L'étude de la langue : grammaire
Cours complet · français (seconde), chapitre 3 · seconde générale, français
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3.1 Introduction
Étudier la littérature, c'est d'abord comprendre comment la langue est construite. La grammaire n'est pas un catalogue de règles à réciter : c'est l'outil qui permet de voir comment une phrase est assemblée, comment le sens se distribue entre les mots et comment un auteur choisit d'organiser sa pensée. Analyser une phrase de Flaubert ou de Hugo, c'est repérer ses propositions, identifier la fonction de chaque groupe, saisir la nuance apportée par une négation. Ce chapitre reprend les priorités du programme de Seconde : la structure de la phrase (simple ou complexe), les propositions subordonnées (relative, conjonctive, interrogative indirecte, circonstancielle), l'expression de la négation, enfin les fonctions par rapport au verbe et par rapport au nom. Chaque notion est illustrée par des phrases analysées, car c'est en manipulant des exemples que l'on s'approprie l'analyse grammaticale.
3.2 La phrase : simple et complexe
3.2.1 Distinguer proposition et phrase
Une proposition est un ensemble de mots organisé autour d'un verbe conjugué. On compte, en principe, autant de propositions que de verbes conjugués dans une phrase. Une phrase peut donc contenir une seule proposition ou plusieurs.
Une phrase simple ne contient qu'un seul verbe conjugué : elle est formée d'une seule proposition, appelée proposition indépendante. Une phrase complexe contient plusieurs verbes conjugués : elle est formée de plusieurs propositions reliées entre elles.
- « Le vieux marin contemplait la mer. »
Un seul verbe conjugué (contemplait) phrase simple. - « Le vieux marin contemplait la mer, car la tempête approchait. »
Deux verbes conjugués (contemplait, approchait) phrase complexe.
3.2.2 Les trois modes de liaison des propositions
Lorsqu'une phrase complexe réunit plusieurs propositions, celles-ci sont reliées de trois manières différentes.
- La juxtaposition : les propositions sont simplement placées côte à côte, séparées par un signe de ponctuation (virgule, point-virgule, deux-points), sans mot de liaison.
- La coordination : les propositions sont reliées par une conjonction de coordination (mais, ou, et, donc, or, ni, car) ou par un adverbe de liaison (puis, ensuite, cependant). Elles restent de même rang.
- La subordination : une proposition (dite subordonnée) dépend d'une autre (dite principale) et ne peut exister seule ; elle est introduite par un mot subordonnant (pronom relatif, conjonction de subordination, mot interrogatif).
- Juxtaposition : « Le jour se levait, les oiseaux chantaient, la ville s'éveillait. »
- Coordination : « Le jour se levait et les oiseaux chantaient. »
- Subordination : « Le jour se levait lorsque les oiseaux chantaient. »
Dans les deux premiers cas, chaque proposition pourrait former une phrase autonome. Dans le troisième, « lorsque les oiseaux chantaient » dépend de la principale et ne peut pas rester seule.
| Mode de liaison | Outil de liaison | Rang des propositions |
|---|---|---|
| Juxtaposition | Ponctuation seule (, ; :) | Propositions de même rang |
| Coordination | Conjonction de coordination (mais, ou, et, donc, or, ni, car) | Propositions de même rang |
| Subordination | Pronom relatif, conjonction de subordination, mot interrogatif | Une principale, une ou plusieurs subordonnées |
Ne confondez pas proposition indépendante et proposition principale. Une indépendante se suffit à elle-même (elle peut être juxtaposée ou coordonnée à une autre indépendante). Une principale, au contraire, n'existe comme telle que parce qu'elle commande au moins une subordonnée : elle appelle une suite.
3.3 Les propositions subordonnées
3.3.1 La proposition subordonnée relative
La proposition subordonnée relative est introduite par un pronom relatif (qui, que, quoi, dont, où, ou les formes composées lequel, auquel, duquel…). Elle complète un nom ou un pronom placé avant elle, appelé son antécédent : elle joue, par rapport à ce nom, le rôle d'un complément (comme un adjectif épithète). On l'appelle aussi proposition subordonnée relative épithète lorsqu'elle qualifie l'antécédent.
Méthode : Reconnaître une subordonnée relative
- Repérez un pronom relatif (qui, que, dont, où…).
- Cherchez juste avant lui le nom ou le pronom qu'il remplace : c'est l'antécédent.
- Vérifiez que la proposition introduite par le pronom relatif apporte une information sur cet antécédent.
- Identifiez la fonction du pronom relatif à l'intérieur de la subordonnée (sujet, COD, complément…).
« Je relis le roman qui m'a bouleversé. »
- Antécédent : le roman.
- Pronom relatif : qui, sujet du verbe a bouleversé dans la subordonnée.
- La subordonnée « qui m'a bouleversé » complète l'antécédent le roman.
Autre exemple : « La ville dont je viens est au bord de la mer. » Ici dont (= de laquelle) est complément et la ville est l'antécédent.
3.3.2 La proposition subordonnée conjonctive complétive
La proposition subordonnée conjonctive complétive est introduite par la conjonction de subordination « que » (parfois « à ce que », « de ce que »). Elle est le plus souvent complément d'objet direct du verbe de la principale : elle complète ce verbe et ne peut être supprimée sans que la phrase perde son sens. On la trouve après des verbes de déclaration, de pensée, de volonté ou de sentiment (dire, penser, croire, savoir, vouloir, craindre…).
« Je pense que ce poème est admirable. »
- Verbe principal : pense.
- Subordonnée introduite par que : « que ce poème est admirable ».
- Fonction : complément d'objet direct du verbe pense (je pense quelque chose).
Ne confondez pas le « que » de la complétive et le « que » pronom relatif. Dans « Je sais que tu viendras », que est une conjonction : il n'a pas d'antécédent et ne remplace aucun nom. Dans « Le livre que tu lis est passionnant », que est un pronom relatif : il a pour antécédent le livre et remplit une fonction (COD de lis) dans la subordonnée.
3.3.3 La proposition subordonnée interrogative indirecte
La proposition subordonnée interrogative indirecte rapporte une question à l'intérieur d'une phrase déclarative, sans point d'interrogation. Elle est introduite par « si » (interrogation totale) ou par un mot interrogatif (qui, quand, où, comment, pourquoi, ce que…) et dépend d'un verbe comme demander, ignorer, savoir, se demander.
- Interrogation directe : « Viendras-tu demain ? »
- Interrogation indirecte : « Je te demande si tu viendras demain. »
La subordonnée « si tu viendras demain » est COD du verbe demande. Autre exemple : « J'ignore pourquoi il est parti. »
3.3.4 Les propositions subordonnées circonstancielles
Les propositions subordonnées circonstancielles précisent les circonstances de l'action exprimée par la principale (temps, cause, but, conséquence, condition, opposition, comparaison). Elles sont introduites par une conjonction de subordination et jouent le rôle de complément circonstanciel : on peut souvent les déplacer ou les supprimer sans rendre la phrase incorrecte.
| Circonstance | Conjonctions fréquentes | Exemple |
|---|---|---|
| Temps | quand, lorsque, dès que, avant que, tandis que | « Il lisait pendant qu'elle écrivait. » |
| Cause | parce que, puisque, comme, étant donné que | « Il resta chez lui parce qu'il pleuvait. » |
| But | afin que, pour que, de peur que | « Il parla bas pour qu'on ne l'entende pas. » |
| Conséquence | si bien que, de sorte que, au point que | « Il courut si bien qu'il gagna. » |
| Condition | si, à condition que, pourvu que, à moins que | « Je viendrai si tu m'invites. » |
| Opposition | bien que, quoique, alors que, même si | « Il sortit bien qu'il fût malade. » |
« Comme la nuit tombait, les promeneurs rentrèrent. »
- Principale : « les promeneurs rentrèrent ».
- Subordonnée : « Comme la nuit tombait », introduite par comme.
- Circonstance exprimée : la cause (ils rentrent parce que la nuit tombe).
- Fonction : complément circonstanciel de cause.
Un même mot peut introduire des subordonnées de nature différente : si introduit une circonstancielle de condition (« Si tu viens, je serai content ») ou une interrogative indirecte (« Je me demande si tu viendras »). C'est le sens et le verbe de la principale qui permettent de trancher.
3.4 L'expression de la négation
3.4.1 Négation totale et négation partielle
La négation totale nie l'ensemble de la phrase : elle s'exprime par ne… pas ou ne… point. La négation partielle ne nie qu'un élément de la phrase (un moment, une quantité, une personne, une chose) : elle s'exprime par ne… plus (le temps), ne… jamais (la fréquence), ne… rien / ne… personne (l'objet ou l'agent), ne… aucun, ne… guère.
- « Il ne lit pas. » négation totale (toute l'action est niée).
- « Il ne lit plus. » négation partielle : il lisait autrefois, ce n'est plus le cas (le temps est nié).
- « Il ne lit jamais. » négation partielle : la fréquence est niée.
- « Il ne lit rien. » négation partielle : l'objet est nié.
3.4.2 Négation syntaxique et négation lexicale
La négation syntaxique (ou grammaticale) porte sur un verbe grâce à l'adverbe de négation en deux parties (ne… pas, ne… jamais…). La négation lexicale est contenue à l'intérieur d'un mot, grâce à un préfixe privatif : in- (injuste), im- (impossible), il- (illisible), ir- (irréel), a- / an- (amoral, analphabète), dé- / dés- (défaire, désobéir), mé- (mécontent), non- (non-violence).
- Négation syntaxique : « Ce raisonnement n'est pas cohérent. »
- Négation lexicale : « Ce raisonnement est incohérent. »
Les deux phrases ont un sens proche, mais la seconde condense la négation dans un seul mot.
En français soigné, la particule ne ne doit jamais être omise à l'écrit : on écrit « Je ne vois personne » et non « Je vois personne ». À l'oral familier, le ne tombe souvent, mais cet usage relève du registre courant et ne convient pas à l'écrit littéraire ou scolaire.
La double négation consiste à employer deux marques de négation qui, se combinant, aboutissent à une affirmation atténuée ou nuancée. Ainsi « il n'est pas inutile de relire » signifie en réalité « il est utile de relire », mais avec une nuance de prudence. Cette figure, proche de la litote, permet d'affirmer sans trancher brutalement.
3.5 Les fonctions par rapport au verbe et au nom
3.5.1 Les fonctions par rapport au verbe
Autour du verbe s'organisent plusieurs fonctions :
- le sujet : il commande l'accord du verbe et désigne qui fait ou subit l'action (« Le poète écrit ») ;
- le complément d'objet direct (COD) : il complète le verbe sans préposition (« Il écrit un poème ») ;
- le complément d'objet indirect (COI) : il complète le verbe par l'intermédiaire d'une préposition (« Il pense à son poème ») ;
- l'attribut du sujet : il exprime, par l'intermédiaire d'un verbe d'état (être, paraître, sembler, devenir), une qualité du sujet (« Ce poème est admirable ») ;
- les compléments circonstanciels (CC) : ils précisent le temps, le lieu, la manière, la cause… ; ils sont souvent déplaçables et supprimables (« Il écrit le soir, dans le silence »).
Méthode : Distinguer COD, COI et attribut
- Posez la question « qui ? » ou « quoi ? » après le verbe : la réponse sans préposition est le COD.
- Posez « à qui ? », « de quoi ? » : la réponse avec préposition est le COI.
- Si le verbe est un verbe d'état (être, sembler, devenir…), l'élément qui suit est un attribut du sujet, non un COD : il qualifie le sujet et s'accorde souvent avec lui.
| Fonction | Question / repère | Exemple (élément souligné) |
|---|---|---|
| Sujet | « Qui est-ce qui ? » | L'écrivain corrige son manuscrit. |
| COD | Verbe + « quoi ? » sans préposition | L'écrivain corrige son manuscrit. |
| COI | Verbe + « à / de… ? » | L'écrivain songe à son roman. |
| Attribut du sujet | Après un verbe d'état | Ce roman semble inachevé. |
| Compl. circonstanciel | « Quand ? Où ? Comment ? » | L'écrivain corrige la nuit. |
3.5.2 Les fonctions par rapport au nom
Un nom peut être précisé, sans l'intermédiaire d'un verbe, par trois fonctions :
- l'épithète : un adjectif (ou une relative) qui qualifie directement le nom, sans virgule (« une mer calme ») ;
- le complément du nom : un groupe nominal relié au nom par une préposition (de, à, en…), qui le précise (« une mer de nuages ») ;
- l'apposition : un mot ou un groupe qui désigne la même réalité que le nom, détaché par une virgule (« Baudelaire, poète maudit, a marqué la modernité »).
« Le vieux capitaine, homme de peu de mots, scrutait l'horizon lointain. »
- vieux : adjectif épithète du nom capitaine ;
- homme de peu de mots : apposition au nom capitaine (détachée par des virgules) ;
- lointain : adjectif épithète du nom horizon.
On aurait aussi pu écrire « l'horizon de la mer » : de la mer serait alors complément du nom horizon.
La virgule distingue l'épithète de l'apposition. « Un homme prudent » : prudent est épithète, soudé au nom. « Cet homme, prudent, se tut » : prudent est apposé, détaché par des virgules, et apporte un commentaire sur le nom.
3.6 Bilan
La grammaire de la phrase repose sur quelques distinctions fondamentales que l'on retrouve dans tout texte littéraire. Une phrase est simple quand elle n'a qu'un verbe conjugué, complexe quand elle en compte plusieurs ; ses propositions se relient alors par juxtaposition, coordination ou subordination. Les subordonnées se répartissent en relatives (elles complètent un antécédent), complétives (introduites par que, souvent COD), interrogatives indirectes (elles rapportent une question) et circonstancielles (elles expriment temps, cause, but, conséquence, condition…). La négation, totale ou partielle, s'exprime par la syntaxe (ne… pas) ou par le lexique (préfixes privatifs). Enfin, chaque groupe de mots remplit une fonction, par rapport au verbe (sujet, COD, COI, attribut, complément circonstanciel) ou par rapport au nom (épithète, complément du nom, apposition). Maîtriser ces outils, c'est se donner les moyens de lire finement et d'écrire avec justesse.
3.7 Exercices
Exercice : Phrase simple ou complexe
Pour chaque phrase, indiquez le nombre de verbes conjugués, dites si la phrase est simple ou complexe, et, si elle est complexe, précisez le mode de liaison (juxtaposition, coordination ou subordination).
- « La pluie cessa brusquement. »
- « Le vent se leva, les feuilles tourbillonnèrent. »
- « Il ferma son livre car la lumière baissait. »
- « Elle sortit dès que l'orage fut passé. »
Solution
- Un verbe conjugué (cessa) : phrase simple.
- Deux verbes (se leva, tourbillonnèrent) : phrase complexe, juxtaposition (virgule, pas de mot de liaison).
- Deux verbes (ferma, baissait) : phrase complexe, coordination par la conjonction car.
- Deux verbes (sortit, fut passé) : phrase complexe, subordination (circonstancielle de temps introduite par dès que).
Exercice : Identifier la subordonnée
Soulignez la proposition subordonnée dans chaque phrase et donnez sa nature (relative, complétive, interrogative indirecte ou circonstancielle).
- « Je sais que tu réussiras. »
- « Le tableau qui orne le salon date du XVIIe siècle. »
- « Nous partirons quand le jour se lèvera. »
- « Elle se demande si le train arrivera à l'heure. »
Solution
- « que tu réussiras » : subordonnée complétive (COD du verbe sais).
- « qui orne le salon » : subordonnée relative (antécédent le tableau, qui sujet de orne).
- « quand le jour se lèvera » : subordonnée circonstancielle de temps.
- « si le train arrivera à l'heure » : subordonnée interrogative indirecte (COD de se demande).
Exercice : La négation
Indiquez, pour chaque phrase, si la négation est totale ou partielle, puis dites si elle est syntaxique ou lexicale.
- « Personne ne répondit. »
- « Ce comportement est irresponsable. »
- « Il ne se plaint jamais. »
- « La salle n'est pas éclairée. »
Solution
- Négation partielle (ne… personne nie l'agent), syntaxique.
- Négation lexicale : le préfixe privatif ir- contient la négation dans le mot irresponsable.
- Négation partielle (ne… jamais nie la fréquence), syntaxique.
- Négation totale (ne… pas), syntaxique.
Exercice : Fonctions par rapport au verbe
Donnez la fonction du groupe souligné (sujet, COD, COI, attribut du sujet ou complément circonstanciel).
- « Les élèves lisent un roman. »
- « Les élèves lisent un roman. »
- « Ce roman paraît captivant. »
- « Les élèves parlent de leur lecture. »
- « Ils travaillent en silence. »
Solution
- Les élèves : sujet du verbe lisent.
- un roman : COD (lisent quoi ?, sans préposition).
- captivant : attribut du sujet (verbe d'état paraît).
- de leur lecture : COI (parlent de quoi ?, avec préposition).
- en silence : complément circonstanciel de manière.
Exercice : Expansions du nom
Dans chaque phrase, précisez la fonction du groupe souligné par rapport au nom (épithète, complément du nom ou apposition).
- « Une lumière douce entrait par la fenêtre. »
- « La porte de la cave grinçait. »
- « Molière, maître de la comédie, écrivit Tartuffe. »
Solution
- douce : adjectif épithète du nom lumière (pas de virgule).
- de la cave : complément du nom porte (relié par la préposition de).
- maître de la comédie : apposition au nom Molière (détachée par des virgules, désigne la même personne).
Exercice : Analyse complète d'une phrase
Analysez la phrase suivante : indiquez le nombre de propositions, la nature de chaque proposition subordonnée et la fonction du groupe souligné.
« Le voyageur fatigué espérait que l'auberge qu'il cherchait serait ouverte lorsqu'il arriverait. »
Solution
La phrase compte quatre verbes conjugués (espérait, cherchait, serait, arriverait), donc quatre propositions.
- Principale : « Le voyageur fatigué espérait… ».
- « que l'auberge… serait ouverte » : subordonnée complétive, COD de espérait.
- « qu'il cherchait » : subordonnée relative, antécédent l'auberge (qu' = COD de cherchait).
- « lorsqu'il arriverait » : subordonnée circonstancielle de temps.
Le mot souligné fatigué est un adjectif épithète du nom voyageur.