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Renaissance, Humanisme et réformes religieuses

Cours complet · histoire-géographie (seconde), chapitre 4 · seconde générale, histoire-géographie

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Aux XVe et XVIe siècles, l'Europe connaît une double transformation. D'une part, des lettrés puis des artistes redécouvrent les textes et les formes de l'Antiquité gréco-romaine et posent sur l'homme un regard neuf : c'est l'humanisme, qui nourrit la Renaissance artistique. D'autre part, la critique des pratiques de l'Église catholique débouche sur une rupture religieuse durable, la Réforme protestante, à laquelle répond une Contre-Réforme catholique. Ces deux mouvements, portés par la diffusion rapide de l'imprimé, redessinent durablement la carte intellectuelle et religieuse de l'Europe.

4.1 L'humanisme, un nouveau regard sur l'homme et le savoir

4.1.1 Redécouvrir l'Antiquité pour mieux penser son temps

Définition 4.1L'humanisme

L'humanisme est un mouvement intellectuel né en Italie au XIVe siècle puis diffusé dans toute l'Europe aux XVe-XVIe siècles. Les humanistes redécouvrent, traduisent et éditent les textes antiques (grecs et latins) conservés dans les bibliothèques et les monastères, ou rapportés d'Orient. Ils placent l'homme — sa raison, sa dignité, sa capacité à apprendre — au centre de leurs réflexions, sans pour autant rejeter la foi chrétienne.

Les humanistes ne se contentent pas d'admirer les Anciens : ils développent un véritable esprit critique. Ils comparent les manuscrits entre eux pour établir le texte le plus fidèle possible (méthode dite philologique), s'interrogent sur l'authenticité des sources et osent, parfois, remettre en cause des vérités établies — y compris dans le domaine religieux. Ce goût du savoir vérifié annonce, à distance, la démarche scientifique moderne.

Propriété : Les valeurs de l'humanisme

Trois idées structurent la pensée humaniste :

  • la confiance dans la raison et l'éducation pour élever l'homme ;
  • le retour aux textes originaux de l'Antiquité (et de la Bible) plutôt qu'à leurs commentaires médiévaux ;
  • la circulation des idées par les échanges (voyages, correspondances) et par l'imprimé.
Les principes de l'humanisme. Autour d'un même centre — la dignité et les capacités de l'homme — les humanistes associent la raison et l'éducation, le retour aux textes antiques, l'esprit critique et la diffusion des idées, sans rompre avec la foi chrétienne.

4.1.2 L'imprimerie, une révolution de la diffusion du savoir

Exemple 4.2L'atelier de Gutenberg à Mayence

Vers 1450, l'orfèvre allemand Johannes Gutenberg met au point à Mayence un procédé d'imprimerie à caractères mobiles métalliques : chaque lettre est fondue séparément, puis les lettres sont assemblées pour composer une page, encrées et pressées sur le papier. Vers 1455, il imprime une Bible en 42 lignes, tirée à environ 180 exemplaires — un exploit pour l'époque, quand la copie manuscrite d'une Bible demandait plusieurs mois de travail à un moine copiste.

L'imprimerie transforme la circulation du savoir : un même livre peut désormais être reproduit en centaines, puis en milliers d'exemplaires, à moindre coût et avec moins d'erreurs de copie. Dès 1500, plusieurs millions de livres — peut-être une vingtaine de millions selon les estimations des historiens — ont déjà été imprimés en Europe. Cette diffusion massive de l'écrit profite directement aux humanistes, qui font éditer et rééditer les auteurs antiques, mais aussi — quelques décennies plus tard — aux réformateurs religieux, dont les écrits circulent à une vitesse inédite.

La diffusion des idées par l'imprimerie. Un même texte, composé en caractères mobiles puis tiré à des milliers d'exemplaires, se répand en quelques semaines dans toute l'Europe : humanistes et, plus tard, réformateurs en sont les premiers bénéficiaires.

4.1.3 Des humanistes engagés dans leur siècle

Exemple 4.3Érasme de Rotterdam (v. 1469--1536)

Le Néerlandais Érasme est la figure la plus célèbre de l'humanisme européen. Grand connaisseur du grec et du latin, il publie une nouvelle édition critique du Nouveau Testament en grec (1516) et voyage dans toute l'Europe pour correspondre avec les autres savants de son temps. Dans son Éloge de la Folie (1511), il utilise l'ironie pour critiquer les abus du clergé et les travers de la société de son époque, tout en restant fidèle à l'Église catholique.

Exemple 4.4Thomas More et l'Utopia (1516)

L'Anglais Thomas More, ami d'Érasme et haut fonctionnaire du royaume, publie en 1516 Utopia, récit imaginaire d'une île où la société est organisée selon des principes de raison, de tolérance et de partage des biens. Le mot utopie, qu'il invente, signifie littéralement « lieu qui n'existe nulle part » : More s'en sert pour critiquer, par contraste, les injustices de l'Angleterre de son temps.

Méthode : Analyser un texte humaniste

Pour étudier un extrait d'auteur humaniste (Érasme, More, Rabelais…), il faut :

  • identifier l'auteur, la date et le contexte de publication ;
  • repérer les références à l'Antiquité (citations, allusions mythologiques ou philosophiques) ;
  • relever ce que le texte dit de l'homme (sa raison, son éducation, sa liberté) ;
  • distinguer ce qui relève de la critique (de la société, de l'Église, des pratiques de l'époque) de ce qui relève de la proposition d'un idéal ;
  • conclure sur la manière dont ce texte illustre les valeurs humanistes.

4.2 La Renaissance artistique

4.2.1 Un renouveau né en Italie

Définition 4.5La Renaissance artistique

La Renaissance est le mouvement artistique qui, à partir du XVe siècle en Italie puis dans le reste de l'Europe, renoue avec l'esthétique et les techniques de l'Antiquité gréco-romaine (proportions, architecture à colonnes et frontons, nu idéalisé) tout en inventant de nouveaux outils de représentation, au premier rang desquels la perspective.

Ce renouveau naît dans les cités-États italiennes (Florence, Rome, Venise), riches grâce au commerce et à la banque, où de puissantes familles et l'Église financent les artistes : c'est le mécénat. Le mécène — souverain, banquier, pape ou cardinal — commande une œuvre à un artiste pour affirmer son prestige et sa puissance, en échange d'une rémunération et d'une protection.

4.2.2 La perspective, une nouvelle façon de représenter l'espace

Propriété : La perspective linéaire

Mise au point par des artistes florentins au début du XVe siècle, la perspective linéaire permet de représenter la profondeur sur une surface plane : les lignes du décor convergent vers un ou plusieurs points de fuite situés sur une ligne d'horizon, et les objets diminuent de taille à mesure qu'ils s'éloignent. Elle donne à la peinture une illusion de volume et de réalisme inconnue au Moyen Âge, où les figures importantes (Christ, saints, souverains) étaient représentées plus grandes sans souci de proportion réelle.

4.2.3 Les grands maîtres de la Renaissance

Exemple 4.6Léonard de Vinci (1452--1519)

Peintre, ingénieur, anatomiste et inventeur, Léonard de Vinci incarne l'idéal de l'« homme universel » de la Renaissance. Il peint La Joconde et La Cène, mais remplit aussi des carnets de croquis d'inventions (machines volantes, engins de guerre) et d'études anatomiques, fondées sur l'observation directe du corps humain. Invité en France par le roi François Ier, il termine sa vie au Clos Lucé, près d'Amboise.

Exemple 4.7Michel-Ange et Raphaël

Michel-Ange (1475--1564), sculpteur, peintre et architecte, réalise le David et peint les fresques du plafond de la chapelle Sixtine, au Vatican, pour le pape. Raphaël (1483--1520) est célèbre pour la douceur et l'équilibre de ses Madones et pour ses fresques des appartements pontificaux (dont L'École d'Athènes, qui met en scène les grands philosophes antiques — un hommage direct à l'esprit humaniste).

Méthode : Analyser une œuvre d'art de la Renaissance

Face à un tableau, une fresque ou une sculpture de la Renaissance, on peut suivre la démarche suivante :

  • identifier l'œuvre (artiste, date, technique, lieu de conservation) et son commanditaire (le mécène) ;
  • repérer les éléments de composition : présence d'une perspective, points de fuite, lignes de construction ;
  • relever les références à l'Antiquité (architecture, drapés, sujets mythologiques, proportions du corps) ;
  • observer le traitement du corps humain (anatomie, réalisme, nu) ;
  • conclure sur ce que l'œuvre révèle des valeurs de la Renaissance (place de l'homme, goût de l'Antiquité, rôle du mécénat).

4.3 Les réformes religieuses en Europe

4.3.1 La contestation de l'Église catholique

Au début du XVIe siècle, certains chrétiens critiquent des pratiques de l'Église catholique, en particulier la vente des indulgences : contre de l'argent, l'Église promettait une réduction des peines dues aux péchés. Cette pratique, qui finance notamment la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome, choque de nombreux fidèles et clercs.

Exemple 4.8Luther affiche ses 95 thèses à Wittenberg (1517)

Le 31 octobre 1517, le moine et théologien allemand Martin Luther affiche (selon la tradition) sur la porte de l'église de Wittenberg 95 thèses rédigées en latin, qui critiquent la vente des indulgences et plusieurs pratiques de l'Église. Grâce à l'imprimerie, ses thèses sont traduites, imprimées et diffusées dans toute l'Allemagne en quelques semaines. Sommé de se rétracter, Luther refuse et développe sa pensée dans plusieurs écrits, ce qui conduit à son excommunication en 1521.

4.3.2 Le protestantisme, une nouvelle doctrine religieuse

Définition 4.9La Réforme protestante et le protestantisme

La Réforme désigne le mouvement religieux qui, à partir de 1517, conteste l'autorité et certaines pratiques de l'Église catholique romaine et aboutit à la formation d'Églises séparées, dites protestantes. Le protestantisme affirme notamment que le salut s'obtient par la foi seule (et non par les bonnes œuvres ou l'achat d'indulgences), que la Bible est l'unique source d'autorité religieuse (elle est traduite en langues courantes pour être lue par tous), et que le rôle du prêtre comme intermédiaire entre Dieu et les fidèles est réduit.

À la suite de Luther, d'autres courants protestants se développent : le Français Jean Calvin, réfugié une première fois à Genève dès 1536, puis chassé de la ville et contraint à l'exil, s'y installe définitivement à partir de 1541 ; il y organise une Église réformée rigoureuse (le calvinisme), qui se diffuse ensuite en France, aux Pays-Bas, en Écosse. La Réforme se répand ainsi dans une grande partie de l'Europe du Nord (pays germaniques, Scandinavie, Angleterre, Provinces-Unies) tandis que l'Europe du Sud reste majoritairement catholique.

4.3.3 La Contre-Réforme catholique

Face à la diffusion du protestantisme, l'Église catholique engage sa propre réforme interne, appelée Contre-Réforme (ou Réforme catholique).

Propriété : Le concile de Trente (1545–1563)

Réuni par le pape en plusieurs sessions entre 1545 et 1563 dans la ville de Trente, ce concile :

  • réaffirme les dogmes catholiques contestés par les protestants (rôle des bonnes œuvres dans le salut, sept sacrements, autorité du pape) ;
  • corrige certains abus dénoncés par les critiques (encadrement de la vente des indulgences, meilleure formation des prêtres, création de séminaires) ;
  • encourage un art religieux spectaculaire et émouvant destiné à toucher les fidèles (art dit baroque, qui se développe après le concile).

4.3.4 Divisions et guerres de religion

La coexistence de catholiques et de protestants dans un même royaume provoque, dans plusieurs pays européens, des tensions puis des conflits armés : en France, les guerres de religion opposent catholiques et protestants (huguenots) de 1562 à 1598 ; en Allemagne comme en Angleterre, des conflits comparables opposent partisans des deux confessions. En France, ces guerres se terminent par l'édit de Nantes (1598), signé par le roi Henri IV, qui accorde aux protestants le droit de pratiquer leur culte dans un royaume qui demeure officiellement catholique.

Au terme du XVIe siècle, l'unité religieuse de l'Occident chrétien est brisée : un même tronc médiéval s'est divisé en plusieurs Églises rivales, comme le résume le schéma suivant.

Les divisions du christianisme occidental au XVIe siècle. À partir de la rupture de 1517, le tronc catholique se scinde : l'Église romaine se réforme de l'intérieur (Contre-Réforme) tandis que le protestantisme se ramifie en luthéranisme et calvinisme, chacun s'implantant dans des régions différentes de l'Europe.

Le tableau suivant résume les principales différences entre catholiques et protestants au sortir des réformes du XVIe siècle.

AspectCatholiquesProtestants
SalutPar la foi et les bonnes œuvresPar la foi seule
Autorité religieuseBible et tradition de l'Église, sous l'autorité du papeBible seule, lue et interprétée par chacun
Rôle du prêtre/pasteurIntermédiaire nécessaire entre Dieu et les fidèlesRôle réduit ; le fidèle s'adresse directement à Dieu
Langue du culteLatinLangues courantes (allemand, français, anglais…)
SacrementsSept sacrementsRéduits, le plus souvent à deux (baptême, cène)
Lieux de culteÉglises ornées (statues, vitraux, images saintes)Temples sobres, peu d'images

Propriété : Bilan du chapitre

Aux XVe-XVIe siècles, l'Europe connaît une double rupture, portée par la diffusion massive de l'imprimé :

  • une rupture intellectuelle et artistique : l'humanisme replace l'homme et le savoir antique au cœur de la réflexion, la Renaissance invente de nouvelles formes artistiques (perspective) sous l'impulsion du mécénat ;
  • une rupture religieuse : la contestation portée par Luther puis Calvin donne naissance au protestantisme, tandis que l'Église catholique se réforme elle-même (concile de Trente), au prix de divisions et de conflits durables en Europe.

Frise chronologique : Humanisme, Renaissance et réformes (1450--1600)

Repères : diffusion du savoir — humanisme et paix religieuse — Réforme protestante — Renaissance artistique et Contre-Réforme.

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