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Afrique, Proche et Moyen-Orient : États et territoires, cultures et sociétés

Cours complet · HGG : histoire, géographie, géopolitique (ECG 2e année), chapitre 4 · prépa ECG, 2e année

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Cette aire est la plus vaste du programme et la plus hétérogène. Elle réunit un continent de millions de kilomètres carrés et une péninsule d'Asie occidentale, cinquante-quatre États africains reconnus par les Nations unies et une quinzaine d'États et de territoires du Proche et du Moyen-Orient. On y trouve les sociétés les plus jeunes de la planète et quelques-uns de ses États les plus anciens.

Le programme demande d'y réfléchir « aux effets de la colonisation et de la décolonisation dans la structuration des États, des nations et des territoires », en « tenant compte de la diversité et de l'ancienneté des cultures ». D'où trois partages. La géopolitique de l'aire — conflits, ingérences, ressources — est l'objet du chapitre 6 ; les politiques de développement, celui du chapitre 5 ; et la théorie du développement appartient au programme de première année : on ne la refait pas, on l'applique.

4.1 Une aire, et ce qui la tient ensemble

Définition 4.1Proche-Orient et Moyen-Orient

Deux expressions dont le contenu varie selon la langue et l'époque. Dans l'usage français, le Proche-Orient désigne la rive orientale de la Méditerranée — Turquie, Syrie, Liban, Israël, Palestine, Jordanie, Égypte parfois — et le Moyen-Orient un ensemble plus large qui y ajoute la péninsule Arabique, l'Irak et l'Iran. L'anglais ne connaît qu'un seul terme, Middle East, dont le périmètre recouvre à peu près la somme des deux. Une copie doit donc dire de quel découpage elle parle.

Définition 4.2Afrique subsaharienne, Sahel

L'Afrique subsaharienne rassemble les États situés au sud du Sahara — quarante-neuf des cinquante-quatre États africains. Le Sahel est la bande de transition entre le désert et les savanes, large de quelques centaines de kilomètres, qui court de l'Atlantique à la mer Rouge. Ni l'un ni l'autre n'est une limite politique : ce sont des découpages de géographe, dont les bornes exactes changent selon l'auteur et selon le critère retenu.

Reste la question de ce qui tient cet ensemble. Le Sahara, qu'on prend volontiers pour une coupure, est en réalité une mer intérieure : les caravanes du sel et de l'or l'ont traversé pendant un millénaire, du Maghreb aux villes du Niger, et cette circulation a porté l'islam vers le sud bien avant toute présence européenne. Faire du désert une frontière entre « deux Afriques », c'est lire l'espace depuis la côte, comme l'ont fait les puissances coloniales — et manquer ce que les figures 1 et 6 disent ensemble : les majorités religieuses ne s'arrêtent pas au bord du sable. Ce qui relie réellement l'aire est ailleurs : dans un axe maritime.

Important

Quatre ordres de grandeur à savoir refaire. Un : millions de kilomètres carrés pour l'Afrique, soit trois fois l'Europe. Deux : cinquante-quatre États africains membres de l'ONU, mais cinquante-cinq membres à l'Union africaine, qui compte la République arabe sahraouie démocratique. Trois : seize États africains sont enclavés, sans aucun accès à la mer — le record mondial, et le chiffre est passé de quinze à seize en avec le Soudan du Sud. Quatre : l'aire commande trois des passages maritimes les plus fréquentés du monde, Suez, Bab el-Mandeb et Ormuz.

Figure 1. L'aire d'étude, ses trois ensembles et l'axe maritime qui les relie. Deux faits se lisent directement. Un : l'aire n'a pas de limite interne naturelle. Le Sahara la traverse au lieu de la borner, et l'Égypte est coloriée tout entière avec l'Afrique du Nord alors que le Sinaï, à l'est du canal, appartient à l'Asie — la carte doit trancher là où la géographie ne tranche pas. Deux : les trois charnières maritimes, Suez, Bab el-Mandeb et Ormuz, sont disposées le long d'un même axe, qui est le chemin le plus court entre l'Europe et l'Asie. Ce tracé a été vérifié point par point contre les contours réels : aucun de ses seize segments marins ne traverse une terre, et le seul tronçon qui en traverse une est le canal lui-même — une coupure artificielle, ouverte en .

Auteur : Ibn Khaldoun (1332-1406) — le cycle des dynasties

Juriste et historien né à Tunis, auteur en des Prolégomènes (Muqaddima). La thèse. Le pouvoir naît d'une solidarité de groupe, l''asabiyya, maximale chez les populations rurales et nomades, qui s'affaiblit à mesure que la dynastie s'installe dans les villes : une dynastie dure trois générations, puis un groupe périphérique plus soudé la remplace. Le concept le plus utile. L''asabiyya, explication interne — ni religieuse, ni providentielle — de la formation et de la chute des États. Pourquoi il compte ici. Parce que l'aire a produit sa propre théorie de l'État cinq siècles avant la colonisation : lire ces États comme de purs artefacts européens, c'est oublier ce texte. La filiation : Ernest Gellner et la sociologie du Maghreb contemporain.

4.2 Des États faits deux fois

Avant le partage, l'aire n'est pas un vide politique : l'Empire ottoman administre depuis Istanbul le Proche-Orient et l'Afrique du Nord, l'Éthiopie chrétienne est un État continu depuis le Moyen Âge, les empires du Ghana, du Mali et du Songhaï se sont succédé sur la boucle du Niger, et les royaumes du Kongo, d'Ashanti ou les cités swahilies ont eu leurs cours, leurs armées et leur fiscalité. La colonisation ne fait donc pas apparaître l'État : elle en substitue un autre, tracé d'ailleurs.

Figure 2. Huit jalons de la formation des États de l'aire, placés à l'échelle du temps. Le rythme est très irrégulier, et l'échelle le dit : trente-huit ans séparent la conférence de Berlin de la première indépendance de l'aire, neuf ans seulement séparent la Libye de l'année de l'Afrique. Quatre indépendances majeures — Soudan, Maroc et Tunisie en , Ghana en — ne figurent pas sur la frise : à cette échelle, leurs repères se chevaucheraient avec celui de . Elles sont dans le repère ci-dessous.

Repère : Ce que la frise ne peut pas porter

mai : accords Sykes-Picot, partage secret des provinces arabes de l'Empire ottoman entre la France et le Royaume-Uni. novembre : déclaration Balfour. avril : la conférence de San Remo attribue les mandats — Syrie et Liban à la France, Mésopotamie et Palestine au Royaume-Uni. - : Liban puis Syrie. : Soudan ( janvier), Maroc ( mars), Tunisie ( mars). : Ghana, première indépendance d'Afrique subsaharienne. : Algérie ( juillet), au terme de huit ans de guerre. mai : fondation de l'OUA à Addis-Abeba par trente-deux États. Juillet : résolution du Caire. : Guinée-Bissau, reconnue par le Portugal. : Érythrée, par référendum. juillet : l'Union africaine succède à l'OUA, à Durban.

Définition 4.3Uti possidetis juris

Principe selon lequel un État nouvellement indépendant hérite des limites administratives qui étaient les siennes la veille de son indépendance. La résolution du Caire de juillet l'inscrit dans le droit africain : les États membres de l'OUA « s'engagent à respecter les frontières existant au moment où ils ont accédé à l'indépendance ». Ce sont donc les États africains eux-mêmes qui ont choisi de conserver le tracé colonial. C'est le point que les copies manquent le plus souvent : les frontières africaines ne sont pas maintenues par l'ancien colonisateur, elles le sont par les États africains, délibérément, et pour une raison explicite — toute révision en ouvrirait mille autres. Le prix payé est connu : des États coupés de leurs bassins de peuplement. Le prix évité l'est moins : une guerre générale de redécoupage. On juge le principe en comparant les deux.

Figure 3. La tutelle exercée sur chaque territoire à la veille de son indépendance. Trois faits. Un : deux puissances se partagent l'essentiel — la France et le Royaume-Uni couvrent à elles seules près des trois quarts des territoires coloriés. Deux : cinq seulement n'ont jamais été placés sous une tutelle coloniale européenne — l'Éthiopie, le Liberia, la Turquie, l'Iran et l'Arabie saoudite, en gris moyen. Trois : la carte porte une seule couleur par territoire, ce qui efface les changements de tutelle ; l'avertissement ci-dessous rétablit les six cas concernés.

Exemple 4.4Deux frontières géométriques, vérifiables sur un atlas

Égypte et Soudan : la frontière suit le parallèle nord, fixé par l'accord anglo-égyptien du janvier . Une limite administrative tracée en s'en écarte, et l'écart a produit deux anomalies : Halayeb, revendiqué par les deux États et occupé par l'Égypte depuis , et Bir Tawil, le seul territoire émergé non polaire que personne ne revendique. Libye et Soudan : une frontière entièrement géométrique, en trois segments — km sur le méridien est, km sur le parallèle nord, km sur le méridien est.

Attention

Le chiffre le plus recopié de la géographie africaine — « % des frontières africaines sont des lignes droites » — demande trois précautions. Il vient de K. M. Barbour (), qui compte des frontières et non des kilomètres : parler de « % du linéaire » est une surinterprétation. Il est contesté : un recodage des cent-sept frontières bilatérales publié dans l'American Political Science Review en aboutit à % de frontières astronomiques, % toutes lignes droites confondues, et % suivant un cours d'eau ou un lac. Enfin il est souvent mal attribué. Écrire donc : « selon Barbour (), % des frontières africaines suivraient parallèles ou méridiens ; ce chiffre est discuté et récemment abaissé ».

Méthode : Traiter un sujet sur les héritages coloniaux

  • Dater la tutelle dont on parle. Colonie, protectorat, mandat et État sous traité ne sont pas la même chose. Six territoires ont changé de main en — Cameroun, Togo, Tanganyika, Sud-Ouest africain, Rwanda, Burundi, tous allemands d'abord ; le Cameroun et le Togo ont même été partagés entre France et Royaume-Uni, d'où le bilinguisme camerounais ; et seul le sud du Yémen a été britannique.
  • Séparer le tracé et le maintien. Le premier est extérieur (-, -), le second est africain ().
  • Vérifier le chiffre avant de s'en servir. Le « % de frontières droites » est daté de et discuté.
  • Ne pas conclure de l'origine à la fatalité. Cinq États de l'aire n'ont jamais été colonisés, et leurs trajectoires diffèrent entre elles autant que de celles de leurs voisins.

Auteur : Catherine Coquery-Vidrovitch (née en 1935) — l'Afrique a une histoire

Historienne française, pionnière de l'histoire africaine (Afrique noire. Permanences et ruptures, ; Histoire des villes d'Afrique noire, ). La thèse. Le continent a une histoire longue, urbaine et documentée, que le récit colonial avait effacée en la déclarant « sans écriture donc sans histoire » : les villes africaines précèdent largement la colonisation. Le concept le plus utile. Le mode de production africain, qui refuse d'appliquer telles quelles les catégories européennes à des sociétés dont l'accumulation portait sur les hommes plus que sur la terre. La critique à connaître. On lui a reproché de généraliser un modèle à un continent trop divers. La filiation : l'historiographie africaniste francophone tout entière.

Auteur : Jean-François Bayart (né en 1950) — l'extraversion

Politiste français, L'État en Afrique. La politique du ventre (). La thèse. L'État africain n'est ni une greffe importée ni un décalque du modèle wébérien : c'est une construction originale, où les élites tirent leur pouvoir de leur capacité à capter les ressources extérieures — aide, rente, réseaux — et à les redistribuer à l'intérieur. Le concept le plus utile. L'extraversion : la dépendance n'est pas seulement subie, elle est une stratégie de ceux qui gouvernent, et c'est pourquoi elle se reproduit. La critique à connaître. « Politique du ventre » a été lu comme un jugement moral sur la corruption : c'est un mode d'accumulation qui est décrit, pas une déviance. La filiation : c'est l'argument central du chapitre suivant.

4.3 Le nombre, l'âge et la ville

Figure 4. L'Afrique et l'Europe en , et , à la même échelle. Le renversement est le fait à retenir : en l'Afrique pesait un peu plus des deux cinquièmes de l'Europe ( contre millions) ; en elle en pèsera trois fois et demie ( millions contre de l'ordre de ). Les facteurs de multiplication sur le siècle sont de pour l'Afrique et de pour l'Europe. Attention à la lecture : ce n'est pas seulement l'Afrique qui croît vite, c'est aussi l'Europe qui a cessé de croître.

Important

Le fait démographique est le premier fait de l'aire, et il est sans équivalent ailleurs. L'Afrique comptait de l'ordre de millions d'habitants en , moins de la moitié de l'Europe ; elle en compte de l'ordre de milliard en , soit % de l'humanité, et les Nations unies en projettent de l'ordre de milliards en , soit un habitant de la planète sur quatre. L'âge médian y était de ans en , contre ans en Europe : c'est le même monde, à une génération de distance. Et une projection démographique n'est pas une prévision libre — à trente ans d'horizon, la plupart des adultes de sont déjà nés : on peut raisonner sur sans spéculer. Les chiffres urbains, eux, n'ont pas cette solidité.

Figure 5. Les quatorze plus grandes agglomérations de l'aire, en cercles proportionnels. Deux enseignements. Un : Le Caire domine largement — son cercle couvre une aire supérieure de % à celle d'Istanbul, qui vient en deuxième. Deux : passé les cinq premières, les tailles se resserrent au point de devenir visuellement indiscernables — six agglomérations tiennent dans un intervalle de moins de million d'habitants, de Nairobi () à Riyad (). Le cercle en pointillé autour de Lagos n'est pas une projection : c'est la seconde estimation, celle des autorités de l'État de Lagos, supérieure de l'ordre de % à celle des Nations unies.

Attention

La population de Lagos n'est pas connue. Les Nations unies l'estiment à millions d'habitants en ; le Lagos Bureau of Statistics avance à millions ; le dernier recensement national nigérian, celui de , dénombrait millions d'habitants pour tout l'État de Lagos. Le Nigeria n'a pas recensé sa population depuis vingt ans, et la raison est institutionnelle : la répartition des recettes fédérales et le nombre de sièges au Parlement dépendent du chiffre recensé, ce qui donne à chaque État un intérêt financier direct à être surcompté. La leçon de méthode : devant deux chiffres qui varient du simple au double, on ne choisit pas le plus impressionnant — on donne les deux et on nomme la source.

Deux prudences s'ajoutent. La révision des World Urbanization Prospects abaisse fortement deux estimations très citées — Lagos de l'ordre de quatre millions, Kinshasa de l'ordre de sept par rapport à la révision de : tout chiffre d'agglomération tiré d'un manuel antérieur est périmé. Et la valeur portée par la figure pour Khartoum est une modélisation qui ignore la guerre — l'Organisation internationale pour les migrations recensait au printemps plus de trois millions de personnes déplacées originaires de l'État de Khartoum. Une agglomération peut se vider en deux ans sans qu'aucune série statistique ne le dise.

Exemple 4.5Une transition urbaine qui n'est pas celle de l'Europe

L'Afrique est à mi-chemin de sa transition urbaine : de l'ordre de % de citadins en selon la Banque mondiale, contre % en Afrique du Nord et plus de % dans les États du Proche-Orient. Mais sa particularité tient au moteur autant qu'au rythme. En Europe, l'exode rural du XIXe siècle accompagnait une industrialisation qui offrait des emplois aux arrivants ; ici, la croissance urbaine est portée d'abord par la croissance naturelle et par la recherche de services — école, santé, marché — plus que par l'usine. D'où trois traits récurrents : un secteur informel qui emploie la majorité des actifs urbains, un habitat spontané en périphérie, et des métropoles dont le poids démographique excède le poids industriel. Ce n'est pas une urbanisation « en retard » : c'en est une autre.

Auteur : Youssef Courbage (né en 1946) et Emmanuel Todd (né en 1951) — le rendez-vous des civilisations

Le Rendez-vous des civilisations (). La thèse. Contre l'idée d'un monde musulman immobile, l'alphabétisation et la chute de la fécondité y suivent la même séquence qu'ailleurs, avec un simple décalage de calendrier. Le concept le plus utile. La crise de transition : la période est politiquement instable parce qu'elle rompt les cadres anciens, mais la violence est le signe d'un passage, non d'une nature culturelle. La critique à connaître. La démographie ne détermine pas la politique, et le livre a été jugé trop confiant dans la convergence. L'intérêt pour l'aire : c'est la réponse la mieux armée au « choc des civilisations », et elle se vérifie sur des données.

4.4 Cultures et sociétés

L'aire est le plus grand réservoir de diversité linguistique de la planète : l'Ethnologue recensait en plus de deux mille cent langues vivantes pour l'Afrique seule, soit environ trois langues du monde sur dix. S'y ajoutent deux couches de véhiculaires : celles d'avant la colonisation, arabe et swahili au premier chef, puis les langues coloniales, devenues langues d'État.

Important

Les chiffres à retenir, avec leur source. Pour l'Afrique subsaharienne, le Pew Research Center estimait en (données ) % de chrétiens et % de musulmans ; pour l'ensemble Afrique du Nord et Proche-Orient, % de musulmans ; à l'échelle du continent entier, les deux confessions sont proches. Dans le monde musulman, les sunnites sont de l'ordre de à % des fidèles, les chiites étant majoritaires en Iran, en Irak, en Azerbaïdjan et à Bahreïn. Ces parts sont estimées, non recensées : le Nigeria n'a pas posé de question religieuse dans un recensement depuis , la réponse étant politiquement explosive, et les deux confessions y revendiquent la majorité.

Figure 6. Les majorités religieuses déclarées. Deux faits. Un : le partage entre un nord musulman et un sud chrétien ne suit ni le Sahara ni aucune frontière d'État. Il traverse le Sahel, et les six États africains où aucune des deux confessions n'est nettement majoritaire — Guinée-Bissau, Côte d'Ivoire, Togo, Nigeria, Tchad, Érythrée — s'y égrènent d'ouest en est sans former de bande continue : sur les quinze paires possibles, une seule est voisine — le Nigeria et le Tchad, par une courte frontière sur le lac Tchad. Deux : le Proche et le Moyen-Orient sont d'une tout autre homogénéité, avec deux exceptions — Israël, seul État à majorité juive, et le Liban, seul État de la région où la majorité musulmane n'est pas nette.

Définition 4.6Diaspora

Population dispersée hors de son territoire d'origine, qui conserve avec lui un lien organisé — transferts d'argent, investissements, mobilisations, retours. C'est cette relation entretenue qui distingue une diaspora d'un simple stock de migrants ; celles de l'aire pèsent aujourd'hui davantage par leurs transferts financiers que par leur nombre, ce que le chapitre suivant chiffrera.

Attention

On lit souvent que « % des migrations africaines restent en Afrique ». Les données des Nations unies () donnent de l'ordre de millions d'Africains résidant dans un autre pays d'Afrique, contre millions hors du continent : la migration africaine est bien majoritairement intra-africaine, mais à environ %, non à %. D'où vient l'erreur ? Le % mesure la grandeur inverse — la part des immigrés présents en Afrique qui sont nés en Afrique, laquelle dépasse effectivement %. La leçon : deux pourcentages qui se ressemblent peuvent porter sur deux populations différentes. On vérifie toujours le dénominateur.

Auteur : Ali Mazrui (1933-2014) — le triple héritage

Politiste kényan, auteur et présentateur de The Africans: A Triple Heritage (). La thèse. L'identité africaine contemporaine se compose de trois strates qui ne se sont pas remplacées mais superposées : le fonds autochtone, l'apport islamique, l'apport occidental. Aucune n'est pure, chacune a été retravaillée par les deux autres. Le concept le plus utile. La superposition plutôt que la substitution : elle explique qu'un même individu relève de trois systèmes de droit — coutumier, religieux, étatique — sans contradiction vécue. La critique à connaître. Le modèle à trois strates lisse une diversité que Coquery-Vidrovitch tient pour irréductible. La filiation : les débats sur le pluralisme juridique africain.

Auteur : Achille Mbembe (né en 1957) — la postcolonie

Historien et politiste camerounais, auteur de De la postcolonie () et de Critique de la raison nègre (). La thèse. La « postcolonie » n'est pas l'après de la colonie : c'est un régime propre, où la violence et le grotesque du pouvoir tissent entre gouvernants et gouvernés une familiarité qui n'est ni la soumission ni la révolte. Le concept le plus utile. Le commandement, mode d'autorité hérité de l'administration coloniale et reconduit après elle, qui gouverne par l'arbitraire plutôt que par la règle. Ce qu'il apporte ici. Une raison de ne pas expliquer les difficultés de l'aire par le seul « retard ». La critique à connaître. On lui reproche une écriture qui résiste à la vérification empirique.

Important

Trois idées à retenir de ce chapitre. Un : les États de l'aire sont anciens dans leurs sociétés et récents dans leurs frontières, et ce décalage est la clé de la plupart des tensions qu'étudiera le chapitre 6. Deux : le tracé colonial a été maintenu par une décision africaine de , non par une contrainte extérieure. Trois : la jeunesse et l'urbanisation rapides sont le fait majeur du siècle qui vient — une ressource si l'emploi suit, une charge sinon. C'est exactement ce dont traitent les politiques de développement, objet du chapitre suivant.

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