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Permanences et mutations de la société française jusqu'en 1914

Cours complet · histoire (première), chapitre 6 · première, histoire-géographie

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Au tournant du XXe siècle, la France offre le visage d'une société en demi-teinte. Elle est traversée par une seconde révolution industrielle qui apporte l'électricité, l'automobile et de nouvelles usines ; ses villes s'agrandissent, ses classes moyennes prospèrent, une culture de masse s'esquisse à travers la presse et les grands magasins. Pourtant, la France de 1900 demeure profondément rurale : près de deux Français sur cinq vivent encore de la terre, et les campagnes changent lentement. Entre ces deux France coexistent des tensions vives : un monde ouvrier qui souffre et s'organise, une question sociale qui monte, des femmes maintenues dans une place subordonnée par le Code civil. Ce chapitre étudie donc à la fois les mutations — industrie, ville, mouvement ouvrier, législation sociale — et les permanences — poids de la paysannerie, inégalités, domination masculine — d'une société qui entre dans la modernité sans rompre avec ses héritages.

◆Théorème 6.1Bornes du chapitre

Le chapitre couvre principalement les années 1870-1914, de l'installation de la Troisième République à la veille de la Première Guerre mondiale, en remontant ponctuellement aux premières lois sociales (loi de 1841) pour éclairer les évolutions.

6.1 La seconde révolution industrielle en France

6.1.1 Nouvelles énergies, nouveaux secteurs

À partir des années 1880, une seconde révolution industrielle succède à la première, celle du charbon, de la vapeur et du textile. Elle repose sur de nouvelles sources d'énergie qui bouleversent la production et la vie quotidienne. L'électricité, d'abord, éclaire les rues et les vitrines, anime les tramways et les machines-outils, et permet d'implanter des usines loin des gisements de charbon : la « fée Électricité » devient le symbole du progrès. Le pétrole, ensuite, alimente les premiers moteurs à explosion, plus légers et plus mobiles que la machine à vapeur.

De nouveaux secteurs se développent à partir de ces énergies. La chimie produit colorants, engrais, savons et produits pharmaceutiques. La sidérurgie moderne fabrique de l'acier en grandes quantités grâce au procédé Thomas (1878), qui permet d'exploiter le minerai lorrain riche en phosphore. L'électrotechnique et la construction mécanique fournissent moteurs, dynamos et machines. Surtout, un secteur entièrement neuf apparaît : l'automobile. La France y tient d'abord un rang de pionnier : des firmes comme Panhard, Peugeot, De Dion-Bouton, puis Renault (fondée en 1899) et bientôt Citroën, font du pays l'un des premiers producteurs automobiles mondiaux avant 1914. L'aviation naissante (Blériot traverse la Manche en 1909) prolonge cet élan technique.

Définition 6.2Seconde révolution industrielle

On appelle seconde révolution industrielle l'ensemble des transformations économiques et techniques qui, à partir des années 1870-1880, reposent sur de nouvelles énergies (électricité, pétrole) et de nouveaux secteurs (chimie, automobile, sidérurgie moderne, électrotechnique). Elle se caractérise par la concentration des entreprises et l'essor du capitalisme financier.

6.1.2 Concentration des entreprises et capitalisme financier

L'industrie lourde exige des capitaux considérables : les entreprises grandissent, se regroupent et se concentrent en unités de plus en plus vastes. De grands groupes apparaissent — Schneider au Creusot, Wendel en Lorraine, Saint-Gobain dans la chimie et le verre — employant des milliers d'ouvriers sur un même site. Cette concentration s'accompagne parfois d'ententes entre producteurs qui se répartissent les marchés et fixent les prix.

Pour financer ces investissements, le capitalisme financier prend son essor. Les banques de dépôt (Crédit Lyonnais fondé en 1863, Société générale en 1864, Crédit foncier) collectent l'épargne de millions de Français et la prêtent aux industriels ou l'investissent en titres. La Bourse de Paris devient une grande place financière où s'échangent actions et obligations, y compris de nombreux emprunts étrangers — les fameux « emprunts russes » souscrits par des centaines de milliers de petits épargnants. La France, moins forte industriellement, devient ainsi l'un des tout premiers exportateurs de capitaux du monde.

Définition 6.3Capitalisme financier

Le capitalisme financier désigne un système économique dans lequel les banques et la Bourse jouent un rôle central : ils drainent l'épargne pour financer les entreprises et fournissent des capitaux aux États. Il se distingue du capitalisme industriel des débuts, davantage fondé sur l'autofinancement des patrons.

La ville marchande se transforme elle aussi. Les grands magasins inventent la consommation moderne : le Bon Marché, ouvert par Aristide Boucicaut, propose des prix fixes affichés, l'entrée libre, la vente par catalogue et par correspondance, les soldes de saison et une profusion de marchandises soigneusement mises en scène. Ce modèle, qui séduit surtout la clientèle bourgeoise, inspire à Émile Zola son roman Au Bonheur des Dames (1883). Le Louvre, le Printemps, la Samaritaine et les Galeries Lafayette suivent le même modèle et transforment le paysage commercial des grandes villes.

6.1.3 Une croissance réelle mais plus lente

La croissance française est incontestable : la production industrielle progresse, le réseau ferré se densifie, le niveau de vie s'élève lentement. Mais elle demeure plus lente que celle du Royaume-Uni et surtout de l'Allemagne, qui la dépasse nettement dans la sidérurgie, la chimie et l'électricité. Plusieurs facteurs expliquent ce relatif retard :

La France reste ainsi une puissance de second rang industriel, mais un très grand pays financier et agricole.

Production d'acier en 1913 : la France (4.7 Mt) est distancée par l'Allemagne (17.6 Mt).
Valeurs arrondies ; les États-Unis (31.3 Mt) figurent hors échelle du texte, à titre de comparaison mondiale.

6.2 Une France qui reste largement rurale et paysanne

6.2.1 Le poids persistant de la paysannerie

Malgré l'industrialisation, la France de 1900 demeure d'abord un pays de paysans. L'agriculture occupe encore environ 40 % des actifs vers 1900 (contre moins de 10 % au Royaume-Uni), et la majorité de la population vit à la campagne. Cette permanence rurale est l'un des traits les plus marquants de la société française à la Belle Époque.

Le monde rural est dominé par la petite exploitation familiale, souvent en faire-valoir direct : la Révolution française, en abolissant les droits féodaux et en vendant les biens nationaux, a consolidé une paysannerie de petits propriétaires attachés à leur terre. Ce large corps de petits propriétaires distingue durablement la France de l'Angleterre, où domine la grande propriété, ou de régions où subsistent de vastes domaines exploités par des ouvriers agricoles. Il donne aussi à la République un socle électoral prudent et attaché à l'ordre social.

Définition 6.4Exode rural

L'exode rural désigne le départ progressif et durable des habitants des campagnes vers les villes, attirés par le travail industriel et les services. En France, il est réel mais lent avant 1914, ce qui explique le maintien d'un fort poids paysan.

6.2.2 Des campagnes qui se transforment lentement

Les campagnes ne sont pas immobiles. Elles s'ouvrent au monde grâce au chemin de fer (le plan Freycinet, à partir de 1879, dote chaque chef-lieu de canton d'une gare), à l'école primaire obligatoire (lois Ferry) qui répand le français, et à la presse. Mais la mécanisation reste limitée : la faux, la faucheuse et la batteuse progressent, sans transformer partout les gestes du travail. Les paysans se regroupent en coopératives et en syndicats agricoles (loi de 1884) pour acheter engrais et matériel et vendre leurs récoltes.

La grande épreuve de la fin du siècle est le phylloxéra, un puceron venu d'Amérique qui, à partir de 1863 et surtout dans les années 1870-1880, ravage le vignoble français, détruit des régions entières et ruine des milliers de petits vignerons. Le vignoble n'est reconstitué qu'au prix du greffage sur des porte-greffes américains résistants. La ruralité française conjugue ainsi modernisation prudente et crises brutales.

Rural / urbain en France, 1870-1911 : l'urbanisation est réelle mais lente ; la population rurale reste majoritaire jusqu'à la veille de 1914. Valeurs arrondies.

Figure : Repères de l'économie et de la société (1841-1913)
DateFait marquant
1841Première loi limitant le travail des enfants dans l'industrie
1852Fondation du Crédit foncier ; essor bancaire (Bon Marché en plein développement)
1863Premiers dégâts du phylloxéra dans le vignoble
1884Loi Waldeck-Rousseau : liberté syndicale
1892Loi limitant le travail des femmes et des enfants (journée de 11 h)
1900Loi Millerand : journée de travail ramenée à 10-11 h ; Exposition universelle
1906Repos hebdomadaire obligatoire ; catastrophe de Courrières
1910Loi sur les retraites ouvrières et paysannes

6.3 Le monde ouvrier et la question sociale

6.3.1 Conditions de travail et de vie

L'industrialisation fait naître un prolétariat : ouvriers d'usine, de mine et du bâtiment, souvent venus des campagnes proches ou de plus loin (Belges, Italiens). Leurs conditions sont dures : journées de dix à douze heures, salaires faibles, travail des femmes et des enfants, accidents fréquents dans les mines et les fabriques, insécurité totale en cas de maladie, d'accident, de chômage ou de vieillesse — car il n'existe encore ni sécurité sociale, ni retraite. Le logement ouvrier est étroit et insalubre dans les faubourgs industriels ; l'alcoolisme et la tuberculose y font des ravages.

Face à ce prolétariat, le patronat adopte des attitudes variées. Le plus souvent, il défend le libéralisme et refuse toute entrave à la « liberté du travail ». Certains grands industriels pratiquent au contraire un paternalisme organisé : les Schneider au Creusot, les patrons du textile du Nord construisent logements, écoles, églises, coopératives et caisses de secours, mais encadrent étroitement la vie de leurs ouvriers — jusque dans leurs loisirs et leurs opinions — pour s'attacher leur fidélité et prévenir toute contestation.

Définition 6.5Paternalisme patronal

Le paternalisme est l'attitude de patrons qui prennent en charge une partie de la vie de leurs ouvriers (logement, école, secours, loisirs) en se posant en « pères » protecteurs, tout en exerçant sur eux un contrôle étroit et en attendant obéissance et reconnaissance.

Définition 6.6Question sociale

La question sociale désigne l'ensemble des problèmes posés par la condition ouvrière née de l'industrialisation (misère, insécurité, conflits entre patrons et ouvriers) et les débats sur les moyens d'y répondre : charité, paternalisme, intervention de l'État par la loi, ou transformation révolutionnaire.

6.3.2 La naissance de la législation sociale

Longtemps, l'État s'est tenu à l'écart au nom du libéralisme. Progressivement, sous la pression du mouvement ouvrier et des réformateurs, se met en place une législation sociale. La loi de 1841 interdit le travail des enfants de moins de huit ans ; les lois de 1874 et 1892 encadrent le travail des enfants et des femmes ; la loi de 1898 rend l'employeur responsable des accidents du travail ; celle de 1906 institue le repos hebdomadaire obligatoire ; enfin la loi de 1910 crée les retraites ouvrières et paysannes. Ces avancées, encore modestes et souvent mal appliquées, marquent le passage d'un État qui laisse faire à un État qui protège.

Exemple 6.7Point de passage : les grèves et le mouvement ouvrier

Le mécontentement ouvrier s'exprime par des grèves de plus en plus nombreuses à la fin du XIXe siècle. Deux drames marquent les mémoires :

  • Fourmies, le 1er mai 1891. Lors d'une manifestation pacifique pour la journée de huit heures, la troupe tire sur la foule : neuf morts, dont plusieurs jeunes gens et une ouvrière, Maria Blondeau. La fusillade émeut le pays et devient un symbole de la répression du monde du travail.
  • Courrières, le 10 mars 1906. Une explosion de grisou dans les mines du Pas-de-Calais tue environ 1 100 mineurs : c'est la plus grande catastrophe minière d'Europe. Elle déclenche une immense grève dans le bassin houiller et accélère l'adoption du repos hebdomadaire.

Ces événements révèlent la violence de la question sociale et nourrissent la mobilisation ouvrière, entre revendications professionnelles et espérances politiques.

6.4 L'organisation du mouvement ouvrier

6.4.1 Le syndicalisme

La loi Waldeck-Rousseau de 1884 légalise les syndicats professionnels, jusque-là interdits. Le syndicalisme s'organise et se fédère : en 1895 naît la Confédération générale du travail (CGT), qui regroupe les fédérations d'industrie et les Bourses du travail. En 1906, le congrès d'Amiens adopte la Charte d'Amiens : la CGT y affirme son indépendance à l'égard des partis politiques et fait de la grève générale le moyen d'émancipation des travailleurs. Ce syndicalisme révolutionnaire vise à transformer la société par l'action directe des ouvriers.

Définition 6.8Syndicat

Un syndicat est une association de travailleurs (ou d'employeurs) constituée pour défendre les intérêts professionnels de ses membres — salaires, conditions de travail, durée du travail. En France, la liberté syndicale est reconnue par la loi de 1884.

6.4.2 Le socialisme et l'anarchisme

Sur le plan politique, plusieurs courants aspirent à représenter la classe ouvrière. Le socialisme se divise d'abord entre tendances rivales : les marxistes de Jules Guesde, partisans de la lutte des classes et de la révolution, et les réformistes rassemblés autour de Jean Jaurès, qui veulent améliorer le sort des ouvriers par les réformes et la République. En 1905, ces courants s'unissent dans la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), qui devient une grande force électorale. L'anarchisme, minoritaire, refuse l'État et le suffrage ; certains de ses partisans recourent, dans les années 1890, à des attentats spectaculaires.

Le mouvement ouvrier est ainsi traversé par un grand débat : faut-il transformer la société par la réforme (conquête de lois et de droits dans le cadre de la République) ou par la révolution (renversement de l'ordre bourgeois) ? Ce clivage réforme/révolution structurera durablement la gauche française.

◆Théorème 6.9Repères du mouvement ouvrier

1884 : liberté syndicale (loi Waldeck-Rousseau).  1895 : fondation de la CGT.  1905 : unification socialiste (SFIO).  1906 : Charte d'Amiens (indépendance syndicale, grève générale).

Figure : Repères de l'organisation ouvrière et politique (1884-1914)
DateÉvénement
1884Loi Waldeck-Rousseau : liberté de constituer des syndicats
1891Fusillade de Fourmies (1er mai)
1895Fondation de la Confédération générale du travail (CGT)
1905Unification des socialistes : création de la SFIO
1906Charte d'Amiens ; catastrophe de Courrières
1913La SFIO compte plus de 70 députés à la Chambre

6.5 Une société en mutation

6.5.1 L'essor des classes moyennes

Entre la grande bourgeoisie et le monde ouvrier s'épanouissent des classes moyennes de plus en plus nombreuses : petits patrons et artisans, commerçants, employés de bureau et de magasin, fonctionnaires, instituteurs, membres des professions libérales (médecins, avocats, notaires). L'essor de l'administration républicaine, de l'école, du commerce moderne et des banques multiplie les emplois de « cols blancs », distincts du travail manuel de l'ouvrier.

Ces classes moyennes se reconnaissent à un mode de vie et à des valeurs partagées : goût de l'épargne et de la propriété (le livret de Caisse d'épargne, l'achat d'un logement ou d'une petite rente), respect de l'instruction comme moyen de promotion sociale, souci de la respectabilité. Attachées à la République qui leur offre carrières et considération, elles en deviennent un soutien majeur et forment une part importante de son électorat modéré.

6.5.2 La place et le statut des femmes

Les femmes restent maintenues dans une position subordonnée. Le Code civil de 1804, toujours en vigueur, place la femme mariée sous l'autorité (la « puissance maritale ») de son mari : elle lui doit obéissance, ne peut ni gérer librement ses biens, ni travailler, ni ouvrir un compte, ni signer un contrat sans autorisation maritale, et elle n'a pas le droit de vote. Le divorce, supprimé sous la Restauration, n'est rétabli qu'en 1884 (loi Naquet).

Pourtant, les femmes travaillent massivement : elles forment près du tiers de la population active. On les trouve dans les usines textiles, la confection et la couture, le service domestique, l'agriculture, puis, de plus en plus, comme employées de magasin, institutrices, postières ou infirmières — mais à salaire inférieur à celui des hommes. Cette réalité contredit l'idéal bourgeois de la « femme au foyer ».

Les premières revendications féministes apparaissent. Hubertine Auclert réclame dès les années 1880 le droit de vote des femmes, fonde un journal (La Citoyenne) et refuse de payer l'impôt puisqu'elle ne vote pas ; elle fait figure de pionnière du suffragisme français. D'autres militent pour l'égalité civile, l'accès aux études et aux professions. Ces combats, encore minoritaires avant 1914, préparent les avancées du siècle suivant.

Définition 6.10Féminisme

Le féminisme est un mouvement d'idées et d'action qui revendique l'égalité des droits entre les femmes et les hommes : égalité civile, accès à l'instruction et au travail, et — pour les suffragistes — droit de vote. Le mot se répand en France à la fin du XIXe siècle.

6.5.3 Instruction et culture de masse

Les lois scolaires de la Troisième République — école gratuite (1881), obligatoire et laïque (1882) grâce à Jules Ferry — font reculer l'analphabétisme : à la veille de 1914, la quasi-totalité des jeunes Français savent lire et écrire, et l'école diffuse le français, les valeurs républicaines et le sentiment national.

Cette alphabétisation nourrit l'essor d'une presse de masse. Grâce à la loi très libérale sur la liberté de la presse de 1881, aux progrès de l'imprimerie et du télégraphe, de grands quotidiens bon marché — Le Petit Journal, Le Petit Parisien, Le Matin, Le Journal — tirent à plus d'un million d'exemplaires chacun, popularisant l'information, le fait divers, le feuilleton, le sport et la publicité. La presse devient un « quatrième pouvoir » qui façonne l'opinion.

Une culture de masse s'esquisse enfin dans les loisirs : le vélocipède, le café, le music-hall et le café-concert, les premières compétitions sportives (le Tour de France est créé en 1903), les premières séances de cinéma des frères Lumière (1895) dessinent une culture urbaine partagée. Une société de loisirs et de consommation commence à naître, même si elle reste inégalement accessible.

Exemple 6.11Point de passage : l'Exposition universelle de 1900 à Paris

Du 15 avril au 12 novembre 1900, Paris accueille une Exposition universelle qui attire environ 50 millions de visiteurs. Vitrine du progrès et de la modernité, elle présente les merveilles de la seconde révolution industrielle : le Palais de l'Électricité illuminé, la « fée Électricité », les premiers escaliers roulants, le trottoir mobile, l'automobile. Elle laisse à Paris des monuments durables — le Grand Palais, le Petit Palais, le pont Alexandre-III, la première ligne du métropolitain (juillet 1900) — et la gare d'Orsay.

L'Exposition affirme le rayonnement de la France et de sa capitale, capitale des arts et des sciences. Mais elle a ses ambivalences : elle célèbre aussi la puissance coloniale à travers des « villages indigènes » qui exhibent les peuples colonisés, et le faste masque les inégalités sociales d'une société où le monde ouvrier reste à l'écart de la fête. L'Exposition de 1900 résume ainsi tout le chapitre : une France fière de sa modernité, mais traversée de contradictions.

Méthode : Lire et interpréter un graphique statistique

Un graphique (courbe, histogramme) traduit des données chiffrées : il faut apprendre à le lire méthodiquement.

  • Identifier la nature et la source. Courbe (évolution dans le temps) ou histogramme (comparaison) ? Quelles données, quelle date, quelle origine ?
  • Lire les axes. Repérer ce que mesurent l'axe horizontal (souvent le temps) et l'axe vertical (la grandeur : %, millions de tonnes, nombre d'actifs) ainsi que leurs unités.
  • Dégager la tendance générale. La grandeur augmente-t-elle, diminue-t-elle, stagne-t-elle ? Sur l'histogramme, quel est le plus grand, le plus petit ?
  • Repérer les moments clés. Ruptures, pics, chutes, croisements de courbes : les dater et les relier à un événement (crise, loi, guerre).
  • Interpréter et prendre du recul. Donner du sens aux chiffres à l'aide du cours, puis exercer un esprit critique (échelle choisie, arrondis, ce que le graphique ne montre pas).

Application : sur la courbe rural/urbain (1870-1911), l'axe du temps va de 1870 à 1911, l'axe vertical donne des pourcentages ; la population rurale décline lentement (68 % 56 %) sans jamais devenir minoritaire : la France de 1914 reste un pays majoritairement rural.

6.6 Bilan

De 1870 à 1914, la société française entre dans la modernité industrielle et urbaine sans effacer ses héritages. L'électricité, l'automobile, les banques, les grands magasins et l'Exposition de 1900 disent une France qui se transforme et se croit promise au progrès. Mais la ruralité reste dominante, les ouvriers souffrent et s'organisent, la question sociale s'aiguise, et les femmes demeurent tenues à l'écart des droits. Mutations et permanences s'entremêlent : c'est là tout le paradoxe de la France de la Belle Époque.

Propriété : Synthèse du chapitre

  • La seconde révolution industrielle (électricité, pétrole, chimie, automobile, sidérurgie) et le capitalisme financier (banques, Bourse, grands magasins) transforment l'économie, mais la croissance française reste plus lente que celle de l'Allemagne et du Royaume-Uni.
  • La France demeure largement rurale : l'agriculture occupe encore 40 % des actifs vers 1900 ; l'exode rural et l'urbanisation sont réels mais lents ; les campagnes se modernisent prudemment et subissent la crise du phylloxéra.
  • Le monde ouvrier connaît des conditions difficiles ; la question sociale suscite une législation sociale progressive (1841, travail des enfants et des femmes, repos hebdomadaire 1906, retraites 1910) ; grèves et drames (Fourmies 1891, Courrières 1906) marquent les esprits.
  • Le mouvement ouvrier s'organise : syndicalisme (loi de 1884, CGT 1895, Charte d'Amiens 1906), socialisme (Guesde, Jaurès, SFIO 1905), anarchisme ; débat entre réforme et révolution.
  • La société mute : essor des classes moyennes, alphabétisation, presse de masse, premières revendications féministes (Hubertine Auclert), Exposition universelle de 1900. Mais de fortes permanences subsistent : ruralité, inégalités sociales, place subordonnée des femmes fixée par le Code civil.

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