Sociétés et environnements : des équilibres fragiles
Cours complet · histoire-géographie (seconde), chapitre 7 · seconde générale, histoire-géographie
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7.1 Sociétés et milieux : une relation ancienne et transformée
Depuis toujours, les sociétés humaines vivent avec leur milieu naturel : elles y puisent des ressources, l'aménagent, le transforment. Mais depuis deux siècles — et plus encore depuis 1950 —, l'ampleur de ces transformations a changé d'échelle. On parle désormais d'environnement pour désigner ce système d'interactions entre les sociétés et le milieu qui les entoure.
L'environnement est l'ensemble des éléments naturels (climat, relief, sols, eau, biodiversité) et des interactions entre une société et le milieu dans lequel elle vit. Il ne s'agit donc pas seulement de la « nature », mais d'un système où les hommes prélèvent des ressources, rejettent des déchets et subissent en retour des risques.
Cette définition insiste sur un point essentiel : l'environnement n'existe pas indépendamment des sociétés qui l'habitent. Une forêt tropicale n'est pas seulement un écosystème ; c'est aussi le lieu de vie de peuples autochtones, une réserve de bois et de terres agricoles convoitée, un réservoir de biodiversité étudié par les scientifiques, et un puits de carbone qui intéresse la planète entière.
Propriété : Une relation à double sens
La relation entre sociétés et environnement fonctionne dans les deux sens :
- les sociétés exploitent, aménagent et transforment les milieux (agriculture, urbanisation, extraction de ressources, infrastructures) ;
- en retour, les milieux transformés peuvent devenir des sources de risques pour les sociétés (érosion des sols, inondations aggravées, canicules urbaines, submersion littorale).
Plus une société prélève et transforme intensément son milieu, plus elle s'expose, souvent, à des risques renforcés par ses propres aménagements.
7.1.1 Un schéma pour représenter le système société-environnement
La figure fig:systeme-societe-environnement propose une modélisation simple de ce système : la société prélève des ressources dans le milieu, y rejette des déchets et des pollutions, et aménage l'espace ; en retour, le milieu peut produire des aléas qui, combinés à la vulnérabilité de la société, se traduisent en risques.
Méthode : Analyser un schéma systémique
Pour lire un schéma comme celui de la figure fig:systeme-societe-environnement :
- identifier les pôles du système (ici : société et milieu naturel) ;
- repérer le sens des flèches : elles indiquent une action ou un flux (prélèvement, rejet, aléa) ;
- distinguer ce qui relève de l'action humaine (prélever, rejeter, aménager) de ce qui relève du milieu (produire un aléa) ;
- identifier où se situe le résultat du système : ici, le risque, qui combine un aléa et une vulnérabilité.
7.2 Exploiter, aménager, transformer les milieux
Les sociétés interviennent sur les milieux de trois manières principales : elles en tirent des ressources, elles les aménagent pour y vivre et y circuler, et elles les transforment par leurs activités (agriculture, industrie, urbanisation).
Une ressource est un élément du milieu (eau, sol, minerai, forêt, énergie fossile, énergie solaire...) que les sociétés utilisent pour satisfaire leurs besoins. On distingue :
- les ressources renouvelables : elles se reconstituent à l'échelle d'une vie humaine si leur exploitation reste raisonnable (eau douce, bois, soleil, vent) ;
- les ressources non renouvelables : leur stock est fini à l'échelle humaine (pétrole, charbon, gaz, minerais).
L'eau douce est une ressource renouvelable par le cycle de l'eau (évaporation, précipitations, ruissellement). Pourtant, dans certaines régions du monde — Sahel, Proche-Orient, sud-ouest des États-Unis — la demande (agriculture irriguée, villes, industrie) dépasse la capacité de renouvellement des nappes et des cours d'eau. On parle alors de stress hydrique : une ressource renouvelable en théorie peut donc devenir localement rare, si elle est surexploitée plus vite qu'elle ne se régénère.
Propriété : Trois grandes formes de transformation des milieux
- L'agriculture : défrichement, irrigation, mécanisation, usage d'engrais et de pesticides — elle transforme durablement les sols et les paysages.
- L'urbanisation : construction de villes, imperméabilisation des sols, extension des réseaux (routes, énergie, eau) — elle artificialise l'espace.
- L'exploitation des ressources naturelles : mines, forages, barrages, coupes forestières — elle prélève dans le milieu des quantités croissantes de matière et d'énergie.
Ces trois formes de transformation se combinent souvent sur un même territoire et se renforcent mutuellement (une route ouvre une forêt à l'agriculture, qui attire une ville...).
7.3 Risques et vulnérabilité
Un risque est la probabilité qu'un aléa (événement naturel ou technologique potentiellement dangereux) affecte une société ou un territoire, en fonction de son exposition et de sa vulnérabilité. On distingue :
- les risques naturels : séismes, éruptions volcaniques, cyclones, inondations, sécheresses ;
- les risques technologiques : accidents industriels, nucléaires, marées noires, ruptures de barrage.
La vulnérabilité désigne la capacité (ou l'incapacité) d'une société à faire face à un aléa : elle dépend des moyens de prévention, d'alerte, de construction et de secours dont elle dispose.
Propriété : Le risque, produit de l'aléa et de la vulnérabilité
Un même aléa ne produit pas le même risque selon les sociétés qui y sont exposées :
Un séisme de même magnitude peut faire des milliers de morts dans un pays pauvre aux constructions fragiles et quelques dizaines de morts dans un pays riche disposant de normes parasismiques strictes et de secours organisés. Ce n'est donc pas la nature seule qui détermine la catastrophe : c'est la combinaison entre l'aléa et la vulnérabilité de la société exposée.
En 2010, le séisme d'Haïti (magnitude 7) a fait environ 200 000 morts, dans un pays pauvre aux constructions peu résistantes et aux secours débordés. En 2011, le séisme de Tōhoku au Japon (magnitude 9, bien plus puissant) a causé environ 18 000 morts (essentiellement dus au tsunami), le Japon disposant de normes de construction parasismiques strictes, de systèmes d'alerte et de plans d'évacuation rodés. Le contraste illustre la propriété précédente : la vulnérabilité fait la différence.
Méthode : Analyser une carte des risques
Pour analyser une carte de risques (sismique, cyclonique, d'inondation...) :
- lire la légende pour identifier la nature de l'aléa cartographié et son intensité (couleurs, hachures) ;
- repérer les zones les plus exposées (littoraux, zones sismiques, plaines inondables) ;
- croiser cette carte avec une carte de densité de population ou d'urbanisation : un aléa fort sur un territoire peu peuplé représente un risque moindre qu'un aléa modéré sur une métropole ;
- conclure sur les territoires cumulant forte exposition et forte vulnérabilité : ce sont les plus à risque.
7.4 Les pressions sur l'environnement et la question de la durabilité
L'intensification des prélèvements et des rejets exerce des pressions croissantes sur les milieux : déforestation, épuisement des sols, pollution de l'eau et de l'air, érosion de la biodiversité. Ces pressions posent la question de la durabilité du modèle de développement des sociétés.
Le développement durable est un mode de développement qui cherche à répondre aux besoins des générations actuelles sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Il repose sur trois piliers en interaction :
- économique (produire, créer des emplois et des richesses) ;
- social (réduire les inégalités, garantir l'accès aux besoins essentiels) ;
- environnemental (préserver les ressources et les écosystèmes).
Propriété : Des tensions entre les trois piliers
Les trois piliers du développement durable sont souvent en tension : développer l'agriculture pour nourrir une population croissante (pilier social) peut entraîner déforestation et épuisement des sols (atteinte au pilier environnemental) ; réduire l'exploitation d'une ressource pour la préserver (pilier environnemental) peut priver des travailleurs de leur emploi (atteinte au pilier économique). Le développement durable n'est donc pas un état figé, mais une recherche permanente d'équilibre entre ces exigences.
Méthode : Situer une politique dans le schéma des trois piliers
Pour évaluer une décision d'aménagement à l'aide de la figure fig:trois-piliers, on se demande dans quelle(s) zone(s) elle se situe : est-elle viable (économiquement rentable et respectueuse de l'environnement), vivable (soutenable socialement et écologiquement) et équitable (économiquement et socialement juste) ? Une politique réellement durable doit se rapprocher du centre, à l'intersection des trois piliers.
7.5 Le changement climatique et l'Anthropocène
Depuis la révolution industrielle, la combustion massive d'énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) a considérablement augmenté la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, entraînant un réchauffement global du climat.
La figure fig:co2-temperature montre une corrélation nette entre la hausse de la concentration de CO et celle des températures moyennes globales, en particulier depuis les années 1950.
L'Anthropocène est un terme proposé pour désigner une nouvelle ère géologique, dans laquelle l'humanité serait devenue une force géologique à part entière, capable de modifier durablement le système Terre (climat, cycles biogéochimiques, biodiversité, composition de l'atmosphère) à une échelle comparable aux grands phénomènes naturels du passé.
Propriété : Les marqueurs de l'Anthropocène
Plusieurs indices sont avancés pour caractériser cette nouvelle ère :
- la hausse rapide et continue des gaz à effet de serre depuis 1950 (« grande accélération ») ;
- la présence de plastiques et de radionucléides dans les sédiments du monde entier ;
- l'effondrement accéléré de la biodiversité, comparé par certains scientifiques à une « sixième extinction de masse » ;
- la modification des grands cycles naturels (azote, phosphore, eau) par les activités agricoles et industrielles.
7.5.1 Répondre au changement climatique : atténuer et s'adapter
Face au réchauffement, les sociétés disposent de deux grandes familles de réponses, complémentaires et non exclusives : agir sur les causes du changement climatique (l'atténuation) et agir sur ses conséquences (l'adaptation).
On distingue deux stratégies face au changement climatique :
- l'atténuation (mitigation) vise à réduire les causes du réchauffement, c'est-à-dire diminuer les émissions de gaz à effet de serre (énergies renouvelables, sobriété, transports décarbonés) ou augmenter leur absorption (reforestation, protection des puits de carbone) ;
- l'adaptation vise à réduire la vulnérabilité des sociétés aux effets déjà inévitables du réchauffement (digues contre la submersion, gestion de l'eau en cas de sécheresse, végétalisation des villes contre les canicules, choix de cultures résistantes).
Propriété : Des réponses à toutes les échelles
Atténuation et adaptation se déclinent à toutes les échelles et supposent une coordination : accords internationaux (Accord de Paris, 2015, visant à limiter le réchauffement bien en dessous de ), politiques nationales (transition énergétique), initiatives locales (plans climat des villes) et gestes individuels. Aucune de ces échelles ne suffit seule : la lutte contre le changement climatique est un défi global qui appelle une action à toutes les échelles.
7.6 Étude de cas : l'Amazonie, une forêt sous pression
La forêt amazonienne couvre environ 5,5 millions de km répartis sur neuf pays, dont 60 % au Brésil. Elle abrite une biodiversité exceptionnelle (environ 10 % des espèces connues) et constitue un immense réservoir de carbone, ce qui lui a valu le surnom de « poumon vert de la planète » (une image discutée par les scientifiques, la forêt consommant aussi une grande partie de l'oxygène qu'elle produit par sa propre respiration).
Des pressions multiples :
- l'élevage bovin extensif et la culture du soja destinée à l'exportation, principales causes de déforestation ;
- l'orpaillage et l'exploitation minière, sources de pollution des cours d'eau (mercure) ;
- la construction de routes et de barrages hydroélectriques, qui fragmentent la forêt et ouvrent de nouveaux fronts pionniers ;
- les feux de forêt, souvent allumés volontairement pour défricher, qui échappent parfois à tout contrôle en saison sèche.
Des fragilités révélées : la déforestation réduit la capacité de la forêt à recycler l'eau (chaque arbre restitue de la vapeur d'eau dans l'atmosphère, alimentant les précipitations en aval) ; certains scientifiques évoquent un possible point de bascule au-delà duquel une partie de l'Amazonie basculerait vers une savane, perdant sa capacité à se régénérer. La forêt, longtemps considérée comme un puits de carbone, deviendrait alors localement une source d'émissions.
Des tensions entre acteurs : peuples autochtones défendant leurs terres, ONG environnementales, État brésilien partagé entre protection (aires protégées, moratoires) et exploitation économique, marchés internationaux du soja et du bœuf. Cette étude de cas illustre bien la définition de l'environnement donnée en ouverture de chapitre : un système d'interactions entre une société (multiple, aux intérêts divergents) et un milieu, dont la transformation produit à son tour de nouveaux risques.
| Cause de déforestation | Part estimée | Enjeu principal |
|---|---|---|
| Élevage bovin | 65 % | Exportation de viande |
| Agriculture (soja) | 15 % | Alimentation animale mondiale |
| Exploitation minière | 10 % | Or, minerais |
| Infrastructures (routes, barrages) | 10 % | Désenclavement, énergie |
Méthode : Analyser un paysage de front pionnier
Face à une photographie de paysage amazonien en cours de déforestation :
- identifier les plans : premier plan (parcelle défrichée ou brûlée), plans intermédiaires (pâturages, cultures), arrière-plan (forêt encore intacte) ;
- repérer les traces d'aménagement : routes, pistes, clôtures, bâtiments ;
- distinguer ce qui relève de l'exploitation (bétail, cultures) de ce qui relève de la transformation irréversible du milieu (sol mis à nu, érosion) ;
- mettre en relation le paysage observé avec les acteurs et les échelles (locale : l'agriculteur ; nationale : l'État brésilien ; mondiale : les marchés agricoles).
7.7 Bilan du chapitre
Propriété : Ce qu'il faut retenir
- L'environnement désigne le système d'interactions entre les sociétés et leur milieu, et non la seule « nature ».
- Les sociétés exploitent, aménagent et transforment les milieux par l'agriculture, l'urbanisation et l'exploitation des ressources.
- Une ressource peut être renouvelable ou non renouvelable ; même renouvelable, elle peut se raréfier si elle est surexploitée.
- Le risque résulte de la combinaison d'un aléa (naturel ou technologique) et de la vulnérabilité de la société exposée.
- Le développement durable cherche un équilibre, toujours en tension, entre exigences économique, sociale et environnementale.
- Le changement climatique, lié à l'augmentation des gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle, conduit certains scientifiques à parler d'Anthropocène : une ère où l'humanité agit comme une force géologique.
- Face à ce défi global, les sociétés combinent deux réponses : l'atténuation (réduire les causes, c'est-à-dire les émissions) et l'adaptation (réduire la vulnérabilité aux effets), à toutes les échelles.
- L'étude de l'Amazonie illustre concrètement ces notions : pressions multiples, fragilités révélées (point de bascule), tensions entre acteurs à toutes les échelles.