Des mobilités généralisées
Cours complet · histoire-géographie (seconde), chapitre 9 · seconde générale, histoire-géographie
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9.1 Un monde de plus en plus mobile
Se déplacer, pour quelques heures ou pour toujours, à l'intérieur d'un pays ou d'un continent à l'autre : les sociétés contemporaines sont marquées par une intensification sans précédent des déplacements humains. Ce chapitre étudie deux grandes formes de cette mobilité généralisée — les migrations internationales et le tourisme — avant de les observer à l'échelle de la France.
La mobilité désigne l'ensemble des déplacements de personnes dans l'espace, qu'ils soient quotidiens (domicile-travail), saisonniers (tourisme) ou définitifs (migration). Elle est rendue possible par la baisse du coût des transports et par la diffusion des moyens de communication.
Une migration est un déplacement de population d'un lieu de départ vers un lieu d'arrivée, impliquant un changement durable de résidence. Un migrant international est une personne qui vit depuis plus d'un an dans un pays différent de son pays de naissance.
Propriété : Une mobilité en forte croissance
En 2019, on compte environ 272 millions de migrants internationaux, soit près de 3,5 % de la population mondiale — contre 153 millions en 1990. Sur la même période, les arrivées de touristes internationaux sont passées d'environ 435 millions à 1,4 milliard par an. Ces deux mobilités progressent donc plus vite que la population mondiale.
On distingue deux grandes familles de mobilités, selon leur durée et leur motivation : les migrations, qui entraînent un changement durable de résidence, et le tourisme, déplacement temporaire de loisir. Chacune se décline elle-même en plusieurs types.
9.2 Les migrations internationales
9.2.1 Des migrations aux causes multiples
Une migration économique (ou migration de travail) est motivée par la recherche d'un emploi ou de meilleures conditions de vie. Un réfugié est une personne contrainte de fuir son pays en raison d'un conflit, de persécutions ou de violences ; un demandeur d'asile est une personne qui sollicite cette protection sans que sa demande ait encore été examinée.
| Type de migration | Cause principale | Exemple |
|---|---|---|
| Économique | Écart de richesse, chômage, recherche d'un salaire plus élevé | Travailleurs mexicains vers les États-Unis |
| Politique / conflit | Guerre, persécutions, dictature | Réfugiés syriens vers la Turquie et le Liban |
| Environnementale | Catastrophe naturelle, désertification, montée des eaux | Déplacés climatiques du Bangladesh |
| Étudiante | Poursuite d'études supérieures | Étudiants chinois vers l'Amérique du Nord |
Propriété : Les réfugiés, une minorité des migrants
Sur les 272 millions de migrants internationaux, on dénombre environ 26 millions de réfugiés et 4 millions de demandeurs d'asile (HCR, 2019). La grande majorité des migrations internationales reste donc motivée par des raisons économiques ou familiales, et non par la fuite d'un conflit.
9.2.2 Des flux Sud-Nord, mais aussi Sud-Sud
Méthode : Analyser une carte de flux migratoires
Pour lire une carte de flux, il faut : (1) identifier les foyers de départ et les pôles d'arrivée ; (2) observer l'épaisseur des flèches, proportionnelle au volume du flux ; (3) distinguer les grandes orientations (Sud Nord, Sud Sud) ; (4) relier chaque flux à une cause (économique, politique, environnementale) et à une distance (voisinage régional ou migration lointaine).
Chaque année, des dizaines de milliers de personnes originaires d'Afrique subsaharienne et de la Corne de l'Afrique traversent la Libye puis la Méditerranée pour rejoindre l'Italie. Cette route, parmi les plus meurtrières au monde, illustre un flux Sud Nord mêlant migrations économiques et demandes d'asile.
Depuis 2015, plusieurs millions de Vénézuéliens ont fui la crise économique et politique de leur pays pour s'installer dans les pays voisins, en premier lieu la Colombie. Ce flux rappelle que la majorité des migrations forcées se dirige vers un pays limitrophe du Sud, et non vers les pays riches du Nord.
| Principaux pays de départ (2019) | Principaux pays d'arrivée (2019) |
|---|---|
| Inde, Mexique, Chine, Russie, Syrie | États-Unis, Allemagne, Arabie saoudite, Russie, Royaume-Uni |
Entre le pays de départ et le pays d'arrivée, un migrant traverse souvent un ou plusieurs pays de transit, où il séjourne temporairement en attendant de poursuivre sa route : la Libye et le Maroc pour la traversée de la Méditerranée, le Mexique pour rejoindre les États-Unis. Ces territoires de passage concentrent des enjeux particuliers (contrôle des frontières, réseaux de passeurs, camps).
9.2.3 Des conséquences pour les territoires de départ et d'arrivée
Propriété : Le poids des transferts de fonds
Les migrants envoient une partie de leurs revenus à leur famille restée au pays : ces transferts de fonds (ou remittances) ont atteint environ 550 milliards de dollars en 2019, une somme supérieure à l'aide publique au développement mondiale. Ils constituent une ressource essentielle pour certains pays de départ (Philippines, Mexique, Nigeria).
Pour les territoires de départ, la migration peut soulager un marché du travail saturé et apporter des devises, mais elle prive aussi le pays d'une partie de sa population active, parfois qualifiée (on parle de fuite des cerveaux), et peut déséquilibrer la structure démographique locale (villages vieillis, déficit d'hommes actifs). Pour les territoires d'arrivée, l'immigration comble des besoins de main-d'œuvre et contribue à l'économie et à la vie culturelle, mais elle pose aussi des questions d'intégration, de logement et alimente parfois des tensions politiques et sociales.
9.3 Le tourisme international, une mobilité de masse
9.3.1 L'essor d'un tourisme mondialisé
Le tourisme est un déplacement temporaire, motivé par les loisirs, la découverte ou les affaires, qui n'entraîne pas de changement de résidence. Un touriste international passe au moins une nuit hors de son pays de résidence habituelle.
Propriété : Un tourisme de masse
En 2019, l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) recense 1,4 milliard d'arrivées de touristes internationaux, contre 25 millions en 1950. Le tourisme représente environ 10 % du PIB mondial et emploie un emploi sur dix dans le monde.
Cet essor s'explique par la hausse du niveau de vie dans de nombreux pays, la généralisation des congés payés, la baisse du coût du transport aérien (compagnies low-cost) et la diffusion de l'information touristique par Internet.
9.3.2 Des destinations inégalement réparties
| Pays | Arrivées de touristes internationaux en 2019 (millions) |
|---|---|
| France | 90 |
| Espagne | 84 |
| États-Unis | 79 |
| Chine | 66 |
| Italie | 65 |
Méthode : Lire un graphique de fréquentation touristique
Face à un graphique de fréquentation, il faut : (1) repérer l'échelle et l'unité (arrivées annuelles, en millions) ; (2) comparer les rangs des pays ou des dates entre eux ; (3) chercher une rupture (crise sanitaire, économique) ; (4) relier la position d'un pays à ses atouts (patrimoine, littoral, climat, accessibilité).
Avec 90 millions de visiteurs étrangers en 2019, la France doit ce rang à la diversité de ses paysages, à la richesse de son patrimoine (Paris, châteaux de la Loire, littoraux), à sa position centrale en Europe et à la qualité de ses réseaux de transport, notamment le TGV et les aéroports parisiens.
9.3.3 Des retombées et des impacts contrastés
Le tourisme génère des emplois et des devises, structure l'aménagement de territoires entiers (littoraux, montagnes, métropoles) et peut financer la préservation du patrimoine. Mais il produit aussi des effets négatifs : saturation de certains sites (surtourisme à Venise ou Barcelone), hausse du prix du logement pour les habitants, pression sur les ressources en eau et en énergie, et empreinte environnementale élevée du transport aérien, premier mode utilisé pour les voyages internationaux.
9.4 La France, un territoire façonné par les mobilités
9.4.1 Des mobilités quotidiennes en forte hausse
Une migration pendulaire (ou navette) est un déplacement quotidien entre le domicile et le lieu de travail ou d'études, généralement effectué en aller-retour dans la journée.
Propriété : L'allongement des trajets domicile-travail
En France, la distance moyenne entre le domicile et le lieu de travail a doublé depuis les années 1980, sous l'effet de la métropolisation (concentration des emplois dans les grandes villes) et de la périurbanisation (éloignement des ménages vers les couronnes périurbaines, où le logement est moins cher).
9.4.2 Des réseaux qui structurent le territoire
Depuis l'ouverture de la première ligne Paris-Lyon en 1981, le réseau à grande vitesse français s'est étendu à plus de 2 800 km de lignes, organisées en étoile autour de Paris. Il rapproche les grandes métropoles (Paris-Lyon en moins de 2 heures) mais laisse à l'écart les territoires ruraux non desservis.
Ce projet de nouvelles lignes de métro automatique en rocade autour de Paris, en construction depuis 2016, vise à relier entre elles les banlieues sans passer par le centre de la capitale, afin de désenclaver les territoires périphériques et de réduire la saturation des transports en commun.
9.4.3 Aménager pour répondre aux enjeux de mobilité
L'aménagement des transports en France doit concilier plusieurs objectifs parfois contradictoires : réduire la congestion des grandes agglomérations (embouteillages, saturation des trains de banlieue), limiter l'empreinte environnementale des déplacements (développement du vélo, du covoiturage, des transports collectifs), et lutter contre la fracture territoriale entre métropoles bien connectées et espaces ruraux ou périurbains dépendants de la voiture individuelle, parfois qualifiés de « zones blanches » de la mobilité.
Propriété : Bilan du chapitre
Les mobilités humaines — migrations et tourisme — connaissent depuis quelques décennies une intensification et une diversification sans précédent, portées par la mondialisation des transports et des échanges. Ces mobilités redessinent les territoires, tant dans les pays de départ que d'arrivée, et posent en France, comme ailleurs, des enjeux d'aménagement, d'équité territoriale et de durabilité environnementale.