Adloun

La modification des grands équilibres économiques et politiques mondiaux

Cours complet · histoire (terminale), chapitre 7 · terminale, histoire-géographie

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Au début des années 1970, l'ordre issu de l'après-guerre se dérègle. Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 mettent fin aux Trente Glorieuses et installent l'Occident dans la crise : inflation, chômage, désindustrialisation. Les réponses transforment le capitalisme — libéralisation, dérégulation, mondialisation financière — dont Ronald Reagan et Deng Xiaoping sont, chacun à sa manière, les acteurs majeurs. La carte politique bouge aussi : la révolution islamique bouleverse l'Iran et fait surgir l'islamisme politique comme force mondiale ; l'Europe méridionale, libérée de ses dictatures, rejoint la démocratie et la CEE ; enfin, en une poignée d'années, le bloc soviétique s'effondre — l'année 1989 en est le pivot — jusqu'à la disparition de l'URSS elle-même en décembre 1991, qui clôt la guerre froide.

Problématique. Comment les crises économiques et les recompositions politiques des années 1970-1991 transforment-elles les équilibres mondiaux, jusqu'à l'effondrement du bloc soviétique ?

7.1 Les chocs pétroliers et la fin des Trente Glorieuses

7.1.1 1973 et 1979 : l'arme du pétrole

Le pétrole, énergie reine des Trente Glorieuses, est abondant et bon marché jusqu'en 1973 — mais son prix est désormais entre les mains de l'OPEP (créée en 1960). En octobre 1973, pendant la guerre du Kippour, les pays arabes exportateurs décrètent l'embargo contre les soutiens d'Israël et l'OPEP quadruple le prix du baril (d'environ 3 à 12 dollars) : c'est le premier choc pétrolier. En 1979-1980, la révolution iranienne puis la guerre Iran-Irak provoquent le second choc : le baril triple à nouveau (jusqu'à environ 35 dollars). Pour les économies occidentales, totalement dépendantes des hydrocarbures importés, le renchérissement de l'énergie agit comme un révélateur et un accélérateur d'une crise plus profonde : essoufflement des gains de productivité, saturation des marchés de la consommation de masse, désordre monétaire depuis que Nixon a suspendu la convertibilité-or du dollar (15 août 1971, fin du système de Bretton Woods ; les changes deviennent flottants en 1973).

7.1.2 La stagflation et la fin du plein emploi

La crise des années 1970 déroute les économistes : contrairement à 1929, la stagnation s'accompagne d'une forte inflation — la stagflation (inflation à deux chiffres dans de nombreux pays, environ 14 % en France en 1974). Le chômage de masse réapparaît en Occident : en France, de 400 000 chômeurs en 1970 à 1,5 million en 1980 et plus de 2 millions en 1983. Les vieilles industries (sidérurgie, charbon, textile, chantiers navals) s'effondrent face aux nouveaux concurrents asiatiques : la désindustrialisation frappe la Lorraine, la Ruhr, les Midlands, la « Rust Belt » américaine. Les politiques keynésiennes de relance (relance Chirac de 1975, relance Mauroy de 1981) échouent : elles creusent déficits et inflation sans résorber le chômage. L'État-providence, dont les dépenses explosent, entre en crise de financement et de légitimité.

Définition 7.1Chocs pétroliers et stagflation

Choc pétrolier : hausse brutale et massive du prix du pétrole (1973 : quadruplement ; 1979 : triplement) décidée par les pays producteurs, renchérissant les coûts de production des économies importatrices. Stagflation : situation économique inédite des années 1970 combinant stagnation de la croissance, chômage élevé et forte inflation — mettant en échec les recettes keynésiennes et préparant le tournant néolibéral.

7.2 Libéralisation, dérégulation : un nouveau capitalisme

7.2.1 Le tournant néolibéral

Face à l'échec des relances, une autre politique s'impose au tournant des années 1980, inspirée des économistes libéraux (Hayek, Friedman et l'école de Chicago) : priorité à la lutte contre l'inflation (politiques monétaires restrictives, comme celle de Paul Volcker à la tête de la Fed dès 1979), réduction du rôle de l'État, privatisations, baisses d'impôts, dérégulation des marchés — notamment financiers (le « Big Bang » de la City en 1986), flexibilisation du travail et affaiblissement des syndicats. Margaret Thatcher, Première ministre britannique de 1979 à 1990 (« There is no alternative »), en est la pionnière : privatisations massives, écrasement de la grande grève des mineurs (1984-85). La mondialisation s'accélère : libéralisation des mouvements de capitaux, essor des firmes transnationales et des pays-ateliers d'Asie (les « quatre dragons » : Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong, Singapour).

Exemple 7.2Ronald Reagan et Deng Xiaoping, deux acteurs majeurs d'un nouveau capitalisme

Élu président des États-Unis en novembre 1980 (mandats 1981-1989), Ronald Reagan proclame : « l'État n'est pas la solution à notre problème, l'État est le problème ». Les Reaganomics combinent baisses massives d'impôts (surtout pour les hauts revenus, au nom de la théorie de l'offre), dérégulation (finance, transports, télécommunications), affaiblissement des syndicats (licenciement des 11 000 contrôleurs aériens grévistes en 1981) — mais aussi explosion des dépenses militaires et des déficits. L'inflation est vaincue, la croissance repart (au prix d'inégalités croissantes) et le modèle libéral américain retrouve son prestige face à une URSS épuisée, que la relance de la course aux armements (« guerre des étoiles », IDS, 1983) contribue à asphyxier.

En Chine, Deng Xiaoping, maître du pays après la mort de Mao (1976), lance fin 1978 les « Quatre Modernisations » et la politique de « réforme et d'ouverture » : décollectivisation des campagnes (retour à l'exploitation familiale), autorisation de l'entreprise privée, ouverture aux capitaux étrangers dans les zones économiques spéciales (Shenzhen, face à Hong Kong, passe en une génération du village de pêcheurs à la métropole industrielle). « Peu importe qu'un chat soit noir ou blanc, s'il attrape les souris » : le socialisme de marché fait de la Chine l'atelier du monde et enclenche la plus rapide sortie de pauvreté de l'histoire — sans libéralisation politique aucune : le mouvement démocratique de la place Tian'anmen est écrasé dans le sang le 4 juin 1989. Reagan et Deng, l'un par le marché contre l'État, l'autre par le marché sous contrôle du Parti, refondent ainsi le capitalisme mondialisé des années 1980.

7.2.2 La révolution islamique d'Iran (1979)

En Iran, la modernisation autoritaire et pro-occidentale du chah Mohammad Reza Pahlavi (« révolution blanche », police politique de la SAVAK) nourrit une opposition hétéroclite que fédère, depuis son exil, l'ayatollah Khomeyni. Après un an de manifestations massives durement réprimées, le chah quitte l'Iran le 16 janvier 1979 ; Khomeyni rentre triomphalement le 1er février et proclame le 1er avril 1979 la République islamique : théocratie fondée sur le « gouvernement du docte » (velayat-e faqih), chariah, répression des opposants. La crise des otages de l'ambassade américaine de Téhéran (novembre 1979 – janvier 1981, 444 jours) rompt avec les États-Unis, désormais « Grand Satan ». Événement mondial, la révolution iranienne fait surgir l'islamisme politique comme force géopolitique majeure (la même année 1979 : prise de la Grande Mosquée de La Mecque, invasion soviétique de l'Afghanistan et djihad antisoviétique), déclenche la guerre Iran-Irak (1980-1988, environ un million de morts) et le second choc pétrolier.

7.3 Démocratisations et effondrement du bloc soviétique

7.3.1 L'Europe méridionale rejoint la démocratie et la CEE

Au milieu des années 1970, les trois dictatures d'Europe du Sud tombent en moins de deux ans : au Portugal, la « révolution des Œillets » (25 avril 1974) renverse pacifiquement le régime salazariste et libère les colonies africaines ; en Grèce, la dictature des colonels s'effondre (juillet 1974) après le fiasco chypriote ; en Espagne, la mort de Franco (20 novembre 1975) ouvre la « transition démocratique » conduite par le roi Juan Carlos et Adolfo Suárez (constitution de 1978, échec du putsch de 1981). La CEE ancre ces jeunes démocraties : adhésion de la Grèce en 1981, de l'Espagne et du Portugal en 1986 — l'Europe communautaire passe de neuf (avec le Royaume-Uni, l'Irlande et le Danemark entrés en 1973) à douze membres et se donne un grand marché (Acte unique, 1986).

7.3.2 L'URSS de Gorbatchev : réformer, puis s'effondrer

L'URSS de Brejnev (1964-1982) s'enlise : économie planifiée à bout de souffle, pénuries, course aux armements ruineuse, bourbier afghan (1979-1989), gérontocratie. Arrivé au pouvoir en mars 1985, Mikhaïl Gorbatchev tente de sauver le système par la réforme : perestroïka (restructuration économique), glasnost (transparence, liberté d'expression — révélations sur les crimes staliniens, catastrophe de Tchernobyl en avril 1986), désarmement négocié avec Reagan (traité de Washington sur les euromissiles, décembre 1987), retrait d'Afghanistan (1988-89) et renoncement à la doctrine Brejnev : les « démocraties populaires » sont libres de leur voie.

Exemple 7.3L'année 1989 dans le monde

L'année 1989 fait basculer l'ordre mondial :

  • en Pologne, le syndicat libre Solidarność de Lech Wałęsa (né des grèves de Gdańsk en 1980, interdit sous l'état de guerre de
  1. est légalisé ; les élections semi-libres du 4 juin sont un raz de marée anticommuniste ; en septembre, Tadeusz Mazowiecki devient le premier chef de gouvernement non communiste du bloc depuis 1948 ;
  • la Hongrie ouvre le rideau de fer vers l'Autriche (mai) et proclame la république (octobre) ; des dizaines de milliers d'Allemands de l'Est passent à l'Ouest par cette brèche ;
  • en RDA, les manifestations pacifiques de Leipzig (« Wir sind das Volk ») font tomber le régime : le 9 novembre 1989, le mur de Berlin est ouvert — image mondiale de la fin de la guerre froide ; l'Allemagne sera réunifiée le 3 octobre 1990 ;
  • la Tchécoslovaquie accomplit sa « révolution de velours » (novembre-décembre) : le dissident Václav Havel est élu président ; en Bulgarie, Jivkov est écarté ; en Roumanie, seule révolution sanglante, Ceaușescu est renversé et exécuté (25 décembre) ;
  • hors d'Europe, 1989 est aussi l'année de Tian'anmen (4 juin) — la Chine refuse la démocratisation — et du retrait soviétique d'Afghanistan (février).

En un an, sans intervention soviétique, l'Europe de l'Est s'est libérée : la logique des blocs est morte.

7.3.3 1991 : la fin de l'URSS

La contagion gagne l'URSS elle-même : les républiques baltes proclament leur indépendance (1990-91), la Russie de Boris Eltsine s'émancipe du centre. Le putsch conservateur d'août 1991, tenté contre Gorbatchev par les durs du régime, échoue en trois jours face à la résistance populaire menée par Eltsine — mais il tue l'Union : le Parti communiste est suspendu, les républiques se déclarent indépendantes les unes après les autres. Le 8 décembre 1991, Russie, Ukraine et Biélorussie constatent la dissolution de l'URSS (accords de Minsk, création de la CEI) ; le 25 décembre 1991, Gorbatchev démissionne, le drapeau rouge est amené du Kremlin : l'URSS a cessé d'exister. La guerre froide s'achève sur la victoire par forfait du modèle libéral — les États-Unis restent seule superpuissance.

◆Théorème 7.4De la crise à l'effondrement soviétique : repères

1971 : fin de la convertibilité-or du dollar. 1973 : premier choc pétrolier. 1974-75 : révolution des Œillets, mort de Franco. 1979 : révolution islamique en Iran, second choc pétrolier, invasion soviétique de l'Afghanistan, Thatcher au pouvoir. 1980 : Solidarność ; élection de Reagan. 1985 : Gorbatchev au pouvoir. 1989 : chute du mur de Berlin (9 novembre) ; Tian'anmen. 1990 : réunification allemande. Décembre 1991 : disparition de l'URSS.

7.3.4 Frise récapitulative

Des chocs pétroliers à la fin de l'URSS (1971-1991).

Méthode : Construire une composition sur une période de mutation

Sujet type : « Un nouvel ordre mondial ? Les recompositions économiques et politiques des années 1970 à 1991 ».

  • Borner et définir : 1971-73 (fin de Bretton Woods, premier choc) à 1991 (fin de l'URSS) ; « équilibres » = économiques (croissance, monnaie, énergie) ET politiques (blocs, régimes).
  • Éviter le plan catalogue : préférer un plan chronologique en trois temps (le dérèglement des années 1970 / les réponses et recompositions des années 1980 / l'effondrement du bloc soviétique 1989-1991) qui montre l'enchaînement des causes.
  • Articuler économie et politique : montrer par exemple que la crise économique nourrit le tournant libéral, que la course aux armements relancée épuise l'URSS, que la CEE stabilise les jeunes démocraties du Sud.
  • Conclure en ouvrant : le monde de 1991 — hyperpuissance américaine, mondialisation, nouvelles menaces — annonce la période suivante (chapitre 9).

7.4 Bilan

Entre 1971 et 1991, les équilibres du monde d'après-guerre se sont défaits. Les chocs pétroliers ont clos les Trente Glorieuses et la stagflation a emporté le compromis keynésien : un nouveau capitalisme, libéralisé et mondialisé, s'est imposé avec Thatcher et Reagan — et, sous une forme inattendue, avec la Chine de Deng Xiaoping. La révolution iranienne a fait de l'islamisme politique un acteur mondial ; l'Europe du Sud démocratisée a élargi la CEE. Enfin, l'URSS, épuisée économiquement et minée par ses sociétés, s'est effondrée en deux temps — 1989 pour son empire, 1991 pour elle-même — refermant sans guerre le conflit qui structurait le monde depuis 1947.

Propriété : L'essentiel du chapitre

  • Chocs pétroliers de 1973 et 1979 : fin des Trente Glorieuses, stagflation, chômage de masse, désindustrialisation ; fin du système de Bretton Woods (1971).
  • Tournant néolibéral : Thatcher (1979), Reagan (1981) — dérégulation, privatisations, mondialisation financière ; Deng Xiaoping ouvre la Chine au marché (1978) sans démocratisation (Tian'anmen, 1989).
  • Révolution islamique d'Iran (1979) : République islamique de Khomeyni, crise des otages, guerre Iran-Irak, émergence de l'islamisme politique.
  • Démocratisation de l'Europe méridionale (Portugal, Grèce, Espagne, 1974-75) et élargissements de la CEE (1981, 1986).
  • Effondrement du bloc soviétique : Gorbatchev (1985, perestroïka et glasnost), année 1989 (Solidarność au pouvoir, ouverture du mur de Berlin le 9 novembre, révolution de velours), réunification allemande (1990), fin de l'URSS (25 décembre 1991).

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