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Le développement : politiques et enjeux

Cours complet · HGG : histoire, géographie, géopolitique (ECG 2e année), chapitre 5 · prépa ECG, 2e année

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Le programme pose « l'importance du défi du développement » pour cette aire, et demande d'examiner comment « les stratégies de développement mettent en jeu des acteurs locaux et régionaux », alors que la région « subit encore les contraintes de la dépendance ». Deux verbes s'y opposent : mettre en jeu et subir. Tout le chapitre tient dans leur tension.

On n'y refera pas la théorie du développement — mesures, indicateurs, modèles de croissance : elle appartient au programme de première année. On l'applique ici à une aire précise, pour répondre à trois questions. Quelles trajectoires cette aire a-t-elle suivies, et sont-elles une ou plusieurs ? Par quels instruments a-t-on tenté d'agir, et qu'ont-ils produit ? Et pourquoi les intégrations régionales, dont on attend beaucoup, pèsent-elles si peu ?

5.1 Des trajectoires, pas une trajectoire

Figure 1. Dix-sept États de l'aire placés sur l'échelle de l'indice de développement humain, avec les quatre bandes du PNUD. Deux lectures. Un : l'aire occupe toute l'échelle, du Soudan du Sud (, dernier du classement mondial) aux Émirats arabes unis (, quinzièmes) — une amplitude de point, la plus large des quatre aires du programme. Deux : les dix-sept se répartissent cinq en développement humain faible, deux en moyen, cinq en élevé et cinq en très élevé : aucune bande ne correspond à une sous-région, et la bande « élevée » réunit le Maroc, l'Afrique du Sud, l'Égypte et l'Algérie.

Important

Le fait à retenir est l'écart interne. Avec point d'indice entre le Soudan du Sud et les Émirats arabes unis, cette aire présente l'amplitude d'IDH la plus large des quatre aires du programme — devant l'Asie (), les Amériques () et l'Europe élargie à la Russie (), toutes mesurées sur la même source et la même année. Parler « du » développement de l'Afrique et du Moyen-Orient au singulier revient donc à confondre des situations qui n'ont en commun ni le niveau, ni le moteur, ni la contrainte.

Définition 5.1Pays les moins avancés

Catégorie des Nations unies, révisée tous les trois ans par le Comité des politiques de développement, fondée sur trois critères : revenu par habitant, capital humain et vulnérabilité économique et environnementale. La liste comptait quarante-quatre pays fin , dont trente-deux africains. En sortir s'appelle un reclassement : Cabo Verde en , la Guinée équatoriale en , Sao Tomé-et-Principe en décembre .

iRemarque

Trois trajectoires au moins se distinguent dans l'aire, et elles n'ont pas les mêmes leviers. Les économies de rente du Golfe et d'Afrique centrale tirent l'essentiel de leurs devises d'un ou deux produits primaires. Les économies intermédiaires diversifiées — Maroc, Tunisie, Égypte, Afrique du Sud, Kenya, Ghana — ont une industrie, des services et une fiscalité, et butent sur l'emploi plus que sur les devises. Les pays les moins avancés du Sahel et de la Corne cumulent faible revenu, faible capital humain et forte exposition aux chocs. Un même conseil de politique économique ne peut pas convenir aux trois.

Auteur : Samir Amin (1931-2018) — le développement inégal et la déconnexion

Économiste égypto-français, longtemps directeur du Forum du tiers monde à Dakar (L'accumulation à l'échelle mondiale, ; Le développement inégal, ). La thèse. Développement et sous-développement ne sont pas deux étapes d'une même route : ce sont les deux faces d'une seule expansion capitaliste mondiale, qui produit du centre et de la périphérie. Le concept le plus utile. La déconnexion — non l'autarcie, mais la subordination des relations extérieures à des priorités décidées à l'intérieur, au lieu de l'inverse. La critique à connaître. Les expériences qui s'en sont réclamées ont souvent produit pénurie et rente bureaucratique ; et les émergences asiatiques se sont faites par le marché mondial, non contre lui. Ce qu'il en reste : la question de qui fixe les priorités, qui traverse tout ce chapitre.

5.2 La rente, et ce qu'elle verrouille

Définition 5.2Économie de rente

Économie dont les recettes extérieures et publiques proviennent pour l'essentiel de la vente d'une ressource naturelle, et non d'une production transformée ni d'un prélèvement sur les revenus intérieurs. La rente est une recette avant d'être une richesse : elle finance sans qu'on produise, et elle se tarit sans qu'on décide.

Définition 5.3Syndrome hollandais

Mécanisme par lequel un afflux de devises tiré d'une ressource fait s'apprécier le taux de change réel, ce qui renchérit les autres exportations et les rend moins compétitives. L'expression vient des Pays-Bas, où l'exploitation du gisement de gaz de Groningue, découvert en , a coïncidé avec un recul de l'industrie manufacturière.

Figure 2. Le mécanisme de la rente : une cause, trois effets, un verrou. La figure se lit de haut en bas. Une rente d'exportation produit trois effets distincts — sur le change, sur la fiscalité, sur le budget — dont aucun ne se déduit des deux autres et qui convergent vers un même résultat : la part de la rente augmente encore. Les deux flèches en pointillé sont les seules à remonter — celle de droite ferme la boucle, celle du bas la coupe. Attention : c'est un mécanisme, pas un destin ; chacun des trois effets a sa parade, et elles ne sont pas interchangeables.

Exemple 5.4Ce que « dépendre du pétrole » veut dire, en chiffres

Part des combustibles dans les exportations de marchandises, d'après la Banque mondiale (données , sauf mention) : Irak de l'ordre de %, Angola %, Koweït %, Nigeria %, Qatar %, Arabie saoudite %. Pour l'Algérie, la série s'arrête en à - % et les estimations récentes donnent de l'ordre de % : on écrit alors une fourchette, pas un chiffre.

Attention

Deux pièges sur ces chiffres. Un : on lit souvent que « le pétrole fait plus de % des exportations saoudiennes ». C'est faux au sens de la nomenclature douanière — la pétrochimie y est classée en produits chimiques, ce qui ramène les combustibles à environ %. Deux : ne jamais confondre la part dans les exportations et la part dans les recettes budgétaires ou dans le produit intérieur. Au Nigeria, le pétrole pèse près de neuf dixièmes des exportations, environ deux tiers des recettes de l'État, et moins d'un dixième du produit intérieur. Trois grandeurs, trois ordres de grandeur, trois conclusions différentes.

Auteur : Richard Auty (né en 1946) — la malédiction des ressources

Géographe économiste britannique, qui forge en l'expression resource curse. La thèse. Les pays richement dotés en ressources minérales ont, en moyenne, connu une croissance inférieure à celle des pays qui en sont dépourvus — un résultat contre-intuitif, confirmé statistiquement par Jeffrey Sachs et Andrew Warner en . Les trois canaux. L'appréciation du change, qui étouffe les autres exportations ; la volatilité des cours, qui rend le budget procyclique ; et l'affaiblissement du lien fiscal, un État qui n'a pas besoin de l'impôt ayant moins besoin du consentement. La critique à connaître. Ce n'est pas une fatalité mais une corrélation conditionnelle : la Norvège, le Botswana ou le Chili montrent qu'une règle budgétaire et une administration solide la désamorcent. La filiation : toute la littérature sur les fonds souverains et les règles de dépense.

Exemple 5.5Les fonds souverains, la parade la plus visible

Placer la rente hors du budget courant pour la rendre plus tard : c'est la fonction d'un fonds souverain. Les plus importants de l'aire, en actifs sous gestion (Global SWF, août ) : l'Autorité d'investissement d'Abou Dabi de l'ordre de milliards de dollars, le Koweït , le Fonds d'investissement public saoudien , le Qatar . À titre de comparaison, le fonds norvégien en gère . Deux réserves : ces montants sont pour partie des estimations — Abou Dabi ne publie pas les siens — et un fonds ne protège que si une règle budgétaire l'empêche d'être ponctionné en bas de cycle.

5.3 Aide, dette, transferts : les instruments et leurs limites

Figure 3. Les trois principales ressources extérieures de l'Afrique subsaharienne en , à la même échelle. L'ordre est le fait : l'aide devance les transferts des migrants, qui devancent les investissements directs étrangers. Le rapport de l'aide aux transferts vaut , celui de l'aide aux investissements . L'Afrique subsaharienne est la seule grande région du monde où l'aide reste le premier flux extérieur : à l'échelle mondiale, les transferts la dépassent largement.

Attention

Une affirmation très répandue tombe ici : « les transferts des migrants dépassent l'aide publique au développement ». C'est vrai à l'échelle mondiale ; c'est faux pour l'Afrique subsaharienne, seule grande région où l'aide reste le premier flux extérieur. L'ordre y est stable : aide, puis transferts, puis investissements directs. Ce que les transferts dépassent bel et bien, c'est l'investissement direct — et ils le font sans condition, sans projet et sans intermédiaire.

Figure 4. Huit jalons des politiques de développement, placés à l'échelle du temps. Le rythme est irrégulier et l'échelle le dit : quinze ans séparent les Objectifs du Millénaire des Objectifs de développement durable, quatre ans seulement l'initiative PPTE des Objectifs du Millénaire. Ces quatre années sont le cœur du tournant : on y admet à la fois que la dette est devenue insoutenable et que le développement ne se mesure pas qu'en croissance. Le rapport Berg () est trop proche du plan de Lagos pour figurer à cette échelle ; il est en repère ci-dessous.

Repère : Ce que la frise ne peut pas porter

: rapport Berg de la Banque mondiale, qui impute les difficultés africaines aux politiques intérieures et prône le marché — la réplique du plan de Lagos, un an après. : premiers programmes d'ajustement structurel généralisés. : renforcement de l'initiative PPTE. : initiative d'allègement de la dette multilatérale, décidée à Gleneagles. : cadre commun du G20 pour le traitement de la dette, adopté en novembre. : la Somalie atteint le point d'achèvement de l'initiative PPTE, trente-septième et dernier pays à ce jour.

Définition 5.6Initiative PPTE

Dispositif lancé en par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale pour ramener la dette des pays pauvres très endettés à un niveau jugé soutenable, en échange d'un programme de réformes. Sur trente-neuf pays éligibles, trente-sept ont atteint le point d'achèvement, dont trente et un africains ; il reste l'Érythrée et le Soudan. L'allègement cumulé, PPTE et initiative multilatérale confondues, dépasse cent milliards de dollars en valeur nominale.

Important

Et pourtant la dette est revenue. Au mars , l'analyse de soutenabilité du Fonds monétaire international classait sept États africains en situation de surendettement et quatorze à haut risque — soit vingt et un au total. Trois défauts récents jalonnent ce second cycle : la Zambie en novembre , le Ghana en décembre , l'Éthiopie en décembre , dont la restructuration n'était toujours pas achevée fin . Le cadre commun du G20, créé en pour traiter ces cas, n'a été saisi que par quatre pays — Tchad, Éthiopie, Zambie, Ghana — et sa lenteur est devenue son principal reproche.

iRemarque

Pourquoi un second cycle après un effacement massif ? Trois raisons se cumulent. La composition des créanciers a changé : là où l'initiative PPTE traitait avec quelques États et institutions, l'endettement des années s'est fait auprès de créanciers privés porteurs d'obligations et de nouveaux créanciers bilatéraux, plus nombreux et plus difficiles à réunir autour d'une table. La monnaie de la dette est restée étrangère, si bien qu'une dépréciation alourdit la charge sans qu'aucune décision intérieure n'ait été prise. Et l'emploi des fonds a souvent été l'infrastructure, dont le rendement se mesure en décennies quand l'échéance se compte en années.

Auteur : Dambisa Moyo (née en 1969) — l'aide comme problème

Économiste zambienne, Dead Aid (). La thèse. L'aide publique d'État à État, versée pendant un demi-siècle, n'a pas produit de croissance en Afrique et a produit autre chose : elle finance des budgets sans contrepartie fiscale, entretient des gouvernements qui doivent leur ressource aux bailleurs plutôt qu'à leurs contribuables, et déplace l'obligation de rendre des comptes vers l'extérieur. Elle propose de la remplacer par l'accès aux marchés obligataires, l'investissement et le commerce. La critique à connaître. La proposition a été appliquée en partie — plusieurs États africains ont émis des euro-obligations dans les années — et c'est exactement là que s'est nouée la crise de dette actuelle. La filiation : le débat avec Jeffrey Sachs, qui défend au contraire un big push d'aide massive (The End of Poverty, ), et avec William Easterly, qui oppose les « planificateurs » aux « chercheurs de solutions » (The White Man's Burden, ).

Auteur : Abhijit Banerjee (né en 1961) et Esther Duflo (née en 1972) — évaluer avant de croire

Poor Economics () ; prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel en , avec Michael Kremer. La thèse. La question « l'aide marche-t-elle ? » est mal posée, parce qu'elle est trop grosse. On peut en revanche mesurer, par des essais contrôlés randomisés, si tel dispositif — une distribution de moustiquaires, une subvention à l'engrais, un transfert conditionnel — produit l'effet attendu, et pourquoi les pauvres décident comme ils décident. Le concept le plus utile. L'évaluation d'impact : on compare un groupe traité à un groupe témoin, au lieu de comparer une intention à un résultat. La critique à connaître. Ce que l'on mesure ainsi est local et de petite taille ; la méthode dit peu sur les choix macroéconomiques — commerce, change, industrie — qui décident du reste.

Attention

Le cadre change vite, et un chiffre d'aide vieilli devient faux. L'aide publique au développement des membres du Comité d'aide au développement de l'OCDE a reculé en pour la première fois en six ans, puis s'est contractée de l'ordre de % en termes réels en , à quelque milliards de dollars — la plus forte baisse annuelle jamais enregistrée. Une copie qui raisonne sur les montants du début des années décrit un monde qui n'existe plus.

5.4 Intégrer, et le débat sur l'efficacité

Figure 5. Sept ensembles d'intégration régionale. Trois faits. Un : ils ne couvrent pas l'aire — seize États et territoires n'appartiennent à aucun des sept, dont l'Égypte, le Soudan, l'Éthiopie et tout le Proche-Orient hors du Golfe. Deux : les appartenances se recoupent — la République démocratique du Congo et la Tanzanie relèvent à la fois de la Communauté d'Afrique de l'Est et de la SADC, et la carte les colorie à part pour le dire. Trois : deux de ces ensembles sont à l'arrêt ou nés d'une rupture — l'Union du Maghreb arabe n'a plus tenu de réunion de haut niveau depuis , et l'Alliance des États du Sahel est née du retrait de trois membres de la CEDEAO, effectif en janvier .

Définition 5.7Zone de libre-échange continentale africaine

Accord signé à Kigali le mars , entré en vigueur le mai , sous lequel les premiers échanges ont eu lieu le janvier . Il vise la suppression progressive des droits de douane sur l'essentiel des lignes tarifaires entre États africains. Cinquante-quatre États l'ont signé — l'Érythrée est le seul à ne pas l'avoir fait — et quarante-neuf avaient déposé leur instrument de ratification en .

Attention

Le chiffre qu'on attend ici — la part des échanges intra-africains dans le commerce du continent — mérite une mise en garde. On lit couramment « environ % », mais la CNUCED ne publie pas de série continentale isolée : elle range l'Afrique dans le groupe des régions dont les partenaires sont extra-régionaux pour à % des exportations. Ce qui est en revanche mesuré et directement comparable, ce sont les régions de référence : % des exportations européennes et % des exportations asiatiques restent dans leur propre région (CNUCED, données ). L'écart est le fait ; le chiffre africain exact est à citer avec sa source, ou pas du tout.

Exemple 5.8Pourquoi les intégrations africaines pèsent peu

Quatre raisons, indépendantes de la volonté politique. Un : les économies voisines exportent souvent les mêmes produits primaires, donc n'ont pas grand-chose à s'échanger. Deux : les infrastructures de transport ont été tracées des mines et des plantations vers les ports, non d'un pays à l'autre — l'héritage du chapitre 4 pèse ici directement. Trois : les appartenances se recoupent, un même État relevant de deux ou trois ensembles aux règles d'origine différentes. Quatre : les recettes douanières représentent une part importante des budgets, et les abaisser coûte immédiatement là où le gain est différé.

Auteur : Kako Nubukpo (né en 1968) — la souveraineté monétaire en question

Économiste togolais, ancien ministre, commissaire de l'UEMOA depuis (Sortir l'Afrique de la servitude monétaire, ; L'urgence africaine, ). La thèse. Le franc CFA, créé en et arrimé à l'euro depuis à la parité fixe de , garantit une inflation basse mais prive les quatorze États qui l'emploient de tout levier de change et de politique monétaire, et cette stabilité profite surtout aux importateurs et aux exportateurs de rente. Le point à connaître. La réforme annoncée fin a mis fin au dépôt d'une partie des réserves au Trésor français et au nom même de la monnaie ; l'eco n'a toutefois toujours pas été lancé, la date-cible étant repoussée à . La critique à connaître. Ses contradicteurs répondent qu'une monnaie flottante n'ajouterait un levier que si l'appareil productif pouvait répondre à une dépréciation — ce qui est précisément l'objet du débat.

Figure 6. Le développement se mesure aussi à ce qui manque : deux indicateurs, l'Afrique subsaharienne comparée au monde, à la même échelle. Un : % de la population subsaharienne vit sous le seuil international de dollars par jour, contre % dans le monde — plus de quatre fois plus. Deux : % ont accès à l'électricité, contre % dans le monde ; l'Agence internationale de l'énergie estime que des millions de personnes privées d'électricité dans le monde vivent en Afrique subsaharienne, soit quatre sur cinq.

Méthode : Traiter un sujet sur l'efficacité des politiques de développement

  • Nommer la trajectoire. Rente, revenu intermédiaire, pays le moins avancé : la même politique n'a pas le même effet sur les trois.
  • Distinguer le flux et le levier. L'aide, les transferts et l'investissement ne se pilotent pas depuis le même endroit, et un seul des trois est décidé par un gouvernement du Nord.
  • Dater et sourcer. Un montant d'aide de décrit un monde disparu ; une valeur d'IDH porte l'année de la donnée, non celle du rapport.
  • Ne pas conclure d'un échec local à un échec général. Les essais contrôlés mesurent des dispositifs, pas des stratégies.
  • Refuser les deux récits symétriques. « L'aide a tout raté » et « il suffirait d'aider davantage » sont deux façons d'éviter la question de qui décide.
Important

Trois idées à retenir. Un : l'aire n'a pas une trajectoire mais au moins trois, et le débat sur « le » développement africain confond des cas qui n'ont ni le même moteur ni la même contrainte. Deux : les instruments extérieurs — aide, dette, investissement — ont produit des résultats réels et des dépendances réelles, et le second cycle d'endettement montre qu'un effacement de dette sans changement de structure ne fait que reporter l'échéance. Trois : l'intégration régionale est l'instrument dont l'aire dispose en propre, et son faible rendement tient autant à des héritages matériels — des routes tracées vers les ports — qu'à des volontés politiques. Reste ce que ce chapitre a laissé de côté : les conflits, les ingérences et la compétition des puissances extérieures, qui font l'objet du chapitre 6.

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