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L'Europe entre restauration et révolution (1814-1848)

Cours complet · histoire (première), chapitre 2 · première, histoire-géographie

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En 1814, la chute de Napoléon met fin à un quart de siècle de bouleversements ouverts par la Révolution française. Les souverains vainqueurs se réunissent à Vienne avec l'ambition de refermer cette parenthèse et de rétablir un ordre monarchique et aristocratique. Mais l'Europe qu'ils prétendent restaurer n'est plus celle de 1789 : les idées de liberté, de souveraineté nationale et d'égalité civile ont circulé dans les bagages des armées révolutionnaires et impériales. Pendant plus de trente ans, un affrontement traverse le continent, opposant l'ordre voulu par les monarques à des forces nouvelles — le libéralisme et le sentiment national — qui aspirent à transformer les États et à redessiner la carte. Cet affrontement se traduit par une succession de vagues révolutionnaires (1820, 1830, 1848) qui, malgré leurs échecs répétés, révèlent l'irrésistible montée des aspirations libérales et nationales.

Comment, entre 1814 et 1848, l'ordre européen construit à Vienne est-il contesté par les révolutions, et pourquoi ces révolutions échouent-elles sans faire disparaître les idées qui les portent ?

2.1 Le congrès de Vienne : refermer la parenthèse révolutionnaire

2.1.1 Redessiner l'Europe après Napoléon

De septembre 1814 à juin 1815, les représentants des grandes puissances européennes se réunissent à Vienne, capitale de l'Empire d'Autriche. L'objectif est de reconstruire l'Europe après vingt-cinq années de guerres nées de la Révolution et de l'Empire napoléonien. Jamais autant de souverains et de diplomates ne s'étaient retrouvés en un même lieu : on parle d'un véritable « congrès dansant », tant les négociations s'accompagnent de fêtes et de réceptions.

Quatre acteurs principaux dominent les discussions. Le chancelier autrichien Metternich, hôte et véritable maître d'œuvre du congrès, incarne la volonté de réaction contre l'esprit révolutionnaire. Le Britannique Castlereagh défend l'équilibre des puissances et les intérêts maritimes de son pays. Le tsar Alexandre Ier de Russie, animé d'un mysticisme chrétien, veut jouer le rôle d'arbitre du continent. Enfin, le Français Talleyrand, représentant du roi Louis XVIII, parvient par son habileté à faire admettre la France vaincue à la table des vainqueurs et à limiter les sanctions contre elle.

Définition 2.1le congrès de Vienne

Réunion diplomatique (1814-1815) des grandes puissances européennes — Autriche, Russie, Prusse, Royaume-Uni et bientôt France — destinée à réorganiser l'Europe après la chute de Napoléon. Il fonde un ordre international fondé sur la légitimité monarchique et l'équilibre entre les États.

2.1.2 Les principes de l'ordre nouveau

Trois grands principes guident les négociateurs. Le premier est la légitimité : les dynasties renversées par la Révolution et Napoléon doivent retrouver leurs trônes. Les Bourbons reviennent en France, en Espagne et à Naples ; les anciens souverains sont rétablis dans de nombreux États. Le deuxième principe est l'équilibre européen : aucune puissance ne doit pouvoir dominer les autres, afin d'éviter le retour d'un empire hégémonique comme celui de Napoléon. On renforce donc les États situés autour de la France (Royaume des Pays-Bas au nord, royaume de Piémont-Sardaigne au sud-est). Le troisième principe est le retour à l'ordre monarchique, contre les idées de souveraineté populaire.

Les tracés territoriaux ignorent délibérément les aspirations des peuples. L'Autriche récupère la Lombardie et la Vénétie en Italie ; la Prusse s'agrandit en Rhénanie ; le tsar obtient un royaume de Pologne placé sous sa domination ; l'Allemagne est réorganisée en une Confédération germanique de 39 États dominée par l'Autriche ; l'Italie reste morcelée en une multitude d'États. Les nations sans État — Polonais, Italiens, Allemands — sont les grandes sacrifiées de ce partage.

◆Théorème 2.21814-1815, l'ordre de Vienne
  • Septembre 1814 : ouverture du congrès de Vienne.
  • Juin 1815 : signature de l'Acte final, qui fixe la nouvelle carte de l'Europe.
  • Principes : légitimité dynastique, équilibre des puissances, restauration monarchique.

2.1.3 Le « concert européen » et la répression

Pour garantir cet ordre, les souverains mettent en place des mécanismes de solidarité. En septembre 1815, le tsar Alexandre Ier propose la Sainte-Alliance, qui unit les souverains de Russie, d'Autriche et de Prusse autour des principes chrétiens et de la défense de l'ordre monarchique. Peu après, la Quadruple-Alliance (Autriche, Russie, Prusse, Royaume-Uni), à laquelle la France se joindra en 1818, engage ses membres à se réunir régulièrement pour régler ensemble les affaires du continent.

Ce système de réunions périodiques, que l'on appelle le concert européen, vise à maintenir la paix mais aussi à surveiller et à réprimer, partout où ils surgissent, les mouvements libéraux et révolutionnaires. Metternich en devient le gendarme : au nom du droit d'intervention, les puissances envoient des armées écraser les révolutions qui menacent l'ordre établi, en Espagne comme en Italie.

AllianceMembresObjectif
Sainte-Alliance (1815)Russie, Autriche, PrusseDéfendre l'ordre monarchique et chrétien
Quadruple-Alliance (1815)Autriche, Russie, Prusse, Royaume-Uni (France en 1818)Régler ensemble les affaires européennes, réprimer les révolutions
Concert européenLes grandes puissancesMaintenir la paix et l'équilibre par des congrès réguliers
Figure : Les instruments de l'ordre de Vienne

2.2 Les forces nouvelles contre l'ordre de Vienne

L'ordre de Vienne se heurte pourtant à des aspirations profondes, nées de la Révolution française et diffusées à travers l'Europe. Deux grandes forces, souvent alliées, minent la stabilité voulue par Metternich : le libéralisme et le principe des nationalités.

2.2.1 Le libéralisme

Le libéralisme désigne un ensemble d'idées politiques héritées des Lumières et de la Révolution. Les libéraux réclament une constitution qui limite le pouvoir du souverain, la souveraineté de la nation — c'est-à-dire que le pouvoir procède du peuple et non du droit divin —, la garantie des libertés individuelles (liberté de presse, de réunion, de conscience) et l'égalité devant la loi. Ils souhaitent le plus souvent un régime représentatif, où une assemblée élue vote les lois et contrôle le gouvernement.

Ces idées séduisent surtout la bourgeoisie instruite, les étudiants, une partie des officiers et des professions libérales. Face à la censure et à la répression, les libéraux s'organisent parfois dans des sociétés secrètes, comme les carbonari en Italie, prêtes à préparer l'insurrection.

Définition 2.3le libéralisme

Doctrine politique qui affirme la souveraineté de la nation, réclame une constitution limitant le pouvoir du souverain et garantit les libertés individuelles ainsi que l'égalité devant la loi. Il s'oppose à l'absolutisme restauré par le congrès de Vienne.

2.2.2 Le principe des nationalités

À côté du libéralisme s'affirme le principe des nationalités : chaque nation, c'est-à-dire chaque communauté humaine unie par une langue, une culture, une histoire et le sentiment d'appartenir à un même ensemble, aurait le droit de former un État indépendant. Selon cette idée, « une nation = un État ».

Ce principe est révolutionnaire car il conteste directement la carte dessinée à Vienne. Les Italiens et les Allemands, dispersés entre de multiples États, aspirent à l'unité. Les Polonais, les Hongrois, les Grecs, les Belges, dominés par des empires étrangers, aspirent à l'indépendance. Partout, la revendication nationale se mêle à la revendication libérale : on veut à la fois un État national et un régime respectueux des libertés.

2.2.3 Le romantisme, expression culturelle de ces aspirations

Ces aspirations trouvent une puissante caisse de résonance dans le romantisme, grand mouvement artistique et littéraire de la première moitié du XIXe siècle. Contre le rationalisme froid, les romantiques exaltent les sentiments, la liberté de création, le goût du passé national et l'engagement. Des écrivains comme Victor Hugo en France, des musiciens, des peintres célèbrent les peuples opprimés et leur combat pour la liberté. Le tableau d'Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple (1830), devient l'un des symboles de cet élan. La culture romantique nourrit ainsi directement le sentiment national et l'idéal libéral.

Propriété : les forces de contestation

L'ordre de Vienne est contesté par deux forces complémentaires : le libéralisme (constitution, libertés, souveraineté de la nation) et le principe des nationalités (une nation = un État). Le romantisme donne à ces idées une puissante expression culturelle et sentimentale.

2.3 Les vagues révolutionnaires de 1820 et 1830

Dès les années 1820, l'Europe est parcourue de secousses révolutionnaires qui ébranlent l'édifice de Vienne. Deux grandes vagues se succèdent, en 1820 puis en 1830.

2.3.1 La frise des révolutions

2.3.2 La vague de 1820

En 1820, des insurrections libérales éclatent dans plusieurs pays du sud de l'Europe. En Espagne, des officiers imposent au roi Ferdinand VII le rétablissement d'une constitution libérale ; en Italie, à Naples et au Piémont, les carbonari obtiennent également des constitutions. Mais la Sainte-Alliance réagit : mandatées par le concert européen, des armées interviennent. Les Autrichiens écrasent les mouvements italiens, tandis qu'en 1823 une armée française — l'expédition des « cent mille fils de saint Louis » — rétablit l'absolutisme en Espagne. Partout, la répression triomphe.

Un mouvement échappe pourtant à cette logique : le soulèvement des Grecs, qui à partir de 1821 se révoltent contre la domination de l'Empire ottoman. Leur cause va progressivement rallier l'opinion et les gouvernements européens.

Exemple 2.4la bataille de Navarin (1827) et l'indépendance de la Grèce

En 1821, les Grecs se soulèvent contre l'Empire ottoman qui les domine depuis des siècles. Leur combat suscite en Europe un vaste élan de sympathie, le philhellénisme : peintres, poètes et intellectuels — dont Delacroix et le poète anglais Byron, mort en Grèce en 1824 — célèbrent la lutte du peuple grec, héritier de l'Antiquité, contre l'oppresseur ottoman.

Cette pression de l'opinion pousse les grandes puissances à intervenir. Le 20 octobre 1827, à Navarin, les flottes réunies du Royaume-Uni, de la France et de la Russie anéantissent la flotte turco-égyptienne. Cette victoire décisive rend possible la libération de la Grèce, et son indépendance est reconnue en 1830 par les puissances européennes.

C'est un cas exceptionnel : pour la première fois, les grandes puissances, au lieu de réprimer un mouvement national, le soutiennent. La cause grecque a bénéficié à la fois de la ferveur romantique et des intérêts géopolitiques des États face à l'Empire ottoman affaibli.

2.3.3 La vague de 1830

En 1830, une nouvelle vague, plus large, secoue l'Europe. Elle part de la France. En juillet, le roi Charles X, qui gouverne de manière autoritaire, publie des ordonnances suspendant la liberté de la presse et modifiant la loi électorale. Paris se soulève : ce sont les « Trois Glorieuses » (27, 28 et 29 juillet 1830), la révolution de Juillet. Charles X abdique et s'exile. Mais la bourgeoisie libérale, redoutant une nouvelle république, place sur le trône Louis-Philippe d'Orléans, qui devient « roi des Français » : c'est le début de la monarchie de Juillet, régime libéral mais censitaire, où seuls les plus riches votent.

L'exemple français enflamme l'Europe. En Belgique, rattachée par Vienne au royaume des Pays-Bas, la population se soulève et proclame son indépendance : celle-ci est reconnue en 1830-1831, et la Belgique se dote d'une constitution libérale. En Pologne, un soulèvement éclate contre la domination russe, mais il est écrasé par l'armée du tsar en 1831 ; de nombreux Polonais s'exilent, notamment en France. En Italie et en Allemagne, les mouvements sont également réprimés. La vague de 1830 aboutit donc à des résultats contrastés : une victoire libérale en France, une indépendance nouvelle en Belgique, mais l'échec des nationalités polonaise, italienne et allemande.

DateÉvénementRésultat
1820-1823Insurrections en Espagne et en ItalieRéprimées par la Sainte-Alliance
1827Bataille de NavarinVictoire des puissances sur la flotte ottomane
1830Indépendance de la GrèceReconnue par les grandes puissances
1830Révolution de Juillet (France)Monarchie de Juillet, Louis-Philippe
1830-1831Révolution belgeIndépendance de la Belgique
1830-1831Soulèvement polonaisÉcrasé par la Russie
Figure : Les révolutions de 1820 et 1830

2.4 1848, le « printemps des peuples »

En 1848, une immense vague révolutionnaire, la plus vaste que l'Europe ait connue, embrase presque tout le continent. On l'appelle le « printemps des peuples ».

2.4.1 La révolution de Février en France

Tout commence de nouveau à Paris. La monarchie de Juillet, refusant tout élargissement du droit de vote, s'est coupée d'une partie de l'opinion. En février 1848, l'interdiction d'un banquet réformiste met le feu aux poudres. Paris se couvre de barricades : c'est la révolution de Février. Le roi Louis-Philippe abdique et s'enfuit. La Deuxième République est proclamée le 24 février 1848. Le gouvernement provisoire instaure aussitôt de grandes réformes : le suffrage universel masculin, l'abolition de l'esclavage dans les colonies (avril 1848), la proclamation des libertés fondamentales. La République française apparaît alors comme un phare pour tous les peuples d'Europe.

2.4.2 L'embrasement de l'Europe

En quelques semaines, la révolution gagne les grandes capitales. À Vienne, l'insurrection contraint le tout-puissant Metternich à démissionner et à s'enfuir (mars 1848) : le symbole de l'ordre de 1815 s'effondre. À Berlin, le roi de Prusse doit céder devant les insurgés. À Milan et à Venise, les Italiens se soulèvent contre la domination autrichienne. Dans les États allemands, un parlement se réunit à Francfort pour tenter de réaliser l'unité de l'Allemagne. En Hongrie, les patriotes réclament l'autonomie puis l'indépendance face à l'Autriche. Partout, les revendications sont à la fois libérales (constitutions, libertés, suffrage élargi) et nationales (unité ou indépendance des peuples).

Exemple 2.51848, le printemps des peuples

En 1848, la révolution partie de Paris se propage à presque toute l'Europe continentale. Les principaux foyers révolutionnaires sont Paris, Vienne, Berlin, Milan, Venise, Francfort et Budapest.

Deux grands types de revendications s'expriment : des revendications libérales (constitutions, libertés de presse et de réunion, élargissement du droit de vote) et des revendications nationales (unité de l'Italie et de l'Allemagne, indépendance de la Hongrie et des peuples dominés).

Mais dès l'été 1848, c'est le reflux. Les monarques, remis de leur surprise, reprennent l'initiative ; les divisions entre libéraux et démocrates, entre bourgeois et ouvriers, affaiblissent les révolutionnaires. Les armées autrichienne, prussienne et russe écrasent l'une après l'autre les insurrections en Italie, en Allemagne et en Hongrie. La plupart des acquis sont annulés. L'échec est presque général.

2.4.3 Lire les foyers révolutionnaires

Méthode : repérer les foyers révolutionnaires sur une carte historique

Pour analyser une carte des révolutions de 1848, procède par étapes :

  • Lis le titre et la légende : identifie ce que représentent les figurés (points, flèches, couleurs) — foyers de révolution, sens de propagation, États réprimant les mouvements.
  • Localise les foyers : repère les grandes villes soulevées (Paris, Vienne, Berlin, Milan, Budapest…) et situe-les dans les États de l'époque.
  • Distingue les revendications : sépare ce qui relève du libéralisme (constitution, libertés) et du principe des nationalités (unité, indépendance).
  • Analyse la dynamique : suis les flèches de diffusion à partir de Paris, puis repère les zones de répression.
  • Conclus : montre l'ampleur du mouvement, sa dimension européenne et son échec final.

2.5 Bilan : l'échec de 1848 et la permanence des aspirations

2.5.1 Un échec presque général

En 1849-1850, l'ordre monarchique semble partout rétabli. En France, la Deuxième République, née pleine d'espoirs, se referme rapidement : élu président en décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte prépare déjà la voie qui le mènera au Second Empire. En Europe centrale, les Habsbourg et les Hohenzollern ont repris le contrôle ; l'unité italienne et l'unité allemande ont échoué ; la Hongrie a été écrasée avec l'aide de la Russie. Les révolutionnaires ont payé leurs divisions, l'inexpérience des nouveaux régimes et la force conservée par les armées.

2.5.2 Des idées désormais irréversibles

Pourtant, rien ne sera plus comme avant. Le « système de Metternich » est mort : son départ de Vienne en 1848 marque symboliquement la fin de l'ordre de 1815. Les idées libérales et nationales, loin d'avoir disparu, sont désormais enracinées dans les consciences. Le suffrage universel a été expérimenté en France ; l'esclavage a été aboli ; les peuples ont pris conscience de leur force. Les défaites de 1848 apparaissent moins comme une fin que comme une étape : dans les décennies suivantes, ces aspirations aboutiront, notamment avec la réalisation des unités italienne et allemande.

Propriété : Synthèse du chapitre

  • En 1814-1815, le congrès de Vienne reconstruit l'Europe sur les principes de légitimité, d'équilibre et de restauration monarchique, en ignorant les aspirations des peuples.
  • Cet ordre est défendu par la Sainte-Alliance et le concert européen, garants de la répression des mouvements libéraux.
  • Deux forces nouvelles le contestent : le libéralisme (constitution, libertés, souveraineté nationale) et le principe des nationalités (une nation = un État), exprimés par le romantisme.
  • Trois vagues révolutionnaires ébranlent l'édifice : 1820 (réprimée, sauf la Grèce indépendante en 1830 après Navarin), 1830 (monarchie de Juillet, indépendance belge, échecs polonais et italien) et 1848, le « printemps des peuples », vaste mais finalement écrasé.
  • Malgré l'échec de 1848, les aspirations libérales et nationales deviennent irréversibles : elles conduiront aux unifications nationales de la seconde moitié du XIXe siècle.

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