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La croissance et le développement : une introduction

Cours complet · HGG : histoire, géographie, géopolitique (ECG 1re année), chapitre 7 · prépa ECG, 1re année

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Ce chapitre est le seul du livre qui parte de chiffres. Il faut donc dire tout de suite ce qu'on en fera : ni une théorie de la croissance — le programme d'économie s'en charge —, ni une histoire économique complète, mais un travail d'historien et de géographe sur des grandeurs économiques. Trois gestes seulement : mesurer avec des instruments dont on connaît les limites, dérouler des séries longues pour voir quand les écarts se creusent, et cartographier pour voir où ils se logent.

Trois questions l'organisent. Que mesure-t-on au juste quand on dit qu'un pays « croît » ou qu'il « se développe » ? Quand, dans l'histoire, les grandes divergences se sont-elles produites, et sont-elles réversibles ? Et qu'est-ce que la carte du développement, en , retient de la carte de ?

Une mise en garde d'emblée. Croissance et développement ne sont pas synonymes, et ce n'est pas une nuance de vocabulaire : ce sont deux objets différents, mesurés par des instruments différents, qui n'évoluent pas toujours dans le même sens. Un pays peut croître sans se développer ; l'inverse est plus rare, mais il existe.

7.1 Deux mots, deux mesures

Définition 7.1Croissance économique

Selon François Perroux, « l'augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues d'un indicateur de dimension », en pratique le produit intérieur brut. C'est un phénomène quantitatif, mesurable et réversible : une année de recul est une récession, deux trimestres consécutifs une entrée en récession technique.

Définition 7.2Développement

Toujours Perroux : « la combinaison des changements mentaux et sociaux d'une population qui la rendent apte à faire croître, cumulativement et durablement, son produit réel global ». Le développement est qualitatif, structurel et lent : il touche la santé, l'école, les institutions, les rapports sociaux. Notez la construction de la phrase : chez Perroux, le développement est ce qui rend possible la croissance, et non ce qui en découle.

Définition 7.3Produit intérieur brut

Somme des valeurs ajoutées produites sur un territoire pendant une année, augmentée des impôts sur les produits et diminuée des subventions. Trois mots comptent. Intérieur : ce qui est produit sur le sol, quelle que soit la nationalité du producteur. Brut : sans déduire l'usure du capital. Produit : ce qui est vendu ou évalué à un prix, donc ni le travail domestique, ni le bénévolat, ni la nature.

Définition 7.4Parité de pouvoir d'achat

Taux de conversion entre monnaies qui égalise le prix d'un même panier de biens, au lieu d'employer le taux de change du marché. Comparer des PIB en dollars courants surestime les pays où les prix sont élevés ; la parité de pouvoir d'achat corrige ce biais. Règle pratique : PPA pour comparer des niveaux de vie, taux de change courant pour comparer des puissances financières.

Auteur : François Perroux (1903-1987) — croissance n'est pas développement

Économiste français, il pose dans L'économie du XXe siècle () la distinction qui structure encore tout le programme. La thèse. La croissance est une grandeur, le développement une transformation ; on peut avoir l'une sans l'autre, et confondre les deux conduit à des politiques absurdes. Le concept le plus utile. Les pôles de croissance : la croissance n'irrigue pas un territoire uniformément, elle se concentre autour d'entreprises motrices, et l'aménagement consiste à décider si l'on corrige ou si l'on accompagne cette concentration. La filiation : toute l'économie du développement francophone, et la géographie de l'aménagement du territoire.

Auteur : Simon Kuznets (1901-1985) — inventer le PIB, et s'en méfier

Économiste américain d'origine biélorusse, prix Nobel en , il construit les premiers comptes nationaux américains, présentés au Congrès en . La thèse. Il fallait un instrument unique pour piloter une économie en dépression ; il l'a fabriqué. La mise en garde, qu'on cite rarement. Dans ce rapport même, Kuznets avertit que « le bien-être d'une nation ne peut guère être déduit d'une mesure du revenu national ». L'inventeur du PIB en a énoncé les limites avant ses critiques. L'autre apport. La courbe de Kuznets () : les inégalités augmenteraient au début de l'industrialisation, puis diminueraient — hypothèse aujourd'hui très contestée, que Kuznets présentait lui-même comme fragile. La filiation : le rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi de ne fait que reprendre l'avertissement de , soixante-quinze ans plus tard.

Figure 1. Ce que le produit intérieur brut compte, ce qu'il laisse hors champ, et ce que l'indice de développement humain y ajoute. Six lignes, trois colonnes. Lisez la colonne du milieu comme un inventaire de définition et non d'accusation : le PIB mesure une production évaluée à des prix, et tout ce qui n'a pas de prix lui échappe par construction. La troisième colonne montre la réponse du PNUD : non pas corriger le PIB, mais lui adjoindre deux dimensions — la santé et l'école — et plafonner la troisième.

Définition 7.5Indice de développement humain

Indice composite publié par le PNUD depuis , compris entre et , combinant trois dimensions : la santé (espérance de vie à la naissance), l'éducation (durée moyenne et durée attendue de scolarisation) et le niveau de vie (revenu national brut par habitant en parité de pouvoir d'achat, plafonné et pris en logarithme). Depuis , les trois dimensions sont agrégées par une moyenne géométrique : un zéro dans une dimension ne peut plus être compensé par un excellent score dans une autre.

Attention

L'IDH n'est pas « le PIB corrigé ». Trois erreurs fréquentes. Un : il ne mesure pas les inégalités — le PNUD publie pour cela un indice distinct, l'IDH ajusté aux inégalités. Deux : il ne mesure ni les libertés politiques, ni la sécurité, ni l'environnement. Trois : le revenu y est plafonné, si bien qu'au-delà d'un certain niveau, s'enrichir n'améliore plus le score. C'est un choix délibéré, et c'est ce choix qui fait de l'IDH autre chose qu'un classement de richesse.

Auteur : Mahbub ul Haq (1934-1998) — mesurer autre chose que l'argent

Économiste pakistanais, ancien ministre des Finances, il conçoit l'IDH et lance en le premier Rapport mondial sur le développement humain du PNUD, avec le concours d'Amartya Sen. La thèse. Pour déloger le PIB, il faut un indicateur aussi simple que lui : un seul nombre, sans quoi personne ne le citera. Il assume donc la perte d'information comme le prix de l'efficacité politique. L'anecdote qui éclaire la méthode. Sen jugeait l'idée d'un indice unique trop grossière ; ul Haq lui répondit qu'il fallait un chiffre capable de rivaliser avec le PIB dans un débat public. Sen a reconnu ensuite qu'il avait eu raison. La filiation : tous les indicateurs composites qui ont suivi, jusqu'aux ODD de .

Auteur : Amartya Sen (né en 1933) — le développement comme liberté

Économiste et philosophe indien, prix Nobel en , il publie Un nouveau modèle économique : développement, justice, liberté (). La thèse. Le développement est l'extension des libertés réelles dont les individus jouissent. Le revenu n'est qu'un moyen : ce qui compte est ce qu'une personne est effectivement capable de faire et d'être. Le concept le plus utile. Les capabilités : disposer d'un vélo n'a de valeur que si l'on sait en faire et qu'il existe une route. Deux personnes au même revenu n'ont pas les mêmes capabilités. Le fait qui l'a convaincu. Dans Poverty and Famines (), il montre que les grandes famines ne sont pas d'abord des manques d'aliments mais des effondrements de droits d'accès — et qu'aucune famine massive n'a jamais eu lieu dans une démocratie dotée d'une presse libre. La filiation : l'IDH, l'indice de pauvreté multidimensionnelle, et la formule qui résume le chapitre — la liberté est le moyen et la fin du développement.

7.1.1 Une frise des instruments

Figure 2. Dix jalons de la mesure du développement, –, placés à l'échelle du temps. La frise couvre quatre-vingt-un ans et son plus long vide est de douze ans, entre et : c'est l'intervalle qui sépare l'optimisme des étapes de Rostow de la première mise en cause de la croissance elle-même. Notez la succession des quatre couleurs : on commence par mesurer la production, on passe à nommer le retard, puis à mesurer l'humain, et l'on finit par se fixer des objectifs — quatre manières différentes de définir ce qu'on cherche.

Repère : Les mots et leurs auteurs

les comptes nationaux (Kuznets) et La révolution démographique (Landry) — le « tiers monde » (Sauvy) — les cinq étapes (Rostow) — Halte à la croissance ? (Club de Rome, rapport Meadows) — le rapport Brandt et sa ligne — le rapport Brundtland et le « développement durable » — l'IDH (ul Haq et Sen) — le « développement comme liberté » (Sen) — les huit OMD — les dix-sept ODD.

7.2 Le temps long : quand les écarts se creusent

Auteur : Angus Maddison (1926-2010) — mesurer deux mille ans

Économiste britannique, il consacre sa vie à reconstituer le PIB par habitant des économies du monde depuis l'an . La thèse. On peut, sous hypothèses explicites, comparer des niveaux de vie très éloignés dans le temps et l'espace — à condition d'exprimer tout en une même monnaie, le dollar international, à prix constants. Ce que ses séries ont changé. Elles ont montré que l'écart entre les grandes régions du monde était faible avant et qu'il s'est creusé au XIXe siècle : la divergence n'est pas éternelle, elle a une date. Les limites, qu'il assumait. Ses chiffres anciens sont des estimations, parfois des conjectures ; il les publiait avec leurs méthodes pour qu'on puisse les contester. La filiation : la Maddison Project Database, poursuivie à Groningue, est aujourd'hui la source de référence de toute série longue.

Figure 3. Produit intérieur brut par habitant de trois ensembles, –, d'après la Maddison Project Database (), en dollars internationaux de ; ordres de grandeur arrondis. L'écart entre l'Europe occidentale et la Chine vaut environ 2 pour en , atteint son maximum vers à environ 11 pour , puis retombe à environ 3 pour en : il se creuse, puis se referme presque au niveau d'avant. L'écart entre l'Europe et l'Afrique subsaharienne suit la trajectoire inverse : environ 3 pour en , environ 11 pour en — il ne s'est jamais refermé. Les deux courbes basses se croisent en , au même niveau d'environ mille dollars par habitant.

Auteur : Kenneth Pomeranz (né en 1958) — la grande divergence

Historien américain, il publie en The Great Divergence. La thèse. Vers , les régions les plus avancées de Chine et d'Europe occidentale se ressemblaient : mêmes niveaux de vie, mêmes marchés, mêmes contraintes écologiques. La divergence est donc tardive et ne s'explique pas par une supériorité culturelle européenne ancienne. Le concept le plus utile. Les aubaines : le charbon accessible en Angleterre et les « hectares fantômes » des colonies — sucre, coton, bois — ont desserré la contrainte de terre au moment décisif. La critique à connaître. Ses adversaires objectent que les institutions, les droits de propriété et la science européenne divergeaient déjà avant . Le débat n'est pas tranché ; il vous fournit une controverse historiographique utilisable en dissertation. La filiation : toute l'école dite de Californie, et une lecture non eurocentrée des séries de Maddison.

iRemarque

Pourquoi une échelle logarithmique dans la figure 3 ? Parce qu'en échelle ordinaire, la courbe européenne écraserait les deux autres contre l'axe et l'on ne verrait rien avant . Sur un axe logarithmique, la même hauteur représente partout le même rapport : une pente identique signifie un même taux de croissance, et deux courbes parallèles conservent un écart relatif constant. C'est l'outil normal des séries longues — mais il faut le signaler, car il aplatit visuellement des écarts absolus considérables.

Exemple 7.6Trois vitesses, entre 1950 et 2018

Sur cette période, selon les mêmes séries, le PIB par habitant est multiplié par un facteur de l'ordre de 5 en Europe occidentale, de 16 en Chine et de moins de 3 en Afrique subsaharienne. Trois enseignements. Un : le rattrapage chinois est réel et rapide. Deux : il part de très bas — la Chine de était plus pauvre qu'en , d'environ un cinquième. Trois : l'Afrique subsaharienne a bel et bien connu une croissance, mais plus lente que celle des pays déjà riches, ce qui suffit à faire diverger les niveaux. Une croissance positive n'est pas un rattrapage.

Attention

Deux pièges de lecture des séries longues. Premier : ces chiffres sont des estimations pour tout ce qui précède le XXe siècle, non des mesures. On les emploie pour des ordres de grandeur et des tendances, jamais pour trancher un écart de quelques pour cent. Second : ce sont des moyennes régionales, qui lissent des écarts internes énormes. La « Chine » de la figure 3 recouvre en des provinces côtières au niveau de l'Europe du Sud et des provinces intérieures très en retrait.

7.3 L'espace : la géographie du développement

Définition 7.7Nord et Sud

Partage du monde popularisé par le rapport Brandt (), qui trace une ligne séparant les pays industrialisés — Amérique du Nord, Europe, URSS, Japon, auxquels on rattache l'Australie et la Nouvelle-Zélande — du reste du monde. Ce n'est pas une frontière géographique : c'est une convention, et elle a vieilli. On lui préfère aujourd'hui des découpages par revenu (Banque mondiale) ou par IDH (PNUD), plus fins et révisés chaque année.

Définition 7.8Pays les moins avancés

Catégorie créée par les Nations unies en , révisée tous les trois ans à partir de trois critères : revenu par habitant, capital humain — nutrition, santé, scolarisation — et vulnérabilité économique et environnementale. Elle ouvre droit à des traitements préférentiels. En sortir est un fait rare et significatif : le Botswana en , le Cap-Vert en , les Maldives en , le Bangladesh est engagé dans le processus.

Auteur : Alfred Sauvy (1898-1990) — le tiers monde

Démographe et économiste français, fondateur de l'INED, il forge l'expression « tiers monde » dans L'Observateur du 14 août . La thèse et l'analogie. Sauvy calque le mot sur le tiers état de : « car enfin, ce tiers monde ignoré, exploité, méprisé comme le tiers état, veut, lui aussi, être quelque chose ». Ce n'est pas une catégorie économique, c'est une revendication politique. Le contresens à éviter. Beaucoup lisent « troisième monde », c'est-à-dire un troisième bloc entre l'Est et l'Ouest. Sauvy dit autre chose : un ensemble exclu du partage du monde, et qui demande à y entrer. La filiation : Bandung (), le non-alignement, puis le glissement du mot vers un sens purement économique — et son remplacement récent par « Sud global », qui réactive justement le sens politique d'origine.

Figure 4. Indice de développement humain par grande région et ligne de Brandt de (PNUD, Rapport sur le développement humain –, tableau 1, données ). Les sept valeurs sont portées sur la carte. Les deux plus hautes sont au nord de la ligne, les cinq autres au sud : celle de garde donc une part de validité — mais elle ne dit plus rien de l'essentiel, puisque l'Asie de l'Est et l'Amérique latine, situées au sud, atteignent presque le niveau de l'Europe et de l'Asie centrale. Le seuil entre développement humain « faible » et « moyen » est à : l'Afrique subsaharienne passe au-dessous d'un millième. Attention aux ensembles : le Japon, l'Australie et la Corée du Sud sont comptés dans l'OCDE, non dans leur région.

Important

Comparez cette carte à celle du chapitre 5. Ce qui les sépare n'est pas le territoire, c'est la nature du figuré. Au chapitre 5, un aplat de couleur affirmait une appartenance — ce pays est un émergent, celui-là est en guerre. Ici, chaque aplat est doublé d'un nombre : il n'affirme pas seulement une catégorie, il donne une mesure et laisse le lecteur placer le seuil. Une carte qui note et une carte qui classe ne se lisent pas de la même manière, et une copie doit dire laquelle elle emploie.

Figure 5. Les cinq étapes de la croissance selon Walt Rostow (), et trois objections. Les cinq marches montent régulièrement : c'est le message du modèle, un chemin unique que tout pays emprunterait à son tour. Trois objections sont portées sous l'escalier, et elles ne visent pas le même défaut — la première conteste la succession, la deuxième l'échantillon, la troisième la causalité. Retenez le schéma pour ce qu'il vaut : un objet historiographique daté de la guerre froide, dont le sous-titre — « un manifeste non communiste » — dit assez l'intention.

Auteur : Walt Rostow (1916-2003) — les cinq étapes, et leur usage politique

Économiste américain, conseiller de la Maison-Blanche, il publie en Les étapes de la croissance économique : un manifeste non communiste. La thèse. Toute société passe par cinq étapes ; le décollage — quinze à vingt ans pendant lesquels le taux d'investissement double — est le moment décisif, et l'aide extérieure doit s'y concentrer. Le contexte, qui est le sujet. Le sous-titre est un programme : montrer aux pays décolonisés qu'il existe une voie non communiste vers la prospérité. C'est un texte de guerre froide autant que d'économie. Les critiques. Le modèle est linéaire, unique, tiré du cas anglais, et il fait abstraction de la colonisation et de l'insertion inégale dans les échanges. Ce qu'il en reste. Une idée utile — il existe des seuils, l'investissement doit franchir un palier pour être cumulatif — enfermée dans une théorie de l'histoire indéfendable.

7.3.1 Le fait qui commande tous les autres : la transition démographique

Définition 7.9Transition démographique

Passage d'un régime démographique ancien — natalité et mortalité toutes deux élevées, croissance faible — à un régime moderne où les deux sont basses. Entre les deux, la mortalité baisse d'abord et la natalité ensuite : l'écart entre les deux courbes, c'est-à-dire l'accroissement naturel, se creuse fortement, puis se referme. Le concept est formulé par Adolphe Landry dans La révolution démographique ().

Figure 6. Le schéma de la transition démographique, en quatre phases. En phase I, les deux taux sont hauts — environ 45 et 41 pour mille au départ — et l'accroissement naturel ne dépasse pas 8 pour mille. En phase II, la mortalité s'effondre seule et l'écart atteint son maximum, environ 22 pour mille. En phase III, la natalité baisse à son tour et l'écart se referme, de 21 à 7 pour mille. En phase IV, les deux taux sont voisins de dix à treize pour mille et l'accroissement retombe vers 3 pour mille. Le schéma n'a pas d'échelle de temps universelle : la transition a duré près de deux siècles en France et quelques décennies en Corée du Sud.

Exemple 7.10Pourquoi la démographie commande la mesure

Un pays dont le PIB croît de par an et la population de voit son PIB par habitant progresser d'environ : trois fois moins vite que ne le dit le chiffre qu'on annonce. C'est toute la différence entre une économie qui grandit et une population qui s'enrichit. En phase II de la transition, où l'accroissement naturel est le plus fort, un pays peut donc connaître une croissance vive et une stagnation du niveau de vie — et c'est précisément ce qu'ont vécu de nombreux États après leur indépendance.

Méthode : Traiter un sujet « croissance et développement »

  • Dire quelle grandeur vous mesurez. PIB total ou PIB par habitant ? En dollars courants ou en parité de pouvoir d'achat ? La réponse change souvent le classement.
  • Choisir une période, et la justifier. Depuis , depuis ou depuis : les trois périodes racontent trois histoires différentes, et c'est le sujet qui commande.
  • Passer du temps à l'espace. Une série longue montre quand ; une carte montre où. Un devoir d'HGG doit contenir les deux.
  • Toujours descendre d'une échelle. Les moyennes régionales lissent des écarts internes énormes : nommez au moins un cas précis.
  • Conclure sur l'écart entre croissance et développement. C'est la distinction de Perroux, et c'est presque toujours ce que le sujet attend.

Repère : Les seuils et les catégories qu'il faut connaître

IDH (PNUD) : faible en dessous de ; moyen de à ; élevé de à ; très élevé à partir de . Revenu (Banque mondiale) : quatre groupes, faible, intermédiaire inférieur, intermédiaire supérieur, élevé, dont les seuils sont révisés chaque année. PMA (ONU, ) : trois critères — revenu, capital humain, vulnérabilité. ODD () : dix-sept objectifs à l'horizon , succédant aux huit OMD de .

Important

Retenez quatre choses. Un, croissance et développement sont deux objets distincts : l'une est une grandeur, l'autre une transformation. Deux, tout indicateur est un choix — le PIB choisit de compter ce qui a un prix, l'IDH choisit de plafonner le revenu — et le premier travail est de dire ce que l'instrument laisse hors champ. Trois, les grandes divergences ont une date : elles se creusent au XIXe siècle et, contrairement à ce qu'on croit souvent, elles peuvent se refermer, comme le montre la trajectoire chinoise. Quatre, la carte du développement de conserve la ligne de pour les extrêmes et l'a perdue pour tout le milieu : c'est là, entre et , que le monde a changé.

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