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Les défis géopolitiques et géoéconomiques du développement durable

Cours complet · HGG : histoire, géographie, géopolitique (ECG 1re année), chapitre 13 · prépa ECG, 1re année

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Le développement durable est le seul concept de ce programme que tout le monde dit approuver. C'est précisément ce qui doit vous alerter : une notion que personne ne combat est en général une notion que chacun remplit à sa guise. Un gouvernement, une firme pétrolière, une organisation non gouvernementale et un village amazonien peuvent tous les quatre s'en réclamer sincèrement, et poursuivre des politiques incompatibles.

Ce chapitre ne demande donc pas si le développement durable est souhaitable. Il demande trois choses. D'où vient la notion, et qu'a-t-elle dû sacrifier pour devenir consensuelle ? Que recouvrent les mots qui servent à la mesurer ? Et surtout : puisque le durable impose des renoncements, à qui les impose-t-on ? La dernière question est la seule qui soit proprement géopolitique, et c'est celle sur laquelle butent toutes les négociations depuis cinquante ans.

13.1 Généalogie d'une notion

Figure 1. Huit jalons de la fabrique du développement durable, –, placés à l'échelle du temps. Le plus grand écart de la frise sépare l'adoption des objectifs du Millénaire () de la conférence Rio+ () : douze ans. Le plus petit sépare Rio+ des objectifs de développement durable () : trois ans. Entre la première alerte et les premiers objectifs universels, il s'est écoulé cinquante-trois ans — c'est le temps qu'il faut pour convertir une inquiétude en droit international.

Auteur : Rachel Carson (1907-1964) — le poison invisible

Biologiste marine américaine, Carson publie en Silent Spring (Printemps silencieux). La thèse. Les pesticides de synthèse, et le DDT au premier chef, ne disparaissent pas après usage : ils remontent les chaînes alimentaires et s'accumulent dans les organismes, loin du champ traité. Le concept le plus utile. L'externalité invisible — un dommage réel, différé, diffus, que le prix du produit n'enregistre nulle part. C'est la matrice de tous les raisonnements ultérieurs sur le climat et la biodiversité. Ce qu'il faut savoir. Le livre déclenche une contre-offensive violente de l'industrie chimique ; il aboutit néanmoins à l'interdiction du DDT aux États-Unis en . La filiation est directe : l'écologie politique naît de ce livre, et la conférence de Stockholm se tient dix ans après lui.

Repère : Ce que la frise ne montre pas

Quatre jalons ont été écartés de la figure 1 pour ne pas la surcharger, mais ils comptent. : fondation du Club de Rome. : publication de Halte à la croissance ? (rapport Meadows), la même année que Stockholm — voir le chapitre suivant. : entrée en vigueur de la convention sur la lutte contre la désertification, troisième convention issue de Rio. : sommet de Johannesburg, dit « sommet de la mise en {œ}uvre », dont le bilan est généralement jugé maigre.

Auteur : Gro Harlem Brundtland (née en 1939) — la définition qui a fait consensus

Médecin, Première ministre de Norvège, elle préside la Commission mondiale sur l'environnement et le développement, qui remet en le rapport Notre avenir à tous. La thèse. Environnement et développement ne s'opposent pas ; c'est le sous-développement qui détruit l'environnement autant que la surconsommation. Le concept le plus utile. La définition en deux besoins — ceux du présent, ceux de l'avenir — reproduite ci-dessous. Sa force et sa faiblesse sont la même chose. Elle est assez large pour être signée par tous les gouvernements, donc assez vague pour ne contraindre personne : elle ne dit ni quels besoins, ni qui arbitre. La filiation : elle passe telle quelle dans la déclaration de Rio (), puis dans l'Agenda .

Définition 13.1Développement durable

« Un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » (rapport Brundtland, Commission mondiale sur l'environnement et le développement, ). Deux idées y sont soudées : une solidarité intergénérationnelle — ne pas léguer un monde appauvri — et une solidarité intragénérationnelle — le texte insiste sur les « besoins essentiels des plus démunis », auxquels il donne priorité.

Attention

Le mot « durable » est un faux ami. Il ne signifie pas « qui dure » mais « que l'on peut soutenir dans la durée » — l'anglais dit sustainable, et une partie des économistes francophones préfèrent d'ailleurs « soutenable ». La nuance n'est pas cosmétique : une centrale au charbon dure très longtemps, elle n'est pas soutenable. Une copie qui écrit « un développement qui dure » a manqué la moitié de la définition.

13.2 Deux façons de dessiner les mêmes trois piliers

La phrase de Brundtland définit le durable par une interdiction — ne pas compromettre — et non par un contenu : elle fixe une contrainte sans dire quel développement mener sous cette contrainte. Tout le débat des trente années suivantes tient dans ce silence. Chacun répète que le développement durable a trois piliers — économique, social, environnemental — mais personne ne dit comment ils sont disposés. Or il y a deux dispositions possibles, aux conséquences politiques opposées, et les deux figures qui suivent emploient les mêmes trois éléments.

Figure 2. Les trois piliers en cercles sécants : la lecture dite de soutenabilité faible. Les trois cercles ont le même rayon et aucun ne contient les autres : les trois ordres sont mis sur le même plan, et le durable est l'intersection — une zone que l'on atteint par compromis. C'est ce schéma qui autorise à dire qu'un recul environnemental « compensé » par un gain économique reste acceptable.

Figure 3. Les mêmes trois piliers, emboîtés : la lecture dite de soutenabilité forte. Rien n'a été ajouté ni retiré par rapport à la figure 2 — ce sont les mêmes trois noms et les mêmes trois couleurs. Seule la disposition change : l'économie est désormais incluse dans le social, lui-même inclus dans la biosphère. Il n'y a plus d'intersection à négocier, donc plus de compensation possible : une destruction du cercle extérieur réduit mécaniquement les deux autres.

Important

Comparez les figures 2 et 3 avant d'aller plus loin, et cherchez ce qui change. Les noms sont les mêmes, les couleurs sont les mêmes, le nombre d'éléments est le même. Ce qui change est la relation : sécante d'un côté, incluse de l'autre. Une figure de sciences sociales argumente par la disposition qu'elle choisit autant qu'une carte argumente par ce qu'elle colore.

Définition 13.2Capital naturel, soutenabilité faible et forte

Le capital naturel est l'ensemble des stocks naturels — sols, eau, forêts, stocks halieutiques, biodiversité, capacité d'absorption des pollutions — qui rendent des services à l'économie. Toute la question est celle de sa substituabilité, et elle départage deux doctrines. Soutenabilité faible : ce qui doit rester constant est le stock total de capital, naturel et artificiel confondus. Un capital naturel détruit est acceptable s'il est remplacé par un capital productif ou humain de valeur au moins égale. Soutenabilité forte : certaines composantes du capital naturel sont critiques et non substituables ; leur stock doit être maintenu pour lui-même, indépendamment de toute compensation.

Auteur : Robert Solow (1924-2023) — la soutenabilité faible

Économiste américain, prix Nobel , il intervient dès dans le débat ouvert par le rapport Meadows. La thèse. Une ressource épuisable n'est pas une condamnation si le progrès technique et l'accumulation de capital permettent d'en produire autant avec moins. Ce que nous devons aux générations futures n'est pas tel ou tel stock physique, mais une capacité à produire du bien-être au moins égale à la nôtre. Le concept le plus utile. La règle de Hartwick () : investir intégralement la rente d'une ressource épuisable dans du capital reproductible maintient la consommation constante. L'objection à connaître. Elle suppose une substituabilité qui n'est vérifiée ni pour un climat stable, ni pour une espèce éteinte. La filiation : le fondement théorique de la figure 2.

Auteur : Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994) — l'entropie

Mathématicien et économiste roumain installé aux États-Unis, il publie en The Entropy Law and the Economic Process. La thèse. L'économie n'est pas un circuit fermé où la valeur tourne indéfiniment : c'est un flux qui prélève de la matière et de l'énergie de basse entropie et rejette de la chaleur et des déchets de haute entropie. Le processus est irréversible. Le concept le plus utile. La distinction entre fonds — ce qui rend un service sans se consommer, comme une terre bien gérée — et stocks — ce qui disparaît en servant, comme un gisement. La filiation : toute l'économie écologique descend de ce livre, et par lui la notion de décroissance, qu'il n'a pourtant pas nommée ainsi.

Auteur : Herman Daly (1938-2022) — l'économie stationnaire

Économiste américain, longtemps à la Banque mondiale, il publie Steady-State Economics () puis Beyond Growth (). La thèse. Il existe une échelle optimale de l'économie par rapport à la biosphère, au-delà de laquelle la croissance devient « anti-économique » : elle coûte plus qu'elle ne rapporte, une fois comptés les dommages. Le concept le plus utile. Ses trois règles de gestion : ne pas prélever une ressource renouvelable plus vite qu'elle ne se régénère ; ne pas rejeter un déchet plus vite que le milieu ne l'absorbe ; n'épuiser une ressource non renouvelable qu'en investissant dans un substitut renouvelable de même service. La filiation : Daly est l'auteur de la figure 3, dont le schéma emboîté est directement de sa main.

Exemple 13.3Un arbitrage, lu deux fois

Un gisement de lithium se trouve sous une zone humide protégée. Son exploitation rapporterait des recettes fiscales, des emplois, et fournirait le métal de batteries qui remplaceront des moteurs thermiques. Lecture de soutenabilité faible (figure 2) : le projet est acceptable si la rente est investie dans des actifs durables et si la destruction est compensée par la restauration d'une zone humide équivalente ailleurs. On arbitre. Lecture de soutenabilité forte (figure 3) : si la zone abrite une espèce endémique ou une nappe dont dépend l'alimentation en eau, elle constitue un capital critique. Aucune somme ne la remplace. On refuse. Ce que l'exemple enseigne : les deux camps ne se disputent pas sur les faits, qu'ils partagent, mais sur la substituabilité. Repérer ce point dans un sujet vous fait gagner une copie entière.

Auteur : Johan Rockström (né en 1965) — les limites planétaires

Chercheur suédois en sciences du système Terre, il coordonne en , dans Nature, l'article A safe operating space for humanity. La thèse. Le système Terre a fonctionné pendant tout l'Holocène dans un domaine étroit, que neuf processus maintiennent : climat, intégrité de la biosphère, cycles de l'azote et du phosphore, usage des sols, eau douce, acidification des océans, ozone, aérosols, « entités nouvelles ». Le concept le plus utile. La limite planétaire : non pas un seuil de catastrophe, mais la borne prudente d'un espace de fonctionnement sûr. Ce qu'il faut savoir. Le nombre de limites jugées franchies a été révisé plusieurs fois depuis : retenez la démarche, pas un décompte. La filiation : Rockström fournit le plafond que Raworth va combiner à un plancher.

Auteur : Kate Raworth (née en 1970) — le donut

Économiste britannique, ancienne d'Oxfam, elle propose en puis développe dans Doughnut Economics () une représentation en anneau. La thèse. Le développement juste tient entre deux bords. Un plancher social : sous ce seuil, les besoins essentiels ne sont pas couverts. Un plafond écologique : au-dessus, les limites planétaires sont franchies. L'espace habitable est l'anneau entre les deux. Le concept le plus utile. L'idée qu'un pays peut échouer par le bas comme par le haut, et que la plupart des pays échouent des deux côtés à la fois. La filiation : Raworth soude Sen — le plancher est fait de capabilités — et Rockström — le plafond est fait de limites planétaires. C'est la formulation la plus commode pour une dissertation, parce qu'elle rend la contrainte bilatérale.

13.3 Développement n'est pas croissance

Auteur : Amartya Sen (né en 1933) — le développement comme liberté

Économiste et philosophe indien, prix Nobel , auteur de Development as Freedom (). La thèse. Le développement n'est pas l'accroissement du revenu : c'est l'élargissement des libertés réelles dont les personnes disposent. Le revenu n'est qu'un moyen, et un moyen inégalement efficace selon les personnes. Le concept le plus utile. La capabilité : non pas ce qu'une personne possède, mais l'éventail des vies qu'elle peut effectivement mener. Le fait décisif. Les grandes famines contemporaines ne sont pas des crises de disponibilité alimentaire mais d'accès — d'où sa remarque qu'il ne s'est jamais produit de famine massive dans une démocratie dotée d'une presse libre. La filiation : avec Mahbub ul Haq, il conçoit l'indice de développement humain, publié par le PNUD depuis .

Définition 13.4Indice de développement humain (IDH)

Indice composite publié chaque année par le PNUD depuis , compris entre et , qui agrège trois dimensions : la santé (espérance de vie à la naissance), l'éducation (durées de scolarisation attendue et moyenne) et le niveau de vie (revenu national brut par habitant en parité de pouvoir d'achat). Son intérêt est de ne pas se réduire au revenu ; sa limite est de ne mesurer ni les inégalités, ni la soutenabilité écologique du niveau atteint — d'où deux corrections publiées par le PNUD, l'IDH ajusté aux inégalités (IDHI) et un indice qui pénalise les fortes émissions et la forte empreinte matière par habitant.

Figure 4. La courbe environnementale de Kuznets, et ce qu'elle ne dit pas. L'hypothèse, formulée par Grossman et Krueger au début des années , veut que la pression croisse puis décroisse avec le revenu : c'est la courbe teal, en cloche, vérifiée par les travaux ultérieurs pour les polluants locaux et visibles. La courbe rouge, en pointillé, figure le CO et l'empreinte matière : elle monte et sature, elle ne redescend pas. Les deux courbes ne racontent donc pas la même histoire, et c'est le seul enseignement de la figure.

Attention

Trois objections doivent accompagner toute mention de la courbe de Kuznets environnementale. Un, elle est vérifiée pour les polluants locaux, pas pour les gaz à effet de serre. Deux, une part de la baisse observée dans les pays riches est un déplacement : l'industrie lourde a émigré, et l'empreinte importée n'apparaît pas dans les comptes nationaux, qui mesurent des émissions territoriales. Trois, la courbe est descriptive, pas prescriptive : rien n'assure qu'un pays passe le retournement, et rien n'assure que l'écosystème survive à la montée.

Définition 13.5Découplage

Rupture du lien entre la croissance du PIB et une pression environnementale. Il est dit relatif lorsque la pression croît moins vite que le PIB, et absolu lorsqu'elle diminue pendant que le PIB augmente. Un découplage absolu territorial peut n'être qu'un déplacement s'il n'est pas confirmé en empreinte, c'est-à-dire en comptant les émissions incorporées dans les biens importés.

Méthode : Manier un indicateur composite sans se faire piéger

  • Dire ce qu'il agrège. Un indice composite est une moyenne : nommez ses composantes avant de commenter son niveau.
  • Dire ce qu'il omet. L'IDH ignore les inégalités internes et la soutenabilité ; l'empreinte écologique ignore la toxicité et la biodiversité. L'omission est plus instructive que le chiffre.
  • Comparer deux indicateurs sur le même pays. Un pays à IDH élevé et à empreinte élevée est exactement le cas que la figure 3 déclare impossible à tenir : c'est là que se trouve le sujet.
  • Dater et sourcer. « IDH (PNUD) » vaut mieux que « IDH élevé ». Un chiffre non daté vieillit en silence.

13.4 La question proprement géopolitique : qui renonce ?

Si la contrainte écologique est globale et les responsabilités inégales, alors le durable devient une affaire de répartition — donc de rapport de force. C'est à ce moment que le consensus se défait.

Définition 13.6Responsabilités communes mais différenciées

Principe de la déclaration de Rio (), repris par la convention-cadre sur les changements climatiques : tous les États ont une responsabilité dans la dégradation de l'environnement mondial, mais cette responsabilité est différenciée selon leur contribution historique et leurs capacités. C'est le compromis fondateur entre le Nord et le Sud, et le point de friction de toutes les négociations depuis.

Repère : Rio, juin 1992 : ce qui s'y est signé

Le Sommet de la Terre produit en dix jours quatre textes qui structurent encore la matière. La déclaration de Rio ( principes, dont le principe ci-dessus et le principe , dit de précaution). L'Agenda , plan d'action non contraignant décliné jusqu'à l'échelle communale. La convention-cadre sur les changements climatiques (CCNUCC), entrée en vigueur en . La convention sur la diversité biologique. Une quatrième convention, sur la désertification, est adoptée dans la foulée en .

Figure 5. Six des dix-sept objectifs de développement durable, et cinq relations documentées entre eux. L'Agenda présente ses objectifs comme « intégrés et indissociables ». Trois traits rouges signalent pourtant des arbitrages : croissance contre climat, surfaces cultivées contre biodiversité, matériaux et emprise au sol des énergies bas-carbone contre milieux. Deux flèches vertes signalent des synergies : l'accès à l'énergie recule la pauvreté, l'atténuation protège les rendements agricoles. Trois contre deux : la figure ne dit pas que les ODD se contredisent, elle dit qu'ils s'arbitrent.

Exemple 13.7Les dix-sept objectifs, et le mot qui manque

L'Agenda , adopté par l'Assemblée générale des Nations unies en septembre , comporte objectifs déclinés en cibles. Deux ruptures avec les objectifs du Millénaire de , qui n'en comptaient que huit. Un : les ODD sont universels — ils s'appliquent aux pays riches, alors que les OMD visaient les pays pauvres. Deux : ils intègrent explicitement l'environnement, quasi absent des OMD. Ce qui manque, et qu'un correcteur attend : aucune hiérarchie entre les dix-sept, aucun mécanisme contraignant, et aucun arbitrage prévu lorsque deux objectifs s'opposent. La figure 5 montre trois de ces oppositions ; l'Agenda n'en traite aucune.

Figure 6. Créditeurs et débiteurs écologiques, d'après la comptabilité empreinte / biocapacité du Global Footprint Network. Sont en bleu-vert les ensembles dont la biocapacité — forêts, terres, pêcheries — excède l'empreinte de leur population ; en rouge, ceux dont l'empreinte excède la biocapacité. Onze ensembles sont représentés, cinq créditeurs et six débiteurs. Le partage ne recoupe ni la ligne Nord-Sud — le Canada et la Russie sont créditeurs, l'Inde débitrice — ni la richesse : il oppose les ensembles peu peuplés et richement dotés en terres aux ensembles denses et industriels.

Attention

Trois précautions avant d'employer l'empreinte écologique en dissertation. Un, elle convertit des pressions hétérogènes en une seule unité de surface, ce qui suppose des équivalences discutables. Deux, sa composante carbone pèse la majeure partie du total mondial : l'empreinte est, pour l'essentiel, une mesure du carbone déguisée en surface. Trois, la biocapacité mesure un flux annuel, pas un stock de richesse — être créditeur écologique n'a jamais rendu un pays prospère. Citez l'indicateur, mais citez aussi ses limites.

Exemple 13.8La déforestation importée

Un pays européen peut voir sa surface forestière augmenter tout en étant l'une des causes du recul des forêts tropicales, parce qu'il importe du soja, de l'huile de palme, du cacao ou du b{œ}uf produits sur des terres récemment déboisées. Ses comptes territoriaux s'améliorent ; son empreinte, non. L'Union européenne a adopté en un règlement interdisant la mise sur son marché de plusieurs produits issus de terres déforestées après — première tentative de réglementer une pression exercée à distance. Deux objections lui sont adressées, qu'il faut connaître : la charge de traçabilité pèse sur les petits producteurs du Sud, et l'on redoute un simple détournement des flux vers des marchés moins exigeants.

Méthode : Traiter un sujet de développement durable

  • Refuser le plan à trois piliers. « I. Économique, II. Social, III. Environnemental » est le plan que tout le monde fait, et il ne démontre rien : il juxtapose.
  • Poser d'emblée le désaccord. Faible ou forte ? Substituable ou critique ? C'est la ligne de fracture réelle, et elle donne un plan dialectique naturel.
  • Nommer les acteurs et ce qu'ils perdent. Un renoncement écologique a toujours un payeur ; ne pas le nommer, c'est incanter.
  • Changer d'échelle une fois au moins. Le même barrage est un équipement bas-carbone au niveau national et une expropriation au niveau local.
  • Dater et sourcer chaque chiffre. Devant une valeur incertaine, donner l'ordre de grandeur et la tendance, pas une décimale.

Repère : Dates à retenir pour ce chapitre

Silent Spring (Carson) — Club de Rome — The Entropy Law (Georgescu-Roegen) — Stockholm et création du PNUE — règle de Hartwick et Steady-State Economics (Daly) — stratégie mondiale de la conservation (UICN) — rapport Brundtland — premier IDH (PNUD) — Sommet de la Terre de Rio — Development as Freedom (Sen) — objectifs du Millénaire — Johannesburg — limites planétaires (Rockström) — Rio+ — Agenda et ses objectifs.

Important

Retenez trois choses de ce chapitre. Un, la définition de Brundtland est une contrainte, pas un programme : elle interdit sans prescrire, et c'est ce vide que se disputent la soutenabilité faible et la soutenabilité forte — figures 2 et 3. Deux, développement et croissance ne se confondent pas, et la courbe de Kuznets environnementale ne se vérifie que pour une partie des pressions — figure 4. Trois, le durable devient géopolitique dès qu'on demande qui renonce — figures 5 et 6. C'est cette dernière question, et non la définition, qui fait le sujet de dissertation.

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