L'environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire
Cours complet · HGGSP (terminale), chapitre 5 · terminale, spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques
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Le 22 avril 1970, vingt millions d'Américains — un adulte sur dix — descendent dans la rue pour le premier Earth Day. Huit mois plus tard, un président républicain, Richard Nixon, installe l'Environmental Protection Agency. La même année, à Paris, le gouvernement prépare la création d'un ministère chargé de « la protection de la nature et de l'environnement », que Robert Poujade inaugure en janvier 1971 et dont il écrira, quatre ans plus tard, qu'il fut « le ministère de l'impossible ». En moins de deux ans, un mot jusque-là réservé aux géographes et aux biologistes est devenu une catégorie de l'action publique, puis un objet de négociation entre États : la conférence de Stockholm, en juin 1972, est la première conférence mondiale des Nations unies consacrée à l'environnement.
Cette soudaineté est trompeuse. Les sociétés n'ont pas attendu 1970 pour transformer leurs milieux, ni pour s'inquiéter de les épuiser : l'ordonnance forestière de Colbert date de 1669, le premier parc national du monde de 1872, et l'idée qu'une ressource doit être prélevée de manière à ne pas compromettre son renouvellement a été formulée en allemand dès 1713. Ce qui change au XXe siècle, ce n'est pas la conscience du dommage : c'est son échelle. Un défrichement se répare à l'échelle d'un massif ; une modification de la composition de l'atmosphère ne se répare nulle part, et engage tous les États à la fois, y compris ceux qui n'en sont pas responsables.
Problématique. Comment les sociétés ont-elles articulé, depuis l'époque moderne, l'exploitation de leurs milieux et le souci de les préserver — et pourquoi le passage d'un enjeu local à un enjeu planétaire, avec le changement climatique, transforme-t-il l'environnement en objet de rivalité et de coopération entre les États ?
5.1 Introduction : Qu'est-ce que l'environnement ?
5.1.1 Définitions, représentations, évolutions de la notion d'environnement
Le mot est ancien, la notion est récente. « Environner » existe en français depuis le Moyen Âge, et « environnement » désigne longtemps, banalement, ce qui entoure. Son sens actuel — l'ensemble des éléments naturels et des conditions physiques, chimiques et biologiques dans lesquelles vit une société, considérés du point de vue de leur altération par celle-ci — s'impose seulement dans les années 1960 et 1970, par emprunt à l'anglais environment. Le mot est donc contemporain de l'inquiétude qui l'a fait naître : c'est un fait de langue qui devrait déjà mettre en garde contre toute idée d'un « environnement » existant en soi, indépendamment du regard qu'une société porte sur lui.
La notion se construit à l'intersection de trois généalogies distinctes.
- Une généalogie savante. Le naturaliste allemand Ernst Haeckel forge en 1866 le mot écologie pour désigner la science des relations entre les organismes et leur milieu. La discipline se dote au XXe siècle d'un concept opératoire, celui d'écosystème (Arthur Tansley, 1935), puis de biosphère, et fournit à l'écologie politique son vocabulaire — sans se confondre avec elle : l'écologie est une science, l'écologisme un courant politique, et les confondre est l'une des erreurs les plus fréquentes en dissertation.
- Une généalogie de la dénonciation. Dès 1864, l'Américain George Perkins Marsh publie Man and Nature, premier ouvrage à démontrer, à partir de l'exemple méditerranéen, que des civilisations entières ont détruit leur base écologique. La filiation court jusqu'à Printemps silencieux de la biologiste Rachel Carson (1962), enquête sur les pesticides organochlorés qui atteint le grand public américain et débouchera sur l'interdiction du DDT aux États-Unis en 1972.
- Une généalogie gestionnaire. Elle est plus ancienne encore et vient de la forêt : c'est l'idée qu'une ressource renouvelable doit être prélevée au rythme de son renouvellement. Le mot allemand Nachhaltigkeit — « soutenabilité » — apparaît sous la plume du maître des mines saxon Hans Carl von Carlowitz en 1713 : il ne s'agissait pas d'écologie mais de comptabilité minière et forestière.
Ces trois fils se nouent autour de 1970-1972, moment de bascule. Le rapport commandé par le Club de Rome à une équipe du Massachusetts Institute of Technology, publié en 1972 sous le titre The Limits to Growth — le « rapport Meadows » —, énonce pour la première fois, à l'aide d'un modèle informatique, l'idée d'une limite physique à la croissance dans un monde fini. La conférence des Nations unies sur l'environnement se tient à Stockholm du 5 au 16 juin 1972 et donne naissance au Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), dont le siège est installé à Nairobi — première institution onusienne majeure implantée en Afrique. Quinze ans plus tard, le rapport Notre avenir à tous de la commission présidée par la Norvégienne Gro Harlem Brundtland (1987) impose la formule qui fera fortune : un développement « qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».
Ensemble des composantes naturelles (air, eau, sols, vivant, climat) d'un espace donné, considérées dans leurs interactions avec les sociétés qui l'occupent. La notion n'est pas seulement physique : elle est historique (elle date des années 1960-1970), sociale (ce qui est perçu comme une nuisance varie selon les groupes et les époques) et politique (elle désigne un domaine d'action publique, des ministères, des lois, des conférences internationales). On ne parle pas d'« environnement » au Moyen Âge, non parce qu'il n'existait pas, mais parce que personne ne le pensait comme un ensemble à protéger.
Le milieu est l'ensemble des conditions naturelles d'un lieu ; il devient ressource lorsqu'une société dispose de la technique et du besoin qui la rendent exploitable — le pétrole n'est une ressource que depuis le XIXe siècle, l'uranium depuis 1945, le lithium depuis peu. La ressource n'est donc pas un donné mais un construit : c'est l'une des idées les plus utiles de la géographie pour ce thème. À l'inverse, on appelle aménité un élément du milieu qui a de la valeur sans être prélevé — un paysage, un silence, une qualité d'air —, et dont la protection entre fréquemment en concurrence avec l'exploitation.
5.1.2 Un regard sur l'histoire de l'environnement
L'histoire environnementale s'est constituée en champ autonome aux États-Unis dans les années 1970 — l'American Society for Environmental History est fondée en 1977 — avant de se diffuser en Europe. Elle ne consiste pas à ajouter un décor naturel au récit historique, mais à faire du milieu un acteur : les sols, les épidémies, les climats et les énergies y ont une historicité propre, qui interfère avec celle des sociétés.
Trois apports méritent d'être retenus pour ce thème.
Le premier est la longue durée.
Les sociétés ont transformé leurs milieux bien avant l'industrie : défrichements néolithiques, terrasses agricoles, drainages médiévaux, déforestation méditerranéenne antique. Une lecture qui ferait commencer la dégradation avec les usines manque l'essentiel et laisse croire, à tort, que les sociétés préindustrielles vivaient en harmonie avec la nature.
Le deuxième est la critique du « récit de la prise de conscience ».
On raconte volontiers que l'humanité aurait longtemps détruit sans savoir, puis se serait « éveillée » vers 1970. Les historiens Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz ont montré, dans L'Événement Anthropocène (2013), que les alertes sont contemporaines des dégâts eux-mêmes : au XVIIIe et au XIXe siècle, les effets de la déforestation sur le climat local, la toxicité des fumées industrielles ou la pollution des rivières font l'objet de rapports, de procès et de réglementations. Ce n'est pas l'ignorance qu'il faut expliquer, mais le fait que le savoir n'ait pas empêché l'action : la formule de Fressoz, « l'apocalypse joyeuse », désigne cette capacité des sociétés à savoir et à continuer.
Le troisième est la proposition de l'Anthropocène.
En 2000, le chimiste de l'atmosphère Paul Crutzen, prix Nobel de chimie 1995 pour ses travaux sur la couche d'ozone, propose avec le biologiste Eugene Stoermer de nommer Anthropocène une nouvelle époque géologique où l'humanité serait devenue une force géologique majeure. La proposition a été soumise aux instances de la stratigraphie, qui, après près de quinze ans de travaux, ont rejeté en 2024 sa formalisation comme époque géologique. Le terme n'en reste pas moins massivement employé en sciences sociales, et le débat sur son nom même est instructif : faut-il dire Anthropocène (l'humanité), Capitalocène (un système économique), ou reconnaître que quelques pays et quelques firmes portent l'essentiel de la responsabilité ? La question du sujet responsable est déjà une question politique.
Terme proposé en 2000 par Paul Crutzen et Eugene Stoermer pour désigner une époque où les activités humaines sont devenues le principal facteur de transformation du système Terre. Sa date de départ est discutée : le Néolithique (hypothèse de William Ruddiman, 2003), la conquête des Amériques et son effondrement démographique, la machine à vapeur autour de 1800, ou la « grande accélération » de l'après-1945, marquée par les retombées radioactives des essais nucléaires. Sa formalisation comme unité géologique a été rejetée en 2024 ; il demeure un concept de sciences humaines, très fécond et très discuté.
Propriété : Trois mots à ne jamais confondre
- Exploiter : prélever une ressource pour la transformer en richesse. L'exploitation n'est pas en soi une destruction : toute société exploite son milieu, et la question est celle du rythme.
- Préserver : maintenir un espace ou une espèce hors de l'exploitation, dans un état jugé « naturel ». C'est la logique du parc national, de la réserve intégrale, de la wilderness américaine.
- Protéger : encadrer l'exploitation par des règles pour qu'elle puisse durer. C'est la logique du code forestier, du quota de pêche, de la norme d'émission.
Préserver et protéger ne sont pas synonymes, et leur opposition traverse tout le thème : c'est celle de John Muir et de Gifford Pinchot aux États-Unis, celle de la réserve intégrale et de la forêt gérée, celle du « sanctuaire » et du « développement durable ».
Méthode : Se documenter sur un dossier environnemental
Les sujets d'environnement exposent plus que d'autres à trois pièges de documentation. Quatre réflexes les évitent.
- Distinguer le fait mesuré, la projection et l'opinion. La concentration de CO dans l'atmosphère est mesurée ; le réchauffement à l'horizon 2100 est projeté sous hypothèses ; le caractère « acceptable » d'un seuil est un jugement politique. Une copie qui les mélange perd sa crédibilité.
- Remonter à l'institution productrice. Le GIEC ne fait pas de recherche : il évalue et synthétise la littérature publiée, et ses résumés à l'intention des décideurs sont approuvés ligne à ligne par les États. Le PNUE, l'Agence internationale de l'énergie, l'Inventaire forestier national, le Citepa produisent chacun des séries dont la méthode diffère.
- Dater et situer l'échelle. « Les émissions baissent » n'a pas le même sens selon qu'on parle d'un pays, d'un continent ou du monde, des émissions produites sur le territoire ou de l'empreinte carbone qui inclut les importations : l'écart entre les deux est considérable pour la France.
- Nommer les controverses au lieu de trancher. La date de l'Anthropocène, le rôle du climat dans les crises de l'Ancien Régime, la portée réelle de l'accord de Paris : ce sont des débats savants. Les exposer vaut mieux, dans une copie de spécialité, que de choisir un camp sans le dire.
5.2 Axe 1 — Exploiter, préserver et protéger
Les deux jalons de cet axe posent la même question à deux échelles de temps différentes : à quelles conditions une société peut-elle prélever durablement dans son milieu ? Le premier suit une ressource unique, la forêt française, sur trois siècles et demi de politiques publiques. Le second change d'échelle et interroge deux « ruptures » que l'on présente comme les grands tournants de l'histoire des rapports entre les sociétés et leurs milieux.
5.2.1 Jalon 1 — Exploiter et protéger une ressource « naturelle » : la
forêt française depuis Colbert
Problématique du jalon. Comment un État a-t-il pu, pendant trois siècles et demi, augmenter à la fois le prélèvement et la surface d'une même ressource — et pourquoi cette réussite apparente ne dit-elle rien de l'état écologique de la forêt d'aujourd'hui ?
Avant Colbert : une forêt déjà réglementée et déjà rétrécie.
La forêt française n'a rien d'un espace vierge. Les grands défrichements des XIe-XIIIe siècles, portés par la croissance démographique et par les ordres monastiques, ont réduit le couvert forestier à une fraction de son étendue antérieure. La réglementation suit aussitôt : l'ordonnance de Brunoy, prise par Philippe VI en 1346, prescrit déjà que les forêts royales soient gérées de manière à se maintenir « en bon état et soutenance perpétuelle ». La formule est frappante, car elle énonce, quatre siècles avant le mot allemand Nachhaltigkeit, l'idée de rendement soutenu. Ce n'est pas de l'écologie : c'est de la gestion patrimoniale d'un revenu royal.
L'ordonnance de 1669 : la forêt comme arsenal.
Jean-Baptiste Colbert, contrôleur général des finances et secrétaire d'État à la Marine, fait promulguer en août 1669 la grande ordonnance sur le fait des Eaux et Forêts. Son intention n'est pas de protéger la nature : elle est de garantir à la marine de guerre les bois d'œuvre — chênes de haute futaie pour les membrures, sapins des Vosges et du Jura pour les mâts — dont elle manquait. On prête souvent à Colbert la formule « la France périra faute de bois » ; l'attribution est incertaine, mais elle résume exactement la crainte de l'époque.
Le texte est d'une modernité administrative remarquable et il fonde, pour trois siècles, la doctrine forestière française.
- Il impose l'aménagement : division du massif en coupes ordonnées, réserve d'un nombre fixé de « baliveaux » par arpent lors des coupes de taillis, afin de garantir la relève.
- Il crée une administration spécialisée, la maîtrise des Eaux et Forêts, dotée de pouvoirs de police et de justice, et lance une réformation — un vaste recensement contradictoire des droits, mené région par région à partir de 1661, dont les procès-verbaux, tel celui de Louis de Froidour en Languedoc et dans les Pyrénées, sont aujourd'hui une source majeure des historiens.
- Il restreint les usages collectifs : pâturage en forêt, glandée, affouage, essartage. C'est le point de conflit. L'ordonnance transfère au roi et aux propriétaires la maîtrise d'un espace dont les communautés paysannes vivaient. La « protection » de la forêt est d'emblée une opération de pouvoir sur des hommes autant qu'un souci de la ressource.
Le XIX<sup>e</sup> siècle : le minimum forestier et la reconquête.
La Révolution disperse une partie des forêts ecclésiastiques et royales comme biens nationaux ; les besoins en bois de chauffage, en charbon de bois pour les forges et en défrichements agricoles culminent. Vers 1830, la surface boisée de la France atteint son minimum historique, de l'ordre de neuf millions d'hectares. C'est le point le plus bas d'un millénaire.
Le redressement est l'œuvre d'un État qui se dote d'outils durables.
- L'École royale forestière de Nancy, créée en 1824, forme un corps d'ingénieurs sur le modèle allemand ; la sylviculture devient une science d'État.
- Le Code forestier de 1827 refond l'ordonnance de 1669, soumet les forêts publiques au « régime forestier » et pénalise les délits d'usage. Il provoque des révoltes, dont la « guerre des Demoiselles » en Ariège à partir de 1829, où des paysans déguisés s'opposent aux gardes : la réglementation de la ressource est vécue comme une dépossession.
- La loi du 19 juin 1857 ordonne l'assainissement et la mise en valeur des Landes de Gascogne ; le drainage des marécages et la plantation du pin maritime y créent, en quelques décennies, la plus vaste forêt artificielle d'Europe occidentale, environ un million d'hectares. C'est une forêt de production, plantée, monospécifique, dont la vulnérabilité au feu et à la tempête est aujourd'hui l'un des sujets du débat forestier.
- Les lois de restauration des terrains en montagne — 28 juillet 1860, 8 juin 1864, 4 avril 1882 — permettent d'exproprier et de reboiser les versants pour lutter contre l'érosion et les crues torrentielles. Elles se heurtent aux éleveurs, dont elles suppriment les parcours. Là encore, protéger un milieu, c'est arbitrer entre des usages sociaux.
Le XX<sup>e</sup> siècle : la forêt de production.
La loi du 30 septembre 1946 institue le Fonds forestier national, alimenté par une taxe sur les produits forestiers, qui subventionne pendant un demi-siècle le boisement et l'enrésinement de terres agricoles abandonnées — le fonds est supprimé en
- La loi de finances du 23 décembre 1964 crée l'Office national des forêts, établissement public entré en fonction en 1966, qui gère les forêts domaniales et celles des collectivités.
La structure de la propriété explique une grande part des difficultés de la politique forestière française : environ les trois quarts de la forêt métropolitaine appartiennent à des propriétaires privés, souvent en parcelles très petites et très nombreuses, ce qui rend la mobilisation du bois difficile et la gestion inégale. La forêt publique, mieux suivie, ne représente qu'une minorité de la surface.
Aujourd'hui : une forêt qui gagne en surface et perd en santé.
La France métropolitaine compte environ 17 millions d'hectares de forêt, soit près d'un tiers du territoire : la surface a presque doublé depuis 1830 et continue de progresser, essentiellement par déprise agricole en montagne et dans le Massif central. Ce succès quantitatif masque trois fragilités.
- Les tempêtes. Les 26 et 27 décembre 1999, Lothar et Martin mettent à terre de l'ordre de 140 millions de mètres cubes de bois ; le 24 janvier 2009, Klaus abat plus de 40 millions de mètres cubes dans le seul massif landais. Les monocultures équiennes y sont particulièrement exposées.
- Les sécheresses et les ravageurs. Depuis 2018, une crise sanitaire majeure frappe les épicéas du Grand Est et de Bourgogne – Franche-Comté, où les scolytes profitent d'arbres affaiblis par la chaleur ; des massifs entiers ont dû être coupés. Le hêtre et le sapin reculent en vitalité sur une partie de leur aire.
- Le feu. L'été 2022 a brûlé environ 30 000 hectares en Gironde, à La Teste-de-Buch puis à Landiras, et de l'ordre de 70 000 hectares dans l'ensemble du pays — un niveau sans équivalent depuis les grands incendies des années 1970. Le risque remonte vers le nord et l'ouest.
Conséquence décisive pour le thème : le puits de carbone forestier français s'est fortement réduit depuis le milieu des années 2010, sous l'effet conjugué d'une mortalité accrue, d'un ralentissement de la croissance et d'une récolte soutenue. Une forêt qui s'étend peut donc absorber moins de carbone qu'auparavant : le chiffre de surface, à lui seul, ne dit rien de la fonction écologique.
Le débat contemporain.
Il oppose deux modèles. D'un côté, une sylviculture de production intensive — futaie régulière, coupes rases, plantation d'essences adaptées au climat futur, valorisation énergétique du bois —, soutenue par les objectifs de décarbonation et par la filière ; le plan de relance de 2020 a financé le renouvellement de dizaines de milliers d'hectares, et un objectif d'« un milliard d'arbres en dix ans » a été annoncé en 2022. De l'autre, une sylviculture continue et mélangée — futaie irrégulière, régénération naturelle, maintien d'arbres morts et de vieux bois —, défendue au nom de la biodiversité et de la résilience. Le débat porte aussi sur le statut du bois-énergie : neutre en carbone à l'échelle du cycle de l'arbre, il ne l'est pas à l'échelle de la décennie qui compte pour le climat. C'est une controverse ouverte, scientifique autant que politique : il faut l'exposer, non la trancher.
1346 : ordonnance de Brunoy. Août 1669 : ordonnance de Colbert sur les Eaux et Forêts. 1713 : von Carlowitz formule la Nachhaltigkeit. 1824 : École forestière de Nancy. 1827 : Code forestier. Vers 1830 : minimum forestier, environ 9 millions d'hectares. 1857 : loi sur les Landes de Gascogne. 1860-1882 : lois de restauration des terrains en montagne. 1946 : Fonds forestier national. 1964-1966 : création de l'Office national des forêts. 1999 et 2009 : tempêtes Lothar-Martin et Klaus. 2022 : incendies de Gironde.
5.2.2 Jalon 2 — Le rôle des individus et des sociétés dans l'évolution des
milieux : « révolution néolithique » et « révolution industrielle », deux ruptures ?
Problématique du jalon. Le Néolithique et l'industrialisation sont-ils deux ruptures de même nature dans le rapport des sociétés à leurs milieux — et le mot « révolution » convient-il à des processus qui se comptent en millénaires pour l'un, en décennies pour l'autre ?
Le Néolithique : un processus, pas un événement.
L'expression « révolution néolithique » est due au préhistorien australien Vere Gordon Childe, qui la forge dans les années 1930 par analogie explicite avec la révolution industrielle. Elle désigne l'adoption conjointe de l'agriculture, de l'élevage, de la céramique, de la pierre polie et de la sédentarité.
Les faits établis sont les suivants. La domestication des premières plantes — blé amidonnier et engrain, orge, lentille, pois, pois chiche, lin — et des premiers animaux — chèvre, mouton, porc, bœuf — s'opère au Proche-Orient, dans le Croissant fertile, à partir d'environ 10 000 ans avant notre ère. Le processus se diffuse ensuite vers l'ouest par deux voies, danubienne et méditerranéenne, atteignant l'Europe balkanique vers 6500, le bassin méditerranéen occidental vers 5800 et la façade atlantique vers 5000 avant notre ère. D'autres foyers indépendants existent : Chine du Nord et du Sud, Mésoamérique, Andes, Nouvelle-Guinée, Sahel.
Les conséquences environnementales sont massives et durables.
- Un paysage entièrement remodelé. Défrichement par le feu et par la hache, ouverture de clairières, pâturage, mise en culture : l'Europe tempérée cesse d'être une forêt continue. Les analyses polliniques permettent de dater ces ouvertures avec précision.
- L'érosion des sols, première pollution durable de l'histoire, attestée par l'accumulation de colluvions dans les fonds de vallée.
- Un basculement démographique. La population mondiale, de l'ordre de quelques millions d'individus au début du Néolithique, atteint peut-être 250 millions au début de notre ère : c'est un changement de deux ordres de grandeur, obtenu par un système alimentaire plus productif par hectare mais plus fragile.
- De nouvelles maladies. La proximité durable avec les troupeaux ouvre la voie aux zoonoses ; la sédentarité et la densité créent les conditions des épidémies.
Le débat porte sur le mot « révolution ». Trois objections sont régulièrement formulées. La transition s'étale sur plusieurs millénaires : à l'échelle vécue, aucune génération n'a « changé de monde ». Elle n'est pas irréversible ni linéaire : des groupes reviennent à la chasse et à la cueillette, d'autres combinent longtemps les deux. Enfin, sa cause reste discutée — pression démographique, amélioration climatique de l'Holocène, contraintes sociales et religieuses. Le préhistorien Jean-Paul Demoule a ainsi contesté l'usage même du terme, qui projette sur la préhistoire une grille empruntée au XIXe siècle européen. En dissertation, écrire « révolution néolithique » entre guillemets et justifier ce choix vaut mieux que de l'employer naïvement.
Transformation d'un milieu par l'action humaine, directe (défrichement, mise en culture, urbanisation) ou indirecte (introduction d'espèces, modification du régime des eaux, altération de la composition atmosphérique). Le Néolithique inaugure l'anthropisation extensive des surfaces continentales ; l'industrialisation y ajoute l'anthropisation des cycles — carbone, azote, phosphore — c'est-à-dire du fonctionnement même du système Terre.
La révolution industrielle : le changement de régime énergétique.
La seconde rupture est datée avec bien plus de précision : elle commence en Grande-Bretagne dans les années 1780, se diffuse en Belgique, en France, en Allemagne puis aux États-Unis au cours du XIXe siècle. Sa nouveauté décisive n'est ni la machine ni l'usine, c'est le basculement d'une énergie de flux à une énergie de stock. Jusque-là, une société vivait de ce que le soleil produisait chaque année — biomasse, force animale, vent, eau courante — et son plafond énergétique était fixé par la surface disponible. Le charbon, puis le pétrole et le gaz, donnent accès à des millions d'années de photosynthèse accumulée. Le plafond saute.
L'historien suédois Andreas Malm a montré, dans Fossil Capital (2016), que le passage de la roue hydraulique à la machine à vapeur dans le coton britannique ne s'explique pas par un avantage de coût de l'énergie — l'eau était souvent moins chère — mais par la possibilité d'installer l'usine en ville, près d'une main-d'œuvre nombreuse et disciplinable. Le choix des énergies fossiles a donc aussi été un choix social : c'est un argument précieux, parce qu'il détache l'histoire environnementale du récit purement technique.
Les conséquences se lisent dans l'atmosphère elle-même. La concentration de CO y était d'environ 280 parties par million avant 1800 ; elle dépasse 420 ppm au début des années 2020, niveau sans équivalent depuis plusieurs centaines de milliers d'années, établi par les carottes glaciaires. Le sixième rapport du GIEC, dont le rapport de synthèse a été publié en mars 2023, établit que la température moyenne de la décennie 2011-2020 dépassait d'environ 1,1 °C celle de la période 1850-1900, et attribue « sans équivoque » ce réchauffement aux activités humaines. Selon le service européen Copernicus, l'année 2024 a été la première année civile dont la température moyenne a dépassé de plus de 1,5 °C le niveau préindustriel — ce qui ne signifie pas que la limite de l'accord de Paris, définie sur des moyennes pluriannuelles, soit franchie, mais indique la vitesse du mouvement.
La « grande accélération » : une troisième rupture ?
Depuis les travaux de Will Steffen et de ses collègues, on désigne sous ce nom le décrochage simultané, à partir de 1945-1950, d'une vingtaine d'indicateurs socio-économiques (population, PIB, consommation d'eau, d'engrais, d'énergie, transports, tourisme) et d'indicateurs du système Terre (CO, méthane, protoxyde d'azote, acidification océanique, perte de forêt tropicale, extinctions). Beaucoup d'historiens jugent aujourd'hui que la véritable rupture environnementale se situe là, et non en 1800 : en une seule vie humaine, l'humanité a consommé davantage d'énergie fossile que dans toute son histoire antérieure.
Propriété : Deux ruptures, trois différences
- La durée. Le Néolithique se compte en millénaires et en diffusions ; l'industrialisation en décennies. Le mot « révolution » n'a donc pas le même sens dans les deux cas.
- L'échelle spatiale. Le Néolithique transforme des surfaces — des paysages, localement puis de proche en proche. L'industrialisation transforme des cycles planétaires : la composition de l'atmosphère est modifiée partout, y compris là où personne n'a jamais brûlé de charbon.
- La réversibilité. Une clairière se referme en un siècle. Une molécule de CO émise aujourd'hui influence le climat pendant des siècles, et la fonte des grandes calottes engage des millénaires. C'est cette irréversibilité qui fait de l'environnement un enjeu de relations internationales, et non une simple politique publique.
5.3 Axe 2 — Le changement climatique : approches historique et géopolitique
Le climat n'est pas un décor stable que les sociétés auraient récemment troublé. Il a toujours varié, et ces variations ont eu des effets. Le premier jalon installe cette profondeur historique — indispensable pour ne pas confondre fluctuation naturelle et réchauffement anthropique. Le second montre comment le climat, précisément parce qu'il est devenu un objet modifié par les sociétés, est entré dans le champ des relations internationales.
5.3.1 Jalon 1 — Les fluctuations climatiques et leurs effets : l'évolution
du climat en Europe du Moyen Âge au XIXe siècle
Problématique du jalon. Comment les historiens reconstituent-ils un climat dont personne ne mesurait la température — et que peut-on conclure, sans tomber dans le déterminisme, des effets de ses variations sur les sociétés européennes ?
Reconstituer un climat sans thermomètre.
Le thermomètre à échelle comparable date du début du XVIIIe siècle ; les séries instrumentales continues, comme la Central England Temperature, commencent en 1659. Pour les siècles antérieurs, l'historien procède par indicateurs indirects, que les climatologues appellent proxies.
- Les archives de la nature. Cernes de croissance des arbres (dendrochronologie), carottes de glace des Alpes et du Groenland, sédiments lacustres, pollens, moraines glaciaires datables.
- Les archives des sociétés. Registres paroissiaux, comptes de fabrique, chroniques monastiques, prix des grains, dates de gel des ports — et surtout, pour la France, les dates de ban des vendanges, consignées par les municipalités bourguignonnes. La série de Beaune a été reconstituée à partir de 1354 : parce que la date de vendange dépend étroitement des températures d'avril à juillet, elle fournit un thermomètre rétrospectif d'une remarquable finesse.
C'est la méthode d'Emmanuel Le Roy Ladurie, dont l'Histoire du climat depuis l'an mil (1967) fonde en France l'histoire du climat, prolongée par son Histoire humaine et comparée du climat (2004-2009). Son principe de méthode mérite d'être retenu : établir d'abord la série climatique par des sources indépendantes des sources sociales, puis seulement confronter les deux — faute de quoi on démontre ce que l'on a présupposé.
Deux périodes contrastées.
L'Europe connaît d'abord une anomalie climatique médiévale, souvent appelée « optimum médiéval », approximativement de 950 à 1250 : températures moyennes légèrement plus élevées, saisons de croissance allongées. On y associe traditionnellement l'expansion des défrichements, la croissance démographique, la vigne cultivée jusqu'en Angleterre et l'installation scandinave au Groenland — colonies qui disparaîtront au XVe siècle. Prudence toutefois : cette anomalie n'était ni synchrone ni uniforme à l'échelle du globe, à la différence du réchauffement actuel, et sa cause est naturelle.
Vient ensuite le Petit Âge glaciaire, du XIVe au milieu du XIXe siècle, avec un cœur particulièrement froid entre 1570 et 1850. Les causes en sont multiples et cumulatives :
- une activité solaire réduite, avec les minima de Spörer (vers 1460-1550), de Maunder (1645-1715) et de Dalton (vers 1790-1830) ;
- un volcanisme intense. L'éruption du Samalas, sur l'île de Lombok en 1257 — identifiée seulement en 2013 comme la source du pic de sulfates repéré dans les glaces —, est l'une des plus violentes du dernier millénaire. Celle du Laki, en Islande, en 1783-1784, précède un hiver européen redoutable. Celle du Tambora, en Indonésie, en avril 1815, la plus puissante de la période historique, provoque en 1816 « l'année sans été » : récoltes perdues, famines en Suisse et en Allemagne, émigration, et — détail révélateur de l'ampleur du phénomène — un été si maussade au bord du Léman que Mary Shelley y écrit Frankenstein ;
- une variabilité interne de la circulation océanique et atmosphérique.
Des effets, mais pas un destin.
Les corrélations sont nombreuses. La grande famine de 1315-1317, consécutive à trois années de pluies continues dans l'Europe du Nord, tue une part importante de la population des villes flamandes et affaiblit une société déjà en surpeuplement relatif, trente ans avant la peste noire. Les glaciers alpins avancent : à Chamonix, la Mer de Glace menace au XVIIe siècle les hameaux du fond de la vallée, au point que les habitants font venir en 1644 l'évêque de Genève pour bénir et exorciser les glaces. Le « grand hiver » de 1709, l'un des plus froids d'Europe depuis un demi-millénaire, gèle les oliviers de Provence, détruit les blés et provoque une mortalité massive. Le printemps et l'été 1788, marqués par la sécheresse puis par l'orage de grêle du 13 juillet, précèdent un hiver 1788-1789 très rigoureux : le prix du pain atteint son maximum à Paris en juillet 1789.
Il faut aussitôt corriger la tentation déterministe. La même sécheresse ne produit pas les mêmes effets dans deux sociétés différentes : tout dépend des stocks, des circuits commerciaux, de la fiscalité, de la capacité de l'État à approvisionner. La grêle de 1788 n'a pas fait la Révolution française ; elle a aggravé une crise fiscale, sociale et politique déjà ouverte. L'historien britannique Geoffrey Parker a proposé, dans Global Crisis (2013), de relier la « crise générale » du XVIIe siècle — guerres, révoltes, effondrements démographiques d'un bout à l'autre de l'Eurasie — au creux climatique du Petit Âge glaciaire ; sa thèse a été discutée précisément sur ce point, la part respective du climat et des structures politiques. Retenir la notion de vulnérabilité : le climat agit sur les sociétés à proportion de ce qu'elles sont.
Ce que ce jalon apprend pour le présent.
Trois enseignements, tous utilisables en dissertation.
- Le climat a toujours varié — et l'admettre n'affaiblit nullement le diagnostic actuel. Les variations passées avaient des causes naturelles identifiées, solaires et volcaniques ; celle d'aujourd'hui n'en a aucune de cet ordre et suit exactement la courbe des émissions.
- L'amplitude et la vitesse diffèrent. Le Petit Âge glaciaire représente, en moyenne hémisphérique, quelques dixièmes de degré sur des siècles ; le réchauffement en cours dépasse un degré en un siècle et demi, et il est global.
- Les effets sociaux passent par la vulnérabilité. C'est exactement ce que dit aujourd'hui le GIEC en distinguant aléa, exposition et vulnérabilité — et c'est ce qui fonde, dans les négociations internationales, la revendication d'aide à l'adaptation des pays les plus exposés.
5.3.2 Jalon 2 — Le climat, enjeu des relations internationales : les
accords internationaux (Sommets de la Terre, COP…)
Problématique du jalon. Comment des États souverains, inégalement responsables et inégalement exposés, ont-ils tenté en cinquante ans de gouverner un bien qui n'appartient à personne — et pourquoi le régime le plus efficace n'est-il pas celui qui contraint le plus ?
Le problème posé.
Le climat est le cas d'école du bien commun mondial : l'atmosphère est indivisible, nul ne peut être exclu de son usage, et une tonne de CO produit le même effet quel que soit son lieu d'émission. Il en résulte une structure d'incitations perverse, que les économistes nomment le problème du passager clandestin : chaque État a intérêt à ce que les autres réduisent leurs émissions, et intérêt à ne pas réduire les siennes. Garrett Hardin en avait donné en 1968 une formulation pessimiste, « la tragédie des communs », dont il concluait à la nécessité de la propriété privée ou de la coercition. L'économiste Elinor Ostrom, prix Nobel d'économie 2009, a montré à l'inverse, dans Governing the Commons (1990), que des communautés savent gérer durablement des ressources partagées à condition de disposer de règles élaborées collectivement, de dispositifs de contrôle mutuel et de sanctions graduées. Le régime climatique international peut se lire comme une tentative d'appliquer les conditions d'Ostrom à l'échelle d'une planète, avec 190 et quelques États et aucune autorité supérieure.
Ressource ou milieu dont l'usage concerne l'humanité entière et qu'aucun État ne peut gérer seul : atmosphère, climat, haute mer, couche d'ozone, biodiversité. Sa gouvernance ne peut être que conventionnelle — c'est-à-dire fondée sur des traités entre souverains —, ce qui explique à la fois la lenteur des négociations et la faiblesse des sanctions.
Première génération : poser le cadre (1972-1992).
La conférence de Stockholm (5-16 juin 1972) inaugure la diplomatie environnementale et crée le PNUE. La première conférence mondiale sur le climat se tient à Genève en 1979, suivie de la conférence scientifique de Villach en 1985. En 1987, le protocole de Montréal sur les substances qui appauvrissent la couche d'ozone, signé le 16 septembre, devient le modèle absolu : un objectif quantifié, un calendrier, un fonds pour les pays en développement, un mécanisme de révision, une ratification universelle. Il fonctionne — la couche d'ozone se reconstitue lentement — mais il portait sur quelques molécules produites par une poignée d'industriels, pour lesquelles des substituts existaient : le contraste avec le CO, coproduit de toute l'économie, explique pourquoi la recette n'a pas pu être transposée.
En 1988, le PNUE et l'Organisation météorologique mondiale créent le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, qui publie son premier rapport en 1990. Le Sommet de la Terre de Rio (3-14 juin 1992) adopte la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques — entrée en vigueur le 21 mars 1994 —, la Convention sur la diversité biologique et l'Agenda 21. La convention-cadre pose l'objectif de « stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique » et, surtout, le principe des responsabilités communes mais différenciées : tous les États sont concernés, mais les pays industrialisés, historiquement responsables, doivent agir les premiers. Ce principe est le nerf de toutes les négociations ultérieures.
Deuxième génération : contraindre par le haut (1997-2009).
Le protocole de Kyoto, adopté le 11 décembre 1997, impose pour la première fois des objectifs chiffrés et juridiquement contraignants : une réduction moyenne de 5,2 % des émissions des pays industrialisés — les pays dits de l'annexe I — entre 2008 et 2012, par rapport à 1990. Il invente les « mécanismes de flexibilité » : marché de permis d'émission, mise en œuvre conjointe, mécanisme pour un développement propre.
Son échec relatif est instructif. Le Sénat des États-Unis avait adopté par 95 voix contre 0, le 25 juillet 1997, la résolution Byrd-Hagel, qui interdisait par avance de ratifier un traité n'imposant pas d'obligations aux pays en développement : Washington signe en 1998 mais ne ratifie jamais, et l'annonce du retrait par George W. Bush en 2001 achève de vider le protocole de sa substance. Il n'entre en vigueur que le 16 février 2005, après la ratification russe ; le Canada s'en retire en 2011. Restent, à la fin de la première période, des États couvrant une minorité des émissions mondiales. La conférence de Copenhague (COP15, décembre 2009), qui devait produire un successeur contraignant, s'achève sur un texte négocié en marge par quelques chefs d'État, dont la conférence se borne à « prendre note ». C'est l'échec de la méthode descendante.
Troisième génération : engager par le bas (2015- ).
L'accord de Paris, adopté le 12 décembre 2015 à la COP21 et entré en vigueur le 4 novembre 2016, renverse la logique. Il fixe un objectif collectif — contenir le réchauffement « nettement en dessous de 2 °C » et poursuivre les efforts pour le limiter à 1,5 °C — mais laisse chaque État définir lui-même sa contribution déterminée au niveau national. Aucune sanction ; en revanche, une obligation de transparence, un cycle de révision tous les cinq ans avec principe de non-régression, et un bilan mondial périodique. C'est un pari : celui que la publicité, la comparaison et la pression des pairs feront ce que la contrainte n'a pas su faire. Sa force est son universalité — 195 parties, pays développés et en développement engagés ensemble pour la première fois — ; sa faiblesse est l'écart persistant entre la somme des contributions et l'objectif. Selon les rapports annuels du PNUE sur l'écart des émissions, les politiques actuellement en vigueur conduisent à un réchauffement de l'ordre de 2,5 à 3 °C d'ici la fin du siècle.
Les conférences suivantes déplacent lentement les lignes. Le rapport spécial du GIEC d'octobre 2018 sur un réchauffement de 1,5 °C fait basculer la référence collective du seuil de 2 vers celui de 1,5. La COP26 de Glasgow (2021) obtient, pour la première fois, une mention explicite du charbon dans un texte final — mais l'expression « sortie » y est remplacée à la dernière minute par « réduction », à la demande de l'Inde soutenue par la Chine. La COP27 de Charm el-Cheikh (2022) crée un fonds « pertes et préjudices » destiné aux pays vulnérables, revendication portée depuis trente ans par l'Alliance des petits États insulaires. La COP28 de Dubaï (2023) rend public le premier bilan mondial et appelle, dans un texte pour la première fois explicite, à « opérer une transition hors des énergies fossiles » dans les systèmes énergétiques. La COP29 de Bakou (2024) fixe un nouvel objectif collectif de financement climatique, porté à 300 milliards de dollars par an d'ici 2035, jugé très insuffisant par les pays en développement. La COP30 s'est tenue à Belém, au Brésil, en novembre 2025.
Une géopolitique des lignes de fracture.
Les négociations climatiques sont un objet de science politique autant que de diplomatie. Trois clivages les structurent.
- Émissions présentes contre émissions historiques. La Chine est aujourd'hui le premier émetteur mondial, avec de l'ordre de 30 % des émissions de CO ; mais en cumul depuis 1850, les États-Unis restent les premiers responsables, devant l'Union européenne. Selon l'indicateur retenu, la responsabilité change de camp — c'est pourquoi le choix de l'indicateur est lui-même un enjeu de négociation.
- Émissions territoriales contre empreinte. Un pays qui désindustrialise réduit ses émissions territoriales tout en important des biens produits ailleurs : l'écart entre les deux comptabilités est considérable pour les pays européens. Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières adopté par l'Union européenne vise cet écart, et il est contesté comme protectionniste par plusieurs pays émergents.
- Coalitions. Le G77 et la Chine, l'Alliance des petits États insulaires — créée en 1990 et pour qui la question est existentielle —, le groupe des pays les moins avancés, le groupe arabe et les producteurs d'hydrocarbures, l'Union européenne, le « groupe parapluie » mené par les États-Unis : les rapports de force se lisent dans ces alignements, et le consensus requis donne à chaque bloc un pouvoir de blocage.
Propriété : Ce qu'il faut retenir de l'axe 2
- Le climat a varié avant les sociétés industrielles : anomalie médiévale (950-1250), Petit Âge glaciaire (XIVe-XIXe siècle), avec des causes solaires et volcaniques identifiées.
- L'historien reconstitue ces variations par des indicateurs indirects — cernes, glaces, pollens, dates de vendanges — et se garde du déterminisme : le climat agit à proportion de la vulnérabilité des sociétés.
- Le régime climatique international se construit en trois temps : principes (Rio, 1992), contrainte juridique (Kyoto, 1997), engagements nationaux volontaires (Paris, 2015).
- Trois lignes de fracture le traversent : émissions présentes contre émissions cumulées, émissions territoriales contre empreinte, et la question du financement de l'adaptation, dont le fonds « pertes et préjudices » (2022) est le premier aboutissement.
5.4 Objet de travail conclusif — Les États-Unis et la question
environnementale : tensions et contrastes
Aucun pays ne réunit à ce point les contraires. Les États-Unis ont inventé le parc national et le mouvement écologiste de masse ; ils sont aussi le premier producteur mondial d'hydrocarbures et le seul État à s'être retiré deux fois de l'accord de Paris. Ils abritent la plus puissante administration environnementale du monde et une jurisprudence qui en limite les pouvoirs. Cette contradiction n'est pas une incohérence : elle est structurelle, et elle s'explique par l'histoire, par le fédéralisme et par l'économie politique du pays.
5.4.1 Jalon 1 — L'environnement aux États-Unis : entre protection de la
nature, exploitation des ressources et transformation des milieux depuis le XIXe siècle ; les rôles respectifs de l'État fédéral et des États fédérés
Problématique du jalon. Comment un même pays a-t-il pu inventer, à un siècle et demi d'intervalle, le parc national et la fracturation hydraulique — et à quel niveau, fédéral ou fédéré, se décide réellement la politique environnementale américaine ?
Le XIX<sup>e</sup> siècle : conquérir et sanctuariser.
La transformation des milieux nord-américains est d'une brutalité sans équivalent : en un siècle, le Homestead Act de 1862 et le chemin de fer transcontinental (1869) livrent les Grandes Plaines à la charrue, le bison passe de plusieurs dizaines de millions de têtes à quelques centaines d'individus vers 1890, et les forêts des Grands Lacs sont coupées à blanc. Cette destruction est le contexte, et non l'antithèse, de l'invention de la protection.
Le mouvement naît d'un renversement du regard. Le wilderness, longtemps perçu comme un désert hostile à soumettre, devient chez Henry David Thoreau (Walden, 1854) puis chez John Muir un lieu de régénération morale et une part de l'identité nationale, d'autant plus valorisé qu'il se raréfie. En 1864, George Perkins Marsh publie Man and Nature, qui démontre la responsabilité humaine dans la dégradation des milieux ; la même année, Lincoln cède la vallée du Yosemite à la Californie. Le 1er mars 1872, Ulysses S. Grant signe la loi créant le parc national de Yellowstone : c'est le premier parc national du monde, et le modèle sera exporté sur tous les continents. On ne dira pas assez que sa création s'est accompagnée de l'éviction des populations amérindiennes qui y vivaient et y chassaient : le « sanctuaire de nature vierge » est une construction, non un état antérieur.
Muir contre Pinchot : la matrice du débat américain.
Le tournant du siècle voit s'affronter deux conceptions que la présidence de Theodore Roosevelt (1901-1909) tente de tenir ensemble. John Muir, fondateur du Sierra Club en 1892, défend la preservation : soustraire des espaces à tout usage. Gifford Pinchot, premier chef du Forest Service créé en 1905, défend la conservation : gérer scientifiquement les ressources pour « le plus grand bien du plus grand nombre pendant le plus longtemps ». La rupture est consommée sur le projet de barrage de la vallée de Hetch Hetchy, dans le parc du Yosemite, autorisé en 1913 pour alimenter San Francisco en eau : Muir perd, et meurt l'année suivante. Cette opposition entre préserver et gérer structure encore aujourd'hui la politique américaine — et elle donne au correcteur la preuve que le candidat a compris la différence entre les deux mots.
Roosevelt laisse un legs institutionnel considérable : l'Antiquities Act de 1906, qui autorise le président à créer par simple proclamation des national monuments, et une extension massive des forêts nationales. Le National Park Service est créé le 25 août 1916.
Les années 1930 : l'État fédéral gestionnaire des milieux.
Le Dust Bowl, série de tempêtes de poussière qui ravage les Grandes Plaines de 1932 à 1939 après le labour de prairies fragiles, est la première catastrophe environnementale reconnue comme telle par l'État fédéral. Le New Deal y répond par le Soil Conservation Service (1935), des brise-vent, une réforme des pratiques culturales, et par la Tennessee Valley Authority (1933), aménagement intégral d'un bassin-versant qui deviendra le modèle mondial de l'aménagement régional — et l'exemple même d'une transformation des milieux conduite au nom du progrès social.
1962-1980 : la grande vague législative.
Printemps silencieux de Rachel Carson (1962) déplace l'attention de la nature sauvage vers la santé et la pollution diffuse. Le Wilderness Act de 1964 crée un statut fédéral de protection intégrale. Puis tout s'accélère : le National Environmental Policy Act, signé le 1er janvier 1970, impose l'étude d'impact ; le premier Earth Day du 22 avril 1970 mobilise vingt millions de personnes ; l'EPA est créée le 2 décembre 1970 ; suivent le Clean Air Act refondu en 1970, le Clean Water Act en 1972, l'Endangered Species Act en 1973, et le Superfund en 1980 après le scandale de Love Canal. Fait remarquable à relever : cette législation est adoptée sous une présidence républicaine et souvent à la quasi-unanimité. L'environnement n'est devenu un clivage partisan aux États-Unis qu'à partir des années 1980-1990.
Le mouvement se diversifie ensuite. En 1982, la mobilisation des habitants noirs du comté de Warren, en Caroline du Nord, contre une décharge de déchets toxiques donne naissance au courant de la justice environnementale, qui montre que l'exposition aux pollutions est corrélée à l'appartenance raciale et sociale ; un décret présidentiel de 1994 en fera un objectif fédéral.
Le fédéralisme : où se décide la politique environnementale ?
C'est le cœur du jalon, et le point que les copies manquent le plus souvent. La Constitution ne donne pas à l'État fédéral de compétence générale en matière d'environnement : il agit par la clause de commerce, par la propriété fédérale des terres — près d'un tiers de la superficie du pays, très majoritairement à l'Ouest — et par des lois-cadres que les États appliquent.
- Le Congrès vote les lois-cadres, mais n'a plus adopté de grande loi climatique avant l'Inflation Reduction Act du 16 août 2022, qui engage des centaines de milliards de dollars de crédits d'impôt en faveur des énergies décarbonées : c'est le principal effort climatique de l'histoire du pays, et il passe par la subvention plutôt que par la contrainte.
- Le président agit par décrets et par nominations, ce qui rend la politique fédérale exposée aux alternances. Bears Ears, dans l'Utah, est créé comme national monument en décembre 2016, amputé de plus de 80 % en décembre 2017, rétabli en octobre 2021.
- L'EPA réglemente, mais dans les limites que lui laisse le juge.
- La Cour suprême arbitre, et son rôle a été décisif dans les deux sens : l'arrêt Massachusetts v. EPA du 2 avril 2007 juge que les gaz à effet de serre sont des « polluants atmosphériques » au sens du Clean Air Act, et obligent donc l'agence à les réglementer ; l'arrêt West Virginia v. EPA du 30 juin 2022 restreint sa capacité à imposer une transformation d'ensemble du système électrique.
- Les États fédérés disposent d'une marge considérable. La Californie, dont le Air Resources Board existe depuis 1967, bénéficie d'une dérogation historique au Clean Air Act lui permettant de fixer des normes d'émission automobiles plus strictes que les normes fédérales, que d'autres États peuvent alors adopter : représentant à elle seule un marché automobile considérable, elle impose de fait ses normes à l'industrie. Cette dérogation a été retirée en 2019, puis rétablie en 2022 : elle est devenue un champ de bataille permanent. À l'inverse, le Texas, la Louisiane, le Dakota du Nord et le Wyoming défendent l'exploitation. En juin 2017, après l'annonce du retrait de l'accord de Paris, des gouverneurs créent la U.S. Climate Alliance et des centaines de villes et d'entreprises se déclarent « toujours dans » l'accord : la diplomatie climatique américaine se poursuit sans Washington.
La révolution des hydrocarbures de schiste.
À partir du milieu des années 2000, la combinaison de la fracturation hydraulique et du forage horizontal rend exploitables des roches-mères jusque-là inertes. Les conséquences sont géopolitiques autant qu'environnementales : les États-Unis redeviennent le premier producteur mondial de pétrole à la fin des années 2010, deviennent l'un des tout premiers exportateurs de gaz naturel liquéfié — rôle décisif pour l'approvisionnement européen après 2022 —, et voient leurs émissions baisser par substitution du gaz au charbon dans l'électricité. Mais la fracturation consomme d'énormes volumes d'eau, engendre des fuites de méthane et suscite des conflits d'usage ; l'État de New York l'a interdite en 2014, quand le Texas en a fait le moteur de son économie. Un même pays, deux modèles : c'est exactement ce que le programme appelle « tensions et contrastes ».
5.4.2 Jalon 2 — Les États-Unis et l'environnement à l'échelle
internationale (État, firmes transnationales, ONG…)
Problématique du jalon. Pourquoi la puissance dont dépend le plus l'efficacité du régime climatique international est-elle aussi celle dont l'engagement est le moins prévisible — et quels acteurs américains prennent le relais quand l'État se retire ?
Un État qui a été moteur.
L'image d'un pays systématiquement obstructeur est fausse et il faut la corriger. Les États-Unis ont été le principal artisan du protocole de Montréal de 1987, qu'ils ont ratifié sous la présidence de Ronald Reagan : leur industrie chimique disposait de substituts, leur opinion était alarmée par le « trou » antarctique, et l'administration a fait pression sur les Européens réticents. Ils ont signé et ratifié la convention-cadre sur les changements climatiques en 1992, sous George H. W. Bush. Ils ont, par l'annonce conjointe de Barack Obama et de Xi Jinping en novembre 2014, rendu politiquement possible l'accord de Paris : sans engagement chinois et américain simultané, la COP21 aurait échoué comme Copenhague.
Un État qui bloque, aussi, et pour des raisons institutionnelles.
La ratification d'un traité exige aux États-Unis une majorité des deux tiers du Sénat, seuil qu'aucun texte climatique n'a jamais pu atteindre. C'est pourquoi Washington signe sans ratifier — le protocole de Kyoto, mais aussi la convention sur la diversité biologique de 1992 — et pourquoi l'accord de Paris a été conçu juridiquement de manière à pouvoir être accepté par décret présidentiel : c'est l'une des raisons de son caractère non contraignant. Ce point est décisif : la forme même de l'accord de Paris s'explique en partie par le droit constitutionnel américain. Le revers est immédiat : ce qu'un président fait par décret, un autre le défait de même. Le retrait annoncé le 1er juin 2017 par Donald Trump prend effet le 4 novembre 2020 ; Joe Biden fait revenir le pays le 19 février 2021 ; le 20 janvier 2025, au premier jour de son second mandat, Donald Trump engage un nouveau retrait.
Les firmes transnationales : de la fabrique du doute à la
transition. Les grandes compagnies pétrolières américaines ont mené leurs propres recherches sur le climat dès les années 1970 et 1980, et des travaux publiés depuis 2015, puis une étude parue dans Science en 2023, ont montré que les projections internes d'ExxonMobil étaient remarquablement exactes. Parallèlement, la Global Climate Coalition, active de 1989 à 2002, a financé une contestation publique du consensus scientifique. Les historiennes et historiens des sciences Naomi Oreskes et Erik Conway ont analysé, dans Les Marchands de doute (2010), la continuité de méthode entre le tabac, les pluies acides, l'ozone et le climat : il ne s'agissait pas de démontrer une thèse contraire, mais d'entretenir l'idée d'une controverse pour retarder la décision.
Le tableau s'est complexifié. Des géants du numérique achètent massivement de l'électricité renouvelable — tout en voyant la consommation de leurs centres de données croître très vite avec l'essor de l'intelligence artificielle. Le capital-risque américain finance une part majeure des technologies bas-carbone. Mais le mouvement n'est pas linéaire : après avoir rejoint les alliances financières « zéro émission nette », plusieurs grandes banques américaines les ont quittées à la fin de 2024 et au début de 2025. Les firmes ne sont ni un bloc, ni un camp : elles sont un champ de forces.
Les ONG : une puissance d'expertise et de contentieux.
Trois organisations ont inventé un répertoire d'action que le monde entier a copié : le Sierra Club (1892), l'Environmental Defense Fund (1967) et le Natural Resources Defense Council (1970). Leur méthode associe une expertise scientifique propre, le lobbying parlementaire et surtout le recours en justice. Le contentieux climatique est aujourd'hui l'un des principaux leviers de l'action environnementale, aux États-Unis comme ailleurs — c'est un procès porté par un État fédéré qui a produit l'arrêt de 2007. Les ONG américaines financent également des programmes de conservation dans le monde entier, ce qui leur vaut la critique, formulée par une partie des pays du Sud, d'une « conservation forteresse » importée avec ses modèles d'exclusion des populations locales.
Une puissance qui pèse même quand elle se retire.
Trois canaux maintiennent l'influence américaine.
- Le poids matériel. Deuxième émetteur mondial derrière la Chine, premier en cumul historique depuis 1850, et parmi les toutes premières émissions par habitant des grands pays : ce que font les États-Unis modifie mécaniquement la trajectoire mondiale.
- Le poids normatif. Les normes californiennes, les standards comptables, les critères des grands gestionnaires d'actifs new-yorkais et les décisions de l'Agence internationale de l'énergie où Washington pèse fortement, façonnent les pratiques bien au-delà des frontières.
- Le poids d'entraînement. L'Inflation Reduction Act de 2022, en subventionnant la production de technologies vertes sur le sol américain, a déclenché une réaction en chaîne : plaintes européennes pour distorsion de concurrence, puis programmes concurrents en Europe. La politique climatique est devenue une politique industrielle, donc un objet de rivalité commerciale entre alliés.
Propriété : Les États-Unis : un cas d'école
- Le pays a inventé le parc national (Yellowstone, 1872), le mouvement écologiste de masse (Earth Day, 22 avril 1970) et l'agence environnementale moderne (EPA, 2 décembre 1970).
- Deux traditions rivales le traversent depuis Muir et Pinchot : préserver des sanctuaires ou gérer rationnellement des ressources.
- Le fédéralisme éclate la décision : Congrès, président, agence, juge, cinquante États. La Californie fait office de législateur de fait pour l'automobile ; le Texas de moteur des hydrocarbures.
- Sur la scène internationale, les États-Unis sont indispensables et intermittents : moteurs à Montréal (1987) et à Paris (2015), absents de Kyoto, retirés en 2017-2020, revenus en 2021, retirés à nouveau à partir du 20 janvier 2025.
5.5 Méthodes de l'épreuve
Méthode : Ce que dit le texte officiel de l'épreuve
L'épreuve écrite de spécialité est régie par la note de service du 27 août 2025 (NOR MENE2521923N, Bulletin officiel n° 33 du 4 septembre 2025), qui abroge la note de 2020 et s'applique à compter de la session 2026.
- Durée : 4 heures. Deux exercices, notés chacun sur 10 points.
- Une dissertation, au choix entre deux sujets portant chacun sur un thème distinct du programme.
- Une étude critique d'un ou deux documents, portant sur un thème qui n'est celui d'aucun des deux sujets de dissertation : trois thèmes différents sont donc sollicités dans un même sujet, et l'on ne peut pas « miser » sur un seul.
- Une illustration valorise la dissertation. Le texte prévoit que « la réalisation d'une illustration en appui du propos (croquis, schéma, etc.) amènera une valorisation de la note » et qu'« un fond de carte pourra être fourni ». Elle n'a « aucun caractère obligatoire » et son absence « ne peut aucunement pénaliser le candidat ». C'est donc un bonus sans risque : prenez l'habitude d'en produire un.
- Les notions du programme de première peuvent être mobilisées — ici, notamment, celles de puissance, de frontière et d'acteur international.
Rotation annuelle des thèmes évaluables (annexe de la même note) : les années de session paire portent sur les thèmes 1, 2, 3 et 5 ; les années de session impaire, sur les thèmes 2, 4, 5 et 6. Le thème 5 — celui de ce chapitre — figure donc dans les deux listes : il est évaluable tous les ans, ce qui en fait, avec le thème 2, le thème le plus rentable à maîtriser. Vérifiez néanmoins la note de service en vigueur pour l'année de votre session : la règle est stable, mais c'est le texte qui fait foi.
Épreuve orale de contrôle (deuxième groupe) : 20 minutes de préparation, 20 minutes d'épreuve. Le candidat tire au sort un sujet comportant deux questions de cours problématisées, au choix, qui ne reprennent pas le libellé du programme et ne portent pas sur la même partie de celui-ci ; il présente une réponse construite pendant environ dix minutes, puis échange dix minutes avec le jury.
5.5.1 Exercice 1 — La dissertation, entièrement traitée
Sujet. Exploiter, préserver, protéger : les sociétés face à leurs milieux, du XVIIe siècle à nos jours.
Méthode : Analyser le sujet avant d'écrire
Les mots. Le libellé donne trois verbes, et non deux : c'est la consigne cachée. « Exploiter » et « protéger » ne s'opposent pas comme le bien et le mal — l'ordonnance de 1669 protège pour mieux exploiter. « Préserver » est le troisième terme, distinct : soustraire à tout usage. Un devoir qui n'aurait pas distingué les trois passerait à côté du sujet. « Les sociétés » : pluriel, donc comparaison ; « leurs milieux » : possessif, donc rapport, non juxtaposition.
Les bornes. Le XVIIe siècle n'est pas un choix neutre : c'est celui de Colbert, de la gestion d'État d'une ressource, et le début du cœur froid du Petit Âge glaciaire. « À nos jours » impose d'aller jusqu'au régime climatique actuel — une copie qui s'arrête à 1992 est incomplète.
Le piège à éviter. Le catalogue de catastrophes, ou le plan en trois âges (« avant on détruisait, puis on a pris conscience, aujourd'hui on protège »). C'est précisément le récit que l'historiographie récente conteste : les alertes sont contemporaines des dégâts. Le plan doit suivre un changement d'échelle, non un progrès moral.
Problématique retenue. Comment le rapport des sociétés à leurs milieux est-il passé, du XVIIe siècle à nos jours, d'une gestion locale de ressources appropriables à la gouvernance mondiale d'un système commun — et pourquoi ce changement d'échelle rend-il l'arbitrage entre exploitation et protection à la fois plus nécessaire et plus difficile ?
Plan détaillé.
I. Protéger pour exploiter : la gestion d'État d'une ressource locale (XVIIe - début XIXe siècle).
- A. Le modèle forestier. Ordonnance de Colbert d'août 1669, précédée de celle de Brunoy (1346) ; aménagement, baliveaux, réformation. La finalité est militaire et fiscale, pas écologique. Le mot allemand Nachhaltigkeit apparaît chez von Carlowitz en 1713 dans un traité de mines.
- B. Protéger, c'est arbitrer entre des hommes. Restriction des droits d'usage collectifs ; Code forestier de 1827 et « guerre des Demoiselles » en Ariège à partir de 1829. La protection d'un milieu est une opération de pouvoir.
- C. Un milieu qui n'est pas stable. Le Petit Âge glaciaire, les minima solaires, l'éruption du Tambora (1815) et « l'année sans été » de 1816 rappellent que les sociétés d'Ancien Régime subissent un climat variable qu'elles ne causent pas. Argument à ne pas manquer : leur vulnérabilité tient à leurs stocks et à leurs institutions, non au seul aléa.
- Transition. Le XIXe siècle change les moyens — l'énergie de stock — et fait donc changer la question d'échelle.
II. Préserver et transformer : l'âge industriel invente le sanctuaire et la dégradation de masse (1800-1972).
- A. Une transformation d'ampleur inédite. Passage d'une énergie de flux à une énergie de stock ; CO d'environ 280 ppm avant 1800 ; destruction du bison et coupe des forêts nord-américaines ; minimum forestier français vers 1830, environ 9 millions d'hectares.
- B. L'invention du sanctuaire. Marsh (1864), Yellowstone (1er mars 1872), Sierra Club (1892), National Park Service (1916). Mais préserver suppose d'évincer : les Amérindiens de Yellowstone.
- C. Deux doctrines rivales, et une reconquête gestionnaire. Muir contre Pinchot, rupture de Hetch Hetchy (1913) ; en France, lois de reboisement de 1857 et de 1860-1882, Fonds forestier national (1946), ONF (1964-1966). La surface boisée double : la protection réussit quantitativement.
- Transition. Ces politiques traitent des espaces. Ce qui change après 1945, c'est que la transformation atteint des cycles planétaires.
III. Depuis 1972, gouverner un système commun : l'environnement devient un objet de relations internationales.
- A. L'invention d'une diplomatie de l'environnement. Stockholm (juin 1972) et le PNUE ; rapport Meadows (1972) ; rapport Brundtland (1987) ; Montréal (16 septembre 1987) comme modèle de réussite ; GIEC (1988) ; Rio (juin 1992) et le principe des responsabilités communes mais différenciées.
- B. Trois régimes successifs et un paradoxe. Kyoto (11 décembre
- contraint juridiquement mais ne couvre qu'une minorité des émissions ; Copenhague (2009) échoue ; Paris (12 décembre 2015) ne contraint pas et rassemble 195 parties. L'universalité s'achète au prix de la contrainte.
- C. Les États-Unis, révélateur des tensions. Moteurs à Montréal et à Paris, absents de Kyoto par la règle des deux tiers du Sénat, retirés en 2017-2020, revenus en 2021, retirés à nouveau à compter du 20 janvier 2025 ; premier producteur d'hydrocarbures et premier laboratoire de la protection. Et, en creux, la question qui vient : la forêt française, dont la surface augmente, voit son puits de carbone se réduire — protéger ne suffit plus, il faut adapter.
Méthode : L'illustration qui valorise la copie
Sur ce sujet, le croquis le plus rentable n'est pas une carte du monde mais un schéma d'échelles, à placer au début de la partie III : deux axes, le temps en abscisse, l'échelle spatiale de l'enjeu en ordonnée (parcelle, État, planète), et trois zones datées. Il se trace en cinq minutes, se légende en trois lignes, et il démontre l'idée directrice du devoir — le changement d'échelle — au lieu de l'affirmer. La figure ci-dessous en donne le modèle exact : sachez la reconstituer de mémoire, en plus simple encore.
Conclusion rédigée.
Du XVIIe siècle à nos jours, les sociétés n'ont jamais cessé d'arbitrer entre l'exploitation de leurs milieux et leur ménagement, mais elles n'ont pas toujours arbitré à la même échelle. Colbert protège une forêt pour armer une marine : l'enjeu est un massif, l'instrument une ordonnance, l'acteur un État. Le XIXe siècle industriel change les moyens plus que les intentions, et invente simultanément la destruction de masse et son remède symbolique, le parc national — deux inventions qui procèdent du même mouvement, puisque l'on ne sanctuarise que ce que l'on sait menacé. La rupture véritable est ailleurs : elle tient à ce que les sociétés industrielles ont cessé de transformer des surfaces pour transformer des cycles. Une clairière se referme, une molécule de CO ne se rappelle pas.
C'est ce déplacement, et non un progrès de la conscience, qui explique l'apparition d'une diplomatie de l'environnement après 1972, puis d'un régime climatique mondial dont l'histoire est celle d'un dilemme jamais résolu : Kyoto contraignait et ne rassemblait pas, Paris rassemble et ne contraint pas. Les États-Unis en donnent la mesure, à la fois indispensables et intermittents.
Reste une question que le sujet ne pose pas mais qu'il appelle : protéger suffit-il encore ? La forêt française a doublé de surface depuis 1830 et son puits de carbone se réduit pourtant ; les aires protégées s'étendent tandis que les milieux se réchauffent à l'intérieur de leurs limites. La politique environnementale du siècle qui vient ne sera peut-être plus une politique de sanctuaires, mais une politique d'adaptation — c'est-à-dire l'aveu que le milieu que l'on protège n'est déjà plus celui que l'on a connu.
5.5.2 Exercice 2 — L'étude critique de document, entièrement traitée
Titre du sujet. L'accord de Paris : quelle portée pour la gouvernance climatique mondiale ?
Document. Extraits de l'Accord de Paris, adopté le 12 décembre 2015 à la 21e conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, entré en vigueur le 4 novembre 2016.
Article 2, paragraphe 1. — Le présent Accord vise à renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques […] notamment en : « a) Contenant l'élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l'action menée pour limiter l'élévation de la température à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels […] ».
Article 2, paragraphe 2. — « Le présent Accord sera appliqué conformément à l'équité et au principe des responsabilités communes mais différenciées et des capacités respectives, eu égard aux différentes situations nationales. »
Article 4, paragraphe 2. — « Chaque Partie établit, communique et actualise les contributions déterminées au niveau national successives qu'elle prévoit de réaliser. Les Parties prennent des mesures internes pour l'atténuation en vue de réaliser les objectifs desdites contributions. »
Article 4, paragraphe 3. — « La contribution déterminée au niveau national suivante de chaque Partie représentera une progression par rapport à la contribution déterminée au niveau national antérieure […]. »
Article 28. — Toute Partie peut dénoncer l'Accord au terme d'un délai de trois ans à compter de son entrée en vigueur ; la dénonciation prend effet un an après sa notification.
Consigne. Après avoir présenté le document, vous montrerez quel type d'engagement l'accord de Paris organise, en quoi il rompt avec le protocole de Kyoto, et vous en discuterez la portée réelle.
Méthode : Conduire la démarche critique
1. Construire la problématique à partir du titre et de la consigne. Le titre demande la « portée », la consigne demande le « type d'engagement » et la rupture avec Kyoto. La problématique s'écrit donc presque d'elle-même : comment un accord qui n'impose aucun objectif à personne peut-il être présenté comme le texte le plus important de l'histoire de la diplomatie climatique ?
2. Présenter, sans paraphraser. Nature : traité international multilatéral, adopté par consensus au sein d'une conférence des parties, donc juridiquement contraignant quant à la procédure pour les États qui le ratifient. Contexte : 2015, six ans après l'échec de Copenhague, un an après l'annonce conjointe sino-américaine de novembre 2014, vingt-trois ans après Rio. Destinataires : l'ensemble des États parties à la convention-cadre de 1992 — 195 parties, ce qui en fait l'un des traités les plus universellement acceptés.
3. Sélectionner et hiérarchiser. Trois idées seulement portent ces extraits : un objectif de résultat collectif chiffré (article 2.1), une obligation de moyens individuelle et auto-déterminée (article 4.2), un mécanisme de cliquet interdisant la régression (article 4.3). L'article 2.2 rappelle le principe hérité de Rio ; l'article 28 dit la sortie possible.
4. Prendre du recul en confrontant le document au cours. C'est là que se joue la note : le document ne dit rien de Kyoto, rien des émissions réelles, rien des retraits. C'est au candidat de les apporter.
Ce que l'accord organise réellement. La lecture attentive des verbes suffit à établir la nature de l'engagement. L'article 4.2 dit que chaque Partie « établit, communique et actualise » sa contribution : ces trois verbes sont contraignants, et une Partie qui ne communiquerait pas de contribution violerait le traité. Mais le contenu de la contribution n'est encadré par aucun chiffre : c'est l'État qui le fixe. L'accord contraint donc la procédure et laisse libre la substance. À cette architecture s'ajoutent deux ressorts non juridiques : le cliquet de l'article 4.3, qui interdit qu'une contribution nouvelle soit moins ambitieuse que la précédente, et le cycle de révision quinquennal assorti d'un bilan mondial, dont le premier a été rendu public à la COP28 de Dubaï en 2023. Le pari est celui de la transparence : rendre les engagements publics, comparables et périodiquement réévalués, pour que la pression des pairs et des opinions fasse ce que la sanction ne fait pas.
En quoi c'est une rupture avec Kyoto. Le protocole du 11 décembre 1997 procédait exactement à l'inverse : objectifs chiffrés imposés de l'extérieur — 5,2 % de réduction en moyenne sur 2008-2012 — mais aux seuls pays industrialisés de l'annexe I, avec un mécanisme d'observance et des sanctions. Résultat : les États-Unis, liés par la résolution Byrd-Hagel du 25 juillet 1997, ne l'ont jamais ratifié ; le Canada s'en est retiré en 2011 ; le protocole n'a couvert qu'une minorité des émissions mondiales. Paris fait le choix inverse et l'assume : moins de contrainte, mais tout le monde à la table, pays développés et en développement soumis au même type d'obligation — ce qui constitue, au passage, une inflexion majeure du principe des responsabilités communes mais différenciées, que l'article 2.2 conserve dans les mots tout en le relativisant par la formule « eu égard aux différentes situations nationales ».
Ce que le document ne dit pas, et qui en limite la portée. Quatre silences.
- Aucun mécanisme de sanction. Le comité chargé de faciliter la mise en œuvre est expressément non punitif. Un État qui n'atteint pas sa contribution ne risque rien.
- Aucune garantie que la somme atteigne l'objectif. C'est le défaut central d'un système ascendant : les rapports annuels du PNUE sur l'écart des émissions estiment que les politiques en vigueur conduisent à un réchauffement de l'ordre de 2,5 à 3 °C, très au-dessus des 2 °C de l'article 2.
- Rien sur les énergies fossiles. Le mot n'apparaît pas dans l'accord — il faudra attendre le texte final de la COP28, en 2023, pour qu'un appel explicite à « opérer une transition hors des énergies fossiles » soit adopté.
- L'article 28 organise la sortie. Il a servi : les États-Unis s'en sont retirés une première fois avec effet au 4 novembre 2020, sont revenus le 19 février 2021, puis ont engagé un nouveau retrait le 20 janvier
- Ce va-et-vient n'est pas une anecdote : il révèle que la souplesse qui a permis l'universalité est aussi ce qui permet la défection.
Portée aujourd'hui : une conclusion qui répond. L'accord de Paris n'est pas un instrument de réduction des émissions : c'est un instrument de mise en comparaison des politiques nationales. Sa réussite est d'avoir rendu l'objectif de 1,5 °C universellement reconnu, d'avoir installé un calendrier commun et d'avoir survécu à deux retraits du plus puissant de ses membres. Son insuffisance est mesurable et mesurée chaque année. La comparaison avec le protocole de Montréal de 1987, souvent invoquée, éclaire la limite : l'ozone concernait quelques molécules et quelques industriels, pour lesquelles des substituts existaient ; le carbone est le coproduit de toute activité économique. Il n'existe pas de « protocole de Montréal du climat » possible, et c'est précisément parce que la contrainte était impraticable que la transparence a été choisie. Reste à savoir si elle suffira : le premier bilan mondial de 2023 dit que non, sans que le mécanisme prévoie autre chose, pour y remédier, que de recommencer cinq ans plus tard.
5.6 Bilan
Ce thème n'a pas pour objet la nature : il a pour objet le rapport que les sociétés entretiennent avec leurs milieux, et la manière dont ce rapport devient politique. Trois idées le structurent.
La première est que l'environnement est une construction historique. Le mot date des années 1960-1970, la conférence de Stockholm de 1972, le ministère français de 1971. Mais les pratiques de ménagement des ressources sont bien antérieures — 1346, 1669, 1713 —, et elles n'étaient pas écologiques : elles étaient fiscales, militaires, gestionnaires. Inversement, les alertes sur les dégâts industriels sont contemporaines de ces dégâts : il n'y a pas eu de sommeil suivi d'un réveil, mais un savoir qui n'a pas empêché l'action.
La deuxième est que le partage entre exploiter, préserver et protéger traverse toute la matière. La forêt française montre qu'on peut protéger une ressource pour l'exploiter mieux, et que la surface d'un couvert ne dit rien de son état écologique : dix-sept millions d'hectares aujourd'hui contre neuf vers 1830, et pourtant un puits de carbone qui se réduit. Les États-Unis montrent que préserver et gérer sont deux doctrines rivales, incarnées dès 1913 par Muir et Pinchot, et qui coexistent encore.
La troisième est le changement d'échelle, qui commande tout le reste. Tant que l'enjeu était un massif ou un bassin-versant, un État suffisait. À partir du moment où l'industrialisation a modifié les cycles planétaires — carbone, azote, climat —, aucun État ne suffit plus, et l'environnement est entré dans le champ des relations internationales. Le régime climatique en est la traduction : principes à Rio en 1992, contrainte juridique à Kyoto en 1997, engagements nationaux à Paris en 2015. Ce parcours révèle un dilemme que rien n'a résolu — l'universalité s'obtient en renonçant à la contrainte —, et les États-Unis, moteurs à Montréal, absents de Kyoto, présents puis absents de Paris, en sont l'illustration la plus nette.
Propriété : L'essentiel du chapitre
- Introduction. L'environnement est une notion des années 1960-1970 : Stockholm (5-16 juin 1972), PNUE, rapport Meadows (1972), rapport Brundtland (1987). Distinguer exploiter, préserver, protéger. L'Anthropocène, proposé en 2000, a vu sa formalisation géologique rejetée en 2024.
- Axe 1, jalon 1. La forêt française : ordonnance de Brunoy (1346), ordonnance de Colbert (août 1669), Code forestier (1827), minimum historique vers 1830 (environ 9 millions d'hectares), lois de reboisement (1857, 1860-1882), Fonds forestier national (1946), ONF (1964-1966) ; aujourd'hui environ 17 millions d'hectares mais des tempêtes (1999, 2009), des scolytes (depuis 2018) et des incendies (2022).
- Axe 1, jalon 2. Le Néolithique (à partir d'environ 10 000 av. J.-C.) transforme des surfaces ; l'industrialisation (années 1780) transforme des cycles, du CO à environ 280 ppm avant 1800 à plus de 420 ppm aujourd'hui ; la « grande accélération » date de 1945-1950.
- Axe 2, jalon 1. Anomalie médiévale (950-1250), Petit Âge glaciaire (XIVe-XIXe siècle), minima de Spörer, Maunder et Dalton, éruptions du Samalas (1257), du Laki (1783) et du Tambora (1815). Le climat agit par la vulnérabilité des sociétés : famine de 1315-1317, grand hiver de 1709, année sans été de 1816.
- Axe 2, jalon 2. Montréal (16 septembre 1987), GIEC (1988), Rio (juin 1992) et les responsabilités communes mais différenciées, Kyoto (11 décembre 1997, en vigueur le 16 février 2005), échec de Copenhague (2009), accord de Paris (12 décembre 2015, en vigueur le 4 novembre 2016), fonds « pertes et préjudices » (2022), premier bilan mondial (2023).
- Objet conclusif. Les États-Unis : Yellowstone (1er mars 1872), Muir contre Pinchot (1913), Earth Day et EPA (1970), lois de 1970-1980, arrêts de 2007 et 2022, Inflation Reduction Act (16 août
- ; Californie contre Texas ; retraits de l'accord de Paris en 2017-2020 puis à partir du 20 janvier 2025.
- Épreuve. Note de service du 27 août 2025 : 4 heures, deux exercices sur 10 points, dissertation au choix entre deux thèmes distincts et étude critique sur un troisième ; illustration valorisée sans être obligatoire. Le thème 5 est évaluable les années paires et impaires.