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L'étude de la langue : lexique

Cours complet · français (seconde), chapitre 4 · seconde générale, français

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4.1 Introduction

Le lexique désigne l'ensemble des mots d'une langue. Étudier le lexique, ce n'est pas apprendre par cœur des listes de vocabulaire : c'est comprendre comment les mots sont fabriqués, d'où ils viennent, comment leur sens évolue et comment ils se regroupent en réseaux. Cette étude est transversale : elle sert la lecture des textes littéraires (repérer un champ lexical, percevoir une connotation, mesurer l'effet d'un registre de langue) autant que l'expression écrite (choisir le mot juste, éviter les répétitions, adapter son niveau de langue à la situation).

Ce chapitre présente quatre grands domaines : la formation des mots, l'histoire et l'évolution du sens, les relations entre les mots (champs, polysémie, synonymie) et enfin les connotations et registres. Une même remarque revient sans cesse : en français, une part importante du vocabulaire est héritée du latin et du grec, et connaître quelques racines permet de comprendre des milliers de mots.

4.2 La formation des mots

4.2.1 Radical, préfixe, suffixe

Définition 4.1Radical, préfixe, suffixe

Le radical (ou racine) est l'élément porteur du sens principal d'un mot, la partie commune à une famille de mots (terr- dans terre, terrestre, atterrir, souterrain). Le préfixe est un élément placé avant le radical pour en modifier le sens (re-, in-, dé-). Le suffixe est un élément placé après le radical ; il change souvent la classe grammaticale du mot (-able, -tion, -ment). Préfixes et suffixes sont appelés des affixes.

Exemple 4.2Décomposer un mot

Le mot déraisonnable se décompose ainsi : préfixe dé- (marque le contraire) radical raison suffixe -able (« qui peut être »). Il signifie donc « qui n'est pas conforme à la raison ». De même, reconstruction re- (à nouveau) construc(t) (radical de construire) -tion (action). On voit qu'un même radical engendre toute une famille de mots.

La formation des mots : décomposition en préfixe, radical et suffixe, puis familles de mots par dérivation et par composition.

4.2.2 Dérivation et composition

Définition 4.3Dérivation et composition

La dérivation consiste à former un mot nouveau en ajoutant un préfixe et/ou un suffixe à un radical : de chant on tire chanter, chanteur, chantonner, enchantement. La composition consiste à former un mot nouveau en réunissant deux mots existants, soit soudés (portemanteau), soit reliés par un trait d'union (arc-en-ciel, chou-fleur), soit juxtaposés (pomme de terre). On parle de composition savante lorsque le mot est formé de racines grecques ou latines (bibliothèque, aquaculture).

Méthode : Analyser la formation d'un mot

Face à un mot inconnu, on procède par décomposition :

  • Isoler le radical : chercher la partie qui rappelle un mot connu (dans indéniable, on reconnaît nier).
  • Repérer le préfixe et se demander ce qu'il ajoute (in- négation ; dé- contraire ; re- répétition).
  • Repérer le suffixe et en déduire la classe grammaticale et le sens (-able adjectif, « qui peut être »).
  • Reconstituer le sens : in- déni(er) -able « qu'on ne peut nier », donc « certain, incontestable ».

Cette méthode permet souvent de deviner le sens d'un mot sans dictionnaire.

4.2.3 Les racines gréco-latines

Une grande partie du vocabulaire français, surtout scientifique et abstrait, est formée à partir de racines empruntées au grec ancien et au latin. En mémoriser quelques-unes donne accès à des familles entières de mots.

RacineOrigineSensExemples
bio-grecla viebiologie, biographie, antibiotique
-logiegrecétude, discoursgéologie, psychologie, zoologie
-graphe / -graphiegrecécrire, tracerorthographe, géographie, télégraphe
-phobiegrecpeur, rejetclaustrophobie, arachnophobie
-philegrecqui aimefrancophile, bibliophile
chrono-grecle tempschronomètre, chronologie, anachronisme
hydro-grecl'eauhydravion, hydrater, hydraulique
géo-grecla terregéographie, géologie, géométrie
thermo-grecla chaleurthermomètre, thermostat
anthropo-grecl'être humainanthropologie, philanthrope
poly-grecnombreuxpolygone, polyglotte, polysémie
télé-grecau lointélévision, téléphone, télescope
aqua-latinl'eauaquarium, aquatique, aqueduc
omni-latintoutomniprésent, omnivore, omnipotent
multi-latinnombreuxmultiplier, multicolore, multitude
-cidelatintuerhomicide, insecticide, régicide
-vorelatinmangercarnivore, herbivore, dévorer
Exemple 4.4Construire le sens à partir des racines

Le mot anthropologie se lit anthropo- (l'être humain) -logie (étude) : c'est l'« étude de l'être humain ». De même, hydrophobe signifie « qui craint ou repousse l'eau » (hydro- -phobe), et un chronomètre est un instrument qui « mesure le temps » (chrono- -mètre, mesure). Connaître les racines rend le vocabulaire transparent.

4.3 Histoire et évolution du sens

4.3.1 Étymologie, emprunts, néologismes, archaïsmes

Définition 4.5Étymologie

L'étymologie est l'étude de l'origine des mots et de leur histoire. Le mot étymologie vient lui-même du grec etumos (« vrai ») et logos (« discours ») : c'est la recherche du « sens vrai », c'est-à-dire premier, d'un mot. La plupart des mots français proviennent du latin, souvent par l'intermédiaire du bas latin et de l'ancien français (caballus cheval, aqua eau).

Définition 4.6Emprunt, néologisme, archaïsme

Un emprunt est un mot pris à une langue étrangère : week-end et football (anglais), pizza (italien), algèbre (arabe). Un néologisme est un mot nouvellement créé ou nouvellement employé pour désigner une réalité récente : courriel, télétravail, numériser. Un archaïsme est, à l'inverse, un mot (ou un sens) vieilli, sorti de l'usage courant : moult (« beaucoup »), ouïr (« entendre »), jouvenceau (« jeune homme »).

4.3.2 Élargissement, restriction et glissement de sens

Le sens des mots n'est pas figé : il évolue au fil des siècles. On distingue trois grands mouvements.

Définition 4.7Trois évolutions du sens
  • L'élargissement (ou extension) : le mot désigne une réalité plus vaste qu'à l'origine. Panier désignait d'abord une corbeille à pain (du latin panarium, de panis, « pain ») ; il désigne aujourd'hui toute sorte de corbeille.
  • La restriction : le mot se spécialise et désigne une réalité plus étroite. Viande vient du latin vivenda, « ce qui sert à vivre », et désignait toute nourriture ; il ne s'applique plus qu'à la chair animale.
  • Le glissement (ou déplacement) : le mot change de domaine. Bureau désignait d'abord la bure, étoffe qui recouvrait une table, puis la table elle-même, puis la pièce où l'on travaille, enfin le service administratif.
Exemple 4.8Un sens qui se dégrade ou se valorise

Certains mots subissent une péjoration (leur sens devient négatif) : rustre, dérivé du latin rusticus (« qui vit à la campagne »), désigne aujourd'hui un homme grossier. D'autres subissent une amélioration : ministre vient du latin minister, « serviteur », et désigne désormais un haut personnage de l'État. Ces évolutions témoignent des changements de regard d'une société sur les réalités qu'elle nomme.

4.4 Les relations entre les mots

4.4.1 Champ lexical et champ sémantique

Définition 4.9Champ lexical

Un champ lexical est l'ensemble des mots (de classes grammaticales variées) qui, dans un texte, se rapportent à une même notion ou à un même thème. Dans un poème sur la mer, les mots vague, écume, rivage, marée, houle, naviguer forment le champ lexical de la mer. Repérer un champ lexical permet d'identifier le thème dominant d'un texte et l'atmosphère qu'il crée.

Définition 4.10Champ sémantique

Le champ sémantique est l'ensemble des sens différents d'un seul et même mot, selon les contextes où il est employé. Le mot glace peut signifier : de l'eau gelée, un dessert glacé, un miroir, une vitre. Le champ sémantique décrit donc la polysémie d'un mot, tandis que le champ lexical regroupe plusieurs mots autour d'un thème.

Important

Ne pas confondre : le champ lexical concerne plusieurs mots liés à un même thème (mer : vague, écume, marée...). Le champ sémantique concerne un seul mot et ses différents sens (glace : eau gelée, dessert, miroir...). Retenir : lexical beaucoup de mots, un thème ; sémantique un mot, beaucoup de sens.

Champ lexical contre champ sémantique : à gauche, plusieurs mots réunis par un même thème ; à droite, les différents sens d'un même mot polysémique.

Méthode : Repérer et exploiter un champ lexical

  • Relever tous les mots (noms, verbes, adjectifs) qui renvoient à une même idée.
  • Nommer la notion commune (la mort, la lumière, la guerre, l'amour...).
  • Interpréter : quel effet ce réseau produit-il ? Un champ lexical dense oriente la lecture (une atmosphère angoissante, joyeuse, solennelle) et révèle les intentions de l'auteur.

4.4.2 Polysémie et homonymie

Définition 4.11Polysémie et homonymie

La polysémie est la propriété d'un mot qui possède plusieurs sens reliés entre eux, dérivés d'un sens premier (une feuille d'arbre, de papier, de métal : l'idée de surface mince est commune). L'homonymie concerne des mots différents qui se prononcent (homophones) ou s'écrivent (homographes) de la même façon, sans lien de sens : ver, verre, vers, vert, vair. La polysémie relie des sens ; l'homonymie fait coïncider par hasard des mots distincts.

4.4.3 Synonymie et antonymie

Définition 4.12Synonymes et antonymes

Deux mots sont synonymes lorsqu'ils ont un sens proche et peuvent, dans certains contextes, se remplacer l'un l'autre (content / joyeux / heureux). La synonymie est rarement parfaite : les synonymes se distinguent souvent par une nuance de sens ou de registre (maison / demeure / baraque). Deux mots sont antonymes (ou contraires) lorsqu'ils ont des sens opposés (grand / petit, monter / descendre). Antonymes et synonymes servent à enrichir l'expression et à éviter les répétitions.

4.5 Dénotation, connotation et registres de langue

4.5.1 Dénotation et connotation

Définition 4.13Dénotation et connotation

La dénotation est le sens objectif, neutre et commun d'un mot, celui que donne le dictionnaire. La connotation regroupe les sens seconds, les impressions, les valeurs affectives ou culturelles qu'un mot suggère en plus de sa dénotation. Le mot rouge dénote une couleur ; il peut connoter, selon le contexte, la passion, le danger, l'interdit ou la révolution.

Exemple 4.14La connotation en littérature

Comparons maison et taudis. Les deux dénotent un lieu d'habitation, mais taudis connote la misère, la saleté, le mépris. Un écrivain choisit ses mots pour leurs connotations : parler d'un palais, d'une masure ou d'un nid pour désigner la même habitation oriente aussitôt le regard et les émotions du lecteur. Analyser les connotations est essentiel dans le commentaire de texte.

4.5.2 Les registres de langue

Définition 4.15Les registres de langue

Le registre de langue (ou niveau de langue) est la manière de s'exprimer que l'on adapte à la situation de communication et à l'interlocuteur. On distingue trois registres principaux :

  • le registre soutenu : vocabulaire recherché, syntaxe élaborée, propre à l'écrit littéraire ou aux situations solennelles (« Je suis contrarié par votre attitude ») ;
  • le registre courant : celui de la vie quotidienne, correct et neutre, utilisable à l'oral comme à l'écrit (« Ton attitude m'ennuie ») ;
  • le registre familier : relâché, employé entre proches, marqué par des mots familiers, des tournures orales et parfois de l'argot (« Ton attitude, ça me gonfle »).
SoutenuCourantFamilier
une demeureune maisonune baraque
un véhiculeune voitureune bagnole
s'esclafferrirese marrer
dérobervolerpiquer
lasfatiguécrevé
un enfantun enfantun gosse, un môme
Les trois registres de langue. Ce n'est pas le mot qui est correct ou fautif, mais son accord avec la situation : la ligne du haut commande, celle du bas s'y ajuste.
Important

Aucun registre n'est « meilleur » qu'un autre en soi : tout dépend de la situation. Le registre familier est parfaitement adapté à une conversation entre amis, mais déplacé dans une lettre officielle ; le registre soutenu, attendu dans une dissertation, paraîtrait affecté dans un message à un camarade. Savoir varier de registre selon le contexte est une compétence essentielle. En littérature, le mélange volontaire des registres est souvent un procédé (comique, ironique, réaliste).

4.6 Bilan

Étudier le lexique, c'est apprendre à observer les mots sous quatre angles complémentaires. Leur formation d'abord : radical, préfixes et suffixes, dérivation et composition, sans oublier les racines gréco-latines qui éclairent des familles entières de mots. Leur histoire ensuite : étymologie, emprunts, néologismes et archaïsmes, et les évolutions du sens (élargissement, restriction, glissement). Leurs relations enfin : champ lexical (plusieurs mots, un thème) et champ sémantique (un mot, plusieurs sens), polysémie et homonymie, synonymie et antonymie. Reste la dimension expressive : la connotation qui double la dénotation, et les registres de langue que l'on adapte à la situation. Ces outils, mobilisés dans la lecture comme dans l'écriture, permettent de saisir la richesse et la précision de la langue.

4.7 Exercices

Exercice : Décomposition

Décomposez les mots suivants en radical, préfixe et suffixe, puis donnez leur sens : indésirable, reconstruction, malhonnêteté, déboisement.

Solution

Indésirable : in- (négation) désir -able (« qui peut être ») « qu'on ne peut pas désirer, non souhaité ». Reconstruction : re- (à nouveau) construc(t) -ion (action) « action de construire à nouveau ». Malhonnêteté : mal- (mauvais) honnête -té (qualité) « caractère de ce qui n'est pas honnête ». Déboisement : dé- (contraire) bois -ement (action) « action d'ôter les arbres, de supprimer le bois ».

Exercice : Racines gréco-latines

À l'aide du tableau des racines, expliquez le sens des mots : bibliophile, omnivore, thermomètre, polyglotte. Formez ensuite un mot avec la racine hydro- et un mot avec la racine -logie.

Solution

Bibliophile : biblio- (livre) -phile (qui aime) « personne qui aime les livres ». Omnivore : omni- (tout) -vore (manger) « qui se nourrit de tout ». Thermomètre : thermo- (chaleur) -mètre (mesure) « instrument qui mesure la température ». Polyglotte : poly- (nombreux) -glotte (langue) « qui parle plusieurs langues ». Exemples de créations : hydravion (avion se posant sur l'eau) ; géologie (étude de la Terre).

Exercice : Champ lexical ou champ sémantique ?

Pour chaque série, indiquez s'il s'agit d'un champ lexical ou d'un champ sémantique et précisez le thème ou le mot concerné.

  • nuit, obscurité, ténèbres, ombre, noir ;
  • une glace au chocolat / se regarder dans la glace / la glace du lac ;
  • épée, bouclier, casque, armure, lance.
Solution
  1. Champ lexical de l'obscurité (plusieurs mots, un même thème). 2. Champ sémantique du mot glace (un seul mot, trois sens : dessert, miroir, eau gelée). 3. Champ lexical de la guerre ou du combat (plusieurs mots renvoyant aux armes et à la protection).

Exercice : Évolution du sens

Les mots suivants ont changé de sens au cours de l'histoire. Indiquez, pour chacun, s'il s'agit d'un élargissement, d'une restriction ou d'un glissement de sens : viande (autrefois « toute nourriture »), panier (autrefois « corbeille à pain »), bureau (autrefois « étoffe recouvrant une table »).

Solution

Viande : restriction (de « toute nourriture » à « chair animale »). Panier : élargissement (de « corbeille à pain » à « toute corbeille »). Bureau : glissement (de l'étoffe, à la table, puis à la pièce, puis au service administratif).

Exercice : Registres de langue

Réécrivez la phrase familière suivante dans le registre courant, puis dans le registre soutenu : « Le type était crevé, alors il a filé se pieuter dans sa baraque. »

Solution

Courant : « L'homme était fatigué, alors il est parti se coucher dans sa maison. » Soutenu : « Cet individu, épuisé, se retira pour prendre du repos en sa demeure. » On observe que le changement de registre touche à la fois le vocabulaire (type / homme / individu) et la syntaxe.

Exercice : Dénotation et connotation

Le mot serpent dénote un reptile sans pattes. Quelles connotations (positives ou négatives) ce mot peut-il évoquer ? Proposez une phrase où serpent est employé au sens figuré, avec sa connotation.

Solution

Connotations fréquentes de serpent : la traîtrise, la ruse, la tentation (souvenir culturel et religieux du serpent tentateur), le danger, parfois la souplesse. Exemple d'emploi figuré : « Méfie-toi de lui, c'est un vrai serpent : il sourit et il trahit. » Ici, la dénotation (l'animal) s'efface derrière la connotation de perfidie.

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