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L'affirmation nationale : les unités italienne et allemande (1848-1871)

Cours complet · histoire (première), chapitre 4 · première, histoire-géographie

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Au milieu du XIXe siècle, l'Europe héritée du congrès de Vienne (1815) est une mosaïque d'États dont les frontières ignorent souvent le sentiment d'appartenance des peuples. L'Italie n'est qu'une « expression géographique », selon le mot prêté au chancelier autrichien Metternich, et l'Allemagne se disperse en une trentaine d'États réunis dans une lâche Confédération dominée par l'Autriche. En une douzaine d'années, deux mouvements nationaux vont pourtant redessiner la carte du continent : l'unité italienne, achevée en 1870 autour du royaume de Piémont-Sardaigne, et l'unité allemande, réalisée en 1871 au profit de la Prusse. Ces deux constructions, menées par la diplomatie et par la guerre, consacrent le triomphe du principe des nationalités. Elles font naître deux États-nations neufs, bouleversent l'équilibre européen et ouvrent, avec la perte de l'Alsace-Lorraine, un contentieux franco-allemand appelé à durer un demi-siècle.

4.1 Le principe des nationalités au cœur du XIX<sup>e</sup> siècle

4.1.1 Une idée neuve : à chaque nation, un État

Depuis la Révolution française, l'idée que la souveraineté appartient à la nation s'est diffusée dans toute l'Europe. Le principe des nationalités en tire une conséquence radicale : chaque peuple partageant une langue, une culture, une histoire et le désir de vivre ensemble aurait le droit de former un État indépendant. Ce principe se heurte frontalement à l'ordre défini par le congrès de Vienne, fondé sur la légitimité des dynasties et sur l'équilibre entre les grandes puissances, sans considération pour le sentiment national des populations.

Définition 4.1Le principe des nationalités

Idée politique, formulée au XIXe siècle, selon laquelle chaque nation — communauté d'hommes unis par une langue, une culture, une histoire et la volonté de vivre ensemble — a le droit de disposer d'elle-même en se constituant en État souverain. Il inspire aussi bien les peuples qui veulent se libérer d'une domination étrangère (Italiens, Polonais) que ceux qui veulent se rassembler dans un même État (Allemands, Italiens).

4.1.2 Le rôle des intellectuels et des mouvements nationaux

Ce sont d'abord des écrivains, des poètes, des historiens et des philosophes qui donnent corps au sentiment national en célébrant la langue, le passé et le « génie » de leur peuple. En Italie, le Risorgimento (la « résurrection ») désigne ce vaste mouvement de renaissance nationale et culturelle. Le patriote Giuseppe Mazzini fonde en 1831 la société secrète « Jeune-Italie », qui rêve d'une république unitaire ; sa devise, « Dieu et le peuple », inspire une génération de conjurés. En Allemagne, le nationalisme se nourrit du romantisme : les frères Grimm collectent les contes populaires, le philosophe Fichte prononce ses Discours à la nation allemande (1808), et l'aspiration à l'unité s'exprime dans les universités et les sociétés de gymnastique.

4.1.3 Le printemps des peuples : l'échec de 1848

En 1848, une vague révolutionnaire secoue l'Europe. Les patriotes italiens se soulèvent contre l'Autriche, mais le roi de Piémont Charles-Albert est battu à Custoza (1848) puis à Novare (1849). En Allemagne, un parlement élu se réunit à Francfort et propose la couronne impériale au roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV, qui la refuse — elle est à ses yeux une « couronne ramassée dans le ruisseau ». Partout la réaction l'emporte. Cet échec livre une leçon décisive : les élans populaires ne suffisent pas ; l'unité nationale ne se fera que par l'action d'un État puissant, appuyé sur une armée et une diplomatie habiles.

Propriété : Ce qu'il faut retenir des origines

Le principe des nationalités, héritier de la Révolution, entre en conflit avec l'ordre de Vienne. Porté par les intellectuels (Risorgimento, romantisme allemand), il échoue par la voie révolutionnaire en 1848. Deux États décident alors de prendre la tête du mouvement : le Piémont-Sardaigne en Italie, la Prusse en Allemagne.

4.2 L'unité italienne (1859-1870)

4.2.1 Le Piémont, moteur de l'unité : Victor-Emmanuel II et Cavour

Après l'échec de 1848, seul le royaume de Piémont-Sardaigne, État libéral doté d'une monarchie constitutionnelle, apparaît capable de réaliser l'unité. Son roi, Victor-Emmanuel II, s'appuie sur un chef de gouvernement remarquable, le comte Camillo Cavour, président du Conseil à partir de 1852. Modernisateur (chemins de fer, industrie, réformes), Cavour comprend surtout que le Piémont, trop faible seul, doit obtenir l'appui d'une grande puissance contre l'Autriche. Il se tourne vers la France de Napoléon III.

◆Théorème 4.2L'entrevue de Plombières, juillet 1858

Cavour et Napoléon III scellent secrètement à Plombières une alliance contre l'Autriche. La France s'engage à aider militairement le Piémont ; en échange, elle recevra le comté de Nice et la Savoie. Le Piémont doit agrandir ses territoires en Italie du Nord. Cet accord diplomatique déclenche le processus de l'unification italienne.

4.2.2 La guerre de 1859 et les annexions

Provoquée par Cavour, l'Autriche déclare la guerre au Piémont en 1859. Les armées franco-piémontaises remportent deux batailles sanglantes, Magenta et Solférino (juin 1859). Devant l'ampleur des pertes — le spectacle de Solférino inspirera à Henri Dunant la création de la Croix-Rouge — et par crainte d'une extension du conflit, Napoléon III conclut brusquement un armistice à Villafranca. Le Piémont n'obtient que la Lombardie, non la Vénétie promise. Dans la foulée, des plébiscites rattachent au Piémont les duchés d'Italie centrale (Toscane, Parme, Modène) et une partie des États pontificaux. En 1860, conformément à l'accord de Plombières, Nice et la Savoie sont cédées à la France, elles aussi après plébiscite.

Exemple 4.3L'expédition des Mille, mai-octobre 1860

Le sud de l'Italie échappe encore au Piémont. Le patriote Giuseppe Garibaldi, héros républicain, débarque en Sicile en mai 1860 avec un millier de volontaires en chemise rouge, les « Mille ». Soutenu par les populations, il s'empare de la Sicile puis de Naples, renversant le royaume des Deux-Siciles. Craignant que ce révolutionnaire ne proclame une république ou ne marche sur Rome, Cavour envoie l'armée piémontaise à sa rencontre. À Teano, en octobre 1860, Garibaldi remet à Victor-Emmanuel II les territoires conquis en le saluant « roi d'Italie » : le patriote s'efface devant la monarchie.

4.2.3 La proclamation du royaume et l'achèvement de l'unité

Le 17 mars 1861, le premier Parlement italien réuni à Turin proclame Victor-Emmanuel II « roi d'Italie ». Le nouvel État reste cependant incomplet : la Vénétie appartient toujours à l'Autriche et Rome au pape, protégé par une garnison française. L'unité s'achève par la diplomatie et la guerre. En 1866, alliée à la Prusse contre l'Autriche, l'Italie obtient la Vénétie. En 1870, la guerre franco-allemande contraint Napoléon III à retirer sa garnison de Rome : les troupes italiennes y entrent le 20 septembre 1870. Rome devient la capitale du royaume en 1871. L'unité territoriale est faite ; il reste, selon la formule attribuée à l'homme politique Massimo d'Azeglio, à « faire les Italiens ».

Figure : Les étapes de l'unité italienne
DateÉtape
1858Entrevue de Plombières (alliance Cavour--Napoléon III)
1859Guerre contre l'Autriche (Magenta, Solférino) ; Lombardie
1860Duchés d'Italie centrale ; Nice et Savoie à la France
1860Expédition des Mille : Sicile et Naples (Garibaldi)
17 mars 1861Proclamation du royaume d'Italie (Turin)
1866Annexion de la Vénétie
1870Prise de Rome, capitale en 1871

Schéma très simplifié des États italiens agrégés autour du Piémont-Sardaigne (1859-1870).

4.3 L'unité allemande (1864-1871)

4.3.1 La Prusse et Bismarck : la politique du « fer et du sang »

En Allemagne, la rivalité oppose deux puissances : l'Autriche, qui préside la Confédération germanique, et la Prusse, État militaire et industriel du Nord. En 1862, le roi Guillaume Ier nomme ministre-président Otto von Bismarck, un diplomate conservateur, habile et déterminé, qui va faire de la Prusse l'artisan de l'unité — mais d'une unité « par en haut », dirigée par les rois et non par les peuples.

◆Théorème 4.4Le discours du « fer et du sang », 1862

Devant le Parlement prussien, Bismarck affirme que les grandes questions de l'époque « ne se règlent pas par des discours et des votes de majorité [...] mais par le fer et par le sang ». Il annonce que l'unité allemande se fera par la puissance militaire de la Prusse et par la guerre, non par le débat parlementaire. Trois guerres, en sept ans, réaliseront ce programme.

4.3.2 Trois guerres pour une nation

1864 – La guerre des Duchés. Alliée à l'Autriche, la Prusse arrache au Danemark les duchés du Schleswig et du Holstein, peuplés d'Allemands. Le partage de ces territoires devient bientôt un prétexte de conflit avec Vienne.

1866 – La guerre contre l'Autriche. La Prusse, dont l'armée est modernisée (fusil à aiguille, chemins de fer, état-major), écrase l'Autriche à la bataille de Sadowa (juillet 1866). L'Autriche est exclue des affaires allemandes. Bismarck dissout l'ancienne Confédération et fonde la Confédération de l'Allemagne du Nord (1867), sous domination prussienne. Il ne manque plus que les États du Sud, catholiques et méfiants, pour parachever l'unité.

1870-1871 – La guerre contre la France. Bismarck sait qu'une guerre victorieuse contre la France, ennemi commun, ralliera les États du Sud au sentiment national allemand. Cette dernière guerre, décisive, mérite un examen détaillé.

Figure : Les trois guerres de l'unité allemande
DateAdversaireRésultat
1864DanemarkSchleswig et Holstein
1866AutricheSadowa ; Confédération de l'Allemagne du Nord
1870-1871FranceSedan ; Empire allemand ; Alsace-Lorraine

4.4 Napoléon III, la France et la question des nationalités

Exemple 4.5Napoléon III et la question des nationalités

Neveu de Napoléon Ier, l'empereur des Français Napoléon III se veut le champion du « principe des nationalités » en Europe. Par idéalisme et par calcul de prestige, il soutient d'abord l'unité italienne : c'est lui qui, à Plombières, s'allie à Cavour et engage la France dans la guerre de 1859. Mais ce soutien devient vite méfiance. La France catholique s'inquiète des progrès italiens vers Rome : pour protéger le pape, Napoléon III maintient une garnison française dans la Ville éternelle jusqu'en 1870 — l'expédition de Rome pèse sur toute sa politique. Surtout, l'empereur ne perçoit pas le danger que représente l'unité allemande. Passif en 1866, il laisse la Prusse triompher de l'Autriche sans compensation pour la France. En 1870, il se laisse entraîner dans une guerre contre la Prusse qui provoque sa chute. Ainsi le souverain qui avait favorisé l'unité de ses voisins voit se dresser à ses frontières, au sud une Italie unie, à l'est une Allemagne puissante : la politique des nationalités s'est retournée contre la France.

4.5 La guerre franco-allemande (1870-1871)

4.5.1 De la dépêche d'Ems à Sedan

En 1870, la candidature d'un prince prussien au trône d'Espagne provoque une crise diplomatique. Bismarck en tire parti : il publie une version abrégée et provocante d'un télégramme, la dépêche d'Ems, qui humilie la France et exaspère Paris. Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse — tombant exactement dans le piège tendu par Bismarck. Les États allemands du Sud se rangent aussitôt aux côtés de la Prusse, réalisant l'union nationale que Bismarck espérait. Mal préparée, l'armée française recule. Le 2 septembre 1870, encerclé à Sedan, Napoléon III capitule avec 80 000 hommes et est fait prisonnier.

◆Théorème 4.6Sedan et la chute du Second Empire, 2 septembre 1870

La capture de l'empereur à Sedan entraîne l'effondrement du Second Empire. Le 4 septembre 1870, à Paris, la République est proclamée : c'est le début de la IIIe République. Un gouvernement de la Défense nationale poursuit la guerre.

4.5.2 Le siège de Paris et la proclamation de l'Empire allemand

Les armées allemandes assiègent Paris à partir de septembre 1870. La capitale, affamée et bombardée pendant l'hiver, résiste plusieurs mois avant de capituler. C'est au cœur même de la France vaincue que se scelle l'unité allemande.

◆Théorème 4.7La proclamation de l'Empire allemand, 18 janvier 1871

Le 18 janvier 1871, dans la galerie des Glaces du château de Versailles, les princes allemands proclament le roi de Prusse Guillaume Ier empereur allemand (Kaiser). Le choix du lieu, ancienne demeure des rois de France, est une humiliation calculée pour la France vaincue. L'Empire allemand (Deutsches Reich) est né.

L'armistice est signé fin janvier 1871. Le traité de Francfort (mai 1871) impose à la France des conditions très dures : une lourde indemnité de guerre de cinq milliards de francs-or et surtout l'annexion de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine par le nouvel Empire. Cette amputation territoriale sera vécue comme une blessure nationale et nourrira l'esprit de revanche jusqu'en 1914.

4.5.3 Une frise parallèle : Italie et Allemagne (1859-1871)

Frise parallèle des deux unifications : deux processus qui se croisent et s'entraident (alliance italo-prussienne de 1866, retrait français de Rome en 1870).

4.6 La Commune de Paris (mars-mai 1871)

Exemple 4.8La Commune de Paris, mars-mai 1871

Assiégés puis humiliés par la capitulation, les Parisiens supportent mal la paix signée avec l'Allemagne et la politique conservatrice du gouvernement d'Adolphe Thiers, replié à Versailles. Le 18 mars 1871, une insurrection éclate lorsque le gouvernement tente de reprendre les canons de la Garde nationale à Montmartre. Paris se donne un pouvoir autonome, la Commune, élue le 26 mars. Mêlant patriotes, républicains et socialistes, elle prend des mesures sociales et démocratiques : séparation de l'Église et de l'État, gratuité et laïcité de l'école, moratoire des loyers et des dettes, journée de travail allégée, drapeau rouge. Le gouvernement de Versailles réprime l'insurrection par les armes. Du 21 au 28 mai 1871, la « Semaine sanglante » voit l'armée reconquérir Paris rue par rue : plusieurs milliers de Communards sont tués ou fusillés, des dizaines de milliers arrêtés, condamnés ou déportés. La Commune laisse une profonde empreinte mémorielle : glorifiée par le mouvement ouvrier comme la première révolution sociale, elle est longtemps redoutée par les républicains modérés comme le spectre du désordre.

4.7 Méthode

Méthode : Construire un tableau comparatif de deux processus historiques

Comparer, ce n'est pas juxtaposer : c'est confronter selon des critères communs pour dégager ressemblances et différences.

  • Choisir les objets et les critères. Placer les deux processus en colonnes (Italie / Allemagne) et les critères en lignes : État moteur, homme d'État, méthode, adversaires, dates-clés, achèvement.
  • Remplir avec des faits précis (noms, batailles, dates) et non des généralités.
  • Repérer les analogies : rôle d'un État moteur, poids de la guerre et de la diplomatie, effacement des mouvements populaires.
  • Repérer les différences : unité « par le bas » tentée puis récupérée en Italie ; unité « par en haut », autoritaire, en Allemagne.
  • Conclure en une phrase de synthèse répondant à la question posée.
CritèreItalieAllemagne
État moteurPiémont-SardaignePrusse
Homme d'ÉtatCavourBismarck
MéthodeDiplomatie + guerre« Fer et sang »
Adversaire principalAutricheAutriche puis France
Achèvement1870 (Rome)1871 (Versailles)

4.8 Bilan

En moins de quinze ans, deux États-nations puissants se sont substitués aux mosaïques d'États du congrès de Vienne. Menées par la Realpolitik de Cavour et de Bismarck, alliant diplomatie et guerre, ces unifications consacrent le triomphe du principe des nationalités — mais réalisé « par le haut », au profit des monarchies du Piémont et de la Prusse, et non par les peuples. Le nouvel équilibre européen est profondément modifié : l'Autriche est affaiblie et exclue du monde allemand, tandis que naît au centre du continent une Allemagne industrielle et militaire de premier rang. Surtout, la guerre de 1870-1871 laisse à la France une double blessure : la chute du Second Empire et, avec le traité de Francfort, la perte de l'Alsace-Lorraine, source d'un contentieux franco-allemand durable qui pèsera sur les relations européennes jusqu'à la Première Guerre mondiale.

Propriété : Synthèse du chapitre

  • Le principe des nationalités, né de la Révolution, veut qu'à chaque nation corresponde un État ; il échoue par la voie révolutionnaire en 1848.
  • L'unité italienne (1859-1870) est l'œuvre du Piémont, de Victor-Emmanuel II et de Cavour, appuyés sur Napoléon III (Plombières, 1858) et servis par Garibaldi ; royaume d'Italie proclamé le 17 mars 1861, achevé par la Vénétie (1866) et Rome (1870).
  • L'unité allemande (1864-1871) est l'œuvre de la Prusse et de Bismarck (« fer et sang »), réalisée par trois guerres (Danemark 1864, Autriche 1866, France 1870-1871).
  • Napoléon III, champion puis victime des nationalités, est capturé à Sedan (2 septembre 1870) : chute du Second Empire, proclamation de la IIIe République le 4 septembre.
  • L'Empire allemand est proclamé à Versailles le 18 janvier 1871 ; le traité de Francfort fait perdre à la France l'Alsace-Lorraine.
  • La Commune de Paris (mars-mai 1871), écrasée lors de la Semaine sanglante, marque durablement la mémoire nationale et ouvrière.

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