Les acteurs de la mondialisation et leurs stratégies
Cours complet · HGG : histoire, géographie, géopolitique (ECG 1re année), chapitre 11 · prépa ECG, 1re année
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Le chapitre 1 a dressé la liste des acteurs des relations internationales : l'État au centre, entouré des organisations internationales, des firmes transnationales, des sociétés civiles, des acteurs illégaux et des collectivités infra-étatiques. Cette liste ne sera pas refaite. La question change : non plus qui agit, mais comment. Quelles stratégies ces acteurs déploient-ils sur les différents échiquiers de la mondialisation, et avec quelles armes ?
Trois familles de stratégies structurent ce chapitre. Celles des firmes d'abord, qui ont cessé de produire des objets pour organiser des chaînes : elles découpent le processus, le répartissent sur la planète, et localisent le profit là où il est le moins taxé. Celles des États ensuite, qui ont découvert que l'interdépendance elle-même pouvait servir d'arme, et qui pratiquent alternativement la guerre et la paix économiques. Celles des sociétés et des organisations enfin — ONG, opinions publiques, institutions multilatérales — dont la capacité à imposer une norme sans posséder aucune souveraineté est le fait le plus neuf de la période.
11.1 La firme : produire en morceaux
Entreprise possédant au moins une unité de production à l'étranger, contrôlée par une société mère. On parle de firme transnationale lorsque l'organisation ne se pense plus depuis un pays d'origine mais à l'échelle mondiale d'emblée. La distinction est de degré, non de nature, et beaucoup de firmes restent fortement enracinées dans leur pays de naissance — par leur capital, leur direction et leur recherche.
Découpage d'un processus productif en segments — conception, composants, assemblage, logistique, distribution, service après-vente — confiés à des unités situées dans des pays différents et coordonnés par une firme pivot. Le bien final n'existe qu'à la sortie de la chaîne ; aucun site ne le fabrique. De l'ordre de % du commerce mondial s'effectue aujourd'hui dans des chaînes de ce type (CNUCED, Rapport sur l'investissement dans le monde, ).
Auteur : Stephen Hymer (1934-1974) — la firme multinationale et la hiérarchie de l'espace
Économiste canadien, sa thèse de n'est publiée qu'en . La thèse. L'investissement à l'étranger ne s'explique pas par un différentiel de taux d'intérêt, comme le voulait la théorie classique, mais par la volonté de contrôler : une firme s'implante pour conserver un avantage spécifique — technologie, marque, savoir-faire — qu'elle refuse de céder par licence. Le concept le plus utile. La loi de la division croissante du travail : une firme mondiale reproduit dans l'espace sa propre hiérarchie interne, avec le siège et la recherche dans quelques grandes villes, et l'exécution ailleurs. La filiation : Hymer annonce à la fois la géographie des sièges sociaux (Sassen, chapitre 10) et la lecture critique des chaînes de valeur.
Auteur : Raymond Vernon (1913-1999) — le cycle de vie du produit
Économiste américain, il publie en International Investment and International Trade in the Product Cycle. La thèse. Un produit nouveau naît dans un pays avancé, y est d'abord fabriqué près de son marché et de ses ingénieurs ; puis, à mesure qu'il se standardise, la concurrence par les prix pousse sa production vers des pays à moindre coût ; le pays inventeur finit par l'importer. Le concept le plus utile. La maturité d'un produit détermine sa localisation : ce n'est pas la géographie qui commande, c'est l'âge du produit. Les limites, qu'il faut connaître. Le modèle suppose une innovation nationale et un transfert lent ; les chaînes de valeur contemporaines délocalisent dès la conception, sans attendre la maturité. La filiation : toute l'analyse des délocalisations, et son dépassement par Gereffi.
Figure 1. La « courbe du sourire » : la valeur ajoutée le long d'une chaîne mondiale. La courbe tracée est et les cinq points sont calculés par cette même formule — ils ne sont pas posés à côté d'elle. Elle vaut aux deux extrémités et au creux : les segments amont et aval captent quatre fois et demie plus de valeur que l'assemblage. C'est pourquoi la stratégie d'une firme consiste à tenir les extrémités et à sous-traiter le milieu — et celle d'un pays, à remonter vers les extrémités.
Auteur : Gary Gereffi (né en 1948) — qui gouverne la chaîne ?
Sociologue américain, il théorise les global commodity chains à partir de . La thèse. Une chaîne mondiale a toujours un pilote, et il faut savoir lequel. Dans les chaînes pilotées par le producteur — automobile, aéronautique, semi-conducteurs — le pouvoir appartient à l'industriel qui détient la technologie. Dans les chaînes pilotées par l'acheteur — habillement, jouet, distribution — il appartient au donneur d'ordre qui ne possède aucune usine mais contrôle la marque et l'accès au consommateur. Le concept le plus utile. La gouvernance de la chaîne : le pouvoir ne va pas à qui produit, il va à qui coordonne. La filiation : les travaux sur la montée en gamme des pays émergents, et la mesure du commerce en valeur ajoutée.
Figure 2. La chaîne de valeur de l'iPhone 3G en , d'après Xing et Detert (). Les six montants somment exactement au coût de fabrication de dollars. L'épaisseur de chaque flèche est proportionnelle à la valeur qu'elle apporte : la flèche japonaise est fois plus épaisse que l'américaine parce que est fois . La flèche de sortie obéit à la même règle, ce qui explique son épaisseur : la statistique douanière impute à la Chine les dollars entiers, soit vingt-sept fois et demie ce qu'elle a réellement ajouté.
C'est le contresens statistique le plus répandu sur la mondialisation. Les douanes enregistrent la valeur brute du bien qui franchit la frontière, pas la valeur ajoutée dans le pays exportateur. Un déficit bilatéral mesuré en valeur brute attribue donc au pays d'assemblage la valeur créée par tous ses fournisseurs. Toute copie qui commente un déficit commercial sans poser cette distinction commente un chiffre qui ne veut pas dire ce qu'il paraît dire.
Mesure du commerce international qui n'impute à chaque pays que la valeur effectivement créée sur son territoire, et non la valeur totale du bien exporté. L'initiative conjointe de l'OCDE et de l'OMC lancée en (base TiVA) l'a rendue calculable. Elle réduit fortement les déséquilibres bilatéraux apparents et redistribue une part du poids commercial vers les fournisseurs de composants.
11.2 Concurrence et partenariat : ce que fait une firme
Figure 3. Les deux répertoires stratégiques d'une firme, et leur combinaison. Les deux cases du haut listent des moyens ; celle du bas ne s'y ajoute pas, elle décrit leur emploi simultané — c'est pourquoi les flèches y descendent au lieu d'en partir. Le cas typique : deux fabricants de téléphones se disputent le même consommateur pendant que l'un fournit à l'autre son écran ou sa mémoire. La rivalité et la dépendance ne s'excluent pas, elles coexistent sur des segments différents.
Opération par laquelle une entreprise en absorbe une autre (acquisition) ou fusionne avec elle. Elle est horizontale entre concurrents du même marché, verticale entre un client et son fournisseur, ou conglomérale entre activités sans lien. Le montant mondial annuel est de l'ordre de milliards de dollars en , après un record proche de milliards en (données de marché). Ces opérations sont soumises au contrôle des autorités de la concurrence, qui peuvent les interdire.
En , la Commission européenne interdit la fusion des activités ferroviaires d'Alstom et de Siemens, au motif qu'elle réduirait la concurrence sur le marché européen de la signalisation et de la très grande vitesse. Les deux gouvernements français et allemand y voyaient au contraire la constitution d'un champion capable de tenir devant le constructeur chinois CRRC. Le même fait se lit donc de deux façons : politique de concurrence à l'échelle du marché intérieur, politique industrielle à l'échelle mondiale. C'est un excellent sujet de dissertation, parce qu'aucune des deux lectures n'est absurde.
Le contrôle des investissements entrants s'est durci partout depuis : la France a élargi son régime d'autorisation préalable dans les secteurs stratégiques, l'Union européenne s'est dotée d'un mécanisme de filtrage en , les États-Unis ont renforcé les pouvoirs du comité chargé d'examiner les rachats étrangers. Le capital circule toujours, mais il est désormais trié selon son origine — ce qui est un fait géopolitique, pas économique.
11.2.1 Localiser le profit : l'optimisation fiscale
Prix auquel deux entités d'un même groupe se facturent un bien, un service ou une redevance. Comme aucun marché n'intervient, ce prix est fixé par le groupe lui-même : le majorer d'un côté et le minorer de l'autre déplace le bénéfice d'une juridiction à l'autre sans qu'aucun bien ne se déplace. Le droit exige un prix « de pleine concurrence », impossible à établir pour un actif unique — une marque, un brevet.
Figure 4. Le circuit d'une optimisation fiscale par prix de transfert. Le client paie dans le pays B. Une redevance de versée à la filiale qui détient la marque, dans le pays C, ramène le bénéfice imposable de à là où le taux est de %, et loge là où il est de %. Le chiffre d'affaires, l'usine, le salarié et le client n'ont pas bougé d'un mètre : seule une facture interne a circulé. C'est pourquoi le droit fiscal international peine à s'appliquer — il suit les biens, et ce qui se déplace ici n'est pas un bien.
Auteur : Gabriel Zucman (né en 1986) — les profits manquants des nations
Économiste français, La Richesse cachée des nations paraît en ; il codirige ensuite l'Observatoire européen de la fiscalité. La thèse. Une part considérable des bénéfices des multinationales est enregistrée dans des juridictions où elles n'ont ni salariés ni clients ; ces profits sont « manquants » pour les pays où l'activité a réellement lieu. Le concept le plus utile. La méthode : mesurer le rapport entre les profits déclarés et la masse salariale locale d'une juridiction. Un ratio aberrant dénonce à lui seul un transfert. L'ordre de grandeur. De l'ordre de % des bénéfices des multinationales seraient déplacés vers des paradis fiscaux, soit près de milliards de dollars en (Observatoire européen de la fiscalité, ). La filiation : les travaux du G20 et de l'OCDE sur l'érosion des bases fiscales, et l'impôt minimum mondial.
Repère : L'impôt minimum mondial
Octobre : accord de l'OCDE et du G20, approuvé par plus de juridictions, sur une réforme à deux piliers. Le pilier 1 réattribue une fraction du bénéfice des plus grandes firmes aux pays où se trouvent leurs clients. Le pilier 2 instaure un taux effectif minimum de % : si une filiale est taxée moins, le pays du siège perçoit la différence. L'Union européenne l'applique depuis le er janvier . La portée réelle de la réforme est débattue — le taux de % est inférieur à la plupart des taux nationaux, et les exemptions liées aux actifs et à l'emploi en réduisent l'assiette.
11.2.2 Écrire la règle : les normes privées
Règle technique ou sociale édictée par un acteur non étatique — organisme de normalisation, consortium industriel, agence de notation, plateforme — et qui s'impose de fait à ceux qui veulent accéder au marché, sans avoir jamais été votée. La norme privée est l'une des formes les plus efficaces de puissance, parce qu'elle transforme un choix technique en condition d'entrée.
Le conteneur. La norme ISO adoptée à la fin des années a fixé un gabarit unique : hors norme, une boîte devient intransportable (chapitre 10). La notation financière. Trois agences privées attribuent aux États et aux entreprises une note qui commande leur coût d'emprunt ; aucun électeur ne les a désignées. Le cahier des charges d'un donneur d'ordre. Un distributeur qui impose à ses fournisseurs un référentiel social et environnemental fait appliquer, dans des pays tiers, des règles que ces pays n'ont pas adoptées. Dans les trois cas, la contrainte est réelle et la légitimité démocratique nulle : c'est précisément ce qui rend le sujet intéressant.
11.3 L'État : guerre et paix économiques
Emploi d'instruments économiques — tarifs, sanctions, contrôle des exportations, saisie d'avoirs, subventions, espionnage industriel — pour affaiblir un rival ou le contraindre, en dehors de tout conflit armé. Le terme est discuté : ses détracteurs objectent que le commerce n'est pas un jeu à somme nulle. Il désigne néanmoins un fait mesurable — la militarisation d'outils conçus pour la coopération.
Figure 5. Quatre échiquiers de la mondialisation, trois familles d'acteurs, et l'instrument typique de chaque case. La grille se lit en lignes — sur un même échiquier, trois acteurs jouent avec des armes différentes — et en colonnes — un même acteur change d'arme selon le terrain. Elle rappelle surtout qu'aucune colonne n'est vide : sur les quatre échiquiers, l'État a un instrument, mais il n'en a jamais le monopole.
Application par un État de son droit à des faits commis hors de son territoire, par des personnes qui n'en sont pas ressortissantes. Aux États-Unis, elle s'appuie sur des rattachements ténus : un paiement libellé en dollars transitant par une banque américaine, l'usage d'un serveur ou d'un logiciel américain suffisent à fonder la compétence. L'arme n'existe que parce que la monnaie et la technologie concernées sont mondialement utilisées : c'est l'interdépendance elle-même qui la rend possible.
Figure 6. Six jalons de l'arme économique américaine, –, placés à l'échelle du temps. Le premier écart vaut dix-neuf ans (–), le deuxième quatorze (–), et les trois derniers quatre ans chacun. Les trois jalons bleus sont des textes et couvrent trente-trois ans (–) ; les trois rouges sont des emplois et tiennent en huit ans (–). La frise ne dit donc pas que l'arme est nouvelle — elle a près d'un demi-siècle — mais que sa cadence d'emploi a changé.
Auteur : Susan Strange (1923-1998) — les quatre structures du pouvoir
Politiste britannique, fondatrice de l'économie politique internationale, The Retreat of the State paraît en . La thèse. Le pouvoir dans l'économie mondiale ne se mesure pas à ce qu'un acteur possède mais à sa capacité de façonner les structures dans lesquelles les autres doivent opérer. Le concept le plus utile. Les quatre structures : sécurité, production, finance, savoir. Qui contrôle l'une d'elles impose ses termes aux autres sans avoir à négocier. La nuance qu'on oublie. Le titre annonce un retrait de l'État, mais Strange décrit surtout un déplacement : l'État perd sur la structure de production et gagne sur celle du savoir et de la finance. La filiation : toute l'analyse contemporaine de la puissance par les infrastructures — monnaie, données, normes.
Auteur : Christian Harbulot (né en 1952) — l'intelligence économique
Consultant et universitaire français, il fonde en l'École de guerre économique. La thèse. Les rapports de force économiques se conduisent comme des rapports de force stratégiques : par l'information, l'influence et la maîtrise du récit autant que par les prix. Le concept le plus utile. L'intelligence économique, entendue comme un cycle — collecter, analyser, protéger, influencer — et non comme un simple espionnage. Ce qu'il faut savoir. L'expression a une histoire française précise : le rapport Martre () l'installe dans le vocabulaire administratif, et une délégation interministérielle lui est consacrée à partir des années . La filiation : les travaux sur les affaires d'extraterritorialité touchant des groupes européens.
Alstom, . Le groupe français accepte de payer millions de dollars aux autorités américaines pour des faits de corruption à l'étranger, poursuivis au titre du FCPA de ; la même année, il cède sa branche énergie à General Electric. Le lien entre les deux faits est débattu, mais leur concomitance a nourri en France un débat durable sur l'usage du droit comme arme. BNP Paribas, . La banque paie milliards de dollars pour avoir traité, en dollars, des opérations avec des pays sous sanctions américaines — soit près de douze fois l'amende d'Alstom. Aucune des deux opérations n'était illégale au regard du droit français. Le rattachement tient à la monnaie employée : c'est l'usage du dollar qui fonde la compétence.
Méthode : Analyser une mesure de « guerre économique »
- Nommer l'instrument. Tarif, sanction, contrôle d'exportation, filtrage d'investissement, subvention : ils n'ont ni la même base juridique ni le même effet.
- Chercher le point d'appui. Toute mesure extraterritoriale s'appuie sur une dépendance : la monnaie, une technologie, un port, une norme. Sans dépendance, pas de levier.
- Identifier la cible réelle. Elle est rarement celle qui est nommée : une sanction contre un État frappe d'abord les entreprises tierces qui commerçaient avec lui.
- Mesurer l'effet en retour. Une arme employée pousse la cible à s'en libérer — contournement du dollar, substitution de fournisseurs, stocks stratégiques. L'arme s'use quand on s'en sert.
11.4 Sociétés et organisations : les réseaux qui pèsent
Association privée, sans but lucratif et sans mandat d'un État, qui agit dans l'espace international. Son pouvoir ne repose ni sur la contrainte ni sur l'argent mais sur l'expertise et la réputation : elle produit de l'information crédible et menace d'un coût d'image. Plus de ONG disposent du statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations unies (ONU, ).
Auteur : Joseph Stiglitz (né en 1943) — la mondialisation mal gouvernée
Économiste américain, prix Nobel , ancien économiste en chef de la Banque mondiale, il publie La Grande Désillusion en . La thèse. Ce n'est pas la mondialisation qui est en cause, c'est la manière dont elle est gouvernée : les institutions multilatérales ont imposé aux pays en difficulté des politiques uniformes — libéralisation rapide, austérité — sans tenir compte des conditions locales ni des séquences. Le concept le plus utile. L'asymétrie d'information appliquée aux relations internationales : celui qui prête connaît mieux le contrat que celui qui emprunte. Ce qu'il faut savoir. Stiglitz n'est pas un adversaire du commerce ; il plaide pour des règles différentes, pas pour l'absence de règles. La filiation : les critiques du consensus de Washington, et les débats sur la réforme du FMI (chapitre 6).
Le avril , l'effondrement de l'immeuble du Rana Plaza, à Dacca, tue personnes travaillant pour des ateliers fournissant des marques occidentales. Aucune de ces marques n'était propriétaire du bâtiment ni employeur des victimes : dans le droit d'alors, aucune n'était responsable. Quatre ans plus tard, la France adopte la loi du mars sur le devoir de vigilance, qui oblige les grandes entreprises à prévenir les atteintes graves commises dans leur chaîne de sous-traitance. L'Union européenne généralise le principe par une directive adoptée en . Le mécanisme mérite d'être retenu : une catastrophe, une campagne d'opinion, puis une loi qui rattache juridiquement le donneur d'ordre à ce qui se passe au bout de sa chaîne.
Les opinions publiques ne sont pas un acteur au même titre que les autres : elles n'ont ni siège, ni budget, ni stratégie. Elles agissent par contrainte indirecte — en rendant certaines décisions politiquement trop coûteuses. C'est un pouvoir de veto, rarement un pouvoir de proposition, et il est très inégalement distribué selon les régimes.
Trois choses à retenir de ce chapitre. Un : la firme ne produit plus un objet, elle pilote une chaîne, et sa stratégie consiste à tenir les extrémités de la courbe du sourire en sous-traitant le milieu. Deux : l'État a découvert que l'interdépendance pouvait s'employer comme une arme — mais toute arme employée pousse la cible à s'en affranchir, et s'use donc à l'usage. Trois : la règle qui s'impose n'est plus seulement celle qui est votée. Norme ISO, notation, cahier des charges, campagne d'ONG : la puissance normative appartient aussi à ceux qui n'ont aucune souveraineté.
Repère : Dates et chiffres à retenir pour ce chapitre
la thèse de Hymer — Vernon — le FCPA — Porter et la chaîne de valeur — Gereffi et le rapport Martre — Helms-Burton et Strange — FATCA — les principes directeurs de l'ONU — Rana Plaza, Zucman et le lancement de TiVA — Alstom et BNP Paribas — le devoir de vigilance — l'impôt minimum de % — les sanctions contre la Russie — la directive européenne. Chiffres : % du commerce mondial dans des chaînes de valeur (CNUCED, ) ; dollars d'assemblage sur pour l'iPhone 3G (Xing et Detert, ) ; de l'ordre de % des bénéfices déplacés vers des paradis fiscaux (Observatoire européen de la fiscalité, ).