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L'ouverture atlantique : les conséquences de la découverte du Nouveau Monde

Cours complet · histoire-géographie (seconde), chapitre 3 · seconde générale, histoire-géographie

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À partir du milieu du XVe siècle, les royaumes du Portugal puis d'Espagne lancent des expéditions maritimes vers l'Atlantique, l'Afrique puis l'Asie. En quelques décennies, ces voyages bouleversent la représentation du monde : un continent inconnu des Européens — que ceux-ci baptisent le « Nouveau Monde » — est atteint, conquis, puis intégré de force à des circuits d'échanges désormais mondiaux. Ce chapitre étudie les conditions techniques et intellectuelles de ces découvertes, la brutalité de la rencontre avec les empires précolombiens, et la naissance d'une économie planétaire fondée sur l'exploitation des richesses américaines et sur la traite des êtres humains.

3.1 Une nouvelle ère de navigation

3.1.1 Des progrès techniques décisifs

Les voyages au long cours ne deviennent possibles qu'à la faveur de plusieurs innovations, souvent empruntées à des savoirs arabes et chinois puis perfectionnées en Europe ibérique.

Définition 3.1Les grandes découvertes

On appelle grandes découvertes l'ensemble des explorations maritimes menées par les Européens, principalement le Portugal et l'Espagne, entre le milieu du XVe et le début du XVIIe siècle, qui aboutissent à la première circumnavigation du globe et à l'établissement de liaisons régulières entre l'Europe, l'Afrique, l'Asie et le continent américain.

Trois familles de progrès rendent ces traversées possibles :

3.1.2 Des motivations multiples

Les souverains ibériques et les navigateurs qu'ils financent poursuivent plusieurs objectifs, rarement séparés les uns des autres :

Propriété : Le partage du monde entre Espagne et Portugal

En 1494, le traité de Tordesillas, validé par le pape, partage les terres à découvrir entre les deux couronnes ibériques le long d'un méridien situé à l'ouest des îles du Cap-Vert : à l'Espagne les terres à l'ouest (l'essentiel de l'Amérique), au Portugal les terres à l'est (la côte brésilienne, l'Afrique, la route des Indes). Ce traité illustre la manière dont l'Europe s'attribue, sans les consulter, la souveraineté sur des terres déjà habitées.

3.1.3 Les grands voyages d'exploration

NavigateurDatesCommanditaireRésultat
Christophe Colomb1492Couronne de Castille (Espagne)Traverse l'Atlantique et atteint les Antilles, croyant avoir rejoint les Indes ; il effectuera trois autres voyages sans jamais admettre avoir découvert un continent inconnu.
Vasco de Gama1497--1498Couronne du PortugalContourne l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance et atteint Calicut, sur la côte indienne : la route maritime des épices vers l'Asie est ouverte.
Fernand de Magellan (achevé par Juan Sebastián Elcano)1519--1522Couronne d'EspagnePremière circumnavigation du globe, via le détroit qui porte son nom et l'océan Pacifique ; Magellan meurt aux Philippines en 1521, Elcano ramène un seul navire sur cinq en Espagne, apportant la preuve définitive que la Terre est ronde et que les terres atteintes par Colomb forment un continent séparé de l'Asie.
Figure : Les trois grands voyages fondateurs des découvertes (1492-1522)

Méthode : Analyser une carte des explorations

Face à une carte représentant les routes des grandes découvertes, il faut systématiquement :

  • Identifier chaque route (couleur ou trait différent par navigateur) et la légender (nom, dates, sens de circulation) ;
  • Repérer les points de départ et d'arrivée, ainsi que les obstacles contournés (cap de Bonne-Espérance, détroit de Magellan) ;
  • Distinguer les routes portugaises (vers l'est, l'Afrique et l'Asie) des routes espagnoles (vers l'ouest, l'Atlantique et l'Amérique), conformément au partage de Tordesillas ;
  • Mettre en relation la carte avec la chronologie : une carte figée ne montre qu'un état du monde connu à une date donnée, qui change rapidement d'une décennie à l'autre.
Figure : Les trois grandes routes maritimes des découvertes (fin XVe--début XVIe siècle) sur un fond de carte réel : Christophe Colomb (1492), Vasco de Gama (1497-1498) contournant l'Afrique vers l'Inde, et Magellan (1519-1522) par le détroit qui porte son nom vers le Pacifique.
Figure : Frise chronologique des grandes découvertes et de la conquête (1450-1600). Échelle resserrée sur la période 1519-1532, particulièrement dense en événements.

3.2 La rencontre avec un « Nouveau Monde »

3.2.1 Des empires précolombiens puissants

Avant l'arrivée des Européens, le continent américain n'est pas un territoire vide : il abrite des sociétés organisées, densément peuplées, dotées de villes, d'États et de savoirs techniques propres.

Ces civilisations ignorent l'écriture alphabétique, la roue à usage de transport et le fer, mais maîtrisent l'agriculture intensive (terrasses, irrigation), l'astronomie, une architecture monumentale et une organisation administrative sophistiquée.

3.2.2 La conquête espagnole des empires précolombiens

Exemple 3.2La conquête de l'Empire aztèque par Hernán Cortés

En 1519, le conquistador espagnol Hernán Cortés débarque sur la côte mexicaine avec quelques centaines d'hommes. Il s'allie à des peuples soumis par les Aztèques et hostiles à Moctezuma II, profite de la surprise que suscitent chevaux et armes à feu, alors inconnus sur le continent, et bénéficie surtout de la propagation d'épidémies (variole) qui déciment la population avant même les combats décisifs. Après plusieurs mois de siège, Tenochtitlan tombe en 1521 : la ville est détruite, ses temples rasés, et Mexico est fondée sur ses ruines comme capitale de la Nouvelle-Espagne.

De la même façon, Francisco Pizarro s'empare de l'Empire inca entre 1532 et 1533 : il capture puis fait exécuter l'empereur Atahualpa après avoir exigé une rançon considérable en or et en argent, avant de prendre Cuzco. En quelques décennies, les deux plus grands empires du continent américain sont anéantis par des expéditions numériquement dérisoires face à leur population.

EmpireConquérantDateCapitale priseSouverain vaincu
AztèqueHernán Cortés1521TenochtitlanMoctezuma II (mort en 1520), puis brièvement Cuitláhuac (mort de la variole), puis Cuauhtémoc
IncaFrancisco Pizarro1532--1533CuzcoAtahualpa, exécuté en 1533
Figure : Les deux grandes conquêtes précolombiennes du XVIe siècle

3.2.3 Le choc microbien et l'effondrement démographique

Définition 3.3Le choc microbien

On appelle choc microbien la diffusion, dans les populations amérindiennes n'ayant jamais été exposées à ces agents pathogènes, de maladies apportées par les Européens (variole, rougeole, grippe, typhus). Faute d'immunité, ces épidémies provoquent une mortalité massive, bien plus meurtrière que les combats eux-mêmes, et affaiblissent gravement la capacité de résistance des empires précolombiens.

Propriété : Bilan démographique de la conquête

Les historiens estiment qu'en un siècle, la population amérindienne du Mexique central passe d'environ 20 000 000 d'habitants à moins de 2 000 000, soit un effondrement de près de 90 %. Cette catastrophe démographique, sans équivalent connu dans l'histoire, combine trois causes qui se renforcent mutuellement : les épidémies, les violences de la conquête et les déplacements forcés, et la désorganisation des sociétés et des systèmes agricoles vivriers.

C'est précisément ce vide démographique qui poussera les colonisateurs européens à chercher, quelques décennies plus tard, une main-d'œuvre de substitution en Afrique.

3.3 La naissance d'un monde connecté

3.3.1 La colonisation du Nouveau Monde

Définition 3.4La colonisation

La colonisation désigne l'installation durable de populations et d'institutions européennes sur les territoires conquis, ainsi que la mise en place d'une domination politique, économique et religieuse sur les populations locales. En Amérique espagnole, elle s'appuie sur l'encomienda (droit accordé à un colon d'exploiter le travail d'une communauté indigène, en théorie en échange de sa protection et de son évangélisation) et sur l'action massive des missionnaires catholiques.

Des villes nouvelles sont fondées sur le modèle européen (Mexico, Lima), des mines d'argent sont ouvertes (Potosí, dans les Andes, dès 1545), et l'administration royale espagnole met en place vice-royautés et tribunaux pour contrôler ces territoires immenses.

Exemple 3.5La controverse de Valladolid (1550-1551)

La brutalité de la conquête et la mise en esclavage des Amérindiens suscitent, en Espagne même, un débat retentissant. À Valladolid, en 1550-1551, deux hommes s'opposent devant une commission de théologiens réunie par Charles Quint : le juriste Juan Ginés de Sepúlveda justifie la domination en soutenant que les Amérindiens seraient des êtres inférieurs, « esclaves par nature », qu'il est légitime de soumettre ; le dominicain Bartolomé de Las Casas, ancien colon devenu défenseur des Indiens, affirme au contraire qu'ils sont des hommes doués de raison et d'une âme, qu'il faut convertir par la persuasion et non par la violence. La controverse ne débouche pas sur une décision nette, mais elle témoigne de la première grande interrogation européenne sur le statut de l'autre et sur la légitimité de la colonisation.

3.3.2 L'échange colombien : un brassage planétaire

Définition 3.6L'échange colombien

On appelle échange colombien (d'après le nom de Christophe Colomb) le vaste transfert de plantes, d'animaux, d'hommes et de micro-organismes qui, à partir de 1492, s'opère entre l'Ancien Monde (Europe, Afrique, Asie) et le Nouveau Monde (les Amériques). Ce brassage, sans précédent dans l'histoire, transforme durablement l'alimentation, les paysages et les populations des deux côtés de l'Atlantique.

Depuis les Amériques arrivent en Europe des plantes qui bouleverseront l'alimentation mondiale : la pomme de terre, le maïs, la tomate, le cacao, le tabac, le haricot ou le piment. En sens inverse, les Européens introduisent en Amérique le blé, la canne à sucre, la vigne, mais aussi le cheval, les bovins, les ovins et les porcs, absents du continent. Cet échange comporte toutefois une face tragique : il transporte aussi les agents pathogènes responsables du choc microbien, et il s'accompagne du déplacement forcé de millions d'êtres humains par la traite.

Figure : L'échange colombien : un transfert de plantes, d'animaux, d'hommes et de micro-organismes entre les deux rives de l'Atlantique, à double face — nourricière d'un côté, mortifère de l'autre.

3.3.3 Le début de la traite et de l'esclavage atlantique

Définition 3.7La traite atlantique

La traite atlantique est la déportation forcée, organisée par des marchands européens, de populations africaines capturées ou achetées sur les côtes de l'Afrique, transportées par bateau vers les Amériques pour y être réduites en esclavage, notamment dans les plantations et les mines. Amorcée par les Portugais dès le milieu du XVe siècle sur les côtes africaines, elle prend une ampleur nouvelle après 1500 pour répondre aux besoins en main-d'œuvre des colonies américaines, décimées par le choc microbien.

Figure : Le schéma naissant du commerce triangulaire atlantique (structure qui se développera pleinement aux XVIIe-XVIIIe siècles)

Ce commerce d'êtres humains, qui durera plus de trois siècles, arrache à l'Afrique plus de douze millions de personnes dans des conditions de transport (la « traversée » ou Middle Passage) d'une extrême violence, et fonde des sociétés coloniales structurées par l'esclavage, dont les conséquences se prolongent bien au-delà de la période étudiée ici.

3.3.4 Une économie-monde en formation

Définition 3.8L'économie-monde atlantique

Une économie-monde est un espace économique intégré à l'échelle de plusieurs continents, organisé autour de flux de marchandises, de métaux précieux et de main-d'œuvre qui relient des régions désormais interdépendantes. Au XVIe siècle, l'arrivée massive d'or et surtout d'argent américain, le développement des plantations coloniales et l'essor de la traite font naître une première économie-monde atlantique, dominée par l'Espagne et le Portugal puis, plus tard, par les puissances d'Europe du Nord-Ouest.

Propriété : Bilan économique pour l'Europe

L'afflux d'argent américain (extrait notamment de la mine de Potosí) enrichit considérablement la couronne d'Espagne, mais provoque aussi une forte inflation en Europe, connue sous le nom de révolution des prix : la masse de métal précieux en circulation augmente plus vite que la production de biens, ce qui fait grimper les prix pendant tout le siècle. Des ports atlantiques comme Séville, Lisbonne puis Anvers deviennent les nouvelles places commerciales dominantes, au détriment des cités italiennes (Venise, Gênes) qui prospéraient sur le commerce méditerranéen.

Ce qu'il faut retenir

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