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La France : une nouvelle place dans le monde

Cours complet · histoire (terminale), chapitre 6 · terminale, histoire-géographie

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En 1945, la France siège parmi les vainqueurs — zone d'occupation en Allemagne, siège permanent au Conseil de sécurité — mais elle est affaiblie, ruinée, et son empire colonial est ébranlé. De 1944 au début des années 1970, elle doit à la fois se reconstruire, redéfinir son régime politique et repenser sa place dans un monde dominé par les deux Grands. La IVe République (1946-1958), malgré une œuvre économique et européenne réelle, s'épuise dans l'instabilité ministérielle et les guerres coloniales ; la crise algérienne l'emporte en 1958 et ramène au pouvoir le général de Gaulle, qui fonde la Ve République et conduit une politique d'indépendance nationale.

Problématique. Comment la France, entre décolonisation, guerre froide et construction européenne, redéfinit-elle son régime politique et sa place dans le monde ?

6.1 La IV<sup>e</sup> République : reconstruction, Europe et guerres coloniales

6.1.1 Un nouveau régime né de la Libération

À la Libération, le GPRF dirigé par de Gaulle restaure la légalité républicaine et applique le programme du CNR : nationalisations, Sécurité sociale, vote des femmes (premier scrutin en 1945). Les Français rejettent par référendum le retour à la IIIe République ; mais la constitution de la IVe République (octobre 1946), adoptée sans enthousiasme, établit un régime d'assemblée que de Gaulle a combattu par avance (discours de Bayeux, juin 1946) avant de se retirer (janvier 1946). Le scrutin proportionnel et le « tripartisme » (PCF, SFIO, MRP), puis l'opposition conjointe des communistes (exclus du gouvernement en mai 1947) et des gaullistes condamnent le régime à des coalitions centristes fragiles : 24 gouvernements en douze ans.

La IVe République a pourtant des réussites majeures : reconstruction et modernisation (plan Monnet, aide Marshall), débuts des « Trente Glorieuses », ancrage atlantique (OTAN, 1949) et surtout construction européenne : déclaration Schuman (9 mai 1950), CECA (1951), traités de Rome (25 mars 1957) créant la CEE — réconciliation franco-allemande et marché commun.

6.1.2 L'impossible décolonisation

La IVe République, attachée à l'Union française, refuse d'abord toute émancipation : répression de Sétif (8 mai 1945) et de Madagascar (1947), guerre d'Indochine (1946-1954) achevée à Diên Biên Phu. Pierre Mendès France, président du Conseil (juin 1954 – février 1955), négocie les accords de Genève, engage l'autonomie de la Tunisie et incarne brièvement une autre pratique du pouvoir ; le Maroc et la Tunisie deviennent indépendants en 1956, la loi-cadre Defferre (1956) prépare l'émancipation de l'Afrique noire. Mais l'Algérie — juridiquement trois départements français, où vivent un million d'Européens — est le piège fatal.

Exemple 6.1La guerre d'Algérie et ses mémoires

Le 1er novembre 1954 (« Toussaint rouge »), le FLN lance l'insurrection. La guerre — longtemps désignée par l'euphémisme « les événements d'Algérie » — mobilise jusqu'à 400 000 soldats français, dont le contingent. Elle s'enfonce dans une spirale de violences : attentats du FLN, « bataille d'Alger » (1957) où la torture est systématisée par l'armée, regroupements forcés de populations, exécutions sommaires — et en métropole même, répression sanglante de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961 à Paris et morts du métro Charonne (février 1962). Le 13 mai 1958, l'émeute d'Alger et l'appel de l'armée provoquent la chute du régime et le retour de De Gaulle qui, d'abord ambigu (« Je vous ai compris »), évolue vers l'autodétermination (septembre 1959), surmonte le putsch des généraux (avril 1961) et le terrorisme de l'OAS, et signe les accords d'Évian (18 mars 1962) : l'Algérie est indépendante le 5 juillet 1962. Bilan : plusieurs centaines de milliers de morts algériens, environ 25 000 soldats français tués ; près d'un million de pieds-noirs rapatriés ; des dizaines de milliers de harkis massacrés en Algérie, les survivants longtemps relégués en France dans des camps. Les mémoires de la guerre restent conflictuelles — anciens combattants, pieds-noirs, harkis, immigrés algériens et leurs descendants — et l'État n'a que tardivement reconnu les faits : la loi de 1999 nomme enfin « guerre d'Algérie » ce qui n'était qu'« opérations de maintien de l'ordre » ; reconnaissance de la responsabilité de l'État dans le 17 octobre 1961 (2012), dans la torture (reconnaissance de l'assassinat de Maurice Audin, 2018) et remise du rapport Stora (2021) : l'histoire s'écrit, les mémoires dialoguent difficilement.

6.2 La crise algérienne et la naissance d'un nouveau régime

6.2.1 Le 13 mai 1958 et le retour de De Gaulle

Le 13 mai 1958, à Alger, la foule européenne et l'armée s'emparent du gouvernement général et créent un Comité de salut public exigeant le maintien de l'Algérie française et le retour du général de Gaulle. Menacée d'un débarquement militaire (opération « Résurrection »), la IVe République capitule : le 1er juin 1958, l'Assemblée investit de Gaulle président du Conseil (329 voix contre 224) avec les pleins pouvoirs et mission de réviser la Constitution — Mendès France et Mitterrand dénoncent un coup de force. La nouvelle constitution, approuvée par référendum le 28 septembre 1958 (79 % de oui), fonde la Ve République ; de Gaulle est élu président en décembre 1958.

Exemple 6.2Charles de Gaulle et Pierre Mendès France : deux conceptions de la République

Deux grandes figures issues de la Résistance incarnent deux lectures opposées de la démocratie française. Pierre Mendès France (1907-1982), radical, défend la tradition parlementaire : la légitimité procède de l'Assemblée élue ; le chef du gouvernement doit gouverner avec énergie (investiture sur programme, refus des jeux de partis, « gouverner c'est choisir ») mais sous le contrôle permanent des représentants. Hostile au référendum plébiscitaire et à l'élection du président au suffrage universel — où il voit un césarisme —, il vote non en 1958 et s'oppose à la révision de

  1. Charles de Gaulle (1890-1970) juge au contraire, depuis Bayeux (1946), que le « régime des partis » condamne l'État à l'impuissance : il faut un chef de l'État « au-dessus des partis », clé de voûte des institutions, disposant de pouvoirs propres (dissolution, référendum, article 16) et d'un lien direct avec le peuple — le référendum, puis l'élection présidentielle au suffrage universel direct (révision de 1962, adoptée par référendum contre l'avis de presque tous les partis). Parlementarisme rationalisé contre démocratie directe présidentialisée : ce débat de 1958-1962 structure encore la vie politique française.
Exemple 6.3La constitution de 1958

Rédigée sous l'autorité de De Gaulle et de Michel Debré, approuvée par référendum le 28 septembre 1958, la constitution de la Ve République rompt avec le régime d'assemblée :

  • un président de la République renforcé (art. 5 : garant des institutions et de l'indépendance nationale) : il nomme le Premier ministre, peut dissoudre l'Assemblée nationale, recourir au référendum (art. 11) et aux pouvoirs exceptionnels (art. 16) ; élu d'abord par un collège de notables, il l'est au suffrage universel direct depuis la révision de 1962 (première élection : 1965, de Gaulle battant Mitterrand au second tour) ;
  • un gouvernement qui « détermine et conduit la politique de la nation » (art. 20), responsable devant l'Assemblée mais protégé par le parlementarisme rationalisé : vote bloqué, article 49-3, maîtrise de l'ordre du jour, motion de censure encadrée ;
  • un Parlement (Assemblée nationale et Sénat) au domaine de la loi limité (art. 34), et un Conseil constitutionnel veillant à la conformité des lois.

Le scrutin majoritaire à deux tours et le fait majoritaire (à partir de 1962) donnent au régime une stabilité inconnue depuis 1875.

Définition 6.4République gaullienne

Pratique du pouvoir instaurée par de Gaulle (1958-1969) : primauté présidentielle (le « domaine réservé » de la défense et de la diplomatie), recours au référendum comme question de confiance au peuple (1958, 1961, deux en 1962, 1969 — ce dernier, perdu, provoque sa démission le 28 avril 1969), usage de la télévision, verticalité contestée par l'opposition (« coup d'État permanent », selon Mitterrand en 1964).

6.3 Les débuts de la V<sup>e</sup> République : grandeur et indépendance

6.3.1 Une politique d'indépendance nationale

Libéré du fardeau algérien, de Gaulle déploie une politique de « grandeur » :

6.3.2 Une croissance et une société en mutation

Les années gaulliennes sont celles de l'apogée des « Trente Glorieuses » : croissance forte, plein emploi, nouveau franc (1960), grands programmes technologiques (Caravelle puis Concorde, paquebot France, plan Calcul, satellite Astérix en 1965 — la France troisième puissance spatiale). La société se transforme : urbanisation et grands ensembles, société de consommation, jeunesse nombreuse issue du baby-boom, salariat féminin en essor. Mais les fruits de la croissance sont inégalement partagés et l'autorité — dans l'usine, l'université, la famille, l'ORTF contrôlée — de plus en plus contestée : Mai 68 (révolte étudiante, grève générale, accords de Grenelle, dissolution victorieuse mais avertissement sans frais) ébranle le régime. De Gaulle démissionne le 28 avril 1969 après l'échec du référendum sur la régionalisation et le Sénat ; Georges Pompidou, élu en juin 1969, poursuit dans la continuité (industrialisation, entrée du Royaume-Uni dans la CEE en 1973) jusqu'à sa mort en avril 1974.

◆Théorème 6.5La France de 1944 à 1974 : repères

1944-46 : GPRF, droit de vote des femmes, Sécurité sociale. 1946-58 : IVe République — CECA (1951), Diên Biên Phu et Genève (1954), traités de Rome (1957). 1954-62 : guerre d'Algérie (Évian, 18 mars 1962). 1958 : 13 mai, retour de De Gaulle, constitution de la Ve République (28 septembre). 1960 : première bombe atomique française. 1962 : élection du président au suffrage universel direct. 1966 : retrait du commandement intégré de l'OTAN. 1968 : Mai 68. 1969 : démission de De Gaulle ; Pompidou président (1969-1974).

6.3.3 Frise récapitulative

La France de la Libération à 1969.

Méthode : Analyser un discours politique

Exemple : le discours de Bayeux (16 juin 1946) ou l'allocution du 13 mai 1958.

  • Contexte et auteur : situer précisément le moment (crise en cours, position de l'orateur — dans l'opposition ? au pouvoir ?), le média (tribune, radio, télévision) et le public visé.
  • Thèse et arguments : reformuler l'idée directrice (ex. : l'État a besoin d'un chef au-dessus des partis) ; repérer les procédés rhétoriques (« je », incarnation de la nation, appels à l'histoire, disqualification des adversaires).
  • Portée et limites : confronter le discours à ses suites réelles (Bayeux annonce la constitution de 1958 douze ans à l'avance) ; rappeler qu'un discours est un acte politique, pas une description neutre — il faut le croiser avec d'autres sources.

6.4 Bilan

De 1944 à 1969, la France change deux fois de régime et une fois de rang. La IVe République reconstruit le pays, fonde l'État-providence et engage l'Europe, mais meurt de son instabilité et de la question algérienne. De Gaulle, rappelé en 1958, dote la France d'institutions stables — la Ve République, présidentialisée en 1962 —, achève la décolonisation par les accords d'Évian, dont les mémoires restent douloureuses, et conduit une politique d'indépendance (dissuasion nucléaire, distance envers les blocs, Europe des États) qui redonne à la France moyenne puissance une voix singulière dans le monde bipolaire.

Propriété : L'essentiel du chapitre

  • IVe République (1946-1958) : reconstruction, Sécurité sociale, Europe (CECA 1951, Rome 1957), mais instabilité (24 gouvernements) et guerres coloniales (Indochine 1946-1954).
  • Guerre d'Algérie (1954-1962) : Toussaint rouge, bataille d'Alger et torture, 13 mai 1958, accords d'Évian (18 mars 1962) ; pieds-noirs et harkis ; des mémoires longtemps refoulées et toujours conflictuelles.
  • 1958 : naissance de la Ve République (référendum du 28 septembre) ; exécutif fort, parlementarisme rationalisé ; révision de 1962 (président élu au suffrage universel direct) ; débat de Gaulle / Mendès France sur la conception de la République.
  • Politique gaullienne d'indépendance : dissuasion nucléaire (1960), retrait du commandement intégré de l'OTAN (1966), traité de l'Élysée (1963), reconnaissance de la Chine (1964).
  • Mai 68 ébranle le régime ; de Gaulle démissionne en 1969 ; Pompidou poursuit (1969-1974).

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