisons).
Devant un nom féminin commençant par un a- ou ha- accentué (tonique), on emploie el et un pour l'euphonie, mais le nom reste féminin : el agua fría (l'eau froide), el águila, un hacha. Au pluriel, on retrouve le féminin normal : las aguas, las águilas. On dit bien el agua clara et non *la agua, mais esta agua (démonstratif féminin).
Les pluriels unos / unas traduisent « des » avec une nuance de « quelques » ou « environ » : unos días (quelques jours), unas veinte personas (une vingtaine de personnes). Souvent, « des » ne se traduit tout simplement pas : Compro flores (J'achète des fleurs).
3.3.2 L'article neutre lo
L'espagnol possède un article neutre lo, sans équivalent direct en français, qui ne s'emploie jamais devant un nom. Placé devant un adjectif (au masculin singulier) ou un adverbe, il forme une expression abstraite qui signifie « ce qui est... », « la chose... », « le côté... ».
- lo importante — ce qui est important, l'important. Lo importante es participar. (L'important, c'est de participer.)
- lo difícil — ce qui est difficile, le difficile.
- lo bueno / lo malo — le bon côté / le mauvais côté. Lo bueno es que hace sol.
- lo mejor — le mieux, ce qu'il y a de mieux. Lo mejor de la película es el final.
- lo + adverbe : No sabes lo rápido que corre. (Tu ne sais pas à quel point il court vite.)
Ne confondez pas les trois lo : l'article neutre lo importante ; le pronom COD masculin lo veo (je le vois) ; et lo que = « ce que / ce qui » (No entiendo lo que dices — Je ne comprends pas ce que tu dis).
3.3.3 Les contractions al et del
L'espagnol n'a que deux contractions obligatoires, toutes deux avec l'article masculin singulier el :
- a + el al (au) : Voy al cine. (Je vais au cinéma.)
- de + el del (du) : la puerta del coche (la porte de la voiture).
La contraction ne se fait qu'avec el, jamais avec les autres articles : a la, a los, a las, de la, de los, de las restent séparés (Voy a la playa, la casa de los abuelos). Elle ne se fait pas non plus devant un nom propre qui contient l'article : Vengo de El Cairo.
3.4 Les démonstratifs
Là où le français n'a que « ce / cette / ces » (éventuellement précisé par -ci et -là), l'espagnol distingue trois degrés de distance, en lien avec les trois adverbes de lieu :
- este (celui-ci) — proche de moi aquí (ici).
- ese (celui-là) — proche de toi ahí (là).
- aquel (celui là-bas) — loin des deux allí / allá (là-bas).
| Distance | Masc. sing. | Fém. sing. | Masc. plur. | Fém. plur. |
|---|---|---|---|---|
| proche (aquí) | este | esta | estos | estas |
| moyenne (ahí) | ese | esa | esos | esas |
| lointaine (allí) | aquel | aquella | aquellos | aquellas |
- Este libro es mío. (Ce livre-ci est à moi.) — dans ma main.
- Ese coche que ves. (Cette voiture-là que tu vois.) — près de toi.
- Aquellas montañas. (Ces montagnes là-bas.) — au loin.
Employé sans nom, le démonstratif devient pronom (« celui-ci, celui-là ») et pouvait autrefois porter un accent (éste). La réforme de 2010 le rend facultatif : on écrit aujourd'hui Prefiero este (Je préfère celui-ci). Il existe aussi une forme neutre invariable — esto, eso, aquello — qui désigne une idée ou une chose non identifiée : ¿Qué es esto? (Qu'est-ce que c'est ?), Eso no es verdad. (Ça, ce n'est pas vrai.)
3.5 Les possessifs
L'espagnol distingue deux séries de possessifs : les formes atones (placées avant le nom) et les formes toniques (placées après le nom ou employées seules).
3.5.1 Les possessifs atones
Placés devant le nom, ils s'accordent en nombre (et, pour nuestro / vuestro, en genre) avec l'objet possédé, jamais avec le possesseur.
| Possesseur | Un objet | Plusieurs objets |
|---|---|---|
| mi (mon/ma) | mi libro / mi casa | mis libros / mis casas |
| tu (ton/ta) | tu libro | tus libros |
| su (son/sa) | su libro | sus libros |
| notre | nuestro/nuestra libro/casa | nuestros/nuestras |
| votre (vosotros) | vuestro/vuestra | vuestros/vuestras |
| leur (ellos / ustedes) | su libro | sus libros |
- mi hermano y mis primos (mon frère et mes cousins).
- nuestra clase (notre classe), nuestros amigos (nos amis).
su / sus est très ambigu : il signifie « son, sa, ses, leur, leurs » et « votre, vos » (de politesse, avec usted / ustedes). su casa peut vouloir dire « sa maison », « leur maison » ou « votre maison ». Le contexte tranche ; pour lever l'ambiguïté, on précise : la casa de él, la casa de ellos, la casa de usted.
Autre piège : contrairement au français, l'espagnol emploie plutôt l'article (et non le possessif) pour les parties du corps et les vêtements : Me lavo las manos (Je me lave les mains, et non *mis manos).
3.5.2 Les possessifs toniques
Placés après le nom ou employés seuls (comme pronoms), ils s'accordent en genre et en nombre : mío, tuyo, suyo, nuestro, vuestro, suyo.
- Après le nom (emphase) : un amigo mío (un ami à moi), Dios mío (mon Dieu).
- Attribut : Este coche es tuyo. (Cette voiture est à toi.)
- Pronom (avec article) : Tu casa es grande; la mía es pequeña. (Ta maison est grande ; la mienne est petite.)
- los suyos (les siens / les leurs), lo nuestro (ce qui est à nous).
3.6 Les quantifieurs
Les quantifieurs expriment la quantité. La plupart s'accordent comme des adjectifs (genre et nombre) :
- mucho (beaucoup de) : mucho tiempo, mucha gente, muchos libros, muchas veces.
- poco (peu de) : poco dinero, pocas personas.
- todo (tout / tous) : todo el día (toute la journée), toda la clase, todos los días (tous les jours), todas las noches.
- otro (un autre / d'autres) : otro café, otra vez (encore une fois), otros países.
- cada (chaque) — invariable : cada día (chaque jour), cada persona.
otro ne se combine jamais avec l'article indéfini : « un autre » se dit otro et non *un otro. De même, todo placé devant l'article englobe le tout : todo el mundo (tout le monde), todos los estudiantes (tous les étudiants).
3.6.1 algún et ningún
alguno (quelque, un... quelconque) et ninguno (aucun) s'apocopent en algún et ningún devant un nom masculin singulier.
- algún día (un jour), alguna vez (une fois, parfois), algunos amigos (quelques amis).
- ningún problema (aucun problème), ninguna razón (aucune raison).
ninguno / ningún s'emploie presque toujours au singulier et exige la double négation quand il suit le verbe : No tengo ningún problema (Je n'ai aucun problème). On verra cette double négation plus loin.
3.7 L'adjectif qualificatif
3.7.1 L'accord
L'adjectif s'accorde en genre et en nombre avec le nom.
- Adjectifs en -o : quatre formes. alto, alta, altos, altas (un chico alto, una chica alta).
- Adjectifs en -e ou en consonne : pas de variation en genre, seulement en nombre. grande / grandes, fácil / fáciles, azul / azules (un libro verde, una mesa verde).
- Exception : les adjectifs de nationalité en consonne prennent un féminin en -a : español / española, francés / francesa, alemán / alemana.
3.7.2 La place de l'adjectif
En espagnol, l'adjectif qualificatif se place le plus souvent après le nom, surtout quand il distingue, classe ou décrit objectivement (couleur, forme, nationalité, relation) : un coche rojo, la lengua española, una idea interesante.
Placé avant le nom, l'adjectif prend une valeur plus subjective, affective ou emphatique, ou souligne une qualité inhérente : una gran ciudad, mi querido amigo, la blanca nieve. Quelques adjectifs changent de sens selon leur place :
- un gran hombre (un grand homme, remarquable) vs un hombre grande (un homme grand, de taille).
- un viejo amigo (un ami de longue date) vs un amigo viejo (un ami âgé).
- un pobre hombre (un homme à plaindre) vs un hombre pobre (un homme sans argent).
3.7.3 L'apocope
Certains adjectifs perdent leur voyelle ou syllabe finale — c'est l'apocope — lorsqu'ils précèdent immédiatement le nom.
| Forme pleine | Forme apocopée | Condition |
|---|---|---|
| bueno | buen | masc. sing. : un buen día |
| malo | mal | masc. sing. : un mal ejemplo |
| grande | gran | sing. (les 2 genres) : una gran casa |
| primero | primer | masc. sing. : el primer día |
| tercero | tercer | masc. sing. : el tercer piso |
| santo | san | devant nom d'homme : San Juan |
Précisions sur l'apocope :
- grande gran vaut au masculin et au féminin singulier (un gran actor, una gran actriz), et le sens devient « grand = remarquable ».
- santo garde sa forme pleine devant To- et Do- : Santo Tomás, Santo Domingo, et au féminin Santa (Santa Teresa).
- L'apocope disparaît dès qu'un mot s'intercale : el primer día mais el primero de mayo ; un buen amigo mais un amigo bueno.
3.8 Comparatif et superlatif
3.8.1 Le comparatif
Trois degrés de comparaison :
- Supériorité : más + adjectif + que. Ana es más alta que Luis. (Ana est plus grande que Luis.)
- Infériorité : menos + adjectif + que. Este libro es menos caro que el otro.
- Égalité : tan + adjectif/adverbe + como. Soy tan alto como tú. (Je suis aussi grand que toi.) Avec un nom : tanto/-a/-os/-as + nom + como : Tengo tantos libros como tú.
Le second terme de la comparaison est introduit par que (et non « de ») : más grande que. Mais devant un nombre, on emploie de : Tengo más de veinte euros (plus de vingt euros).
Erreur classique : « aussi... que » se dit tan... como, jamais *tan... que ni *tanto... que.
3.8.2 Les comparatifs irréguliers
| Adjectif | Comparatif irrégulier | Sens |
|---|---|---|
| bueno (bon) | mejor | meilleur |
| malo (mauvais) | peor | pire |
| grande (grand) | mayor | plus grand / plus âgé |
| pequeño (petit) | menor | plus petit / plus jeune |
- Esta película es mejor que la otra. (Ce film est meilleur que l'autre.)
- Mi hermano mayor. (Mon frère aîné.) — mayor = plus âgé.
- Soy dos años menor que ella. (J'ai deux ans de moins qu'elle.)
On garde más grande / más pequeño pour la taille physique (un elefante es más grande que un ratón), mais on emploie mayor / menor pour l'âge et la valeur abstraite (mi hermana mayor, la mayor parte).
3.8.3 Le superlatif
- Superlatif relatif (« le plus / le moins... de ») : el / la / los / las + más (ou menos) + adjectif + de. Es la chica más inteligente de la clase. (C'est la fille la plus intelligente de la classe.) Le complément est introduit par de (là où le français dit « de »).
- Superlatif absolu (« très... », « extrêmement... ») : suffixe -ísimo. guapo guapísimo (très beau), fácil facilísimo, mucho muchísimo.
Formation du superlatif en -ísimo : on retire la voyelle finale avant d'ajouter le suffixe (grande grandísimo, caro carísimo). Certaines consonnes changent pour garder le son : rico riquísimo, largo larguísimo, feliz felicísimo. L'accent écrit sur le í est obligatoire. Le superlatif absolu s'accorde : una casa carísima, unos libros buenísimos.
3.9 Les pronoms personnels
3.9.1 Les pronoms sujets
Ils sont : yo (je), tú (tu), él / ella / usted (il / elle / vous de politesse), nosotros/-as (nous), vosotros/-as (vous, tutoiement pluriel), ellos / ellas / ustedes (ils / elles / vous pluriel).
Comme la terminaison du verbe indique déjà la personne, le pronom sujet est le plus souvent omis : on dit Hablo español et non *Yo hablo español, sauf pour insister ou opposer (Yo trabajo y tú descansas).
usted / ustedes (vouvoiement) se construisent avec le verbe à la 3e personne : ¿Usted habla francés?
En Amérique latine, vosotros n'existe pas : on emploie ustedes pour tous les « vous » pluriels.
3.9.2 Les pronoms compléments COD et COI
Le COD (complément d'objet direct : « le, la, les ») et le COI (complément d'objet indirect : « lui, leur ») ont des formes distinctes à la 3e personne.
| Personne | COD (le/la/les) | COI (lui/leur) |
|---|---|---|
| me | me | me |
| te | te | te |
| il/elle/vous poli | lo / la | le |
| nous | nos | nos |
| vous (vosotros) | os | os |
| ils/elles/vous plur. | los / las | les |
- COD : ¿El libro? Lo leo. (Le livre ? Je le lis.) — ¿La carta? La escribo.
- COI : Le doy el libro a Juan. (Je lui donne le livre.) — *Les** hablo a mis amigos.*
Les pronoms compléments se placent devant le verbe conjugué : Te veo (Je te vois), No lo sé (Je ne le sais pas). L'ordre est différent avec l'infinitif, le gérondif et l'impératif (l'enclise, voir plus bas).
Particularité : l'espagnol redouble souvent le COI par le pronom, même quand le complément est exprimé : Le doy el regalo a María (littéralement « je lui donne le cadeau à María »).
3.9.3 L'ordre des pronoms et se lo
Quand un COD et un COI se suivent, le COI précède le COD : COI + COD + verbe. Me lo da (Il me le donne), Te la envío (Je te l'envoie).
Règle se lo : quand deux pronoms de 3e personne se rencontrent, le COI le / les devient se (pour éviter la suite désagréable *le lo).
- Le doy el libro (a él) + lo Se lo doy. (Je le lui donne.) — jamais le lo doy*.
- Les explico la lección Se la explico. (Je la leur explique.)
Ce se étant ambigu (à lui / à elle / à eux / à vous), on précise si besoin : Se lo doy a él.
3.9.4 L'enclise
Avec l'infinitif, le gérondif et l'impératif affirmatif, les pronoms compléments se soudent à la fin du verbe pour former un seul mot : c'est l'enclise.
- Infinitif : dar + me + lo dármelo (me le donner).
- Gérondif : decir diciéndo + lo diciéndolo (en le disant).
- Impératif affirmatif : di + me + lo dímelo (dis-le-moi).
Points de vigilance sur l'enclise :
- L'ordre COI + COD et la règle se lo s'appliquent aussi : dá + se + lo dárselo (le lui donner).
- L'ajout de syllabes fait souvent apparaître un accent écrit pour conserver l'accentuation : da dámelo, diciendo diciéndolo, dar dárnoslo.
- Avec une périphrase (verbe + infinitif/gérondif), deux positions sont possibles : Te lo voy a decir = Voy a decírtelo (Je vais te le dire). Les deux sont correctes.
- À l'impératif négatif, il n'y a pas d'enclise : les pronoms repassent devant le verbe. Dímelo (dis-le-moi) mais No me lo digas (ne me le dis pas).
3.10 muy vs mucho
Ces deux mots traduisent l'intensité mais ne sont pas interchangeables :
- muy (très) — invariable, modifie un adjectif ou un adverbe. muy alto (très grand), muy bien (très bien), muy interesante.
- mucho (beaucoup) — modifie un verbe (invariable alors) ou accompagne un nom (variable, accord). Trabaja mucho (Il travaille beaucoup), muchos libros, mucha agua.
Retenez la règle simple : muy devant adjectif/adverbe, mucho devant nom ou après verbe. On dit muy cansado (très fatigué) et non mucho cansado ; Me gusta mucho (ça me plaît beaucoup) et non me gusta muy.
Exceptions à mémoriser : devant les comparatifs mejor, peor, mayor, menor, más, menos, on emploie mucho** : mucho mejor (bien mieux), mucho más (beaucoup plus).
3.11 por et para
Le français « pour » recouvre deux prépositions espagnoles bien distinctes. En simplifiant : por regarde vers la cause / l'origine / le moyen (le « pourquoi », ce qui est derrière), tandis que para regarde vers le but / la destination (le « pour quoi faire », ce qui est devant).
| por (cause, moyen, échange) | para (but, destination, échéance) |
|---|---|
| Cause, motif : Lo hago por amor. (par amour) | But, finalité : Estudio para aprobar. (pour réussir) |
| Lieu de passage : Paseo por el parque. (à travers le parc) | Destination : Salgo para Madrid. (vers Madrid) |
| Moyen : Hablo por teléfono. (au téléphone) | Destinataire : Es un regalo para ti. (pour toi) |
| Durée / moment : por la mañana (le matin) | Échéance : para el lunes (pour lundi) |
| Échange, prix : Lo compré por diez euros. | Opinion : Para mí, es verdad. (Pour moi...) |
| « par » (agent, passif) : escrito por Cervantes | « pour un... » (comparaison) : Para un niño, lee muy bien. |
Expressions figées à connaître : por favor (s'il vous plaît), por fin (enfin), por eso (c'est pourquoi), por supuesto (bien sûr), por ejemplo (par exemple) ; para siempre (pour toujours), ¿para qué? (pour quoi faire ?) vs ¿por qué? (pourquoi ?).
Truc mémo : pensez « para = flèche vers un but / un futur » et « por = à cause de / à travers / en échange de ».
3.12 La phrase interrogative et exclamative
L'espagnol encadre les phrases interrogatives et exclamatives de deux signes : un signe ouvrant inversé au début et un signe fermant à la fin.
- Interrogation : ¿ ... ? ¿Cómo estás? (Comment vas-tu ?)
- Exclamation : ¡ ... ! ¡Qué bonito! (Comme c'est beau !)
Le signe ouvrant ¿ ou ¡ est obligatoire et se place exactement au début de la partie interrogée ou exclamée, qui n'est pas toujours le début de la phrase : Oye, ¿tú vienes? (Dis, tu viens ?).
Les mots interrogatifs et exclamatifs portent toujours un accent écrit : qué, quién, cómo, cuándo, dónde, cuánto, por qué, cuál. ¿Dónde vives?, ¿Cuántos años tienes?, ¡Cuánta gente!
- ¿Qué haces? (Que fais-tu ?)
- ¿De dónde eres? (D'où viens-tu ?)
- ¡Qué calor hace hoy! (Qu'est-ce qu'il fait chaud aujourd'hui !)
- ¡Qué bien! (Super !)
3.13 La phrase négative
La négation de base est le seul mot no, placé devant le verbe (et devant les pronoms compléments qui le précèdent) : No hablo inglés (Je ne parle pas anglais), No lo sé (Je ne le sais pas). Il n'y a pas d'équivalent du « ne... pas » en deux morceaux du français.
La double négation. Contrairement au français « littéraire », l'espagnol cumule les négations : quand un mot négatif (nada, nunca, nadie, ninguno, tampoco) est placé après le verbe, il faut no devant le verbe.
- No veo nada. (Je ne vois rien.)
- No viene nunca. (Il ne vient jamais.)
- No hay nadie. (Il n'y a personne.)
- No tengo ningún amigo aquí.
Mais si le mot négatif est placé avant le verbe, on supprime le no : Nunca viene (= No viene nunca), *Nadie** lo sabe (Personne ne le sait).
« non plus » se dit tampoco : Yo tampoco* (Moi non plus).
3.14 La tournure gustar et les verbes de goût
3.14.1 La construction inversée
gustar ne se construit pas comme le français « aimer ». Il fonctionne comme « plaire » : la chose aimée est le sujet grammatical (elle « plaît »), et la personne qui aime est un complément d'objet indirect (à qui cela plaît). La structure est donc inversée :
- Me gusta el chocolate. — littéralement « le chocolat me plaît » = J'aime le chocolat. (el chocolate est le sujet, d'où gusta au singulier.)
- Me gustan los libros. — « les livres me plaisent » = J'aime les livres. (sujet pluriel gustan.)
- Me gusta leer. — J'aime lire. (le sujet est l'infinitif, donc singulier.)
Le verbe s'accorde avec la chose aimée (le sujet réel), pas avec la personne : gusta si c'est une seule chose ou un infinitif, gustan si ce sont plusieurs choses. On dit Me gustan las manzanas et jamais *me gusta las manzanas.
3.14.2 Le tableau des personnes
| COI | Renfort facultatif | Exemple |
|---|---|---|
| me | (a mí) | (A mí) me gusta el café. |
| te | (a ti) | (A ti) te gusta viajar. |
| le | (a él/ella/usted) | A ella le gusta bailar. |
| nos | (a nosotros) | Nos gustan las fiestas. |
| os | (a vosotros) | ¿Os gusta el cine? |
| les | (a ellos/ustedes) | Les gusta la música. |
Le groupe a mí, a ti, a él... est un renfort qui insiste ou lève l'ambiguïté ; il ne remplace jamais le pronom COI, qui reste obligatoire : A mí me gusta (moi, j'aime) — jamais a mí gusta* ni yo gusto. Pour la 3e personne, ce renfort est souvent nécessaire pour préciser qui : A Juan le** gusta el fútbol*.
3.14.3 Les autres verbes de goût et de sensation
De nombreux verbes suivent le même schéma inversé (COI + verbe + sujet) :
- encantar (adorer) : Me encanta el arte. (J'adore l'art.) — plus fort que gustar, sans mucho.
- interesar (intéresser) : Nos interesan las lenguas.
- doler (avoir mal) : Me duele la cabeza. (J'ai mal à la tête.) — Me duelen los pies. (J'ai mal aux pieds.)
- molestar (déranger), parecer (sembler), faltar (manquer), quedar (rester) : Te falta un euro. (Il te manque un euro.)
Pour exprimer le degré, on ne combine pas encantar avec mucho (il est déjà intensif) : Me encanta (j'adore), et non *me encanta mucho. Avec gustar, on nuance : me gusta un poco / bastante / mucho / muchísimo. Pour dire « ne pas aimer », on nie le verbe : No me gusta (Je n'aime pas).
3.15 Bilan
Le groupe nominal espagnol s'organise autour du nom, dont le genre n'est pas toujours celui du français (el problema, la leche) et dont le pluriel suit des règles régulières (-s / -es, -z -ces). Les déterminants s'accordent en genre et en nombre : articles (avec le neutre lo importante et les contractions al / del), démonstratifs à trois degrés (este / ese / aquel), possessifs atones et toniques, quantifieurs. L'adjectif s'accorde, se place le plus souvent après le nom, et certains s'apocopent (buen, gran, primer). La comparaison se fait avec más / menos... que, tan... como, avec des irréguliers (mejor, peor, mayor, menor) et un superlatif absolu en -ísimo.
Côté phrase, les pronoms compléments obéissent à un ordre strict (COI + COD, avec la règle se lo) et se soudent au verbe par enclise à l'infinitif, au gérondif et à l'impératif affirmatif (dímelo). Il faut distinguer muy (+ adjectif) de mucho (+ nom / verbe), et por (cause, moyen) de para (but, destination). Les phrases interrogatives et exclamatives portent des signes ouvrants ¿ ¡, la négation cumule ses éléments (no... nada), et surtout la tournure gustar inverse la logique française : c'est la chose aimée qui est sujet et « plaît » à quelqu'un (me gusta). Ces points, très fréquents, méritent d'être automatisés dès la Seconde.